ssit auprès de Roumia, lui prit la main et lui dit
— Vous êtes belle, mon enfant, et vous êtes destinée A tourner bien des têtes.
— Ne parlez pas ainsi, exclama Perdito d’une voix rauque et levant sur le vieillard un œil farouche.
— Pourquoi donc, mon fils ? demanda l’inconnu ife sa voix moqueuse.
— Parce que si elle me trompait, je 1a tuerais.
— Bien parlé, mon louveteau 1 mais il n’est pas question de cela aujourd’hui.
— Que voulez-vous donc ?
— Je vous l’ai dit, je suis celui que vous attend -, reprit le vieillard.
— Cela ne me dit pas qui vous êtes.
— Je suis l’homme qui, il y a vingt ans, vous a confié à José Minos.
— Alors vous êtes le marquis de Maurevers?...
Le vieiUard ne sourdUa pas.
— Non, dit-il.
— Tiens , fit Perdito avec cynisme, j’aurais cru que vous étiez mon père.
— Je n’al pas cet honneur, répondit le vieiUard avec un accent dédaigneux.
— Alors pourquoi m’avez- vous confié à José Minos T
— C’est mon secret.
Mais Perdito était logique :
— Si vous avez des secrets pour moi, dit-il, pourquoi êtes-vous td ?
Le vieillard tressaillit, regarda attentivement Perdito et dit enfin :
— 11 y a des heures où je doute encore.
— De quoi ?
— De votre perversité.
— Vous êtes bien bon ! murmura le bandit avec un sourire cynique.
— Je vous ai pourtant suivi pas à pas, quoi ; invisible, reprit le vieillard, et j’ai un joli dossier von concernant. Vous avez vingt ans, et déjà vous avez é voleur et assassin.
— On fait ce qu’on peut, murmura Perdito.
— Vous avez failli être fratricide...
— Ah ! vous convenez donc que je suis le fils du marquis de Maurevers?
— Sans doute.
— Et par conséquent le frère de ce jeune homme qui me ressemble trait pour trait ?
— C’est la vérité pure.
— Ma foi ! monsieur mon protecteur inconnu, reprit Perdito avec un accent de férocité qui fit tressaillir d’aise le vieillard, si je ne l’ai pas tué, il n’y a pas de ma faute , allez.
— Vraiment?
— Et sans José Minos, je lui cassais la tète ftH coup de pistolet.
— Vous le haïssez donc bien ?
— Je voudrais le dévorer vivant.
— Mais, c’est votre frère.
— Expliquez ça comme vous voudrez ; jamais je n’ai haï personne comme lui.
— Aujourd’hui encore?
— Aujourd’hui plus que jamais.
— U ne vous a pourtant fait aucun mal?
LA. BELLE JARDINIERE
— Je l'ai vu l’espace d'une heure ; mais il a suffi de la première minute pour développer en moi une haine mortelle.
— Et s’il vous avait volé votre héritage?
A ces mots du vieillard, Per'dito bondit.'
— Vous dites qu'il m’a volé ?
— Oui.
— line fortune.
— Immense : plus de cent mille livres de rente.
Perdito ouvrit son paletot et montra le manche d’un
poignard qu'il portait à sa ceinture :
— Je le lui enfoncerai dans le cm ur, dit-il.
— Je ne vous en empêcherai pas, moi, répondit le vieillard en souriant; mais le moment n'est pas encore venu.
— Que voulez-vous dire ?
— Que vous avez besoin de compléter votre éducation.
— Comment cela?
— Écoutez. Un coup de poignard est chose vulgaire. Celui qu'il aticint meurt en dix secondes; ce n'est vraiment pas une vengeance.
— Soit, mais alors?...
— Et je veux que vous frappiez mortellement le marquis de Maurevers, tout en prolongeant sa vie le plus possible, afin que son agonie soit lente et cruelle.
— Ah! ça, dit Perdito vous le haïssez donc bien aussi, vous ?
— Autant que vous, si ce n'est plus.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il est le fils de l’homme qui m’a déshonoré I
— Bon ! fit Perdito, alors je sais qui vous êtes.
— Vous?
— Vous ôtes le mari de ma mère.
— Justement.
— Et, dit Perdito plongeant son regard ardont dans l’œil cruel du vieillard, je vois que nous étions faits pour nous entendre.
— Je n'ai rien épargné pour voire éducation, mon cher enfant.
Et le rire sataniquo du vieillard le reprit.
— Mais enfin, coutinua Perdito, que voulez-vous faire de moi ?
— Après avoir perverti votre âme, je veux faire l’éducation de votre esprit. Aujourd'hui vous êtes un bandit ignorant. Je veux faire de vous un homme distingué de tous points.
— Et puis ?
— fit puis alors, je vous dirai quelle est la vengeance que je compte exercer sur M. de Maurevers.
