‹ Le dernier jour de MissolonghiChapitre 21 sur 31 · SOLDATS · texte numérisé non relu

SOLDATS

CHRYSA, se précipitant dans Us bras de Capsati.

Capsali !

TAHiR , à part , regardant Capsali.

C'est donc là cet illustre guerrier !

CHRTSA.

0 mon ami , qu'est devenu mon père ?

Est-il tombé sous le fer meurtrier ?

CAFSALI.

II respire.

TAHIR, atui soldats, montrant Chtysa.

Éloigneï ce captif.

CAPSALI.

C'est mon frère.

TAHIR.

Raison de plus , il pourrait nous distraire , Et je suis las de l'entendre crier.

Allons , soldats, qu'on les sépare.

CHRYSA.

Rien ne pourra nous désunir Que le supplice.

TAHIK.

Eh bien ! qu'on le prépare !

ACHMET

Il est prêt.

CAPSALI.

Nous aussi.

TAHIR.

Je veux l'entretenir, Et je ne puis souffrir ce caprice bizarre !

CAPSAII.

De mon esprit troublé tout souvenir a fui : Demande à ce Français ce que nous venions faire : Je n'en sais rien, j'ai retrouvé mon frère , Et je veux mourir avec lui.

TAHIR.

Qu'il reste donc, mais en silence ;

Lui-même il doit savoir pourquoi :

Déjà de Dryanis j'ai puni l'insolence....

CAPSALI.

Dryanis ! il est mort ?

TAHl».

Il s'est tu devant moi.

CAPSALI.

Scélérat!

TAQIR.

Capsali, Français, je vous écoule.

En faveur de Feiton, je veux, quoiqu'il m'en coûte,

{ 54) Oublier un inoraont que vous Otes chrétiens; Jouissez de vos droits : mais apprenez les miens.

( Mon'r.-^nt Chrysa)

Ce cojitif est à nous : à la plus faible injure Qno. j'entends s'échapper de votre bouche impure, D'un {reste, d'un rogard, son arrêt est dicté. Achmet , demeure à son côté.

(Achmet se place près de Chr^'sa.)

Çà, que demandez-vous?

GÉUARD.

De n'être point esclaves.

TAHIR.

Quoi?

GÉRARD

Qu'on daigne accorder la mort à tous les braves.

TAHIB.

Ils l'auront.

GÉRARD

Aux enfans, aux femmes, aux vieillards Le droit d'abandonner ces débiles remparts, Et d'aller mendier sur des rives lointaines Le pain que Dieu refuse aux malheureux Hellènes.

TAHIB.

(A part.) (Haut.)

II est fou ! par Allah ; je ne te comprends pas. Que nous aurait produit plus d'un an de combats? Que donner au Sultan pour embellir ses fêtes?

GÉBABD.

11 demande nos murs.

TAHIB.

Il demande vos têtes.

Il demande... après tout, tu le sais mieux que moi. Nous ne combattons pas comme vous, pour un roi, Pour gagner ou défendre un peu de territoire, Pour ce je ne sais quoi que vous nommez la gloire ; Nous attaquons les Grecs comme on chasse les loups; Ou nous serons leur proie, ou nous les tuerons tous.

Pacha, l'humanité...

GERARD

TAHIR.

Tu veux rire.

GÉRARD

Regarde :

Ils sont faits comme toi...

TAHIR.

Tu m'insultes ! prends garde.

GÉRARD

Si nous t'avions vaincu...

TAHIR.

Vous m'auriez mis à mort.

GÉRARD

Non, carie droit des gens...

TAHIR.

C'est le droit du plus fort. Arrête, tu vas voir qu'Ibrahim est trop sage Pour prêter un moment roreilleùce message.

SCÈ]%E IX*

Les Précédens, UN "Tvkc, suivi d'un esclave noir ^ portant un firman d'Ibrahim.

LE TURC

Pacha, l'écrit que ce noir te remet, Est d'Ibrahim, le fils de Méhémet ,

L'invincible dépositaire

Des vengeances de Mahomet.

