‹ [Le Dernier mot de RocamboleChapitre 52 sur 100 · I..\ H K 1,1. K JMUHNIKRF · texte numérisé non relu

I..\ H K 1,1. K JMUHNIKRF

mandait si dans vingt-quatre heures, il ne serait pas l'homme le plus agité du monde, comme il en était c i ce moment le plus oisif; car il était probable que les instructions Idtssées par Rocambolc n'étaient pas île nature h lui permettre de rester les bras croisés.

Et, cheminant ainsi, il arrivait à la hauteur du passage de l'Opéra, lorsqu’on lui frappa sur l'épaule.

11 se retourna et so vit en présence d'un homme d’environ trente-six ans qui n’était autre que notre ancienne connaissance, M. le vicomte de Montgeron, actuellement président du club des Crevés :

— Bonjour, Victor, dit le vicomte.

— Bonsoir, Montgeron, répondit Marmouset.

Le vicomte passa son bras sous le sien :

— 11 fait bon flâner, n’esl-cc pas?

— Certainement , répondit Marmouset , il fait un temps de printemps.

43e Livn.u-ON

— Kl pourvu, reprit Montgeron qu’on, ait l’esprit calme et le cœur libre...

— Comme vous me dites cela, Montgeron.

Et Marmouset, regarda le vicomte, qui no put s'empêcher de tressaillir.

— Mon cher, répondit-il, je suis un singulier liumma en vérité.

— Comment cela ?

— Je finis par oii les autres commeüccnt.

— Expliquez-vous, Montgeron...

Le vicomte lira sa montre.

— L’Opéra ne finit qu’à minuit moins dix , il est onze heures et quart... nous avons le temps de causer. Voulez-vous un grog au café Biche ? Je vais vous faire mes confidences.

— Allons ! dit Marmouset.

Et ils traversèrent la me Le Pelctier et s’assirent

devant le café, tout au coin, de façon que l'oeil du vicomte pouvait surveiller la sortie de l'Opéra.

— Mon cher, du alors celui-ci, de vingt A trente ans j'ai clé le garçon le plus insouciant et le plus positif du monde, en même temps.

« Je dépensais mes revenus avec méthode, ménageant mon cœur et mes émotions, prenant une somme de plaisir assez raisonnable pour ne jamais troubler l’équi ibrede mes facultés, quittant ma maltresse aussitôt que je croyais ressentir pour elle un vague attachement, et fuyant avec sagesse toute aventure un peu romanesque, toute émotion un peu pimentée.

— Et après trente ans? demanda Marmouset.

— I.cs choses ont changé.

— Ah 1

— Je me suis lancé à corps perdu dans les aventures de lou es sortes. Vous avez connu l'histoire de Maurcvcrs?

— Sa disparition, vous voulez diret

— Justement, j'ai passé doux années de ma vie avec une idée fixe : pénétrer ce mystère impénétrable.

— F.t vous n y êtes point parvenu?

— Mon Dieu, non ! d'ailleurs j'ai été prié par la famille elle-même de cesser toute investigation.

— Pourquoi?

— Maurevers avait un cousin germain devenu son héritier. Un matin il est venu chez moi et m'a dit : < J'ai eu une entrevue avec le préfet de police, et nous sommes tombés d'accord qu'il ne fallait plus rechercher mon malheureux cousin, je vous serais donc obligé de ne plus vous en occuper.

— Alors, dit Marmouset, vous vo is êtes abstenu?

— D'autant plus faci eiitenl que je commenças à me lass.-r. Mais il fallait uqe nouvelle pliure A cette dévorante activité qui s’étail emparée d ■ mol.

— Et vous l'avez trouvée î

— Naturellement, je suis devenu amoureux.

— De qui ?

— Avant do vous le dire, inon cher, laissez-moi tous raconter ma vie depuis un mois que dure cette passion à tous crins.

— Voyons !

— Trois fois par semaine je viens attendre à la porte de l'Opéra', elle y est : je la vois monler en voiture et j'ai dos battements de cœur A jeter par terre un mur d'église.

— Bon! après?

— Tous les malins je monte achevai et je liasse deux fois sous les fenêtres de l'hôtel qu elle habile aux Champs-Elysées.

< Naturellement, à cette heure-lA, elle dort et je ne la vois point. Mais mon regard caresse les personnes qui l'abrit lit.

« Chaque soir, excepté les jours d’Opéra, je vais dans un salon quelconque, où je suis certain de la r ncontrer.

« Pourtant je ne lui ai jamais adressé la parole.

— Bah ! fit Marmouset, étourdi de celte derni -re

-ifidence.

— Je ne sais même pas si elle a deviné mon amour. Mais, ajouta Monlgeroii, tenez, si cette femme consentait A m'aimer une heure à la condition que, celte heure expirce, jo me ferais sauter la cervelle, j’accepterais.

— Montgeron, dit Marmouset avec mélancolie, vous êtes sérieusement malade, je le vois.

— Je suis fou.

— Cette femme est donc bien belle !

— Je n’en sais rien. On ne voit pas la femme qu’on aime telle quelle est. Mais elle a le regard iatal, la voix enivrante et quelque chose de dominateur qui courbe tous les fronts sur son passage.

