‹ Le dernier IrlandaisChapitre 86 sur 149 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ter un domestique de Stone-House... Il vous a été adressé par miss Avondale sans doute.

Julia prit le papier et rompit le cachet. Le billet était ainsi conçu :

u La reine de Glendalough est invitée h venir sans retard au pavillon des ruines dans le parc de Stone-House, où son humble sujette va se rendre pour préparer le thé. Cette faveur d'une auguste souveraine sera d'autant mieux appréciée qu'on a beaucoup de choses à lui apprendre et davantage peut être à apprendre d'elle. »

Miss Avondale, fatiguée sans doute du ton pindarique, ajoutait en terminant :

« Venez de suite, ma chère miss O'Byrne ; j'ai réellement grand besoin de vous parler. J'attends et je vous aime.

« Nelly. »

Julia relut deux ou trois fois ce billet.

— Que peut-elle me vouloir? demanda-t-elle ayec réflexion.

— Je l'ignore, ma sœur ; cependant, si vous jemandiez mon avis, je vous conseillerais

d'accepter l'aimable invitation de miss

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Nelly. Cette petite promenade vous fera da bien; le bruit et le mouvement du marebé que vous aurez à trarerser pour tous rendre à Stone« House dissiperont les fteheoaes idées dont Votrs paraissez obsédée. Enfin, s'il faut Favouer, je pense que vous trouverez l'occasion de parler encore à miss Avondale en faveur de tues pauvres paroissiens, et si vous pouviez là décider à tenter de nouveaux efforts pour apaiser la coléi*e de milord...

— Ne l'espérez pas, Angus; bier, lorsque miss Nelly me cbargea de remettre son aumône aux malheureux expulsés de leurs cottages, elle m'annonça que ses instances seraient désormais impuissantes... D'un autre côté, les derniers événements ont du porter au comble l'exaspération de Sa Seigneurie. . . J'essayerai cependant, et puisque vous le permettez, je me rendrai à l'invitation de mon amie.

— Fort bien, Julia ; mais vous ne pouvez traverser seule la foule qui se presse là-bas; je vous aécompagnerai donc jusqu'il la grillé de Stone-House.

— Merci, mon frère ; dans un instant, je suis à vous.

Peu de moments après, en effet, miss O'JByme et le ministre descendaient cdte à c6te ia rœ

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poQÎj^iIe de Nealh. iulia se eouvrait le visage de soa Foiie pour cacher l'effrayante altération de SCS traits ; Angus, appuyé sur sa canne, la suivait de près, en saluant i droite et à gauche crux de ses paroisncns qui se trouvaient sur son chemin, lis lui témoignaient leur respect ordinaire; néanmoins, aucun ii*approchait de lui et ne semblait vouloir lui parler. Or, il faut s«roir de quelle importance est le prêtre catliolique aux yeux de ses coreligionnaires irlandais pour s'^pliquer combien cette circonstance devait paraîtra singulière à M* O'Byrne. Le curé est le conseiller, le confident des familles ; on oe fait rien sans le consulter, on prend son avis sur les évé^emeats les plus simples. Chaque, fois qu'Aogus se montrait dans les rues du village, il était accablé par une multitude de gens qui désiraient s'éclairer de ses lumières sur leurs intérêts privés, ou même par de simples dévols qui croyaient sanctifier leur journée en échangeant qudques miots oiseux avec Sa Révérence. kum Angits fut il frappé de voir que ses paroissiens l'évitaient avec afifectation , et qu'après l'avoir salué, ils s'enfuyaient comme s'ils eussent eraipts d'étne ÎAterrogés.

seul qui osa l'aj^order fut John Morris , ^ d!école de la paiH>iâse. Le pauvre garçon

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était toujours vêtu de cet uniforme troué dont il était si fier. Il dta son chapeau défoncé et s'inclina humblement.

— Salut k Votre Révérence et à miss Julia, dit-il. Ah! Votre Révérence, voilà bien du monde à Neath ce matin !

— En effet, mon cher John, répliqua le ministre d'un air distrait, et je ne sais si les amis de la paix devront s'applaudir de celte grande afiluence.

— Ah ! ah ! répliqua Morris avec un accent singulier, vous avez remarqué déjà?... Eh bien, j'avoue qu'il se passe aujourd'hui des choses que je ne comprends guère , et si je ne craignais d'effrayer cette bonne jeune dame...

Il attacha son regard timide sur Julia ; mais les craintes de Morris étaient bien inutiles. Miss O'fiyrne, absorbée par ses pensées, s'était à peine aperçue de sa présence.

— Qu'y a-t-il donc, Morris ? demanda Angus avec inquiétude en se rapprochant de son interlocuteur ; les gens de Neath ont des allures nouvelles ce matin.

— J'ai remarqué beaucoup de choses, Votre Révérence, dit John les yeux toujours fixés sur Julia inattentive; mais, quant à savoir ce qui se prépare, je suis dans une complète ignorance...