Puis le vieillard prit la main de Roumia :
— Quant h vous, ira toute belle, dit-il, je veux que vous passiez à travers le momie comme un météore sinistre; je veux que vous semiez des sourires et que nous récoltions dos cadavres. Vous êtes la plus belle pomme de discorde que j'aio jamais vue.
— Vous êtes galant, répondit Roumia, flatté.' du Compliment.
Le vieillard reprit :
— Nous partons demain.
— Ah ! El où allons-nous?
— Voyager.
— En quel pays? demanda Perdito.
— Nous allons parcourir l'Europe. Car dès aujourd'hui je vous adoplc tous deux, et vous êtes mes enfants.
Le lendemain, en effet, le vindicatif duc de Fenestrange "quittait Bayonne en compagnie de Perdito et de Itouuiia et prenait la route d'Italie.
Arrivés à cet endroit du manuscrit de Turquoise, Valida et Marmouset s'arrêtèrent un moment. Ce dernier regarda la pendule du salon.
— U est midi, dit-il, et Milon n'est pas revenu, j’en conclus que la Belle Jardinière, en Espagnole qu'elle est, fait la sieste, et que Milon reste h son poste d’observation.
Vanda feuilletait le manuscrit dont ils n’avaient lu encore qu'une faible partie.
— Jusqu'à présent, dit-elle, cela ne nous apprend pas grand'chose.
— Pardon, répondit Marmouset, j'ai deviné déjà que la Belle Jardinière et la bohémienne Roumia pourraient bien être une seule et même femme.
— Je le crois aussi, dit Vanda.
— Cependant, reprit Vanda, peut-être vaudrait-il mieux savoir ce que Milon fait dans la grande aveuuc des Champs-Elysées.
— Il est à sou posto, j'eu suis sûr, répondit Marmouset avec conviction.
-r Alors, poursuis la lecture.
Marmouset reprit :
Le manuscrit de Turquoise.
(Suite.)
CHAriTIlE IV.
Tandis quo le duc de Fencsliango et ses enfants d'adoption, comme il disait, quittaient Rayonne et parcouraient l'ilalie, le jeune marquis de Maurevers attendait patiemment le retour du meurtrier de son père.
Mais l'époque fixée pour ce retour arriva, et la général ne revint pas.
Un autre mois, puis un autre, et une année enfin s’écoulèrent.
Quelque recherche que pût faire M. de Maurevers, il lui fut impossible de savoir ce qu’était devenu son ennemi.
Le bruit de la mort du général avait couru à Paris, vers la fin do décembre : mais ce bruit n'était pas confirmé.
Enfin, dans les premiers jours de l'année suivante,
le Levant, journal de Constantinople, arriva à Paris avec cet entrefilet :
« Le navire candiote Mercure naviguant sous pavillon turc, a été assailli par un gros temps, à son départ de la Cannée, et jeté sur un rescif à dix milles de ce port.
« Le Mercure s'est perdu corps et biens.
« Cette épouvantable sinistre a eu lieu la nuit, par un brouillard très-épais.
< Un navire qui passait à quelque distance a mis scs embarcations à la mer, mais inutilement, et personne n'a pu être sauvé.
« En outre de son équipage, le Mercure avait à bord plusieurs passagers de distinction, parmi lesquels le général français duc de Fcnestrange qui se rendait à Smyrne pour des raisons de santé.
« La perte du général sera vivement ressentie en France, nous dit-on, où le duc de Fenestrange s’était acquis une haute réputation militaire. •
Ce journal parvint à la connaissance du jeune marquis de Maurevers.
— La Providence s’est chargée de mon œuvre, pensa-t-il.
Dès lors, l’existence du marquis devint calme et sereine, il était riche de son propre patrimoine, et, très-convaincu que le (ils de son père, le bandit Perdito, avait été pendu en compagnie de José Minos, il ne s'était fait aucun scrupule de disposer de cette fortune laissée par la duchesse de Fcnestrange.
Il voyagea pendant trois ou quatre ans, revint à Paris et y mena la vie facile et luxueuse des fils de famille.
Cependant il avait le caractère mûri avant l'Age, et un goût prononcé pour l’élude.
Le marquis fit peu de folies, eut peu do liaisons retentissantes jusqu’à l’Sge de vingt-huit ans.
A cetle époque, un de ses amours qu’on appelle foudroyants vint s'abattre sur lui.
Le marquis re lirait un soir assez tard, à pied, et montait l'avenue Gabriclle aux Champs-Elysées pour se rendre au petit liùlel qu’il habitait à l’extrémité de la rue du Orque, lorsqu'il entendit des cris déchirants qui parlaient du fond d'une voiture de place, arrêtée au milieu de l'avenue.
Ces cris étaient ceux d'une femme.
Deux hommes avaient ouvert les portières de la voilure et cherchaient à la faire descendre.