TAHiR, prenant la lettre et la baisant. Je baise avec respectée sacré caractère. (Illit. )

« Au nom d'Allah qui règne au haut des cieux,

Et sur la terre et dans l'abîme ; Au nom de Mahomet , son prophète sublime ,

Juste et miséricordieux; Au nom du Padischa, son kalife et mo maître, Sultan, fils de sultan, défenseur de la foi ,

Mahmoud, dont le souffle est ma loi,

La volonté, ce qui doit être :

Voici l'ordre de ^on visir;

Et qu'il soit fait à l'instant même

Selon son suprême désir.

Selon ma parole suprême.»

» Missolonghi trop long-temps a vécu :

« Du roi des rois la clémence est lassée ; « Plus de pitié pour la ville insensée, « Plus de pitié pour le peuple vaincu. «Que ses remparts, écrasés par la bombe,

(57 ) « Que ses guerriers par le fer déchirés, « Dans l'incendie à la fois dévorés, « Soient engloutis dans une même tombe ! « Exterminez les femmes, les enfans; « Dans les enfers précipitez leurs âmes ; « Livrez au feu le corps de ces infâmes,

« Et jetez leurs cendres aux vents.

« Que leur supplice épouvante le monde ; « Et si les Francs, sur nos bords descendus, « Cherchent la place où fut la ville immonde, « Que le rivage en frémissant réponde : « Missolonghi ! je ne la connais plus î »

« Tel est l'arrêt que le Sultan prononce : « Pacha , la ville ou ta tête en réponse ! »

Puisque du roi des rois telle est la volonté , Il nous reste un captif, qu'il soit exécuté. Âchmet , fais ton devoir.

CAPSALI.

Barbare !

Avant qu'un coup mortel à jamais nous sépare , Tu m'entendras du moins.

TAHiR, d Achmet.

Frappe.

ciPSiLi, saisissant fortement le bras d'Achmtt.

Il ne le peut pas.

Je suis plus fort que lui , que toi , que les soldat* : Le Dieu dans qui je me confie  mis sa vertu dans mon bras.

TAHIB.

Janissaires, frappez!

(Quelques soldats avancent.)

CAPSALI.

Tous je vous en défie î Oui, pacha, oui, tu m'entendras.

(Tous restent immobiles. )

Dieu nous a réveillés du sommeil léthargique Où le temps nous avait plongés.

Il nous a dit : « Fils de la Grèce antique , Levez-vous ! vous serez vengés.

J'ouvrirai sous vos pieds les tombes de vos pères. \'ous entendrez de merveilleuses voix Que vous compreniez autrefois :

Vous reverrez des jours prospères^ Et le triomphe de la croix! »

Il l'a dit : maintenant que vos titres sauvages

Bondissent du fond des déserts

Pour s'élancer sur nos rivages :

\ccourez, accourez des bouts de l'univers; Faites sous vos vaisseaux disparaître les mers;

Sillonnez par d'affreux ravages

La terre, les flots et les airs :

Que nos villes soient effacées; Que l'ange de la mort, planant sur nos sommets ,

Nous couvre tous de ses aîles glacées : De la captivité les heures sont passées,

Et la Grèce est libre à jamais.

Un bruit confus de voix, d'arme^ retentissantes, Frappera votre oreille , et ne finira pas ;

Vous verrez courir sur vos pas De nos pieds mutilés les traces menaçantes :

Dans vos festins, dans vos jeux insultans, Dans l'ombre de vos nuits, nos mains froides, sanglantes,

Viendront peser sur .os cœurs palpitans :

(59) Nos cendres, dans les airs, dans les eaux confondues j En funestes vapeurs tout-à-coup répandues. Empoisonneront l'air, infecteront les eaux; Vous boirez le trépas dans l'onde des fontaines , Vous le respirerez dans les tièdes haleines Dont se nourrissent nos coteaux.

Alors, quand la terre sacrée De votre sang et du nôtre enivrée, Libre, mais couverte de morts, N'aura plus d'habitans, plus d'ennemis;... alors

La Grèce encor sera vengée !

D'un rocher de la mer Egée

On verra sortir triomphant

Un homme, peut-être un enfant,

Qui, sauvé du glaive homicide

Pour recommencer nos destins ,

Gravira ces sommets lointains,

Antique honneur de la Phocide,

Et là, du drapeau de la Foi

Décorant le front du Parnasse, D'un regard souverain mesurera l'espace. Et dira : « Je suis Grec , cette terre est à moi ! »

( A Achmet , en courant se jeter dans les bras de Chrysa. )

J'ai dit : Tu peux frapper, nos couronnes sont prêtes. Sauras-tu d'un seul coup faire tomber deux têtes?

