LA VOIX
J'ai pénétré le fond de ce prétexte insigne , Et c'est par l&cheté que tu te fais indigne ;
Non que tu ne doives rougir; Mais tu puises ailleurs le désir du silence : Entre le monde et moi la terreur te balance ;
Et dès œ jour il faut choisir.
6 LI BBUfm joaté
LB POilB.
Eh bien i je me soumets, Seigneur, quand Tanathème, Au sortir de ma lèvre , éclatant sur moi-mtoie ,
Me laisserait sur le carreau.
Vous m'avez appelé ; dans ma nuit , je me lève Et vous obéirai , comme obéit le glaive
Au bras qui le sort du fourreau.
Sinistre précurseur d'immenses funérailles , Voiis voulez que je crie autour de nos murailles :
Jérusalem , malheur à toi ! Malheur à toi , malheur , ô cité de scandale ! Je redirai malheur ! jusqu à Theure fatale
Où je dirai : Malheur à moi !
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A&GUMJBNT.
Invocation à Tange des ruines. — Coup d'cnl sur la «itoation morale du monde. -— Yîsion. — Première scène. — Lever da soleil. — Effroi de la nature.
Archange qui réduis sous ta main meurtrière Les cités en débris, les débris en poussière; Qui , de Tyr , de Sidon , effaçant les palais , En fis comme un lieu propre à sécher des filets; Toi, dont le soulfie ardent brûla conune le chaume Les marbres dont s*omaient et Gomorrhe etSodome, Qui , parcourant le Nil de Memphis à Luxor , Avec le grand désert mis FÉgypte en accord ; De Babel, courtisane à la grande énergie , Éteignis dans la mort Féblouissante orgie , Au niveau de Thysope abaissas ses parois, Et logeas le chacal au palais de ses rois ;
iO LB DBBNm JOUR.
Toi qui mets sur les monts des panaches de flammes. Qui , de la mer de Naple illuminant les lameiâ Et la terre et le ciel de rouge&tres clartés , Sous des torrents de lave engloutis trois cités; Qui » des remparts détruits de Solyme la sainte » Faiis , après deux mille ans , pleurer encor Tenceinte , Et sous les quatre vents tiens ses fils dispersés , Ainsi que leur avouent promis les temps passés; Qui , surprenant Lisbonne en ses habits de fôte , lia castagnette en mains et les fleurs sur la tète , Sous ses pas cadencés élargissant recueil.
Riante la plongeas dans la nuit du cercueil , Et, sur ses murs perdus dans le fond du cratère , Fis étendre la mer comme un drap mortuaire ; Implacable ennemi des travaux des humains, Toi qui dévores tout ce qui sort de nos mains , Et, dédaignant encor ce terrible- apanage.
Jusqu'aux œuvres de Dieu fais monter le ravage ; Toi qui fis un appel aux vastes océans , Afin d'ensevelir la terre des géants ; Et, sur les plus hauts monts balançant les abîmes, Trouvas des ch&timents à la taille des crimes; Qui, le voyant sauvé de Fbumide élément.
Déchiras Tunivers comme un vieux vêtement Dont les vastes lambeaux formèrent les deux monaes Que sépare aujourd'hui l'immensité des ondes; Laisse vivre mes chants , toi qui fais tout mourir, ^t qu'ils puissent atteindre aux siècles à venir.
CHANT PRBmER. ii
Si tous les chants bientôt ne doivent pas se taire , S*il reste désormais quelqu^espoir à la terre. S'il est quelque avenir pour un siècle insensé Qui méprise son père en niant le passé , Où le jour qui se lève est toujours la merveille Et jette insolemment le sarcasme à la veille !
Mais pourquoi Révoquer? n'es-tu pas parmi nous? Et quel temps plus rempli du fiel de ton courroux? Un délire effrayant tourne toutes les tètes : Le vent est supplié de calmer les tempêtes, Et le monde, oublieux du mal qu'il a souffert. Une seconde fois a caressé Tenter ; Et voilà qu'épuisé de sa fatale ivresse , Amant rassasié du sein de sa maîtresse , Il s'affaisse mourant au lit désenchanté , Théâtre de son crime et de sa volupté ; irs'étourdit en vain sur les bords de l'abîme , U porte de sa fin le sentiment intime ; Aux murs de ses festins un invisible doigt Laisse après lui des mots qui font pâlir d'effroi ; Ses 81s sont possédés d'un funèbre délire :
La corde de la joie , hélas ! manque à leur lyre , Et leur regard, blasé des splendeurs du soleil , Semble invoquer la nuit et Tétemel sommeil ,
i2 LB DERNIER JOUR.
Le sommeil affiranchi de bon ou mauvais songe ,
Où doit dormir le ver de Fennui qui les ronge ,
Sommeil que, dans leur langue, ils nomment le néant,
Des esprits décédés mensonger océan.
Et tout languit, tout meurt, les dieux mêmes périssent ,
Les trônes sont à terre et les tribuns fléchissent ,
Et le peuple , en brisant le sceptre de ses rois ,
N'a pas vu pour cela mieux respecter ses droits ,
Et son bras, tout-puissant contre qui le défie,
Est frappé de faiblesse alors qu'il édifie :
Accablé de mépris par ceux qu'il étaya ,
Il voit ressusciter tous ceux qu'il balaya ;
Et des grands imposteurs , dont l'astuce le joue ,
Le char armorié le recouvre de boue ;
Des petits et des grands s'ouvre encor le duel :
Le serviteur est traître , et le maître cruel.
Au sein de nos cités la faim s'enrégimente ,
Et force aux charités l'avarice opulente.
La révolte d'hier, sanglante autorité ,
Réprime par la mort le nouveau révolté.
La justice s'indigne et se voile la face :
La sellette et le siège ont échangé leur place ;
Le glaive de la loi, de peur de se tromper ,
Hésite sur le crime et craint de le frapper;
Devant le prévenu c'est le juge qui tremble ,
Tant l'injuste au bon droit fatalement ressemble !
Il est vrai qu'on nous dit que cet ébranlement,
Loin d'être pour la mort, est pour l'enfantement.