La femme se cramponnait, se raidissait, appelait au secours.
Le cocher, menacé d’un coup de poignard avait pris le fuit».
M. de Maurevers s’approcha vivement.
il avait une canne à épée, et il s'en servit.
Les deux hommes résistèrent d’abord et l’un d'eux frappa le marquis d’un coup de poignard qui ne fit que lui effleurer le bras.
Puis ils prirent la fuite, sans que M. de Maurevers eût pu savoir qui ils étaient, car tous deux, bien que
vêtus comme des gens du monde, avaient la figure noircie.
Alors le marquis put voir la femme affolée et baignée de larmes, encore accroupie au fond de la voiture.
Elle était jcqne, elle était belle ; elle tremblait de tous ses membres.
— Ah ! monsieur, dit-elle enfin, quand il fut parvenu à la rassurer, sans vous, ces hommes m’assassinaient.
— Pour vous voler, sans doute T fit-il.
Elle secoua la tête.
— Non, dit-elle; Pun d'eux est mon mari; l’autre est mon frère.
Le rôle de M. de Maurevers était tracé d'avance.
Il devait aide et protection à eette femme qu’on voulait assassiner.
Il lui offrit son bras, laissa la voiture qui n'avait plus de cocher, et tous deux s’éloignèrent à pied.
L'histoire de cette femme était fort simple.
C’était la fille d'un négociant d'Anvers, mariée à un bijoutier hollandais.
Le mari, après une série de mauvais traitements, l'avait abandonnée ; mais il avait gardé sa dot.
Elle avait un frère, à qui elle avait demandé aide et protection.
Ce frère l'avait emmenée à Paris, où. disait-il, le mari s'était réfugié.
Comme la malheureuse l'aimait encore, elle s'était laissé persuader facilement que son frère amènerait un rapprochement entre elle et lui.
Mais le frère était un esprit pervers et il avait fait avec son beau-frère un pacte infâme : il lui avait promis de l’aider à s’en débarrasser.
Us avaient tenté d’abord d'empoisonner la pauvre femme et n’avaient pas réussi.
Alors ils lui avaient tendu un piège, lui donnant rendez-vous dans les Champs-Elysées, par une nuit d'hiver froide et sombre.
Là seulement, le frère s'était démasqué. 11 avait aidé le mari, et, sans l’intervention de M . de Maurevers, ils l’eussent assassinée.
Ce fut, du moins, ce qu’elle raconta à son sauveur.
Où aller!
Que devenir!
Comment échapper à ses bourreaux?
Elle n’avait qu’un parti à prendre : accepter l'hospitalité que le marquis lui offrait respectueusement.
Cette nuit-là, M. de Maurevers dormit tout vêtu dans un fauteuil, au coin du feu de son cabinet de travail.
Un an plus tard, on eût retrouvé M. de Maurevers galopant à minuit passé dans les allées désertes du bois do Boulogne, et se dirigeant vcr3 Saint-CloHd. O n’est guère l’heure pourtant de se promener à cheval . et le moment était d’autant moins opportun qu'il faisait très-frotd et qu'on était en plein hiver.
LA BELLE JARDINIERE
Ht de Maurevers sériait du club des Asperges ; mais il n’était pas monté à cheval à la porte même.
il avait longé le boulevard jusqu'à la Madeleine et était entré dans la rue Duphot.
Son domestique lui tenait son cheval en mains au coin de cette rue et de la rue Richepanse.
Le marquis avait sauté lestement en selle et piqué des deux vers le bois, à travers les Champs-Elysées non moins déserts à cette heure avancée.
Et certes ce n’était pas la première fois que M. le marquis de Maurevers accomplissait celle mystérieuse équipée.
Trois ou quatre Ibis par .semaine, il quittait le club de bonne heure, annonçait qu'il s'allait coucher et trouvait son cheval au mime endroit .
Cependant M. de Maurevers ne jouissait pas dans le monde où il vivait d'une réputation romanesque.
Son evislencc était, au contraire, la plus simple en apparence.
On lui connaissait une liaison avec la petite Marguerite Saint-Clair, la jolie actrice des Variétés et il se montrait avec elle un peu partout.
Personne moins que lui n’était soupçonné d’avoir une de ces intrigues secrètes, un de ces grands attachements mystérieux qui absorbent la vie d’un homme riche et en apparence oisif.
Où donc allait le marquis de Maurevers?
A la grille de Boulogne, le douanier lui ouvrit sans faire aucune observation.
Il continua à galoper vers Saint-Cloud, traversa le pont, passa devant la Tête-Noire et gagna la rampe de Montrctout.
Au deuxieme tournant, un peu au-dessus du chemin de fer, il prit un petit sentier qui grimpait aux
lianes du Coteau jus< ju'à une maisonnette blanche entourée d'arbres et que, à Saint-Cloud, on appelait depuis un an la maison de l'Anglaise.
