‹ Le dernier IrlandaisChapitre 79 sur 149 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

lord Avondale avait lu sur la figure roide et gourmée du valet-confident un iutërét marqué pour la conversation précédente.

Dans la situation d'esprit où se trouvait le noble pair, il éprouvait un impérieux besoin de s'épancher.

— Eh bien, Glarence, demanda-t-il en jetant un regard oblique sur le confident qui depuis sa chaleureuse protestation de dévouement n'avait pas prononcé une parole, vous avez entendu de quoi il s'agissait ; que pensez-vous de tout ceci?

— Je pense comme Votre Seigneurie, répliqua Glarence en débarrassant son maître de sa robe de chambre.

C'était toujours la première réponse du prudent valet quand le vieux lord lui adressait celte question.

— C'est fort bien, mais vous devez avoir aussi une opinion à vous... Tenez, je vous connais, et je sais ce que veulent dire ces clignements d'yeux, ce serrement de vos lèvres Tune contre l'autre, ce froncement de sourcils... Voyons, mon drôle, parle avec confiance, je te l'ordonne... Ne crois-tu pas à une conspiration

e contre les miens et contre ma personne? Il n'appartient pas à un pauvre corps tel t. 41

I2i LE DBftmCR IRLAl^AIS.

qne moi de joger de parmlles matières, i^ëplîqQd Glarenee d'an air si pincé que ses lèvres laissaient h peine échapper les sons; cepètidant... Il s'arréla encore.

— Voyons le cependant, répliqua brusqtkement le vieillard qui commençait à s'impatienter.

— Eh bien, milord, puisque Votre Seigneurie l'exige, je vous parlerai avec franchise. Dans les faits aliominables qui se sont passés récemment, il en est certainement qui sont étrangers à la politique et aux conspirations; mais le danger n'en est pas moins grand peut-être !

— Qu^est-ce à dire? répliqua lord Avondale en tressaillant; tu as Tair de savoir quelque chose; voyons, explique-toi.

— Il est d'un bon serviteur d'apprendre à un digne maître tel que Votre Seigneurie tout ce qui vient à sa connaissance ; aussi braverai-je lé mécontentement de Son Honneur sii* George pour...

— Sir George î s*écria lord Avondale ; qu'a donc à voir mon parent sir George dans cette affaire? Aurais-tu, par hasard, l'explication des mauvais ti^aitements qu'il a essuyés hier au lac de Glendalough ?

— Pi*écisément, milord, et comme il s'agit de personnes haut placées, je craindrais...

CEIAFITAX IV. 125

— Ne crains rien, Clarence, dit le vieillard avec empressement ; parle, Clarence, parle, mon ami; je donnerais beaucoup pour savoir la vérité de cette ténébreuse affaire. Je n'ai pu rien obtenir de mon parpRt ; il s'est obstiné à répéter qu'il avait été attaqué à l'improviste par des incoDuus étrangers au pays, pendant qu'il péchait dans le lac.

— A tous risques donc, je dirai ce que je sais... Seulement, Votre Seigneurie se souviendra qu'elle m'en a donné l'ordre formel.

Lord Avondale frappa du pied.

— Eh bien fionc, reprit Clarence qui voyait désormais l'inutilité des réticences, bier au soir, au moment où je venais de me retirer dans ma chambre, après avoir terminé mon service auprès de Votre Seigneurie, j'ai reçu la visite de John Smith, le valet de pied qui accompagnait sir George à la pèche. Le pauvre John paraissait fort agité; il me dit qu'il connaissait les circonstances de l'accident arrivé à sir George, mais que Son Honneur lui avait défendu avec d'horribles menaces d'eu parler, si bien qu'il n'avait pas osé souflder n\Q% en votre présence; que ceoendant s^ conscience avait besoin de se dé-

fger, et qu'il venait à moi, dont il connaissait iévoucmejpit à Votre Seigneurie, pour me

124 LE DERNIER IRLAUDAIS.

demander conseil. J'engageai cet honnête garçon à s'asseoir; je l'encourageai de mon mieux, et voici ce qu'il conta :

« Sir George péchait tranquillement dans le lac, en face du village de Shanakill, quand miss O'Byrne s'est montrée h lui tout à coup. Elle affectait la gaieté, mais son visage était pâle et sa voix tremblait. Au bout d'un instant, elle a parlé bas à Son Honneur, qui a ordonné h John Smith d'aller l'attendre dans une anse du lac, à quelque distance. John se mit aussitôt en devoir d'obéir; mais, en s'éloignant, il aperçut deux hommes qui se glissaient, h travers les buissons, vers l'endroit où sir George causait avec miss O'Byrne. Cela excita sa défiance ; au lieu de se rendre h l'endroit indiqué, il se cacha dans les joncs, à deux cents pas environ de son maître. De là, il ne pouvait entendre ce que l'on disait, mais il pouvait voir, et il se tint attentif dans sa cachette. »

— Et que se passa-t-il? demanda le vieillard dont les yeux, ternes dordinaire, brillaient du feu de la curiosité.

— Une conversation s'établit alors entre miss O'Byrne et sir George. Miss Julia semblait Timplorer; plusieurs fois elle fit le mouvement d'essuyer ses yeux baignés de larmes. Son Hon-

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