‹ Le dernier IrlandaisChapitre 77 sur 149 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

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modernes, le comte Avondale, créateur de cette eollection, sachant par sa propre expérience combien les achats de tableaux de mattres anciens sont chanceux pour les amateurs anglais. Dans toutes les parties de l'habitation on exposait aux regards les produits les plus beaux de l'art céramique. A chaque pas on rencontrait des urnes antiques, des vases étrusques, des statuettes grecques, romaines, égyptiennes, chinoises, des vitraux coloriés, des émaux de Limoges, des porcelaines de Sèvres et de Saxe. Des sommes considérables avaient dû être dépensées k ces admirables superfluîtés; aussi, disposées sans tact et sans intelligence, semblaient-elles plutAt attester l'opulence de leur propriétaire que son goût éclairé. Le voyageur impartial qui, après avoir parcouru cette portion misérable de l'Irlande et visité ces hideux cottages où grouillent des familles avec leurs pourceaux, se serait trouvé transporté tout à coup au milieu de ces éblouissantes féeries, n'eut pu s'empêcher de reprocher à Dieu la monstrueuse inégalité établie entre ses enfants.

La chambre du vieux lord Avondale particu-

li^PAinent pouvait être citée comme un modèle

lonfortable et de richesse. Les murailles

it matelassées, ouatées, tendues d'étoffes

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soyeuses et douces au toucher. L'air froid du nord ne trouyait pas la plus imperceptible fente^ pour s'y glisser; des bouches de chaleur y entretenaient nuit et jour une température égale : le noble goutteux retrouvait là, en toute saÎM», le délicieux climat de l'Italie. Des stores aux couleurs éclatantes, des rideaux de yelours à^ crépines d'or, ménageaient dans cette pièce 1» lumière et 1q soleil, suivant le goût du colériqua seigneur. L'ornementation en était caractérls'tique; elle se composait de tableaux représen-tant des chevaux que Sa Seigneurie avait possé^ dés autrefois ; il y en avait de noirs, de blancs, d'alezans, de bftis, de toutes ]es couleurs. Un poétique et suave pc^trait dé miss Âvcmdale, suspendu à l'endroit le plus apparaît, faisait un bizarre contraste avec ces amis d'écurie^ doai milord avait voulu sans cesse avoir l'image sous les yeux ; mais ces contrastes étaient dans la nature même du comte, chez qui les affections de père se confondaient avec d'autres affeetions beaucoup moins nobles et moins pures.

Le matin du jour prescrit pour l'explosion dti complot, le vieux lord, à la suite d'une nuit agitée, s*était levé de la plus détestable humeur. Après avoir revêtu, avec le secours de M. Cla^ rence, son valet favori, une robe de chambre

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de eaeheniiré à cordelière ini*partie soie et or, il s'était assis en maugréant dans son grand fauteuil, dieyant la cheminée oà brûlait un énorme feu de cbari)on, malgré la douceur de la température extérieure. Le domestique allait et venait autour de lui, d'un pas furlif et silencieux. Dans un angle de la chambre, un jeune homme vêtu de<noir, maigre, le teint jaune, les cheveux gra^ et plats, se tenait immobile, le chapeau à la miâin : c'était Daniel Tyler, secrétaire intime et êevc de miiord pour Ja justice de paix, un petit avocat de Dublin, qui, n'ayant aucune vocatien pour défendre la cause de la veuve et de Poi^helin dans un pays où la veuve et l'orphelitt ne peuvent payer d'honoraires, s'était mis au& gages d'un magisftrat incapable tel que lord ÂvondMe. Daniel Tyler venait prendre les ordres du maître, comme il le faisait chaque matfku, et Sa Seigneurie déchargeait sur lui la «oière q<ii'efïle semblait avoir en excès ce jour-là. — De nmiivaises nouvelles, monsieur! disait ]« vieillard d^un ton brusque; et quelles nouvelles pouvez-vous m'apporter pires que celles qui ont trouble ma nuit? Les événements fâche» ne noiJis ont pas manqué ces jours ders, q«e je sache \ Un de mes gardes-chasse, mame à ma livrée, assommé par ces nien-

(liants du village ; un des plus beaux cerfs de mon parc égorgé à deux pas de ma maison par des malfaiteurs invisibles, comme pour me braver. Imaginiez-vous que Faudace des coquins de ce pays pût aller plus loin? Eh bien! ce n'était rien encore. Hier, on s'est porté & un abominable attentat contre un officier de la reine, contre mon parent et mon héritier. Des scélérats inconnus se sont précipités sur lui pendant qu'il péchait dans le lac de Glendalough, l'ont frappé avec la dernière violence, et il est malade au lit par suite de ces mauvais traitements... Mais à propos de cela, Glarence, ajouta le comte en se tournant vers son valet de chambre, comment va sir George ce matin?

— Assez bien, milord; seulement Son Honneur est tout défiguré par les contusions qu'il a reçues.

— Misérables assassins ! s'écria le vieil Avondale en frappant du pied ; mais s'en prendre à mon parent, c'est s'en prendre à moi, le représentant de l'autorité, c'est s'en prendre h la personne de Sa très-sacrée Majesté la reine... Et dire qu'à l'heure qu'il est aucun mandat n'est encore lancé contre les auteurs de ce crime!..* M. Tyler, paresseux que vous êtes, pourquoi ne m'avez-vous pas encore apporté à signer les

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