En effet, un an auparavant, à peu près à la même époque, une femme vêtue de noir, se disant veuve, ne parlant que l’Anglais et ayant deux domestiques, egalement Anglais, avait acheté cette maison et s'y était installée.
Elle ne sortait jamais que le soir, se promenait parfois une demi-heure sur la route de la Marche et rentrait aussitôt qu'elle était l’objet de l’attention d’un passant quelconque.
Cependant, les gens du voisinage savaient qu’elle était accouchée depuis quelques semaines, et on avait conclu qu’elle venait de perdre son mari au moment oh elle était venue habiter Saint-Cloud. •
Si les populations provinciales sont curieuses, en revanche les habitants des villages qui environnent Paris sont d’une indifférence parfaite pour les affaires du voisin.
Cela lient à ce que Saint-Cloud, Ville-d’Avray, Bollevue et tous les endroits analogues onvahis chaque année par les gens de la ville, ont fini par se biaaor sur les étrangers.
Personne ne se connaît, chacun vit h sa guise et nul ne s'occupe de son voisin.
L’Anglaise, comme on l’appelait, vivait donc fort tranquille dans sa retraite, et personne ne s’en inquiétait.
A minuit trois quarts, en hiver, tout le monde dort i Saint-Cloud.
M. de Maurevers ne rencontra personne sur la route de Montrelout.
Le petit sentier dans lequel il entra était sablonneux.
Le cheval se mit au pas, et le sable empêcha ses sabots de résonner.
Arrivé à la grille de la villa, M. de'Maurevers mit pied ii terre et passa la bride à son bras.
Puis, au lieu de sonner, il tira une clef de sa poche et la mil dans la serrure.
La grille s’ouvrit. ,
Le cheval habitué sans doute à cette station nocturne, entra dans le jardin derrière son maître et gagna de lui-même un petit chalet en briques qui lui servait d écurie.
Quant & M. de Maurevers, il sc servit de la même clef qui avait ouvert la grille et pénétra dans la maison. ,
Une lumière discrète brillait aux fenêtres du rez-dechaussée.
Le marquis entra dans le vestibule en homme qui connait les êtres d’une maison et s'inquiète peu de l’obscurité.
Mais, au bruit de ses pas, une autre porto s'ou\;rit, un flot de lumière Je frappa au visage, et deux bras blancs l’enlacèrent avec amour.
En même temps une voix harmonieuse et douce murmurait :
— Ah ! mon Gaston bicn-aimé, je ne vous ai jamais attendu avec autant d’impatience que ce soir.
Celle qui parlait ainsi, et en fort bon français, était pourtant celte Anglaise vêtue de noir que les gens de Saint-Cloud disaient ne pas connaître notre langue.
Elle entraîna M. de Maurevers dans un joli petit boudoir dans lequel flambait un feu clair.
Au près de la cheminée était une kercelonnette bleu et garnie de rideaux blancs.
Le marquis s'en approcha, souleva ces ridoaux et se mit à contempler avec une douce émotion un bébé blanc et rose qui dormait, rêvant sans doute du paradis.
Puis il prit la jeune femme dans ses bras et lui mit un baiser au front.
— Chère Julienne, dit-il, et pourquoi donc, mon ange, aviez-vous plus d’impatience aujourd'hui que les autres jours ?
Elle eut un sourire mélancolique et chassa de ses doigts blancs et roses une mèche folle de sa chevelure qui errait sur son front.
— D'abord, dit-elle, parce que je vous aime aujourd'hui plus qu’hier, comme hier je vous aimais plus que la voille ; comme chaque jour jo vous aime davantage.
— Bon ! fit le marquis en souriant.
— Ensuite, parce que voüh deux grands jours que je ne vous ai vu.
— El puis ?
Elle pâlit légèrement, et le sourire qui effleurait ses lèvres disparut.
— Enfin, dit-elle, j'ai eu bien peur.
— Quand ?
— Ce soir.
— Mais pourquoi ?
— J’ai VU deux hommes à miue sinistre errer autour de la maison.
M. de Maurevers fronça le sourcil; puis, après un silence.
— C’est impossible, dit-il, vous êtes si bien cachée
— O Gaston, Gaston, murmura la jeune femme avec un redoublement d’effroi.
— Ne suis-je pas il pour te défendre !
Elle frissonna plus encore ;
— Ah! dit-elle, s’ils me trouvaient, ils me tueraient.
— Qu’ils y viennent donc, s'écria le jeune marquis do Maurevers, dont les yeux laissèrent jaillir un éclair.
Cette femme qu’on appelait à Saint-Cloud la belle Anglaise et que M. de Maurevers venait voir de nuit, en prenant mille précautions, c'était, on l’a deviné, celle qu’il avait sauvée, un soir, dans les Champs- Elysées et à qui il avait offert l'hospitalité dans son hôtel.
