L AME D UN GUERRIER
L'univers dans le crime était enseveli :
Il fallait un fléau ; je sortis de l'oubli, Et ta main me sacra le christ de ta colère, Et j'allais en fauchant et refauchant la terre.
Et, lorsque le mal eut pâli, Je fus me reposer au bivouac funéraire. Et mon nom est encor l'horreur du genre humain ;
On me pèse dans la balance
Que l'injustice ou l'ignorance
Tiennent d'une débile main.
Mais la tienne, Seigneur, n'opère pas de même.
Ses poids sont plus judicieux :
Celai sur qui le monde a lancé Tanathëme A trouvé place dans les cieux !
l'abib d'un prêtre.
Afin d'en extirper tout germe qui l'altère, Être le sel divin répandu sur la terre, Le candélabre unique en ses ombres sans fin ; Tenir les clefs des cieux et celles des abîmes, Être homme et s'élever à des hauteurs sublimes Interdites au vol du plus grand séraphin ;
Père et vierge, enfanter à la vie étemelle Des &mes que la mort dérobait sous son aile : Être ranneau qui joint la terre avec le ciel ; Asile permMient de sa splendeur suprême.
Comme à son serviteur commander à Dieu même, Et le faire d'un mot descendre sur Fautel.
Et pourtant, au milieu de ce grand apanage.
Tenir incessamment l'orgueil en esclavage ; Vivre au milieu du monde et rester pur encor ; Défendre sans effroi comme sans arrogance Les droits du misérable auprès de la puissance, Répondre par l'amour aux menaces de mort ;
Donner, prêchant d'exemple ainsi que de parole. Son dernier vêtement et sa dernière obole.
Et se donner soi-niême alors qu'on n'a plus rien ; De peur d'en recevoir récompense sur terre, Pour que le sacrifice au ciel soit salutaire, Couvrir d'obscurité ce qu'on a fait de bien ;
Voilà la mission magnifique et terrible Dont je sentis, Seigneur, l'instinct irrésistible ! Je prêtai mon serment et j'en fus effrayé ; Contre mes passions je combattis sans cesse.
Et, ta force venant en aide à ma faiblesse.
Sous le fardeau divin l'homme n'a point ployé.
Béni soit le Seigneur dont j'enseignais les voies ! Mon àme réunit et sent toutes les joies De celles que ma main a conduites ici :
Dilatez-vous , mon cœur , grandissez vos abîmes * Jusques à l'infini portez vos soifs sublimes, L'inépuisable en dons est à votre merci !
Et j'entendais ainsi , sans jamais se confondre , De tous les points du ciel l'un l'autre se répondre Ces hymnes qui pourtant, dans leur diversité , Ordonnés par l'amour, enfantaient Tunité.
Je sentais , au contact de ce bonheur suprême ,
CHANT TROISIÈBS. 67
Mon esprit délivré de Tennui de lui-même ; Tous les troubles du monde y mouraient tour à tour Afin d'y faire place à rineffaîble amour , Comme une onde coulant sur un lit moins rapide Laisse tomber sa vase et devient plus limpide ; Et , miroir fortuné de Tastre éblouissant , Participe du ciel en le réfléchissant.
NOTES
DU OBAITT TAOXSXiMB
NOTE I-
Ma volonté suffit pour franchir la distance , Sans que Taile ou le pied prêtent leur assistance.
(Page 5o, vers 5 et 6.)
Ce qui se passe quelquefois dans les songes donne une idée de rétat des corps ressuscites, glorieux, spirituaUsés, diaphanes, privés de leur pesanteur, et rapides comme l'éclair. Ecoutons M. Demaistre :
<f Les jeunes gens, surtout les jeunes gens studieux, et surtout encore ceux qui ont eu le bonheur d'échapper à certains dangers, sont Tort sujets à songer durant le sommeil qu'ils s'élèvent dans les airs et qu'ils s'y meuvent à volonté ; un homme de beaucoup d'esprit et d'un excellent caractère, que j'ai beaucoup vu jadis , mais que je ne dois plus revoir, me disait un jour qu'il avait été si souvent visité dans sa jeunesse par ces sortes de rêves, qu'il s'était mis à soupçonner que la pesanteur n'était pas naturelle à