« Voulez-vous la voir ?

— Je le veux bien, dit Marmouset que stimula soudain une vague curiosité.

— Eh bieu I entrez A l'orchestra de l'Opéra, du côté gauche et regardez dans I'avant-scènu de droite.

• Vous la verrez assise auprès d'un homme de quarante-cinq ans environ, brun comme un mulâtre. C'est son mari.

— Un étranger, sans doute 1

— Un Espagnol.

— Ah ! el.e est Espagnole I

— l’as elle. Je la crois Russe, plutôt. Elle a d'adorables cheveux blonds tirant sur le roux, et des yeux noirs d'où jaillissent de fauves étincelles. Il n’y a que deux mois qu'ils sont A Paris. D'où viennent-ils ? personne ne le sait au juste. Cependant, ils sont merveilleusement accueillis et fêtes dans le monde des ambassades,

Marmouset se leva :

— - Mais vous allez m'accompagner, n'est-ce pas?

— Nun, dit Montgeron, je préfère rester ici. Ce soir, je suis plus amoureux que de coutume, et je serais si plie sous le lustre que tout Paris s’en apercevrait. Tout A l'heure, quand nu sortira, j'irai me cacher derrière une colonne du péristyle et je la verrai monler en voilure.

— Vous retrouverai-je ?

— Sans doute.

— En quel endroit ?

Marmouset se dirigea vers l’Opéra. Il avait une loge à l'année, il entra et gagna l'orchestre. .

Le rideau se levait sur le qualrièntc acte du Prvphèle\ mais Marmouset ne vit ni la scène, ni la salle.

Ses yeux furent subitement attirés vers celte avantscène qui contenait les amours de M. de Montgeron.

Et Marmouset demeura alors comme ébloui, tant cette femme Liait belle.

On causait d'elle à l'orchestre.

Marmouset écoula, sans cesser de la regarder.

Celte femme, dont M . de Montgeron était amoureux fou et que Marmouset regardait en ce moment avec tu»

LA BELLE JARDINIERE

curiosité pleine d’une naïve Admiration, avait, en effet, une de ces beautés étranges qui séduisent et épouvantent tout h la fois.

Avec son teint d’une blancheur marmoréenne, ses cheveux roux, ses yeux noirs, elle formait un contraste frappant avec l’homme assis auprès d’elle et qui, dit-on, était son mari.

Ce dernier était un Espagnol de la plus belle eau, tout au moins, si ce n’était un Mexicain ou un planteur de Rio-Janeiro.

II promenait autour da lui un regard étincelant de jalousie qui semblait faire défense, sous peine de mort, h toute la salle, de regarder sa compagne. Mais ce regard féroce s’éteignait subitement et d venait tout tremblant, tout indécis, s’il rencontrait le cher regard de la femme aux cheveux roux.

Ce le-ci avait-elle vingt ans ou trente ?

Il était impossible de trancher la question.

Marmouset s était assis au deuxième rang de l’orchestre.

Le premier était occupé par deux hommes qui causaient à voix basse en anglais.

Marmouset prêta l’oreille et comprit qu’ils parlaient de la belle étrangère.

Ces deux hommes, d'une irréprochable élégance, n’étaient pourtant pas des insulaires. Us avaient au contraire le cichet parisien le plus pur ; et s’ils s’exprimaient en lingue anglaise, c’était sans doute pour que leur conversation ne fût pas surprise par le premier venu.

Peu de gens à Paris savent l'anglais assez complètement pour saisir au vol une conversation à mi-voix.

Mais Marmouset avait si bien étudié cette langue, par amour pour sa chère Gipsy !

Il ne perdit pas un mot de ce que disaient les deux jeunes gens.

— Ainsi, mon atni, tu ne crois pas au mariage de Don Ramon ?

— Pas le moins du mende.

— Pourtant, il a dansé avant-hier à l'ambassade d’Espagne.

— Qu’est-ce que cela prouve ?

— Mais qu’il faudrait bien de l'audace pour présenter à l’ambassadeur de son pays, comme sa femme, une femme qui ne serait que sa maîtresse.

— Mon cher ami, reprit le premier des deux causeurs, si Don Ramon a épousé cette femme, c’est qu’elle est veuve de ses trois maris.

— Plait-il ?

— Je les ai connus tous les trois.

— Allons donc !

— Tous les trois vivants, à la même heure.

— Baron, tu te moques...

— Sur l’honneur, je dis vrai. Veux-tu l’histoire de celte rose éblouissante ?

— Voyons!

— Elle n’est ni Russe, ni Anglaise, comme on le croit. Je suis sûr qu’elle est née à Paris.

— Bah?

— Cependant, c’est à Londres que je l’ai vue pour la première fois.

— Quand cela !

— Il y a cinq ans. Elle était alors la femme de lord llarring. lequel prétendait l'avoir épousée en Irlande*.

« Elle faisait à Londres, au théâtre du Lyeeum, ou ù Covcnt-Garden, exactement le même effet que celui qu’elle produit ici.

— Et elle s’appelait lady llarring ?