Elle paraissait en proie, le lendemain de ce jour, h une telle épouvante, que le jeune marquis n’avait pas cru pouvoir la laisser sortir de ciiez lui.
LA BELLE JARDINIÈRE
Huit jours, puis quinze, puis un mois s'étaient écoulés.
L'amour était venu, au mijieu de ces alarmes incessantes, de ces frayeurs sans nombre que cette femme témoignait.
ELpuis elle était belle.
Belle de cette beauté fraîche et rose des femmes du \'ord qui ont les cheveux châtains et les yeux bleu foncé.
Ni grande, ni petite, svelte en sa taille un peu rondelette, avec des pieds et des mains d'une adorable petitesse, des dents éblouissantes de blancheur et un sourire oit il y avait plus de jeunesse et de gaîté que de mélancolie. Julienne, qui avait un peu plus de vingthuit ans, devait tourner la tête au marquis.
Julienne I
Il ne lui connaissait pas d'autre nom ; le jour oft il s’était mis h ses genoux et lui avait dit : « Je vous aime » elle lui avait dit :
— Moi aussi, je vous aime, mais je préfère vous fuir.
— Pourquoi !
— Parce qu'il y a dans ma vie un mystère que vous voudrez pénétrer et qui doit rester impénétrable.
— Foi de gentilhomme, dit le marquis, je ne vous lo demanderai jamais.
— Et vous vous contenterez de mon nom de Julienne T
— Oui.
Le marquis était un galant homme : ce qu'il avait promis, il le tenait.
Il aimait Julienne; on fût venu lui dire ;
« C'est la dernière créature », qu'il eût répondu :
— Ccst possible, mais elle m’a dit quo son passé renfermait un mystère, et le passé ne me regarde pas.
Julienne sortait rarement.
Cachée au second étage de l'hôtel du marquis, si elle se hasardait à mettre le pied dehors, c'était le soir, à la brune, enveloppée dans un grand châle et le visage couvert d'un voile épais.
Elle choisissait ordinairement les jours où M. de Maurevers dînait en ville et ne devait rentrer que tard.
Oit allait-elle t
Personne ne l’avait jamais suivie, nul ne lo savait.
Cependant, à mesure que le temps s'écoulait, elle devenait plus mélancolique, témoignait do vagues appréhensions et tombait parfois dans d'inexplicables tristesses.
Un jour , ses entrailles tressaillirent ; elle s’aperçut qu'elle serait bientôt mère.
Alors, épouvantée tout â coup, elle se jeta aux pieds du marquis :
— Sauve-moi ! dit-elle.
— Te sauver ! fit-il étonné.
— Oui, sauve-moi... je ne suis plus en sûreté ici.
— Mais... tu es follet... ton mari?
— Je n'ai pas de mari.
Il tressaillit et dit tout bas :
— Celui qui était... ton amant ?...
— Je n'avais pas d'amant. Mais, continua-t-elle avec exal'ation, lu m'as juré de no pas chercher à pénétrer ce mystère.
— Et je te renouvelle mon serment.
— Alors, si tu m’aimes, sauve-moi.
— Mais de qui ?
— Je 11e puis te le dire.
Et scs dents claquaient de terreur.
— Veux-tu que je resta ici jour et nuit ?
— Non, il faut que je parte d'ici, il faut quo tu me caches, hors de Paris, dans quelque coin bien ignoré... il le faut !
Gaston de Maurevers aimait Julienne ; il fit ce qu'elle voulait.
Elle imagina une comédie ; cette comédie fut exécutée de point en point.
Le marquis la conduisit en plein jour au chemin de fer du Nord, dans sa propre voilure et, en présence de son cocher et de son valet de pied, il lui remit un portefeuille, comme s'il l'eQt quittée pour toujours.
Julienne jeta dans la botte qui se trouvait à la gare une lettre dont le marquis ne lut pas la suscription.
Julienne était partie pour Bruxelles.
Mais, le lendemain, elle arrivait à Saint-Cloud, vêtue de noir, parlant anglais et suivie de deux domestiques dont l'origine britannique était hors de doute.
A partir de ce moment-là, M. de Maurevers, se conformant aux volontés de sa mystérieuse maîtresse avait noué des relations avec la petite Saint-Clair et repris sa vie brayante d’autrefois.
Ce que Julienne avait prévu, ce quelle avait provoqué sans doute par cette lettre mise à la poste, à la gare du chemin de fer du Nord arriva.
Le cocher et les autres domestiques du marquis furent questionnés tour à tour par des inconnus qui leur donnèrent de l’argent.
Ils dirent ce qu’ils savaient, ou, plutôt, ce qu'ils croyaient savoir.
M. de Maurevers avait rompu avec sa maîtresse et l'avait quittée en lui donnant cent mille francs le jour où elle était retournée dans son pays.
