‹ Le dernier IrlandaisChapitre 98 sur 149 · CHAPITRE Tl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Tl

£t il se précipita dans la maison y tandis que Morris et les paddys s'engageaient sous les ombreuses avenues du parc.

Richard n'eut pas de peine à arrêter les dévastations qui menaçaient d'une destruction complète les richesses artistiques de lord Avondale. Sa présence imposa aux plus exaltés et aux plus avides. Néanmoins il ne put préserver du pillage la riche collection d'armes anciennes et modernes réunie dans la galerie supérieure. Comment en effet résister aux sollicitations de paysans demi-nus, qui n'avaient que des shilallahs et des couteaux pour combattre les soldats anglais? Aussi, les fusils de chasse damasquinés du vieux lord et de sir George, les fusils à mèche, les arquebuses à rouet du moyen âge, les épées à deux mains, les framées gauloises et les haches saxonnes, tout fut-il de bonne prise. On vit même des paddys, à défaut d'autres armes, se disputer les toftiahawks des Peaux Rouges de l'Amérique du Nord et les crids empoisonnés de la Malaisie. La répartition achevée, Richard exigea que les insurgés quittassent la maison, et des sentinelles furent placées aux tes avec une consigne sévère. En l*evanche , ermit d'aex^epter des rafraîchissements, dont ihitation était abondamment fournie ; les do-

mestiqiies de Stone-House, qui s'étaient cachés dans le premier moment, et qui reparaissaient maintenant avec assurance, en apportèrent à renvi. Bientôt la pelouse, couverte de gens qui buvaient et mangeaient avec gaieté, présenta plutôt l'aspect d'une fête qu'un tableau de guerre civile. Cependant le chef donna les ordres les plus rigoureux pour qu'aucune boisson trop échauffante ne fut servie à ses gens, dont il savait l'ivresse terrible. Telle fut la sagesse de ses mesures, l'extrême surveillance des officiers subalternes, que pas un paddy, chose incroyable ! ne s'enivra à Stone-House dans cette mémorable journée.

Quant à lui , il se retira dans le cabinet de lord Avondale pour écrire aux autres chefs de la conspiration, et leur faire part des événements de la matinée.

Il était occupé de ce soin, quand de nouveaux cris retentirent dans la maison ; au même instant la porte s'ouvrit, et quelques paddys entrèrent, conduisant en triomphe un prisonnier. C'était le ministre Bruce, qu'on eût découvert difficilement sous les vieilles tapisseries où il s'était blotti, si Tyler, impatient de prouver la sincérité de son apostasie, n'eût montré lui-même aux insurgés le lieu de sa retraite. Le pauvre

Page 1