CHAPITRE IV
mandats d'arrestation contre les assassins de sir George?
— Milord, j'attends... de les connaître.
• ' Les connaître ! les connaître ! belle raison!... Eh ! ne pouviez-vous les chercher, comffleneer une enquête? A quoi donc avez- vous employé votre temps depuis hier? Mais vous n'êtes bons à rien, vous et cet autre âne bâté de Jameson, qui se trouvait avec des constables à deux pas du lieu ou a été commis le crime et qui n'a pas su l'empêcher ; il faut que je fasse tout par moi-même. Prenez garde, l'un et l'autre, que je me lasse un jour de nourrir des fainéants inutiles. . . Mais allez préparer ces mandats, monsieur ; vous laisserez les noms en blanc, et on les remplira avec ceux des gens suspects de ce pays ou les suspects ne manquent pas. Consultez Donnagh; la mâchoire de ce coquin doit être guérie maintenant, et il pourra vous nommer les plus dangereux. Il y a ce vieux rebelle de Sullivan, l'aveugle de Lady's-Cburch ; puis ce grand niais derepealer, le maître d'école, et puis d'autres encore... Quesais-je! C'est votre affaire.
— J'exécuterai les ordres de Votre Seigneurie, dit le clerc en s'inclinant, dès que je lui a ' appris...
Ah! oui, vos nouvelles, vos fameuses nou-
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vell«5. Ëh bien! ^«'âttendex-vons déneîlRiKirquoî restez-vous là, bouche béante, conme tm oison qui attend sa pâtée? Pariez donc, que diable ! Vous ayez nue langue pait^étre.» •
— Milord , je crains. . . L'état de santé de Votre Seigneurie commande tant de ménagemeat 4 ceux qui sont dévoués à votre personne...
— Ah ! ah i des préparations, des préeaations oratoires ! dit le comte d'un ton où perçait pourtant une vague inquiétude. C'est dono Inen sérieux? Mais ne prenez pas tant de souci cle ma santé, maitre Tyler, et dîtes-^moi nettement de quoi il s'agit. Je vous l'ordonne.
Ainsi pressé, le clerc raconta coup sur ecfmp h lord Avondffle comment ie cottage de Tom Irwtng avait été incendié la nuit précédente, et comment un courrier expédié par le vioe-roi d'Irlande était arrivé à Stone-House tout meurtri et se traînant a peine, après avoir été dé-pouillé de ses dépêches par les white-boj^«
En apprenant ces graves événements, le vieux lord paraissait suffoqué d'indignation et de terreur ; un moment on put craindre que la goutte ne lui remontât à la poitrine ou que le sang, se portant avec violence au cerveau, ne déterminât l'apoplexie. Il reprit enfin dHiiie< voix oppressée :
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-< Un ÎDcendie sur mes terres ! Une attaque ^n&ia armëe contre un courrier du <ord-licute- Bant ! M«s ces malfaiteurs sont donc bien surs de l'impunité pour montrer une pareille audace ! 11 ne leur reste plus qu'à s'en prendre dircctemoA h omî; et ils le feront, Tyler; oui, sur mon àmey ils le feront, s'ils s'en sentent la foroe!«. le dois désormais m'attendre aux deniers excès.
Tyler répliqua d'un ton hypocrite que Sa Seigoeurie et la famille de Sa Seigneurie ne pouvaient être personnellement en danger; mais que, dans tous les cas, railord avait autour de lui ses serviteurs fidèles disposés k le défendre jusqu'au dernier soupir.
— Mâord sait bien , dit Clarence en sortant de sa réserve étodiée et en affectant une grande ëmoUon, qu'il en est un du moins qui serait fier de mourir pour un si bon maitre!
-^ Mais ne voyez-vous pas , reprit le comte, assez peu confiant dans le dévouement de ses serviteurs, ne voyez-vous pas que ces attaques, ces attentats , ces crimes qui se multiplient autour de moi ont certainement une seule et même orisine, que ce sont les effets d'une même cause, ■)rékides d'une entreprise plus coupable en* dont je serai la victime? d'est moi que Ton
menace, vous dis-je !••. Oh ! pays maudit! fatale Irlande! Pourquoi ai-je jamais consenti à résider sur cette terre de perdition où le papisme et la misère ont tout bouleversé, tout corrompu ! Mais je n'attendrai pas le coup qui va me frapper... Je veux partir sur-le-champ... Qu'on attelle les chevaux à la berline de voyage... Je veux partir; ils seraient capables de m'assassiner à mon tour !
Le vieillard, oubliant sa goutte, se promenait d'un air égaré dans sa chambre. Tyler laissa passer le premier moment d'exaltation.
— Milord, reprit-il enfîn quand il eut vu son maître retomber accablé dans un fauteuil, je prie Votre Seigneurie de me pardonner ma hardiesse, mais il n'est pas nécessaire de recourir à une aussi fâcheuse extrémité que celle d'un départ immédiat. Ce qui arrive ne doit ni vous effrayer ni vous surprendre ; votre bonté, votre indulgence, je vous l'ai dit bien souvent, ont encouragé la rébellion de ce ramas de mendiants et d'ivrognes ; sachez être sévère et ferme, vous les verrez aussitôt rentrer dans le devoir et la soumission.