Julienne était donc à Saint-Cloud depuis près d'un an, et elle y était devenue mère.
Le marquis ne venait ia voir que la nuit.
Fidèle à sa parole, il ne la questionnait jamais.
Tout ce qu'il savait, c'est que les deux homnies qui avaient voulu l'assassiner n'étaient ni son frère, ni son mari.
Cependant Julienne paraissait redouter ces deux homnies et répétait souvent :
— S’ils me trouvaient, ils me tueraient.
Or ce soir-là, M. de Maurevers fut pris d’un accès d’indignation et s'écria, comme nous l'avons vu :
— Qu'ils y viennent donc !
— Non, dit Julienne, il faut que je parte d'ici, il faut que tu me caches ailleurs.
Le marquis la prit dans ses bras et répondit :
— Demain, je t’aurai trouvé une autre retraite.
U passa deux heures encore avec elle; puis,
|.a «anjaisr de Manrevers était morte. ;Pafe 37C.)
avant que le jour ne vînt, il remonta à cheval et partit.
Penchée à sa fenêtre, Julienne écoutait le galop du cheval de son bien-airné qui allait s'affaiblissant dans le loiniain, lorsque tout à coup elle entendit un coup de sifflet.
hn même temps une ombre noire s'agita dans le jardin.
Ht Julienne se rejeta éperdue au fond de la chambre.
La forme noire que Julienne avait aperçue s’avança jusqu’à la croisée et se dressa tout à coup.
Cétait un homme de taille moyenne, leste comme un acrobate, car bien que la croisée fût à une certaine hauteur, il l’atteignit d’un bond, se cramponna à la barre, s’en servit comme d’un trapèze et sauta dans la chambre au fond de laquelle la jeune femme s’était réfugiée plus morte que vive.
Ce fut l’histoire d’une seconde.
Julienne n’eut le temps, ni d’appeler au secours, ni de tirer à elle le gland d’une sonnette.
Les deux domestiques qui la servaient fussent venus à son secours, sans doute.
Mais Julienne n’y songea même pas.
Elle était .tombée à genoux, joignait les mains et murmurait, d une voix qui avait peine à se faire jour à travers ses dents qui s’entrochequaient, ces mots :
— Grâce ! ne me tuez pas !
L’homme qui venait d'entrer ainsi par la fenêtre était armé d’un poignard.
— Voici près d’un an que je te cherche, dit-il, en dardant sur elle un regard flamboyant.
— Grâce! grâce! répéta- t-el le.
— Tu t’es jouée de moi et de nous, misérable ! |)oursuivit cet homme à voix basse, tu as manqué à tes serments.
— Je n’ai pas osé...
— Pourquoi ?
Elle se redressa, elle eut un moment d’audace et de courage.
— Eh bien ! dit-elle, tuez-moi ! J’aimo mieux mourir que vous servir d’instrument.
— Mais pourquoi n’as-tu pas osé ?
— Parce que je l’aimâis.
Cet homme eut un ricanement de bête fauve :
— Ah ! tu l’aimais ? dit-il.
— Et je l’aime encore.
Le poignard étincela aux clartés des boûgies placées sur ia cheminée, et le bras qui le brandissait allait frapper quand, tout à coup, cet homme fit un pas en arrière et laissa échapper un cri, en même temps que sa main lâchait le poignard, qui tomba sur le parquet.
11 venait d’apercevoir la bercelon nette.
Au même instant l’enfant, éveille par le bruit, se mit à pleurer.
— Ah ! foi de Perdito ! s’écria l'homme au poignard avec un ricanement de bête fauve, je comprends tout maintenant.
Julienne instinctivement s’était placée devant le berceau.
La lionne ne couvre-t-elle pas ses lionceaux de son corps ?
LA BELLE J Alt!) INI K HL
U femme *e ciaïuposnait, sc raidissait, appelait ai ««cours. (l>agc MO.}
Le sentiment maternel avait relevé cette femme tout h l'heure agenouillée et demandant grilcc.
— Ton enfant va nous répondre de toi, dit Pcrdito, car c’était bien lui, le fils adoptif de José Minos, le frère et l’ennemi acharné de M. de Maurevers.
— Vous ne loucherez pas à mon enfant ! répondit-elle.
Et souple comme une panthère, elle lit un bond en avant, rasa le sol et ramassa le poignard échappé aux mains de Perdilo.
Puis, le brandissant b son tour et se plaçant devant le berceau :
— Approche* donc maintenant, si vous l’osez ! dit-
elle.
l’erdito se mit à rire :
— J'aurai raison de toi quand je voudrai, dit-il; mais avant de me porter à îles actes de violence, j'aime mieux causer un moment. Ainsi tu es mère '!
i LIVRA
— Vous le voyez. - -..-.-V
— Et tu aimes Maurevers ?
— Je l'aime.
