‹ [Le Dernier mot de RocamboleChapitre 3 sur 100 · I.KS II A VAGEl'RS · texte numérisé non relu

I.KS II A VAGEl'RS

On eût dit an anfte dcucendu da ciel pairn le* démons (jianc aO\

ferme, que tous tressaillirent. Kocambole a fait sa soumission au tlab de la Cigogne, Kocambole est de la rousse. '

— Tu mens! s'écria la Mort-des-Braves.

— Foi de voleuse, c'est la vérité.

Ce fut alors un tumulte épouvantable succédant aux cliuchotlements et aux demi-paroles.

La Chivotte éleva la voix de façon que tout le monde l'entendit.

Elle accusa hautement Rocambolc de trahison.

Elle raconta ce qui s'était passé à Saint-Lazare ; elle parla de Timoléon; elle appuya chaque assertion d une preuve ; elle fut d'une éloquence sauvage qui finit par entraîner l'auditoire.

La Mort-des-Braves tui-mème se sentit ébranlé dans ses convictions.

Un seul homme aurait pu protester et défendre énergiquement Kocambole : Jean-le-Bourreau.

Mais Jean était absent, — le Maître l’avait envoyé à Paris.

Et tandis que le tumulte arrivait à son comble, un homme entra.

C'était le Pâtissier.

Et l'on cria: vive le Pâtissier!... mort à Rocambole f...

— Il faut le jeter à l'eau ! disait le Chanoine.

— Non, répondait la Chivotte. je préfère l'étrangler et lui enfoncer mes ongles dans le cou.

— Si nous lui coupions le cou? observa un des Ravageurs.

La Mort-des-Braves se taisait. 11 était près de la désertion.

Le Pâtissier serra les poings.

Mais la Morl-des-Braves se jeta au-devant de lui en s’écriant :

— Si tu touches à Rocamboie, je t’éventre.

Kt j'on vit luire un couteau dans sa main.

l.’un des deux bandits qui avait précédé la Chivotte et le Pâtissier dans le cabaret, ce colosse aux formes herculéennes qui se nommait le Chanoine voyant cela, vint se placer devant l’ancien chef de bande, comme la Mort-des-Braves s’était placé devant Rocamboie.

— Approche un peu, dit-il.

U s’écoula alors une minute qui eut la durée d’un siècle, et pendant laquelle un silence de mort régna.

Soudain les Ravageurs se trouvèrent divisés en deux camps, l’un qui croyait à Rocamboie, l'autre qui se rangeait sous le drapeau du Pâtissier.

Et les deux camps se mesurèrent du regard et une collision était imminente, quand Rocamboie les arrêta d’un geste tellement dominateur, tellement impérieux, qu'une seconde fois il se trouva le maître de la situation.

— .Mes amis, dit-il, je ne veux pas être le sujet d'une querelle : les gens comme vous doivent rester unis, la pïgre ne doit pas être divisée.

Un murmure flatteur accueillit ces paroles.

Seule, la Chivotte protesta par un murmure et par un geste I

Rocamboie fil un pas vers elle et lui posa la main sur l'épaule :

— Mais dis-leur donc, fit-il en la regardant dans le blanc des yeux, dis-leur donc que si quelqu'un a été dans la police, c'est toi, attendu que tu étais de la bande de Timoléon,

La Chivotte eut peur ; le regard de Rocamboie la brûlait :

— Grâce! balbulia-t-elle.

Rocamboie poursuivit avec l'accent du triomphe :

— Écoutez-moi encore, écoutez-moi tous. Je ne voux pas être condamné sans qu'on m'entende. Je veux être jugé! écoutez-moi!

— Vive Rocamboie 1 crièrent ses partisans.

Ceux qui tenaient pour le Pâtissier ne firent plus entendre que de sourds murmures.

— Mort à Rocamboie! répétait la foule.

Le Pâtissier triomphait.

Déjà on se niait vers la porte du grenier, déjà on s'apprêtait à suivre le Pâtissier et à monter pour mettre en pièces celui qui servait la police, lorsque cette porte s’ouvrit.

Un homme pâle encore, chancelant, mais les yeux pleins d’éclairs, apparut alors sur la dernière marche

de l’escalier.

Et à sa vue, ces forcenés reculèrent...

