‹ Le dernier jour de MissolonghiChapitre 23 sur 31 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

THÉMÉLLS, BOTZARIS, CAPSALI, TSAVELLAS

UN Vieillard.

LE VIEILLARD

Pourquoi délibérer? que reste-t-il à faire ?

N'aVons-nous pas épuisé nos efforts?

Ne faut-il pas mourir?

BOTZAaiS-

Oui, mais parmi les morts.

Il en est une qu'on préfère.

TSAVELLAS.

Écoutez mon avis, ou plutôt le devoir.

Je Aiens de parcourir nos murailles désertes; Les fossés sont comblés, les brèches découvertes, L'ennemi peut entrer; plus d'abri, plus d'espoir. Du côté de la mer il n'est point de ressource ; Le pavillon d'Hydra n'entend plus nos signaux : Topai a rapproché ses quatre-vingts vaisseaux, Et Canaris , arrêté dans sa course ,

Reste immobile sur les eaux — Eh bien, sur les débris de nos tours écroulées

Traînons les débris de nos corps; De nos bras languissans, de nos mains mutilées

Ranimons les tristes ressorts.

Entassons-nous autour des batteries.

Foudroyons nos vainqueurs; et que nos faibles voix Exhalent en mourant ces paroles chéries :

Victoire ! victoire à la croix !

LE VIEILLARD

Mais qui sauvera de l'outrage

Et vos épouses et vos sœurs ?

C'est en vain qu'une firman ordonne le carnage : Qui pourra retenir une impudique rage

Dans cette nuit pleine d'horreurs ?

CAPSALI.

Moi! Dans ce lieu qu'on ks rassemble toutes : Je les défendrai.

BOTZlfilS.

Seul?

CAPSÀlI.

Écoutez : Sous ces voûtes Un souterrain....

LE VIEILLARD

Les Turcs sauront le découvrir.

Tant mieux ! écoutez donc : hâtons-nous de l'ouvrir Courons à l'arsenal : puisque le sort funeste Ne nous appelle plus à des combats nouveaux.

Prenons la poudre qui nous reste,

Amassons-la dans ces caveaux.

Aux cris d'une foule éplorée Les Turcs, pour nous ravir un précieux trésor, Vont se précipiter sur l'enceinte sacrée :

Pour mieux les exciter encor, Nous pourrons quelque temps en protéger l'entrée : Ils arriveront tous; je serai là... Soudain La Hellade apprendra qu'il me reste une main.

THÉMÉLIS.

Généreux Capsali, Dieu lui-même t'inspire. Il a marqué ta place au séjour des élus.

TSAVELLAS.

Tu ne seras pas seul, je ne te quille plus.

LE VIEILLARD

Ni moi.

BOTZABIS.

Guerriers, qu'osez-vous dire !'

( 7o) J'ai rêvé comme yous la gloire du martyre; Mais je sens aujourd'hui bouillonner dans mon sein Un plus utile, un plus noble dessein.

Prenez vos armes, qu'on me suive.

Qui sait braver la mort, n'attend pas qu'elle arrive. Nos vieillards, nos blessés défendront les remparts;

Gagnons le port : là, couchés sur la plage. Nous laisserons les Turcs courir de toutes parts

A l'assaut, au meurtre, au pillage.

Et puis, nous marcherons soudain.

Les rangs serrés, sans bruit, et le sabre à la main ,

Les yeux fixés sur l'Aracynthe :

La vigueur de nos bras n'est pas encore éteinte, Peut-être nos efforts ne seront pas perdus ; N'en passât-il qu'un seul, c'est un vengeur de plus. Je veux, moi, si je meurs, qu'un autre me survive :

Prenez vos armes, qu'on me suive !

CAPSALï.

J'admire, Botzaris, ces généreux transports; Mais laisse-nous mourir où nos pères sont morts. Ce matin tu blâmais une ardeur téméraire, Et tu veux...

BOTZARIS

Ce matin! et que pouvions-nous faire?

Exposer sans secours à la clarté des cieux, A vingt mille ennemis acharnés, furieux. Et notre désespoir, et notre petit nombre ! Il fallait pour sortir attendre la nuit sombre : Nos braves compagnons nous auraient entendus; Du haut de l'Aracynthe ils seraient descendus; Ne pouvant nous compter, ne pouvant les connaître. Les barbares tremblaient; nous échappions peut-être

(7' ) Dryanis et Gérard vivraient encor demain, Ou du moins ils mouraient les armes à la main.

Mais laissons ces regrets : la nuit vient, le temps presse, Ne désespérons pas du salut de la Grèce. Le peuple impatient frémit autour de nous : Que lui dirai-je, amis?

TSAVELIAS.

Que nous te suivrons tous.

CAPSALi, acec force.

Non.

BOTZARIS

Comment, Capsali! c'est toi qui m'abandonnes!

CAPSALI.

Ces murs sont mon pays, j'y reste.

BOTZABIS.

Tu m't'lonnes.

La Grèce toute entière est ta patrie.

CAPSALI.

Hélas!

Pour la servir ailleurs que peut ce faible bras ?

BOTZAniS.

Suis-nous : J'espère bien te frayer un passage.

CAPSAtl.

De cette main encor je saurais faire usage ; Plus d'un Égyptien, à mes derniers momens. Aurait de ma patrie expié les tourmens.

BOTZARIS

Eh bien?...

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