— C'est donc ainsi que tu nous obéis T
— Je vous avais promis d'exécuter vos ordres, j'étais votre instrument passif et docile; mais mon cœur a battu tout h coup.
— C’était sans doute pour la première fois, ricana Perdito.
Julienno courba un moment la tête; mais elle la releva aussitôt :
— Oh ! dit-elle, je sais bien qui j'étais quand la fatalité et l'enfer m'ont jetée sur votre route; je sais bien que j'étais une indigne créature, que vous n'avez pas hésité è me confier un rôle abominable.
« Pendant huit jours, j’ai été de bonne foi ; pendant huit jours, j'ai voulu vous obéir... mais. .. après...
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— Après tu l'as aimé !
— Oui, et je laitue encore ! je l'aimerai jusqu'à mon dernier soupir..,
— Tu t'aimeras, soit, mats tu m’obéiras.
— Jamais!
— Oit ! j'aurai bien le moyen de t’y contraindre, enfant n'est-il pas là ?
- Approchez donc, si vous Poses !
rv','1 Perdito haussa les épaules.
— Tu peuxfbien brandir ton poignard, dit-il. Si ce n’est pas aujourd'hui, ce sera demain... mais j'aurai ton enfant en mon pouvoir... et il me répondra de ton obéissance.
En même temps il fit un pas vers elle.
Julienne se tint sur la défensive.
— Voyons, tn obeiras-tu? dit-il.
— Non.'
Prends garde !
Et ia voix de Pcrdito tremblait de colère.
— Jamais !
Pn nuage de sang passa dans les yeux du bandit et
obscurcit Aon regard.
— A nous deux donc ! dit-il d’une voix sourde.
Et il se précipita vers Julienne.
Celle-ci se mit à crier :
— A moi ! an secours !
Les cris achevèrent d'exaspérer Pcrdito, qui se jets sur el!î et chercha à l'enlacer.
Julienne frappa. Elle frappa d'une main mal assurée; mais elle atteignit néanmoins au bras et à l’épaule Perdito, dont le sang coula.
La douleur arracha un hurlement au bandit,
Julienne frappait toujours; mais Pcrdito parvint à la saisir par le milieu du corps et la renversa sous lui. En même temps un bruit se taisait dans la maison. C’étaient les domestiques qui, éveillés en sursaut, accouraient au secours do leur maltresse.
Perdito était parvenu à arracher le poignard des mains de Julienne.
Au moment où le valet de chambre arrivait à la porte et l'enfonçait, car elle était fermée en dedans, Perdito plongeait le poignard jusqu'au manche dans la poitrine de Julienne.
— Au moins tu ne parleras pas, disait-il.
Puis il s'élançait vers la croisée, sautait dans le jardin et disparaissait à la faveur des dernières ténèbres de la nuit.
Les domestiques arrivaient trop tard Trop tard pour arrêter l’assassin.
Trop tard pour sauver la victime, qui se tordait dans une mare de sang, froissant dans ses mains crispées tes rideaux de ia bercelomiette.
Tandis que il femme de chambre essayait de relever Julienne, le domestique sautait dans le jardin par la tenetra et appelait du secours
■'àfà? :
Sy
Mais la maison était isolée et personne au loin no l'entendit.
L'assassin avait disparu.
Julienne respirait encore.
Entendant crier, elle dit à la femme de chambre :
— Rappelle-lc, c’est inutile. Je suis frappée à mort.
Le sang coulait avec abondance de la blessure jfl
Cependant Julienne vivait.
Aidée de sa camériste, elle put se lever et gagner un fauteuil.
— Un médecin! John, cours chercher un médecin! dit la femme de chambre au valet qui rentrait, hors de lui et le visage bouleversé.
Julienne fit encore un signe négatif.
Puis, d'une voix qui s'affaiblissait de plus en plus :
— Fermez la fonêlre, fermez les portes... et... l écoutez-moi...
L'enfant s’était endormi dans son berceau, au milieu de ce tumulte.
Julienne dit encore :
— J'ai peut-être une heure à vivre, et tous les médecins do ia ferre no me sauveraient pis. Contentezvous d’arrêter l'hémorrhagie, si vous pouvez. Sj
La camériste mit en pièces un mouchoir, et fit à la hâte de la charpie grossière et étancha comme elle put, avec l’assistance du valet, le sang qui coulait tottjoiira.
Julienne les regarda avec attendrissement, leur prit la main et leur dit :
—Veillez bien sur mon enfant, jusqu’à ce soir : car M. le marquis reviendra ce soir. .N’ébruitez pas tna mort; restez ici. Attendez que monsieur soit venu.
A mesure qu'elle parlait, sa respiration devenait plus oppressée, sa voix s’affaiblissait et son regard limpide s'obscurcissait peu à peu.
Elle voulut qu'on lui apportât son enfant ; elle mlut imprimer sur sa jeune tète ses lèvres décolorées.
