‹ Le dernier IrlandaisChapitre 92 sur 149 · CHAPITRE ▼. i7l · texte numérisé non relu

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oant , de songer aux plaies saignantes de notre cœur. Chargez-vous de cette malheureuse créatore, et donnez-lui les secours dont elle a besoin. Aussitôt que les grands projets dont je poursuis raecomplissement m'en laisseront le loisir, je TOUS dirai mes intentions à son égard. En attendaût, retirez-vous à la mense et gardez-vous de TOUS opposer k ce qui est certainement la volonté de Dieu.

Il écarta les cheveux flottants de la pauvre Julia, déposa un baiser sur son front glacé, et, la remettant à Angus , il s'éloigna précipitamment. Le prêtre eût bien voulu le retenir, mais il sentait que ses paroles ne seraient ni comprises ni écoutées ; il se contenta donc de lever les mains au ciel, comme pour le prendre à témoin de son impuissance.

Julia, en ce moment, parut enfin revenir à la vie ; elle souleva péniblement sa tète, et s*écria d'une voix faible mais distincte :

— Richard, sauvez miss Avondale !

Puis elle s'affaissa de nouveau.

Richard n'avait pas entendu cette recommandation, et il se trouvait déjà près de la grille de Stone-House quand un homme l'aborda ; c^était eugle de Lady's-Church. - Milord i dit le vieillard , soyez béni pour

votre héroïsme... Dieu vous a fourni ce moyen que vous cherchiez avec tant d*ardeur , mais à quel prix !

— Qu'importe ! murmura Richard d'une voix étouffée pendant qu'une larme brillait dans ses yeux, en dépit de son stoïcisme.

Des coups de fusil qui retentirent dans le parc interrompirent l'entretien. Richard s'élança au milieu de la foule qui attaquait les portes de Stone-House avec fureur.

L'insurrection.

Les coups de feu qui avaient attiré l'attention de Richard 0*fiyrne cessèrent bientôt. Les constables préposés à la garde de Stone-House n'avaient pas voulu abandonner leur poste sans une apparence de combat. Mais c'eût été folie à une poignée d'hommes de tenter d'arrêter les masses considérables qui se portaient sur Thabitation du landlord, et, après avoir fait, à travers la grille, une décharge qui ne blessa sonne, ils s'étaient enfuis et dispersés dans arc.

174 LE DEHIQEH HLAIIDAIS.

Cette Tellëité de résîstaoce augmenta encore l'ardeur des assaillants. En un clin d'œil les murs furent franchis ; la grille, descellée par de puissants leviers, tomba avec fracas; et tandis que la foule se précipitait dans l'avenue en poussant de grands cris, des hommes choisis se dirigeaient, par Tordre d'O'fiyrne, vers les autres issues du parc, afin de s'en emparer.

Richard pénétra lui-même un des premiers dans l'euceinte de Stone-House. Il sentait la nécessité de sa présence pour prévenir des excès auxquels les paddys n'étaient que trop disposés. D'ailleurs , il désirait veiller sur miss Avondale et peut-être avait-il des projets particuliers à l'égard de sir George. Aussi, après avoir donné mission à quelques insurgés de poursuivre les constables et de les désarmer, fit^il ses dispositions pour occuper sans retard l'habitation, qui s'élevait à l'extrémité de l'avenue.

Avant tout, il essaya de mettre un peu d'ordre dans sa Iroupe indisciplinée, car les domestiques de Stone-House étaient nombreux , et , animés par lord Avondale ou par s6n odieux parent, ils pouvaient tenter une résistance désespérée. Il forma un corps des hommes les plus résolus et les mieux armés, en rejetant le fretin de la révolte à Tarrière-garde ; puis il plaça au milieu

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de ce bfttaillon d'élite le drapeau iriandais , et preaant lui-même le eommaudement, il se prépara à marcher.

Gomme il achevait ces dispositions, John Morris, dont les traits bouleversés exprimaient eneore un véritable égarement , s'approcha de lui*

— Milord, dit le maître d'école d'une voix étouffée, si vous avez une arme et un poste périlleux à me confier, disposez de moi... Je mourrai sans regret pour la cause que vous défendez.

— Et qui étes-vous, l'ami? demanda distraitement Richard.

-*- Je suis John Morris, milord.

— Le chef des repealers de Neath ! interrompit O'Byrne avec empressement. J'ai entendu parler de vous, M. Morris, et je sais que votre conversion sera d'un excellent exemple dans le pays. Soyez le bienvenu parmi nous... Vous avez donc enfin compris que Daniel O'Gonnell nous trompait avec ses subtilités légales, et...

— Que sais-je, milord? répliqua John d'un air sombre. A yrai dire , je songe moins en ce «nmnent k la cause de l'Irlande qu'à celle de

( O'Byrne, votre malheureuse sœur !

ichard le regarda fixement.

176 'LE DBUflEK ISLANDAIS.

— Il suffit, M. Morris, dit-il avec un peu de froideur ; restez près de moi , c'est le poste le plus périlleux, sïl y a du péril, et quant i une arme, prenez celle-ci.

Il lui tendit un de ses pistolets, que Morris saisit ayec empressement et qu'il agita au-dessus de sa tête en s'écriant :

— Sir George! sir George! où es-tu maintenant?... Où lrouverai*je l'exécrable sir George Clinton ?

Il courait déjà comme un fou vers la maison, quand Richard le retint d'une main vigoureuse*

— Quoi ! dit-il à voix basse, vous savez combien j'ai été outragé par cet homme abominable, et vous croyez que je laisserai à un autre le soin de me venger? Ne le touchez pas, monsieur, il m'appartient à moi seul... De quel droit vous immiscez-vous dans ma querelle?

Morris, qui avait cédé à un accès de délire, sembla rappelé à lui-même par ces sévères paroles ; il regarda le frère de Julia d'un air de confusion; son visage pâle exprimait tant de tristesse et de souffrance, que l'étreinte convulsive de Richard diminua peu à peu, jusqu'à devenir une pression caressante.

— Pauvre jeune homme ! murmura-t*il.

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