‹ [Le Dernier mot de RocamboleChapitre 23 sur 100 · I,KS .MILLIONS DR L\ BO H E M I K N N E · texte numérisé non relu

I,KS .MILLIONS DR L\ BO H E M I K N N E

« Le vieillard était mis avec décence, mais son habit noir montrait la corde et son chapeau rougissait légèrement sur les bords.

« Une robe de laine» un pauvre petit châle bien simple» un chapeau de velours épinglé noir sans aucune fleur étaient tout l’accoutrement de la jeune femme.

« Mais je les avais reconnus.

« C'était le vieux Berthoud !

« C’était Marie !

« Et je m'élançai vers eux. et j’étreignis le vieillard dans mes bras en lui disant :

« — Mais vous ne savez donc pas que je vous ai pleuré comme mort !

<* 11 avait été aussi ému que moi, et il fut contraint de s’asseoir.

— Je ne suis pas mort, me dit-il, mais j’ai été bieu malade à la suite de tous mes malheurs.

« Je regardai Marie.

« Marie baissait les yeux.

« Alors, ils me racontèrent simplement toute leur vie depuis cinq années.

« M. Berthoud avait perdu dans la faillite d’une maison de banque tout son petit avoir. 1 avait vu ses élèves s'en aller un à un, et il s’était trouvé contraint de vendre.

« Pendant un an ou deux encore, il avait donné des leçons comme répétiteur.

« Puis, atteint d’une opbthaliuie, il avait été comdaiuné à un repos forcé.

« Ils habitaient à deux pas, rue de la Soimllèrc, une ruelle sans air et sans soleil, dans une vieille maison, deux pauvres mansardes.

« De quoi vivaient-ils ?

.« Les yeux rougis et le doigt piqué de Marie se chargèrent de me répondre.

« La pauvre enfant tirait l’aiguille quinze heures par jour pour gagner vingt-cinq sous.

« — Mais votre mari vous a donc abandonnée? m’écriai-je.

« — Mon mari ! dit-elle en jetant un cri, mais je n en ai pas ! je n’ai jamais quitté mon jière.

< Je la pris dans mes bras, je lui mis un baiser au front et répondis :

— Tu te trompes, tu en as un, et ce mari c’êst moi.

« Puis, m’agenouillant devant mon vieux maître :

« — Mon père, lui dis-je, avez-vous donc oublié votre promesse ?

— Je devine le reste, interrompit Paul de Vergis. Tu te maries...

— Dans huit jours.

— Veux-tu que je sois tort témoin ?

— C’était pour le le demander, que j'ai pris le prétexte de te retenir pour dévaluer ce matin.

— Avec qui le scrai-jc ?

— Ah î voilà, dit Paul, je ne sais pas... ou plutôt, je n’ose pas... croire...

— Encore un mystère !

— Hélas ! dit Lucien avec un sourire mélancolique, toujours

— Qu'est-ce encore, voyons ?

— Figure-toi que je m'imagine avoir découvert un de mes protecteurs inconnus.

— Ah ! ah!.

— C’est un Allemand — et je te l’ai dit , ce fut un Allemand qui me conduisit dans la pension Berthoud. Un Papille le major Hoff.

« Depuis quand est-il à Paris ? Je ne sais pas.

« Mais il y a bien trois ou quatre ans que je le rencontre sur mon chemin.

« Quelquefois, il me regarde avec des yeux attendris, et une voix secrète me dit que je ne lui suis point

étranger.

— Ne lui as-tu donc jamais parlé ?

— Si. niais il m’a répondu sèchement, durement même et avec une brusquerie qui m’a paru forcée.

— D’où tu as conclu qup le major lloff èt l’Allemand pourraient bien n’être qu'une seule el même personne?

— Justement.

— Et tu voudrais qu’il le servit de témoin ?

— Oui.

— Où le rencontre-t-on?

— Il est du club des Asperges. Mais il y a si longtemps que je n’y suis allé...

— Eh bien ! nous irons ce soir, si tu veux. Je tiens à le voir, ce major allemand.

— Soit, ré|»ondit Lucien. A ce soir.

Comme le jeune officier, M. Paul de Vergis se levait, prenait son chapeau et s'appelait à quitter son aini, un violent coup de sonnette se fit entendre dàiis l’antichambre.

Lucien regarda la peu iule qui marquait midi moins un quart.

— Je ne reçois pourtant jamais de Visite aussi matin, murmura-t-il.

Et comme il faisuil cette réflexion, la porte du fumoir s’ouvrit.

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