— Jenny, dit-elle encore, s'adressant à la femme de chambre, j'ai au cou une clef que vous donnerez à M. de Maurevers.
« Elle ouvre le coffre qui se trouve dans ma chambre, sur ma toilette.
< Dites à M. le marquis qu'il trouvera dans ce coffre l'explication du secret. »
Ce furent ses dernières paroles.
EUn ne parla plus et tout ce qui lui restait de vie sc concentra dans son regard, qu’elle attachait avec obstination sur son cnfanl.
Puis ce regard s'éteignit, ses yeux se fermèrent, un léger soupir s'échappa de sa poitrine et sa tête retomba sur son épaule.
Julienne était morte.
Alors les deux domestiques se regardèrent avec
épouvante.
il n’y avait jmis assez longtemps qu’ils étaient au sert ice de Julienne pour qu'ils eussent pour elle un de ces attachements profonds comme savent en inspirer certains maîtres.
Mats ils eurent conscience de leur responsabilité et
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LA BELLE JARDINIERE
6e demandèrent avec anxiété ce qu’ils allaient faire.
Julienne leur avait recommandé de veiller sur son
enfant.
L'enfant courait donc, lui aussi, un danger do mort.
Et ceux qui essayeraient de le protéger n'allaient-ils pus exposer leur vie!
Tel fut du moins le raisonnement que fit John, le vateT
Mais la camériste Jenny était une courageuse G Ile d'Irlande, esclave de sa parole.
— Nous avons promis h notre pauvre maîtresse de no pas bouger d'ici, dit-elle, jusqu’à ce que M. de Maurevers arrive, je resterai.
Jolin eut honte de son premier moment do crainte et d'hésitation.
Et il aida Jenny à porter la morte sur son lit.
fuis, tous deux, iis se barricadèrent h l'intérieur de ■ la maison, résolus à attendre jusqu'au soir.
En hiver, les environs de Montretout, si bruyants £vn été, sont déserts.
Il ne passa pas dix personnes sous les murs de la villa , et ceux qui y passèrent ne se doutèrent point que cette maison avait été naguère le théâtre d'un drame épouvantable et qu'il s’y trouvait un cadavre.
John et Jenny se1 livrèrent durant celle journée à mille commentaires.
Quel était l'assassin?
Dans quel but avait-il commis le crime?
Mystère !
Enfin, le soir arriva.
De huit heures à minuit, les deux serviteurs comptèrent les minutes.
— Si monsieur n'allait pas venir! dit Juhn avec effroi.
— Madame l’attendait...
— U ne vient pas tous les jours.
— C'est vrai.
— Et s’il ne venait pas, que ferions-nous?
~ Sous attendrions, dit l'Irlandaise.
Mais le trot d'un cheval qui montait la cote se fit ; i idre.
— Le voici! dit Jenny.
Alors tous deux se regardèrent en frissonnant.
Lcquol des deux se chargerait d'apprendre la vérité h M. de Maurevers?
Quelques minutes après, Gaston entrait dans le jardin.
/.es deux domestiques s’étaient réfugiés dans la chambre mortuaire.
Julienne était couchée toute vêtue sur son lit.
Le sang ne coulait plus; mais la courline, le parquet, les meubles eu étaient couverts.
M. de Maurevers entra.
11 croyait trouver Julienno au rcz-do-chaussée et il poussa la porte du petit salon.
Cette pièce était plongée dans l'obscurité. k ■. f
Le marquis fit deux pas dans les ténèbres et sepieds glissèrent dans le sang.
Alors une sueur froide Inonda ses tempes ; U s’arrêta frissonnant :
— Julienne ! où êtes-vous? dit-il.
Nul ne lui répondit.
11 avait une boite de bougies dans sa poche et en alluma une.
Soudain il jeta un cri.
— Du sang! r
Et s'élançant au dehors, il répéta : ,
— Julemie! Julienne!
Puis, il monta l’escalier quatre à quatre et poussa la la porte de la chambre mortuaire.
Pèles, tremblants, immobiles, les deux domestiques étaient là auprès du cadavre.
Us avaient allumé deux bougies sur un guéridon :
Julienne avait conservé toute sa beauté, en dépit de la mort.
Elle paraissait dormir.
M. de Maurevers jeta un nouveau cri et se précipita, sur ce corps inanimé.
Ce fut une scène déchirante.
Julienne était morte I — morte assassinée...
Sans doute par l'un de ces hommes qui la poursuivaient partout.
— Oh ! je le vengerai ! s’écria le jeune homme en s’arrachant les cheveux do désespoir.
Jalienno avait laissé sans doute une lettre au fond de ce cofTre dont elle portait la clef h son cou ; et cette lettre allait apprendre enfin au marquis de Maurevers la terrible énigme qui semblait avoir enveloppé la vie tourmentée de la pauvre morte !