‹ [Le Dernier mot de RocamboleChapitre 63 sur 100 · XL · texte numérisé non relu

XL

Maurevers était-il réellement en catalepsie, ou bien fut-il le jouet d'un rêve?

Il ne l’a jamais su.

mis ce rêve, si c'en était un, il se le rappela dans tous ses d-'tails, et voici les sensations qu'il éprouva.

Calcraff l'emportait sur ses épaules.

L'air froid de la nuit lui fouettait le visage ; et bientôt cet air deyiiH humide.

Lp [harquis comprit qu'on approchait de la Tamise toujours couverte de brouillards, en celte saison de l'année.

Pqia, Calcraff s'arrêta.

Dpe voix qui était ffjen toujours la voix de l'Irlandaise pturiqura :

r- (J'est (Ci.

ffq même temps, M. de Maurevers entendit un bruit de roues-

C’élait le carrosse dont on avait parlé qui approchait.

la portière fut ouverte.

Maurevers essayait vainement d'ouvrir les yeux et d’agiter scs membres.

En revanche, son ouïe avait acquis une finesse extraordinaire.

On le posa sur les coussins du carrosse.

11 entendit un frôlement de robe auprès de lui.

Cétail l'irlandaise qui montait.

En même temps, une voix qu'il n'avait pas encore entendue demanda :

— Où va milady?

— A l'hôtel, répondit l'Irlandaise.

Et le carrosse roula.

Dans cette paralysie absolue du corps, moins le sens de l'oule, où il se trouvait, M. de Maurevers avait conservé toute sa présence d’esprit.

— Comment celle femme couverte de haillons peutelle avoir un carrosse ? so demandait-il.

« Et se peut-il réellement que les gens l'appellent milady ? >

Tout cela lui paraissait si étrange, si anormal , qu'il eût donné la moitié de sa fortune pour avoir la force d'ouvrir les yeux.

Mais la paralysie tenait bon.

Le carrosse roula environ dix minutes, puis il s’arrêta.

Maurevers entendit qu'on ouvrait la portière.

Puis le dialogue suivant s'établit entre l'Irlandaise et un homme qui probablement venait de monter sur le marchepied du carrosse.

— Eh bien ?

— Le voilé.

— U s’est endormi?

LA BELLE JARDINIÈRE

— Parfaitement.

— Et il est lit ?

— Regarde plutôt.

— Oui, je le vois... c'est bien lui !

— Mais où donc ai-je entendu déjà celle Voix ! se demandait M. de Maurevers.

L'homme continua :

— Oh! si tu savais comme je suis jaloux !

— Imbécile I

— Non, je sais qu'il t'aimera.

— C'est probable !

— Et toit...

L'Irlandaise répondit par un éclat de rire j et il y eut un moment de silence.

Puis elle ajouta :

— 11 faut bien que je nie décidé à faire Uiie besogne dont personne ne veut.

L'homme répondit par Une sorte de rugissement.

Puis il dit encore i

— Si lu manques à ta promesse, tu sais que Je te tuerai!

— C'est bien. Je u'ai pas peur.

La portière se n ferma brusquement et le carrosse se remit en route.

Maurevers se disait :

— L'énigme se complique de plus en plus. Quel est cet homme, que veut-il? Pourquoi cette menace de mort?

•Tout brave qu'il était, le marquis ne pouvait so défendre d’une sérieuse inquiétude ; et, en ce moment peut-être, il songeait à moi et à son enfant.

Enfin le carrosse s’arrêta de nouveau, et le marquis entendit demander la porte.

Puis la voiture s'arrêta sous une voûte sonore et s'arrêta tout à fait.

— U parait , pensa Maurevers, que je suis dans l’hôtel de mon étrange mendiante.

Deux hommes qui pénétrèrent dans le carrosse, deux laquais sans doute, le prirent à bras-le-corps et remportèrent.

Cette finesse d'ouïe que la catalepsie développait en lui était si grande, que M. de Maurevers comprit qu’un épais tapis, posé sur les marches d'un escalier, assourdissait le bruit des pas de ceux qui le portaient.

Il entendait toujours, en même temps, le frôlement de la robe de l’Irlandaise.

A moins qu'elle n’eût changé de vêtements en plein a' r, dans le trajet de la taverne au bord de la Tamise, celle robe devait être la même que celle qu'elle portait, au moment où Maurevers avait malgré lui fermé les yeux, c'est-à-dire un assemblage de pièces et de morceaux de toutes étoffes et de toutes couleurs, loques sordides qui devaient singulièrement jurer avec l'intérieur somptueux d'un palais.

l'IrlandaiseVétait mise à chanter.

Elle chantait cette mélodie bizarre, monotone, moitié ironique et moitié mélancolique qui avai t exercé un charme mystérieux sur M. de Maurevers.

Cette mélodie résonnait a son oreille, à mesure que

ceux qui le portaient, après avoir gravi les marches d'un escalier , traversaient maintenant différentes pièces.

Ils s'arrêtèrent enfin, et Maurevers comprit, car tout son corps était insensible, qu’on le couchait sur un Ut.

Alors l’irlandaise interrompit la chanson et dit :

— Laissez-moi !

Les deux hommes sortirent.

Maurevers continuait à se roidir inutilement contre la catalepsie.

L’Irlandaise avait ouvert un piano et ses doigts agiles couraient maintenant sur le clavier, accompagnant cette chanson en langue inconnue qu elle continuait à fredonner.

Tout à coup un sens «'éveilla chez Maurevers — le sens de l'odorat.

Son nerf olfactif fut tout à coup chatouillé par un parfum pénétrant qui avait un charme inexprimable.

— Bon! s’interrompit Marmouset, en cet endroit do sa lecture, je connais qa.

— Plait-il ? fit Vanda.

— Oui, un parfum... sous forme de brouillard... Comme la nuit dernière.

Et comme Vanda ie regardait avec étonnement, il ajouta :

Je donnerais maintenant ma tète à couper que l'Irlandaise en haillons ressemble traits pour traits à l'Espagnole aux cheveux roux que j'ai chargé Miion de surveiller.

— Continue, dit Vanda.

Et Marmouset reprit la lecture du manuscrit de Turquoise.

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