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Depuis quelque temps, vous le savez, on se cache de moi, et même les repealei*s me tournent le dos... Cependant je viens de voir, tout en rôdant dans les environs, des figures qui ne me plaisent pas.

— Quelles figures, mon cher John ?

— Je puis dire à Votre Révérence ce que je ne dirais volontiers h nul autre. Je suis sur d'avoir reconnu le vieux Dan O'Dogherly, qui fut condamne à mort, il y a six ans, pour avoir tué un douanier, et Je boxeur Samson Meggy, qui s'enfuit dans le Cummemara après avoir assommé traîtreusement ce grand boxeur de Londres qui Tavait défié... Quand de pareils hommes se promènent en plein jour sur la place publique, à la barbe des constables, c'est mauvais signe, je le crains.

— Et devinez-vous dans quel but ces hommes ont pu se rendre ici, John Morris? J'ai bien entendu parler d'une sourde agitation dans celte paroisse; mais aucune pensée de révolte ne pourrait se faire jour ainsi à l'improviste sur ce coin éloigné de l'Irlande ; ce serait une folie dont il résulterait de grands malheurs... John, aiouta M. O'Byrne plus bas, vous êtes un fidèle

ealer et vous n'avez pas oublié les paroles master O'Gonnell, qui recommande exprcs-

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sèment 4e garder h paix ()eJa reioe. Restée «pnès de moi ; Igrsque nous aurons conduit ma sœwr jusqu'à la grille de Stone^House, nous reviendrons nojMS mêler i la fouie et nous unirons nos efforts pour péuétrer ce secret, si toutefois il existe.

— Je suis aux ordres de Votre Révérence, répliqua John avec empressement.

Angus avait eu d'abord la pensée de revenir en arrière et de ramener sa sœur à la mense ; mais ii réfléchit que, quoi qu'il arrivât, Julîa serait -toujours respciolée dans une bourrasque populaire ; que, dans le cas possible d'une agression de la population oonlre lord Avondale, ia présence de Ja jeune fiUe à Stone-Heuse deviendrait une garantie de ses bonnes dispositions personnelles envers la famille du landlord et une protection. Aussi persista- t-il dans son premier projet, et, touehant douoement le bras de miss O'Byrne, qui semblait avoir oublié ou elle jetait, ils reoommencèrent à descendre l'étroite rue du village en compagnie die John Morris.

Partout où ils passaient, on continuait à les regarder d'un air de curiosité, mais toujours sans oser approcher; on chuchotait quand ils étaient à distance, on semblait se perdre eu sup-

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fiMÎtions sur le but probable de leur promenade. M. 0*iByrne, avec sa fermeté ordinaire, eut bien voulu marcher droit vers quelqti'uii de ces causeurs, le saisir par le bras et lui arracher le •mot de réuigrue ; mais il crai^^nait de provoquer>eiicore une scène tumultueuse en présence de sa sœur. Modérant donc son impatience, il se résolut à attendre que Julia fut en sûreté pour éolaircir ses doutes.

Bîeatôit ils atteignirent Tespèce de plaine où se tenait particulièrement le marché. L'espace compris entre le pied du rocher et la grille du pare élait encombré de monde; mais, chose bizarre et qui n'échappa point au regard attentif d'Ajagus, les bestiaux qui, à cette heure peu avancée, auraient dû être atUichés aux piquets disposés pour cet usage, avaient déjà disparu. 11 ne restait plus dans Tenceinte que des hommes dont la contenance trahissait la défiance et Tincertitude. Dès que le ministre et sa sœur se montrèrent, la foxile s'entr'ouvrit, les fronts se découvrirent, les têtes sinclinèrent, mais pas une parole ne leur fut adressée par ceux même qui les importunaient habituellement de leurs noUtesses et de leurs obséquiosités.

bOgas, de plus en plus inquiet, pressait le pour gagner Stonc-House, quand une fer-

mentation nouvelle se manifesta parmi les paddys, et il s'aperçut que sa soeur et lui n'attiraient plus Tattention exclusive des gens du marche.

Depuis quelques instants, on voyait briller dans le parc, à travers la grille, des baïonnettes de fusil. Bientôt les éclairs que le soleil tirait de ces armes meurtrières devinrent plus éblouissants et plus rapprochés; enfin la grille s'ouvrit, et une douzaine de constahles s'avancèrent en bon ordre, l'arme au bras; à l'extrémité de l'avenue, devant l'habitation, un grand nombre d'autres constables, les fusils en faisceaux, semblaient chargés de garder la demeure du landlord.

L'arrivée de ces soldats de police sur le marché fut accueillie par des huées. Mais comme les démonstrations hostiles se bornèrent là, les constahles irlandais, habitués à de pareilles réceptions, ne s'en émurent pas beaucoup. A leur tête marchait le bailli Jameson, remarquable à son costume noir. Le vieux légiste, la main passée dans l'ouverture de son ample gilet, affectait la tranquillité, mais il était fort pâle; ses jambes, qu'il roidissait avec effort, paraissaient légèrement flageoler. Par intervalles, il baissait brusquement les épaules, comme s'il eût redouté une attaque soudaine.

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