‹ Le dernier IrlandaisChapitre 87 sur 149 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Éyidemment, les agents de la force publique avaient h remplir une mission déterminée ; mais quelle était cette mission? Le premier mouvement de bravade passé, chacun commença à se demander^ comme à l'ordinaire, s'il n'était pas personnellement menacé. On se regardait pour s'assurer si l'on pouvait compter les uns sur les autres, et le doute entra dans les esprits. Aussi un profond silence s'établit-il autour des gens de justice; on se mit à observer leurs démarches avec une véritable anxiété.

Angus O'Byrne soupçonna aussi que cette nombreuse expédition menaçait les habitants de Neath, et son cœur se serra. Néanmoins, il continua d'entraîner sa sœur, toujours inattentive et indifférente ; bientôt il se trouva en présence des constables et de Jameson, qui les commandait.

A la vue de M. O'Byrne et de Julia, le vieux bailli parut vouloir s'arrêter. Angus comprit très-bien son intention; mais ne se souciant pas d'avoir des rapports publics avec ces subalternes, sûr d'ailleurs que ses paroles d'indulgence et de conciliation ne seraient pas écoutées, il essaya de passer outre, après avoir salué ne légère inclination de tête. Alors Jameson rapidement quelques mots aux constables,

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qui firent halte; pour lui, Mant son chapeau, il s'avança d'un air embarrassé vers le frère et la sœur. «

Malgré les formes polies du bailli, il y avait dans son action une espèce de solennité qui impressionna vivement les spectateurs. Ils éprouvèrent comme une commotion électrique ii la pensée que Jamoson était peut être porteur d'un ordre d'arrestation contre leur pasteur bien-aimé, et ils attendirent avec une terreur muette ce qui allait se passer. Pas un des paddys initiés à la conjuration ne songeait en ce moment à ses projets de révolte et de vengeance qui Toccupaient peu de minutes auparavant.

Cependant Angus, calme et impassible, ne chercha pas h éviter rhomioe de loi. Comme le bailli paraissait fort troublé, il lui dit d'un ton simple, qui dénotait une entière liberté d'esprit :

— Vous voici bien accompagné, M. Jamcson ! Malheureusement votre mission, j'en ai peur, coûtera des larmes aux pauvres gens de ma paroisse !

— C'est possible, Votre Révérence, balbutia le bailli avec effort ; mais j'accomplis un devoir, et, si difficile qu'il soit, je dois le remplir avec courage*

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— Soit, M. JamesoD, répliqua le prêtre avec sécheresse; mais plus ce devoir est pressant, plus je dois craindre d'en retarder l'accomplissèment... Veuillez donc nous laisser passer; ma seeiir est attendue k Stone^House; elle a hâte de se rendre à une invitation de miss Âvondalo.

Le bailli fit un geste de surprise et sembla irrésolu.

Quoique cette courte conversation eût eu lieu à demi-voix, tel était le silence qui régnait autour des interlocuteurs qu'elle avait été entendue par un grand nombre de personnes. Angus, avec son inaltérable sérénité, essayait toujours de frayer passage i sa sœur à travers la foule, quand Jameson se jeta brusquement au-devant de lui et balbutia :

— M. O'Byrne... Votre Révérence... je vous supplie de m'excuser... mais les ordres que j'ai reçus. ••

— Qu'est-ce k dire, monsieur le bailli ? demanda Angus le sourire sur les lèvres; auriezvo6s reçu des ordres qui me concernent ?

— Non, non, pas vous précisément, Votre Révérence, répondit Jameson pendant que de «■'«'^sses gouttes de sueur lui découlaient du

nt; votre k)yauté est trop bien connue! Il ^it d'une personne... Croyez que mon oflBce

me m'a jamais paru aussi pénible, aussi douloureux...

Et comme le jeune prêtre le regardait bouche béante, Jameson se retourna vers Julia, dont il toucha répaule en disant avec une extrême volubilité :

— Julia O'Bjrrne, je vous arrête au nom de la reine. '^ .

— Ma sœur! s'écria Angus d'une voix écla-tante en reculant d'un pas.

Un grand cri retentit, poussé par plusieurs milliers de voix ; mais tout retomba aussitôt dans le silence de la terreur.

La jeune Glle avait fléchi au contact de la main du bailli, comme si elle se fut éveillée en sursaut. Puis elle releva la tête et regarda à droite et à gauche d'un air e£Paré.

— Que me voulez-vous? dit-elle en frémissant; je ne vous connais pas... Laissez-moi passer... miss Avondale m'attend pour prendre le thé... Eh bien! que faites-vous, Angus?

Le prêtre restait immobile comme une statue. Jameson, qui, la glace rompue, semblait avoir repris un peu d'assurance, répéta d'un ton plus distinct :

— Julia O'Byrne, je vous arrête au nom de la reine.

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