— Comme elle s’appelle ici Dona Figuerra-y-Mcndez, comme elle s'appelait à Constantinople...

— Ah ! elle a été à Con- tan lin ople ?

— Elle y était la femme du prince russe Kololine.

— Quelle plaisanterie !

— Enfin, un an plus tard, je la retrouvais à Mars ille s’appelant Mme Catclan, cl la femme d'un opulent armateur.

— Tout ce que tu me racontes là est fort bizarr \ baron.

— C'est la- vérité, mon cher.

— Après tout, qu’cst-cc que cela prouverait! c’c t que, veuve de lord llarring, elle a épuisé le prince Kolotinc, et veuve d* ce dernier, le Marseillais Catelan.

— Lequel serait mort à son tour pour faire place à Don Ramon, n*esl-ce pas ?

— Justement.

— Mon cher, dit celui à qui son ami donnait le titre» de baron, je n’habite plus Paris, tu le sais et je me suis retiré, grand chasseur que je suis, dans mon château de Lorraine où je passe les quatre saisons.

« Je ne viens pas à Paris deux fois par an et je repars demain.

« Il est donc problable que je ne rencontrerai pas Dona Figuerra-y-Mendez, comme il est certain, que nous l'avons examinée toute la s )irée et que habitué® à faire sensation, elle ne s’est préoccupée de personne et ne nous a pas vus.

— Où veux- tu en venir?

— A ceci : je pars demain. Je ne la rencontrer! i donc pas.

— Mais si tu la rencontrais?...

— En pleine lumière ou en plein jour, face à face..

— Eli bien ?

— Tu la verrais pâlir et se trouver niai à l’aise.

— Je comprends cela, pour peu que tu aies clé lié avec tous ses maris.

— Oh ! ce n’est pas pour cela.

— Hein !

— Je te l’ai dit, mon cher, continua le baron avec insouciance, je suis retiré du monde et je ne me mêle plus de rien.

— Mais tu as donc connu particulièrement celle femme ?

— Très-particulièrement.

— Et tu possèdes quelque secret la concernant ’

— Peut-être.

— Baron, tu excites ma curiosité.

— Bah ! je me suis juré de ne rien dire,

— Je suis curieux, pourtant.

— Je le vois bien.

— F.t je suis ton ami.

— (."est précisément pour cela que je ne veux pas t'embarquer dans une série d’aventures désagréables.

— Tiens, mon bon ami, tout ce que je puis faire pour toi, je vais le faire.

— Ali !

— Es-tu réellement amoureux de cette femme ?

— Je meurs d'amour pour clic...

— I,a toile va baisser sur le dernier acte,

— Bon!

— Nous allons sortir ensemble, tu prendras mou bras et nous nous promènerons sous le péristyle jusqu'à ce qu’elle sorte.

— Ce qui fait qu'elle le verra !

— Oui.

— Eh bien ?

— Eh bien ! mon cher, ce sera ensuite à toi A la rencontrer, au bois, au spectacle, dans un salon, et a lui dire :

« Madame, je vous aime et je suis l'ami du baron Henri de C... »

— El tu penses que je serai bien accueilli ?

— Peut-être bien.

Et le baron eut un sourire moqueur qui ne surprit pas son interlocuteur, mais qui n'échappa point à Marmouset.

Marmouset avait entendu toute celte conversation que nous venons de rapporter ; conversation qui n’avait fait qu’aiguillonner sa curiosité.

11 quitta l’orchestre avant les deux jeunes gens et se trouva avant eux sous le péristyle.

Puis il attendit.

Quelques secondes après, le baron Henri de C... et son ami se tenaient au bas du grand escalier.

Trois minutes plus tard, don Ramon-Figuerra-y- , Mendez descendait donnant le bras à la femme aux cheveux roux.

Marmouset îi trois pas de distance observait tout.

lui femme aux cheveux roux sc trouva tout h cotip face à face avec le baron Henri de C...

Et soudain elle pâlit, étouffa un cri et passa, jetant au baron un regard de haine profonde.

Marmouset la suivit.

Marmouset, en même temps qu'il suivait la balle étrangère dont il avait surpris le premier mouvement d’effroi et ensuite le regard de haine qu’elle avait laissé tomber sur le baron Henri de C..., Marmouset, disonsnous, aperçut M. de Montgeron au-dehors.

Le vicomte était pâle et tout son sang venait d'affluer à son cou au moment oit la femme aux cheveux roux passait près de lui.

Elle était en voilure et la voiture s’éloignait rapidement que M. de Montgeron était encqre là planté sur ses deux pieds, et semblable à une statue.

Seulement sa pâleur fit place tout à coup à une vive rougeur quand Marmouset s'approcha de lui.

— Eh bien! dit ce dernier, vous l’avez vue...

Montgeron le prit par le bras et l'entraîna brusquement hors de la foule.

— Mon ami, lui dit-il. quand ils furent sur le boulevard, je crois que je deviens fou.

— Bah ! fit Marmouset.

— Il me semble qu'elle m'a souri en passant.

— A vous ?

— A moi, mon ami : j'ai un volcan dans la tête et dans le eœnr. Elle nt'a regaidé, elle m'a souri...