— Pour cette fois, tu as raison, Daniel Tyler, répliqua le comte d'un ton résolu en se levant de nouveau; oui, je l'avoue, c'est mon indul-
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geoee extrême qui a cause le mal. Que veux-tu? les prières de Nelly, la sotte fille, les discours sans fin de cet ennuyeux ministre papiste m'avaient tourne la tête; mais cette fois je ne fléchirai pas. Il faut faire des exemples ; je serai impitoyable! Mets-toi là, Tyler, ajouta-t-il en désignant un bureau en imitation de Boule; tu vas dresser un mandat d'arrestation coqtre ce Tom Irwiug et ses adhérents à cause de Fincendie du cottage, et, si le scélérat n*est pas pendu ayant deux mois d*ici, je jure bien... N'oublie pas de mettre sur le warrant : et ses adhérents; le mot est élastique, et nous pourrons en profiter pour envoyer à la prison du comté ceux qui nous gênent. Mais, un moment, interrompit-il comme frappé d'une idée, combien avons-nous de eonstables à Stone-House?
— Douze, mllord ; ce nombre m'a paru suffisant pour maintenir Tordre dans le marché qui se tient aujourd'hui à Neath.
— Le marché!... En effet, je l'avais oublié. Je ne vois jamais sans inquiétude une pareille aeeumulation d'ivrognes autour de ma demeure; dans les circonstances actuelles, je serais inexcusable de ne pas prendre les plus grandes préci >ns pour prévenir une catastrophe. Tyler, ▼4 liiez écrire aux officiers des constabularies
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de Jame's-Town et de Rildare pour qu'ils se rendent ici sur-le-champ avec tous les hommes disponibles; vous requerrez de même le chef de douane à Linfield de m'envoyer les gardes^cote qui ne sont pas absolument nécessaires au service.
— J^obëirai, milord, répliqua le clerc respectueusement ; mais, j*en ai la certitude, les défenseurs ne nous manqueront pas. Je tiens de ce courrier arrivé la nuit dernière à Stone-House que le lord-lieutenant a dirigé plusieurs régiments sur le comté et qu'un fort détachement de ees troupes sera probablement ici dans la soirée ou demain au plus tard.
— Que dites-vous? C'est donc une conspiration qui va éclafter autour de nous? Le lordlieutenant doit avoir des raisons graves pour envoyer tant de troupes dans cette partie du pays. Il me donnait certainement l'explication de ces mouvements dans la lettre qui a été en* levée par les bandits. Mais puisque nous sommes surs d'être appuyés, c^est une raison pour nous de redoubler d'énergie. Tyler, vous préparerez aussi un ordre d'arrestation contre Mac-Tool et O'Mahony, les deux paddys qui ont été expulsés de leurs cottages hier en même temps que Tom Irwitig ; quoiqu'ils ne se soient pas encc i rendus coupables d'incendie, ce sont des desc -
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ft^d dont nous ferons bien de nous débarrasser. N'oubliez pas non plus mes recommandations au sujet de cette vieille trompette de discorde, William Sullivan, et de cet insupportable pédant, le maître d'école, et...
Emporté par sa haine et par la peur, lord Avondale eût volontiers mis en arrestation tous les habitants de Neath^ si Tyler ne lui eut fait comprendre la nécessité de la prudence jusqu'à ee que les mesures vigoureuses fussent appuyées d'une force imposante^ Les mandats achevés, lord Avondale les signa ; mais Tyler lui rappela que, pour devenir exécutoires, ils devaient, suivant la loi anglaise, être signés par un second JQge de paix.
— Eh bien ! allez chercher le ministre, le révérend M. Bruce, que je me suis fait nommer pour collègue, et dites-lui de se hâter. Prévenez aussi M. Jameson ; son expérience pourra nous être nécessaire. On les introduira dans la salle d'audience dès qu'ils arriveront. Enfin, que des domestiques se tiennent prêts à monter à cheval pour porter des ordres partout où il en sera besoin. Oh! tu verras, Tyler, tu verras! ajouta, le vieux lord en serrant les dents ; mais es-tu I sûr que les soldats soient en marche pour ] uréter main-forte?
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— Le courrier m'en a donne la certitude, mîlord, et Votre Seigneurie pourra l'interroger elie-méme.
— Je n'y manquerai pas, dans un instant... Allons, pars, Tyler, pars de suite; il n'y a pas de temps à perdre. Et vous, Glarence, continua le comte en se tournant vers son valet de chambre, hâtez-vous de m'habiller.
'Tyler salua profondément et sortit. Le domestique se mit à préparer les vêtements de milord, qui, en dépit de sa feriueté factice, demeurait pensif e]t préoccupé.
Glarence, grand garçon, mince, à cheveux rouges, ne manquait pas d'intelligence, malgré son air compassé. Lord Âvondale le consultait quelquefois sur les événements ordinaires de la maison et écoutait volontiers ses avis, ce qui faisait de cet homme, à Londres comme à Stone- House, une sorte de favori dont l'influence était fort redoutée. Mais le favori, en valet bien appris, ne paraissait pas, aux yeux de son mattre, avoir conscience de son pouvoir; il n'offirait jamais ses conseils et attendait patiemment qu'on les lui demandât. Il ne s'écarta pas de cette règle de circonspection dans la circonstap'*^ actuelle, et, tout en remplissant son office, I gardait un silence digne et discret. Néanroo i