‹ [Le Dernier mot de RocamboleChapitre 34 sur 100 · LE CABARET DE DCLLEVILLK · texte numérisé non relu

LE CABARET DE DCLLEVILLK

— C'est-à-dire qu'il m'a lâchée pour une méchante chipie qu'on appelle Zélie.

— La petite Zélie de la rue du Vert-Bois T

— Elle-même.

Au mot de rue du Yert-Boi s, Milon et Hocambole écoutèrent plus attentivement encore.

— Une jolie connaissance qu'il a faite lit, je m'en vante ! dit la femme.

— C'est pourtant aux carrières d'Amérique que la chose m’est arrivée, dit Nora.

— Comment donc ça ?

— Un soir, il y a huit jours de ça, on jasait à l'Eldorado. Léon n'y était pas. Zélie, que son logeur, le fruitier de la rue du Vert-Bois avait mise à la porte, faute de braite, était venue en garni chez nous.

< Personne ne la connaissait, mais & l'Eldorado tout le monde est chez soi.

< Voilà que celte mauvaise gale se mit à raconter une histoire et à parler d’un petit garçon qu’on appelle Marmouset, s

Milon étouffa un cri... mais Rocambole le masquait et personne ne prit garde à lui.

Nora continua :

— Il y avait là un ami qu'on appelle le Pàlissier...

• — Un fameux I dirent quelques-uns des buveurs.

— Le Pâtissier voulaitsavoir l'adresse do Marmouset, Zélie ne veut pas la lui donner. Le Pâtissier menace de la battre. Ça fait une bagarre I Voilà-t-y pas que je me prends d'amitié pour cette petite.

— C’est toujours comme ça que ça commence, dit la femme.

Nora reprit :

— Le lendemain, Léon arrive et nous dit : Mes petits agneaux, la rousse va venir ici cette nuit. Que ceux qui ne veulent pas jaser avec les curieux demain matin ramassent leur clique et leur claque et se donnent du vent I

< Nous filons, j'emmène Zélie.

< Trois jours après, ils étaient ensemble et j'étais laissée comme un vieux bas.

« Mais je me suis donné du mal pendant ces trois jours ; j'en ai fait des pas et des marches pour les trouver.

— Et tu les as pincés f

— Oui, aux carrières d’Amérique, à fh/ltel du Dab.

— Et puis ?

— Et puis, dame I je n’ai pas été la plus forte I Léon m'a battue, et tous ces gredins qui étaient là se sont mis contre moi. Ah 1 les brigands! Dire qu'il n'y en a pas eu un seul pour me défendre...

Rocambole, à ces dernier mots, s’approcha.

— Fié ! dit-il, c’cst que ce sont tous des feignants et dos lâches !

Et il se posa devant Nora Pitanchel de fa«;on à faire valoir tous les avantages de sa taille et de son costume.

Nora le regarda.

— Tn as Pair d'un bon çàrçôiV, loi ? dit-elle.

. — Et je sais solide, fit Rocambole.

— Tu me plus, dit encore Nora Pitanchel.

— Toi aussi.

— Veux-tu de mon cœur?

— Jo ne demande pas mieux ; mais il faut que j’extermine Léon auparavant.

Nora fut charmée de Pair belliqueux que prit alors Rocambole.

En même temps, il se Ot un cercle autour de lui et il devint le centre de tous les regards.

— D’où donc que tu viens, toi ? demanda un des buveurs.

— J’ai fait le voyage de P Amérique pour de bon, répondit modestement Rocambole.

Ce qui voulait dire :

* Je reviens de Cayenne. *

— Et vous êtes quitte avec la Cigogne? fit Nora.

— Pour le moment, mais ça ne durera pas longtemps : pas vrai, camarade?

Et Rocambole regarda Milon.

Le vieux colosse se leva à son tour et montra 'complaisamment ses épaules herculéennes.

On battit des mains.

— Monsieur que vous voyez là, dit Rocambole, vous tue un bœuf d’un coup de poing.