— Eh bien ! dit Marmouset, il n’y a pas là de quoi devenir fou, vous êtes un homme heureux, Montgeron, t oilà tout 1

— Oui, mais le bonheur lue.

— Quelle folia !

— Victor, dit le vicomte en s’appuyant familièrement sur le bras de Marmouset, êtes-vous un peu mon ami ?

— Mais certainement.

— Alors ne me quittez pas ; je sens que la folie me gagne; venez avec moi, nous monterons dans un Cabinet du Café Anglais... nous souperons... vous resterez avec moi jusqu’au jour... dites, le voulez-vous !

— Allons I répondit .Marmouset.

AI. de Montgeron était dans un tel état de surexcitation qu’il faisait peine à voir.

Marmouset l’accompagna.

Ils s'enfermèrent dans un cabinet du Café Anglais, laissèrent la fenêtre ouverte et continuèrent à causer tandis qu’on les servait.

— Mon ami, disait le vicomte, j'ai trente-six ans, l’âge par excellence où l'on meurt d'amour aussi facilement que je bois ce verre de madère.

— Mais, — dit Marmouset que cette exaltation inquiétait quelque peu, — puisqu’elle vous a souri.

— C'est précisément là ce qui m'épouvante.

— Mais parce que celte femme peut me demander à présent ma vie, ma fortune et mon honheur.

— C’est beaucoup, dit Marmouset en souriant.

Le garçon entra sur ces mots, apportant une lettre sur un plateau.

— Un domestique s'est présenté au comptoir tout à l'heure, dit-il, et il a demandé si M. le vicomte de Montgeron soupait ici : sur la réponse affirmative qui lui a été faite, il a laissé cette lettre en insistant pour qu'elle fût remise à M. le vicomte à l'instant même.

Montgeron était redevenu pâle.

Marmouset fit un signe et le garçon sortit.

M. de Montgeron regardait cette lettre qui était toujours sur le plateau et qu’il n’avait pas osé toucher.

Un tremblement nerveux s’était emparé do lui.

— Je n’ose pas, dit-il.

— Comment! exclama Marmouset, vous en êtes arrivé à cet état do faiblesse et de fièvre.

— Oui.

— Mais vous ne savez pas d’où vient cette lettre ?

LA BELLE JARDINIERE

— DV//i*.

— Ah ! par exemple !

— J’en suis sûr. Tenez... ouvrez-la pour moi. .

Et M. de Montgeron tremblait de plus en plus.

Marmouset prit la lettré et l’ouvrit.

Elle contenait deux lignes dune écriture fine et allongée.

— Pas do signature, dit-il.

— Lisez, dit fiévreusement Montgeron.

Marmouset lut à mi-voix :

« Si M. le vicomte de Montgeron est toujours l'homme aventureux et brave que tout Paris a connu, il se trouvera à deux heures du matin derrière la Madeleine et s’approchera d*un petit coupé attelé de deux chevaux bai-bruns? »

— C’est elle î répéta M. de Montgeron.

— En êtes-vous bien certain ?

— Je le sens aux battements précipités de mon cœur.

— Et... vous irez!

— Oh ! pouvez-vous me le demander !

Marmouset fronça légèrement le sourcil. Il lui semblait que ce rendez-vous cachait un piège.

Mais il ne fit part d'aucune de ses impressions à M. de Montgeron, pas même de ce qu’il avait entendu dire au spectacle, et de ce qu'il avait vu sous le péristyle de l’Opéra.

M. de Montgeron consulta sa montre.

11 n’était pas une heure du matin.

— L'n siècle de tortures à attendre ! dit-il.

— Montgeron , reprit Marmouset , savez-vous que vous me mettez dans l’embarras?

— Comment cela ?

— Ne m’avez-vous pas demandé à passer le reste de la nuit .avec vous?

— Certainement.

— Mais si vous allez à ce rendez-vous...

— Eli bien ! vous m’attendrez ici.

— Et si vous ne revenez pas ?

— A six heures du matin, veus reprendrez votre liberté.

— Mon cher Montgeron, continua Marmouset vous

êtes comme on dit, un homme de haule-rif, par conséquent, il est tout naturel que beaucoup de femmes songent b vous. Nous sommes en carnaval. Qui vous prouve que c'est précisément la femme qui vous tourne la tête?...

— C’est elle, vous dis-je.

— Soit, je n'insiste pas !...

Et Marmouset, comprenant que M. de Montgerou était arrivé à ce paroxysme de la folie amoureuse qui n'admet plus aucun raisonnement, se borna à lui faire prendre patience jusqu'à deux heures moins un quart.

Comme le vicomte se levait pour courir à son rendez-vous, Marmouset plongea la main dans une des poches de son paletot.

— Tenez, dit-il, prenez toujours cela.

— Pourquoi faire ? demanda M. de Montgerou stupéfait.

L’objet que lui tendait Marmouset n’était autre qu’un revolver.

— Mon cher, dit froidement Marmouset, quand on va à un rendez-vous d'amour, il faut prendre ses précautions. Cette femme a un mari... et un mari jaloux.

— Vous avez raison, dit Montgeron.