C’était Rocamboie !..

Si jamais Rocamboie avait eu besoin de cet étrange pouvoir de fascination que lui avait donné la nature, c i tait à coup sftr en ce moment.

Il y avait bien une trentaine d’hommes dans le cabaret, et quels hommes I

Les uns sortaient des maisons centrales de Peissy et de Melun, les autres étaient allés au bagne.

D’autres, les plus dangereux peut-être, non moins féroces, non moins habiles, avaient pu se soustraire jusque-là à l’acUun vengeresse de la police.

Le Pâtissier avilit eu sur tous un grand ascendant.

S’il l’avait, un moment, perdu, il ie reconquérait tout à coup et d'une fa ,cm si victorieuse, si éclatante, que bien certainement l’obéissance qu’on avait eue pour lui allait se changer en faualisme.

Rocamboie comprit ou plutôt devina tout cela.

il était à demi vêtu, sans armes, sa chemise quverte,

• a tête aristocratique rejetée en arrière, par un mouvement suprême de fierté et de nonchalance.

Un moment muet, calme, les bras croisés sur la poitrine, affrontant l’orage avec son impassibilité, il regarda ces hommes en masse, d’un seul regard d’oh jaillissaient par milliers ces étincelles électriques qui lui gageaient les cœurs les plus rebelles et les plus endurcis.

Et leu vociférations dégénérèrent subitement ert murmuras, et les murmures s’apaisèrent.

Ce re.tar 1 pesait sur les bandits, comme une menace inconnu ! et terrible.

Le Fàli isier lui- même avait pâli.

liocambele descendit alors la dernière marche de l’es tôlier, puis il alla droit au Pâtissier.

Le Pâtissier recula.

— Esl-co toi, dit-il, qui as prétendu que j’étais un moucha ni 7

L’accent de mépris avec lequel il prononça ce dernier mot fut tellement accusé qu’il fit tressaillir tous les bandits.

Évidemment, un homme qui appartient à la police ] secrète n e.) parle pas avec un bd dédain.

La Mort -d ts-Rraves en fut frappé et il s’arrêta dans '■ sa défection.

— Oui, je le dis, balbutia le Pâtissier d’une voix mal assurée.

— Tu en as menti! dit Rocamboie.

— Je ne sais pas ce que cette femme vous a dit, reprit Rocamboie, mais si vous voulez savoir mon histoire la voici :

« J’étais au bagne. J’avais un compagnon de chaîne appelé Milon; c’était un pauvre domestique qui s’était dévoué à deux orphelines.

« On avait volé aux enfants leur nom, leur fortune; et ceux qui avaient fait le coup n’étaient pas de pauvres diables d’escarpes comme nous — c’étaient des gens de la haute, comme on dit.

* Us avaient tout à leur service : l’argent, la considération, la force.

< J’ai fi fé du bagne avec Milon et je loi ai dit :

« — Nous allons rétablir un peu l’ordre de ce côté-là. >

Les partisans de Rocamboie applaudirent de nouveau.

Ceux du Pâtissier se t firent,

LES RAVAGEURS

Alors Rocambole redevint ce conteur brillant et rapide qui jadis avait tourné la tête à Mademoiselle de Sallandrera et, sous le nom du marquis de Chatuery, avait fait l'admiration des salons les plus aristocratiques.

Entremêlant à peine son récit do quelques mots d'argot, il esquissa à grands traits à ces hommes, muets et interdits, en moins d’une heure et l’histoire d'Antoinette et celle de Madeleine.

Il promena son auditoire ébahi et fasciné de la prison de Saint-Lazare aux steppes de la Russie, il fit aimer les orphelines, il fil haïr M. de Moriux, il intéressa au chevaleresque Agénor, il passionna ces bandits grossiers pour Vanda et la belle Marion.

Ce fut un triomphe, un enthousiasme tenant du délire. Quand il eut fini, la cause du Pâtissier était perdue, et le Chanoine lui-même vint lui tendre la main en lui disant :

— Maître, pardonnez-nous.

— Je vous pardonne, dit Rocambole, mais je ne veux plus être votre chef.

Ils poussèrent un cri de douloureux étonnement.

— Je ne veux être le chef que de gens qui aient en moi une confiance aveugle, illimitée, sans bornes, ditil encore.