— Ça se pourrait bien, murmura-t-on à la ronde.

— Si tu veux venir avec nous, ma mignonne, reprit Rocambole en s'adressant h Nora Pitanchel, ou te recevra bien aux carrières de Pantin.

— fet lu rosseras Léon ?

— Léon et tous ceux qui voudront le défendre.

— Ça me va, dit Nora, tu es mon homme.

— Eh bien ! faut battre le fer quand il est chaud.

— Tu as raison.

— Allons-y!

Kl Rocambole jeta vingt sous sur la table pour payer les «leux chopijies.

Nora s’était déjà pendue h son bras.

— Bonsoir la compagnie ! dit Milon.

Et tons trois sortirent aux applaudissements de Rassemblée.

Quand ils furent dehors, Rocambole dit à Nora :

—Tu es donc à sec? .

— Oui.

— Tiens ! voilà deux roues de derrière.

Et il lui mit deux pièces de cent sous dans la main.

Nora lui sauta au cou.

— Écoute, poursuivit Rocambole, j’exterminerai tout pour te faire plaisir, mais il y a encore quelqu'un à qui j’en veux.

— Et qui donc ?

— Le Pâtissier.

— Ah ! fit Nora Pitanchel, je doute que tu le rencontres aux carrières d’Amérique.

— Pourquoi ?

— 11 n’y est pas encore venu.

— Qui sait? fit Rocambole.

Et ils se mirent en route.

Milon se disait :

— Pour que le maître emmène cette créature et se sort îàil son chevalier galant, il faut qu’il ail son idée.

Rocambole tressaillit on voyant Nora Pitanchel, après avjir gravi le faubourg de Bellcviile tourner à gaucho «lans b rue des Moulins. , »

La rue des Moulins aboutit à la botté Chaumont, et il y avait gros à parier que Nora allait prendre ce clicmin#creux, suivi la ntrit précédente par la voiture, et au bout duquel Timoléon “avait fait mettre pied à terre à Vanda.

Rocambole ne se trompait pas.

Nora lui fit prendre cette route, et tous trois descendirent dans la phine par ce sentier boueux et glissant dans lequel Vanda avait fait plusieurs feux pas.

La nuit était noire et pluvieuse, le vent violent.

Mais Nora connaissait son vallon de Pantin comme sa poche.

Elle n'hésita pas une seconde en chimrnn, et conduisit Rocambole et Milon à l’hôtel du l>ab.

C’était là que la rixe avait eu lieu, que Nora avait été rossée par Léon ; c’était là qu’elle espérait le retrouver et lui faire faire connaissance avec les poings vigoureux de Rocambole et les épaules herculéennes de Milon.

Mais en entrant dans la carrière, Nora poussa un cri de désappointement.

Léon et Zclie avaient disparu.

Quand les voleurs et les vagabonds, couchés sur le four, virent paraître Nora flanquée de ses deux acolytes, ils se mirent à rire.

— Tu as été raccoler du monde, lui dirent-ils ; mats ça ne te servira pas à grand’clmse. Léon est parti.

— Où est-il ? demanda Nora Pitanchel avec colère.

— Cherche-le, mais pas ici, il n’y est pas.

Et on se mil à rire de plus belle.

Rocambole se pencha à l’oreille de l'ancienne figurante et lui dit :

— Pour peu que lu y tiennes, mon ami et moi nous allons tremper une soupe à ces messieurs ; mais je crois qu’il, vaut mieux commencer par Léon.

— Tu as raison, mon homme, dit Nora. Tous ces gens b sont des lâches, qui ne valent pas le coup de poing... Allons-nous en !

— Bon voyage ! lui oria-t-on, comme elle sortait de la carrière avec ses deux chevaliers..

Ils allèrent ainsi de lTiôtel du Dab à Mexico, et de Mexico à Sébastopol, c’estst-dire à deux autres carrières qui : valent reçu ces noms pompeux.

Nulle part ils ne rencontrèrent Léon.

LES MILLIONS à) K LA BOHEMIENNE

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