Et il mit le revolver dans sa poche.

Quatre heures après, Marmouset achevait son sixième cigare et son flacon de Kummel, dans le cabinet du Café Anglais.

La pendule allait sonner six heures.

— Ce pauvre Montgoron ! murmura le jeune homme en souriant, il a été sans doute bien heureux... Pourvu qu’il songe à me renvoyer mon inutile revolver.

Et il endossa son paletot, au moment où tintait le premier coup de six heures.

Mais soudain, la porte s’ouvrit, et M. de Montgeron entra.

Le vicomte, toujours un peu pile, avait l’œil eu feu, la démarche brusque, le geste saccadé.

— Mon ami, dit-il à Marmouset, jo me bats.

— Plalt-il? fit Marmouset.

— Je me bats dans une heure, au Bois, derrière Madrid. Vous êtes mon témoin. Nous allons passer chez Noirelerre, qui viendra avec nous.

— Mais avec qui vous baltsz-vous ?

— Je vous le dirai en route. Partons. La voiture est en bas... avec les épées.

— Et moi qui croyais que vous alliez à un rendezvous d’amour ?

— Oh ! fit M. de Montgeron avec une sorte d’extase, si vous saviez comme elle est belle !

— 11 est fou ! pensa Marmouset.

Et il le suivit.

Que s’élait-il donc passé f

M, de Montgeron était donc allé au rendez-vous.

L’état de surexcitation dans lequel il se trouvait était si visible et il le sentait si bien lui-méme, qu’il

évita, en suivant le boulevard, de passer devant le club des Crevés, de peur da rencontrer quelque a C. qui n’aurait pas manqué de lui demander où il allait et de s’étonner de son aspect fiévreux.

A l’heure dite, il était derrière la Madeleine.

Le coupé désigné dans la lettre attendait à la place indiquée.

Montgeron chancelait en marchant, à mesure qu'il s’en approchait.

Alors la portière encadra une tête de femme mais tellement encapuchonnée, tellement voilà;, que M. de Montgeron ne la reconnut qu'aux battements de son cœur.

En même temps une petite main finement gantée saisit la sienne et une voix douce et ferme tout à la fois dit :

— Montez !

M. do Montgeron, plus mort que vif, entra dans le coupé.

Le cocher avait des ordres sans doute, car il rendu la main à scs chevaux, qui tournèrent l'église, descendirent la rue Royale, et gagnèrent les Champs- Élysées.

— Monsieur do Montgeron , dit alors la femme voilée, je sais que vous êtes brave.

— Madame!

— Je sais que vous m'aimez...

— Faut-il mourir pour vous? demanda-t-il avec un acce.it chevaleresque.

— Non, mais U faut risquer votre vie pour moi.

— Je suis prêt.

Elle eut un regard ardent à travers son voile qui brûla le cœur de Montgeron.

Le cocher avait alors ralenti l’allure de ses chevaux, et le coupé montait au pas la grande allée des Champs-Elysées.

— Monsieur de Montgeron, reprit-elle, il dépend de vous que demain j’aie quitté Paris pour n’y jamais revenir.

— Madame...

— U dépend de vous quo j’y reste... Il dépend de vous que... je vous aime...

Elle prononça ces derniers mots avec la franchise d'une Espagnole offrant son amour à qui saura la venger d’un affront.

— Écoutez-moi, reprit-elle, tandis que Montgeron palpitait d’une joie sauvage.

— Parlez, dit-il, et ce que vous ordonnerez, je le ferai.

Elle reprit :

— 11 est de par le monde un homme qui m’a outragée, un homme qui, las de mes refus, a vu son amour se changer en haine; un homme qui me poursuit partout avec un tissu de calomnies. Partout j'ai fui devant lui... Partout il m'a rejointe...

— Je le tuerai, dit simplement Montgeron.

— Mon mari, poursuivit-elle, est un homme jaloux et féroce, mais je n’aime pas mon mari, et ce n’est pas i lui, par conséquent, de me venger.

LA BELLE JARDINIERE

— Donnez-moi le nom de cet homme, répondit Monigeron. Le reste me regarde.

— Pardon... encore un mot, dit elle.

— Pariez.

— L'homme que je vais vous désigner est brave, querelleur, et il se bat facilement. Mais s'il savait que j'ai armé votre bras, il deviendrait lâche.

— Oh ! par exemple !

— Il tient li sa vengeance, il se déroberait par la fuite.

— Le misérable !

— Jurez-moi que vous trouverez un prétexte; que mon nom ne sera pas prononcé...

— Je vous le jure.

Elle lui pressa doucement la main.

— S vous tuez cet homme, dit-elle, vous ordonnerez ensuite, je serai votre esclave et j’abandonnerai tout pour vous suivre, fût-ce au bout du monde?

Elle lui disait cela avec une émotion délicieuse et une voix enchanteresse qui achevèrent de faire perdre la télé à M. de Montgcron.

— Son nom, répéta-t-il, son nom î

Mais elle hésitait encore. -

— Et si cet homme, dit-elle, était connu de vous?...

— 0"’imporlc!

— S'il était... votre ami?

— Il est devenu mon ennemi mortel du jour où il vous a outragée.