— Nous l’aurons! s'écricrent-ils tous d'une voix.

— Voulez- vous que nous jetions le Pâtissier à l’eau ? dit le Chanoine.

— Non, dit Rocambole; mais si je deviens votre chef, je neveux pas de lui.

— A la porte, le Pâtissier! â la porte! cria-t-on.

Mais déjà le Pâtissier n'était plus là. Il avait fendu

la foule et s'était dirigé vers le seuil.

Les huées des Ravageurs le suivirent.

Alors la Chivotte s’approcha de Rocambole :

— Et moi, dit-elle, est-ce que vous me chassez

aussi? *

— Toi, dit Rocambole, tu vas nous dire d’où vient cette enfant.

Et il prit la petite fille dans ses bras, et la petite fille, un moment épouvantée, se reprit à sourire et passa ses mains blanches sur le visage dg Rocambole.

Les Ravageurs battaient des mains.

Essayer de mentir à Rocambole eût été folie.

La Chivotte avoua tout.

— C’est bien, dit-il, reste avec nous ; car il faut que quelqu’un prenne soin de cette enfant. Je l’adopte!... et malheur à qui y toucherai...

— Vive Rocambole ! répétèrent les Ravageurs.

11 leur dit encore :

— Mes enfants, on a parlé, ces jours-ci, d'une expédition.

— Oui, dit la Mort-des-Braves.

— Eh bienl ce sera pour dans trois jours. Maintenant, tenez-vous tranquilles, d’ici là.

Et comme le jour n’était pas loin, il leur ordonna de quitter le cabaret, pour ne point donner l’éveil à la police.

— C’est égal, dit celte belle fille qu’on appelait la

Pie-Borgne, en lui sautant au cou, vous êtes un fier homme, maître!

La Camarde entendit ces mots et le bruit d'un baiser.

Et elle jeta sur la Pie-Borgne un regard de haine.

— Nous réglerons notre compte plus lard, murmurat-elle.

Rocambole se disait :

— Voici un premier danger conjuré ; maintenant , comment sauver les gens de Villoneuve-Saiut-üeorges?

Et il regagna son lit, tout pensif.

huit jours après la scène que nous venons de raconter, et à l’issue de laquelle Rocambole avait reconquis toute sa popularité et tout son prestige, une barque remontait la Seine entre Maisons-Aifort et Villeneuve Saint-Georges.

Quatre hommes la montaient.

L’un, qui tenait la ban c, n'était autre que notre nouvelle connaissance, la Mort-des-Braves.

L’autre était cet hercule qu’on appelait le Chanoine.

Le troisième, qui serrait l'écoute avec la hardiesse d'un canotier consommé, était cet enfant terrible que les Ravageurs appelaient Marmouset.

Le quatrième, enfin, est-il besoin de le dire ? était Rocambole.

La nuit approchait; cependant, les dernières lueurs du crépuscule permettaient encore de voir assez distinctement les deux rives.

Le vent était assez fort, et, malgré la rapidité du courant, la barque marchait un bon train.

Tout à coup, la Mort-des-Braves poussa doucement l'épaule de Rocambole, en mémo temps qu'il étendait la main vers la gauche

— C’est là, dit-il.

Rocambole vit alors une maison isolée, au milieu d'un petit parc planté de vieux arbres, avec une pelouse verte tout à l’entour.

La maison était à mi-côtc.

EUe avait un air honnête et bourgeois, à première vue.

En l'examinant avec plus d’attention, on devinait que ses habitants devaient avoir une certaine originalité de mœurs et de goûts et vivre tout à fait en dehors de la vie commune.

Tout ce que Marmouset avait raconté se trouvait justifié par un je ne sais quoi difficile peut-être à expliquer, mais qu'on devinait aussitôt.

Rocambole regarda attentivement celle maison et i o répondit pas.

— C’est là, répéta la Mort-des-Braves.

— J’entends bien, dit le maître, mais il est trop tôt pour taire le coup.

La Mort-des-Braves fit un signe d’assentiment.

— Aussi, reprit-il, j’ai pensé à une chose.

— Laquelle 1

— Nous allons redescendre jusqu’à Charenlon.

— Bon ! et puis?

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