Oui.

Je te le défends : la générosité Est la vertu du fort.

( Montrant Gapsali. )

(6o ) Qu'il aille en liberté.

Quant à l'autre...

(Achmetlève son sabre sur Chrysa.)

GÉRÂBD-) s'élançant entre Achmet et Chrysa.

Un moment! je propose un échange.

ÀCHMET.

Un échange ! avec qui?

GÉRARD

C'est avec moi.

CHRYSA.

Qu'entends-je?

CAPSALI.

C'était là ton projet?

GÉRARD

Oui.

CAPSAII.

Je n'y consens pas-.

GÉRARD

Pacha, coumianJe.

CHRYSA.

Achmet, j'implore le Irépas; Je suis ton prisonnier.

GÉRARD

Que je sois ta victime!

CHRYSA.

Non, je ne le veux pas.

GÉRARD

Tu le dois.

CAPSALI.

GÉRARD

C'est un crime.

As-tu donc oublié?.

CAPSAI,!.

Tout.

GiRARD.

Je veux vous unir Pans le même tombeau , pour le même avenir.

cxpskLi , ?nontrant Aclimet.

Son fer nous unira plus vite.

Et la patrie I La patrie ! entends-tu cette voix qui te crie : Viens me défendre, viens: ù mes derniers instans J'ai besoin de ma force, et de tous mes enfans.

CAPSALI.

Pars, va me remplacer.

ACHMET, au Pacha.

Si, pour les satisfaire, Il ne faut que choisir, c'est lui que je préfère. ( Il montre Gérard. )

TAUIR.

Pourquoi?

ACHMET

Dans un combat il est plus dangereux

( 6. ) CEBARD, amenant vivement Capsali sur le devant de la scène.

Crois-tu qu'un mèine sort vous attende tous deux? Le bourreau va sur vous porter sa main cruelle; On saura tout.

CAPSALI.

Grand Dieu!

ÇÉRARD.

Tu mourras, toi! mais elle!..,

CAPSALI, effrayé.

Silence !

GÉBAKD.

( Au Pacha. )

Je triomphe! Il vient de consentir!

CHRYSA , à Capsali.

Toi?

CAPSALI.

Qu'ai-je dit? où suis-je ?

TAHIR.

Eh bien, il doit partir.

CAPSALI,

Gérard!...

GÉRARD

Je vous attends aux célestes demeures!

TAHIR, d Gérard.

Allons, c]ue ce débat finisse, et que tu meures!

( A Capsali et à Chrysa. ) Et vous, de vos remparts reprenez le chemin.

CHRYSA.

Jamais !

TAHIil.

Qu'on les entraîne !

( Des soldats les séparent. ) CAPSALI.

0 Gérard !

GÉRARD, leur montrant le ciel.

A demain î

FI?f pu DEUXIEME ACTj:.

Le théâtre leprésenle la cathédrale en ruines; à gauche, est le tombeau de lord Byron ; à droite, la rampe d'un escalier qui descend dans les souterrains; à travers les pans de nrurailles démantelées par les bombes, on aperçoit les débris de la rille ; dani le fond de la salle est la porte d'entrée.

SCÈINE PREMIÈRE.

THÉMÉLIS, BOTZARIS, CAPSALI, CHRYSA, TSA- VELLAS , 3IEYER , ALEXIS , Guerriers , Femmes ,. "Vieillards, Enfans, cortège de Thémélis. ( Tout le monde est à genoux. )

CHœVR GÉNÉRAL.

Hymen, hymen, viens encor nous sourire ; Suis l'ange de la mort qui descend dans ces lieux ;. Et le front ceint des palmes du martyre , Remonte avec lui dans les cieux.

CXE JELSE FILLE.

Elle est si belle et si chérie!

Le ciel lui devait de longs jours :

Faut-il qu'elle tombe flétrie Au premier souflle des amours!

Hâtez-vous, que le nom d'épouse Fasse un instant battre son cœur, Puisque la fortune jalouse D'un nom plus pur encor lui ravit la douceur.

CHœCK.

Oublions ces vaines pensées.

Ces délices d'une heure, en une heure efifacées. Près de l'autel d'hymen le tombeau va s'ouvrir : Il faut mourir.

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