— Monsieur de Montgeron, acheva-t-elle, l’homme qui me hait et que je hais se nomme le baron Henri de C...

Monigeron tressaillit

Le baron Henri de C... était membre d’un club fameux et donc se souviennent les lecteurs de ce récit — le club des Asperges.

Montgeron en faisait également partie, bien qu’il passât plutôt ses soirées et ses nuits au club des Crevés.

Le baron de C..., qu’on appelait plus communément le baron Henri, dans le cercle des viveurs, était un original qu'on voyait rarement à Paris.

Il avait beaucoup voyagé, il était grand chasseur; depuis plusieurs années, il vivait presque constamment dans ses terrés.

Mais il ne passait jamais vingt-quatre heures à Paris sans faire une apparition au club des Asperges.

M. de Monigeron n’était pas plus lié avec lui qu’il ne l’était avec cinquante viveurs du même genre.

Quand la femme voilée eut prononcé ce nom, il respira.

— C’est bien, madame, dit-il; je le tuerai, ou il me tuerai

Elle pesa sur le gland de soio qui correspondait au petit doigt du cocher.

Le coupé s'arrêta.

— Au revoir, dit-elle. Ou plutôt non... à demain.

— Où vous verrai-je? demanda-t-il avec un accent qui tenait délire.

— Au même endroit et à la même heure.

Elle lui donna sa main A baiser.

— Allez, mon chevalier, dit-elle; mon amour vous protège.

Montgeron s'élança sur la chaussée ivre d’amour, fou, délirant.

U demeura quelques minutes debout, immobile, suivant des yeux le coupé qui s'en allait au grand trot, emportant cette mystérieuse créature pour laquelle il allait verser son sang dans quelques heures, avec une âcre volupté.

Puis, lorsqu’il eut disparu dans l’éloignement et l'obscurité, il redescendit à pied vers la place de la Concorde.

Monigeron avait besoin do marcher, de rafraîchir à l’air de la nuit sa tête en feu, et d’adopter un plan de conduite.

S’il eût eu un éclair de raison peut-être se fùt-il demandé si une femme qui menait pour prix de son amour la vie d’un homme n’était pas la dernière des créatures, indigne de toute affection.

Mais Montgeron était fou, et cette question il ne se l’adressa point.

Les fous ont d'ailleurs des heures de sang-froid superbes.

M. de Montgeron n'élait pas encore à la Madeleine qu’il était devenu maître de lui et avait repris tout son calme.

Dix minutes plus tard, il arrivait au club des Asperges, sûr d'y rencontrer le baron Henri qu'il avait aperçv '.e soir, à huit heures, enlrant à l’Opéra.

Il gravit l’escalier de marbre du club d'un pas leste et pénétra dans le salon de jeu, un sourire aux lèvres.

La partie était très-animée.

Un homme tenait la banque du baccarat à deux tableaux.

C’était précisément le baron Henri.

M. de Montgeron s'approcha.

VU

La partie était si animée que personne ne tourna la télé.

M. de Montgeron s'était presque avancé sur la pointe du pied et l’épaisseur du tapis avait assourdi ses pas.

Le baron Henri de C... était fort riche.

Mais il n'aimait pas â perdre et il était de fort méchante humeur ce soir-là.

— Je n'ai jamais vu, disait-il, une banque aussi maquignonnée que celle-là.

— Tu perds tes doux cents louis ! belle misère, dit un jouour.

— Et je vais user do mon droit, messieurs, reprit le banquier.

— Plait-il? fit-on de tous côtés.

— Je vais brûler quelques cartes, peut-être que la veine changera’.

— Fi ! baron, dit un de ces messieurs, c’est un jeu d’ cuistre que tu joues.

1,K DFKNIEIl MOT OF. KOCAMBOLE

— Messieurs, répondit une voix, le baron est maintenant un homme rangé.

On tourna la tète, et on reconnut Muntgeron.

Le vicomte avait un rire moqueur qui fit froncer le sourcil au baron.

— Ah ! je suis un homme rangé, monsieur de Montgeron? dit-il.

— On le dit du moins, répondit le vicomte toujours ironique.

— Est-ce un crime ?

— Non pas. Surtout quand on est dans voire situation.

— Qu'est-ce h diro ? fit le baron regardant froidement M. de Montgeron.

— Oh! rien, dit ce dernier, retroussant dédaigneusementsa lèvre supérieure. Ce ne sont pas mes affaires.

— .Me croiriez-vous ruiné ?

— Non certes.

— Alors ?

— Alors, mon citer baron, j'ai nui dire que vous

aviez besoin de conserver votre fortune... pour... vos héritiers... ,

Kl Montgeron prononça ces derniers mots avec un rrfscfrulo d’ironie.

— En fait d’héritiers, dit le baron, je n'ai qu’un neveu plus riche que moi et que je compte, du reste, faire attendre quelque trente ou quarante années.

— Vraiment! ricana Montgeron. Ce n'est pourtant pas ce qu’on (Ut.

— Plalt-il ?

— Vous vivez longtemps dans vos terres, mou gentilhomme.

— l’aime la campagne,

— C'est en Lorraine, je crois ?

— Mais oui. *

— Les Lorraines sont des filles superbes, baron.

— Montgeron, dit le baron de C... impatienté, que veut donc dire ce persiflage ?

— Mettez que je n'ai rien dit. .

Et l'attitude de Montgeron devint de plus en plus moqueuse.

— Non pas, dit M. de C... en se levant, vous vous êtes trop avancé pour me refuser une explication.

— A quoi bon T

— De quels héritiers parlez-vous ?

— Vous le savez aussi bien que moi.

Et Montgeron eut un sourire de plus en plus impertinent.

Tous ceux qui assistaient à cette scène singulière sc regardaient avec un étonnement qui tenait de la stupeur.

11 était évident que M. de Montgeron avait envie de chercher querelle au baron Henri.

Pourquoi ?

Montgeron n'était pourtant pas gris.

— Mon cher baron, reprit ce dernier, avez-vous vu Lafont, cet inimitable comédien, dans une de ses plus jolies créations, le commandant Mauduit, du Lion empaillé 1

— Après? fit le baron.

— Page était charmante dans Suzon la cuisinière, n'esl-co pas ?

— Oit voulez-vous en venir? demanda le baron Henri, pâle de colère.

— A ceci, mon cher bon, continua Montgeron : il parait que vous jouez la comédie chez vous, dans votre château.

— Jcjouc la comédie?

— tous tenez l'emploi de Lafont... cl, quant à celui de Page, il parait que c'est une vraie cuisinière qui... que... enfin... vous comprenez...

— Mon cher Montgeron, dit froidement le baron, je comprends à tout cela une seule chose.

— Alt ! vraiment ?

— C'est que vous tne faites une plaisanterie du plus mauvais goût.

— Je ne plaisante jamais, baron.

— Oseriez-vous donc soutenir une pareille calomnie?

Et M. de C... tout frémissant fit un pas en arrière.

M. de Montgeron Ata froidement un de ses gants et

le jeta au visage du baron.

— Le mot de calomnie est trop gros, baron, dit- il. et je vous le ferai rentrer dans la gorge au point du jour.

Le baron Henri ramassa le gant et le plaça sur la table.

— Monsieur de Montgeron, dit-il, vous me trouverez à sept heures du matin, au Bois, àla grille de Madrid. Vous pouvez apporter vos épées et vos pistolets; car je vous préviens que l’un de nous ne doit pas revenir.

— J'y compte bien, répondit Montgeron avec un accent de férocité qui acheva de plonger les témoins de cette scène dans la stupeur.

Et il salua et sortit.

Le Itaron Hounot, un de ses meilleurs amis courut après lui.

— Ah ça, Montgeron, dit-il, comme celui-ci descendait l'escalier du club, es-tu fou ?

— Pas le moins du monde.

— Mais quel mystère y a-t-il donc entre lo baron et toi?

— C’est mon affaire.

— Une histoire de femme, peut-être?

Montgeron se mil à rire ;

— Oui, dit-il, je suis amoureux de sa cuisinière. Et il planta Ut le baron Hounot qui comprit que Montgeron voulait gardor son secret.

Tandis que le vicomte regagnait le Café Anglais, ot't il avait laissé Marmouset, on accablait des mêmes questions, au club des Asperges, le baron Henri.

Ce dernier répondait avec un grand accent de sincérité.

— Je vous jure, messieurs, que je n'ai jamais eu avec M. de Montgeron la moindre querelle, nous n’élions pas liés, mais nous avions l'un pour l'autre une affectueuse estime.

« Je ne comprends absolument rien, je vous le répète, à sa singulière agression, s

LA. BELLE JARDINIÈRE

Toat à coup on rnieailil an double cri. (Page 317).

Et tout en disant cela, le baron s'était remis au jeu.

U joua jusqu'au jour.

Au jour, il se leva, demanda sa voiture, et sortit.

Il avait jugé inutile de prendre des témoins au club.

Le baron Henri descendait au Grand-Hôtel, depuis qu'il n'habitait plus Taris.

11 s'y trouvait, en ce moment-là, voisin de logis avec deux officiers de son ancien régiment, le 4* hussards.

La veille ils avaient renouvelé connnaissancc à la table d'bôle.

Le baron frappa à leur porte et réclama leurs bons offices.

Une demi-heure après, tous trois étaient en voiture, et le baron, pensif, se disait :

— J'ai eu tort de ne pas m'informer si, par hasard , Montgeron ne serait pas amoureux ?

* 11 y a de celte femme là-dessous.

A sept heures précises, kl. le baron Henri de C... et scs témoins, munis d'une paire d’épées de combat et de ses pistolets de tir, arrivèrent à Madrid.

M. de Montgeron, Marmouset et M. de Noireterre s'y trouvaient déjà.

Marmouset avait essayé, de son côté, de questionner M. de Montgeron.

Avec qui et pourquoi se battait-il ?

Montgeron lui avait dit :

— Mon cher ami, mettez que je me bats avec le mari d'une femme que j’aime et restons-en là.

Cette réponse avait déroulé Marmouset, tout en paraissant, au contraire, le mettre sur la voie.

11 s'était figuré que M. de Montgeron était allé au

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rendez-vous donné par la femme aux cheveux roux, et qu’il avait été surprix et provoqué par le mari.

Était-ce une trahison du hasard ?

Était-ce un piège tendu par cette femme, sur le compte de laquelle U; baron Henri s’était si cavalièrement exprime h l’Opéra.

Marmouset se posa la question sans pouvoir la résoudre, tandis que M. de Montgeron le conduisait chez M. de Noiretcrre, à qui il allait demander de lui servir de second témoin.

Pendant tout le trajet, il se répéta la môme demande.

Il essaya môine encore, par quelques allusions, d’arracher le secret de cotte rencontre à M. de Montgeron.

Mais le vicomte ne souffla mot, et M. do Noireterre, pas plus que Marmouset, ue sut le nom de l’adversaire.

Ce ne fut que lorsqu’ils curent franchi la grille du pavillon de Madrid où était le rendez-vous, que Monig'Ton leur dit à tous deux :

— Messieurs, j'exige de vous un serment.

— Parlez, dit Noireterre,

— Quelle que soit l’issu© de cette rencontre, vous allez me jurer de ne jamais chcrcht-r à savoir jïourquoi je me suis battu.

— Mais, c’est donc un duel à mort ? demanda Noireterre.

— A mort, répondit froidement Montgeron.

Marmouset et M. de Noireierre prêtèrent lo serment qu’il exigeait.

En ce moment le fiacro qui renfermait le baron Henri et ses témoins arriva.

Mais il n’enlra p .int à Madrid ; il demeura au contraire, dans le Bois, à la grille de l’octroi, et seul, un d^s officiers mit pied à terre cl vint;» la rencontre des deux témoins de M. de Montgeron.

— Messieurs, leur dit-il, je connais à cent pas d’ici un fourré où nous serons fort bien.

Marmouset et Noireterre s’inclinèrent.

Puis ils regagnèrent leur voiture, sans rnôme que le nom de l’adversaire de Montgeron eût été prononcé, et sans qu’ils eussent aperçu le baron Henri demeuré dans le fiacre avec son second témoin.

Ce ne fut que lorsque les deux voitures s’arrêtèrent à l'enlrée (Tune allée des piétons qui conduisait au fourré indiqué que Marmouset tressaillit et s’arrêta court, en voyant le baron mettre pied a terre.

Il avait reconnu le personnage de l’orchestre qui s’exprimait sur ia femme aux cheveux roux avec un si grand dédain.

Kl soudain il serra le bras à Montgeron cl lui dit vivement :

— C’est donc là votre adversaire ?

— Oui.

— Montgeron...

— Eh bien î

— Avant de vous battre, ne voulez-vous pas m’écouter une minute?

— A quoi bon I

— Montgeron... il le faut !

— Et si je ne le veux pas, moi ?

— Mon ami... je vous en supplie...

Mais Montgeron se dégagea de l’é.reinte fiévreuse de Marmouset.

— Allons, messieurs, dit-il dépêchons-nous, je vous prie.

Marmouset ne se tenait cependant pas pour battu.

— Montgeron, disait-il à votx basse, je devine maintenant pourquoi celte femme vous a donné un rendezvous.

— Ah ï

— C’était pour vous prier de provoquer le Lnr.n de C*..

?— Après?

— Montgeron, vous ne pouvez vous battre...

Le vicomte, eut un éclat de rire J

— Bon ! dit-il, allez-vous pas me proposer un arrangement sur Ifr terrain?...

Marmouset pâlit. D’un mot , M. de Montgeron lui avait fermé la bouche.

Ce dernier s’approcha de M. de Noireterre et lui dit tout bas :

-r- Casimir, écoute bien mes volontés. C’est un duel à mort que je veux.

— Soit, dit le jeune horntne en baissant la tôle.

Et il rejoignit les témoins du baron Henri.

Les conditions furent réglées en quelques secondes. Elles étaient terribles.

Les adversaires devaient d’abord se battre au pistolet.

Placés à trente pas, avec faculté de faire cinq pas, ils échangeraient deux balles chacun.

Si cette première rencontre n’amenait pas de résultat décisif, on continuerait le combat à l’épée.

Marmouset suivait du regard le jeu de physionomie do M. de Montgeron, dont le visage s’éclaira lorsque M. de Noireterre lui rapporta ces conditions.

Aucune explication n’était possible désormais. Il fallait attendre.

Les officiers, selon leur droit de témoins del'offen>é, chargèrent les armes.

11 avait été convenu que ces messieurs se serviraient de leurs pistolets.

Puis on compta les pas, et chacun d’eux prit sa place de combat.

Marmouset était pôle et avait le pressentiment d’une catastrophe.

Ce fut un des officiers qui donna le signal.

Le baron Henri fit deux pas, ajusta et fil feu.

M. de Monlgeron ne bougea pas. La balle de son adversaire avait passe un pouce au-dessus de sa tel?.

Cependant le vicomte n’ajusia point, il attendit le second coup de feu de son adversaire.

Le baron tira de nouveau.

Cette fois le bras levé de Montgeron retomba brusquement.

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