XI.1I
Le manuscrit de Turquoise continuait ainsi :
Celte senteur pénétrante, ce parfum mj su ri. ux qui enveloppait M. de Maurevers comme un bain de vapeur tiède, pénétra ses pores, rendit la vie à ses membres, qui se distendirent peu à peu et amenèrent la fin de la catalepsie.
Alors il rouvrit les yeux et so vit comme enveloppé d'un brouillard humide et transparent qui lui permettait de voir les objets qui l'environnaient.
Il était dans un appartement luxueux, tendu d’uno étoffe orientale à couleurs vives, meublé avec recherche et comfort et éclairé par deux grandes torchères posées sur la cheminée.
L’Irlandaise était toujours au piano.
Mais comme elle tournait le dos au lit sur lequel M. de Maurevers était couché tout vêtu, il ne put voir son visage.
Etait-ce bien la femme de la taverne du roi George 1
— Oui, s’il en croyait cette voix fraîche, suave, harmonieuse qui chantait ta mélodie bizarre que naguère applau lissaient les ignobles clients du iand-lord Calcraff.
Il avait uni* Lundi' orgaimri' «ou> sn onlrr*. (I**M 3HH.)
— Non, si ses yeux sc portaient sur la robe de soie aux reflets chatoyants qui emprisonnait sa taille svelte et charmante et arrondissait scs plis majestueux autour du tabouret de piano.
— Mais où suis-je donc? s'écria Maurevers.
Au bruit de la voix, l'Irlandaise cessa de chanter, se leva et se tourna vers lui.
Maurevers jeta un cri.
Cétait elle I
Non plus l’Irlandaise déguenillée et buvant du gin, et laissant errer autour d’elle un regard cyniquo et plein d’audace.
Mais l'Irlandaise devenue grande dame, avec de belles mains blanches, un sein éblouissant que bissait entrevoir sa robe décolletée, et sur les lèvres un sourire chaste et pudique en scs voluptueuses provocations, et un regard plein de charme et de mélancolie.
— Oh ! qu’elle est belle ! murmura Maurevers avec extase.
Le brouillard blanc l’enveloppait de plus en plus, le pénétrait, l’absorbait, et lui montait à la tète comme une voluptueuse et mystérieuse ivresse.
L’Irlandaise s’approcha et lui dit :
— Bonjour, marquis.
Et elle tendit vers lui sa petite main blanche et prit la sienne.
A ce contact, Maurevers tressaillit des pieds h la tête et umme s’il eût ressenti le choc d’une décharge électrique.
Il sauta à bas du lit et tomba à genoux devant elle en répétant :
— Oh ! que vous êtes belle 1
— On me l’a dit avant vous, fit-elle avec une ironie charmante.
Puis elle l’entraîna vers une ottomane et le fit asseoir auprès d’elle.
— Vous croyez réver, dit-elle en souriant. Vous vous êtes endormi chez Calerai! et vous vous réveillez
— Je ne dormais pas, répondit-il.
— Je le sais, reprit-elle. Vous avez dû entendre tout ce qui se passait autour de vous ?
— Oui.
— Et vous avez souri de pitié, au dedans de vous, quand l’Irlandaise déguenillée a parlé de son palais et de son carrosse?
— C’est vrai. Mais... je ne puis comprendre...
Et il la regardait avidement, comme si tout ce qu'il voyait, tout ce qui sc passait autour de lui était audessus de la raison humaine.
Elle souriait et lui abandonnait scs deux mains, que, enivré et fou, il portait à ses lèvres.
— Avez-vous lu les Contes des Mille et une nuits 1 dit-elle après un silence.
— Sans doute, répondit-il.
— Eh bien ! supposez que je suis la sultane Shécrazade et qu'au lieu de vous narrer un conte, je le mets en action.
LA BELLE JARDINIÈRE
— Vous êtes belle ! répétait-il avec estas?.
— Pourquoi êtes-vous ici ? reprit-elle ; comment sais-je votre nom ? vous vous le demanderiez inutilement durant le reste de votre vie... Ainsi, vous me trouvez belle ?
— A damner les anges du ciel.
— Peut-être suis-je un démon.
— Qu’importe !
Et le brouillard odorant s'épaississait , pâlissant l’éclat des bougies, moins lumineuses que les grands veux de l’Irlandaise.
— Marquis, dit-elle encore, je vous aime... oh ! je vous aime depuis bien longtemps I
— Vous m’aimez ?
— A en mourir.
— Mais je vous vois pour la première fois.
— Vous vous trompez, nous nous sommes vu déjà.
— Où don: ?
— En Espagne.
Un voile se déchira dans le souvenir du marquis de Maurevers.
La femme redevint tout à coup enfant pour lui, et dans la belle Irlandaise, il reconnut la petite bohémienne de la bande de José Minos, la bohémienne aux cheveux roux qui demandait avec acharnement la mort des deux voyageurs.
Et un nom vint à ses lèvres :
— Oui, dit-elle, je le vois, vous me reconnaissez... Je suis Itoumia... la bohémienne... la maîtresse do rerdito... mais Perdito était votre frère et vous resrcmbliez à Perdito... et Perdito est mort... et je vous .-.imc... comprenez-vous?
’ El elle avait jeté ses deux bras nu cou du marq i’r. | et ses lèvres effleurèrent les sienne et il ‘ ...a
les yeux sous l'angoisse d'une volupté suprême.
Elle lui dit encore :
— Oui, Perdîto est mort, mais j’ai fait un vœu, j’ai fait un serment à son ombre.
— Lequel ? balbutia-t-il, de plus en plus étreint par cme étrange ivresse «lui puisait sa source dans tes parfums qui l’environnaient.
— J'ai juré de no vous appartenir que lorwju’ü y aura cinq ans accomplis que Perdito sera mort»
— Ah ! dit-il, levant sur elle un regard égaré.
— Mais, reprit-elle, je puis être à vous tout entière et vous donner mon Ame sans devenir coupable. .»
Il la regardait toujours et ne comprenait plus.
— Je suis continua-t-elle, une fille de cet Orient mystérieux où le rêve lient une si grande place... où I cxtase tient lieu de ta réalité...
En même temps, elle glissa de ses bras, alla prendre ilans un coin de la salle un narguillé à deux tuyaux cl lui mettant aux lèvrea le bout d’ambre de l’un d’eux, elle lui dit :
— Fumez l je te veux !
Et M. de Mnurcvefi, qui n’avait déjà plus de volonté, aspira ccttc fumée perfide du batchicli et de l’opiutn.
Et bien que Roumia eût disparu depuis longtemps, il croyait, une heure après, kt presser dans scs bras, la couvrir de baiser» brûlants, et lui répéter ave© i rosse :
— Je t'aime ! Où ! j« l aime.
um
* C’est moi qui ai appris à Vaurcvers combien de temps il avait été en la puissance de Rounila.
Sans moi il ne l’aurait jamais su.
Une fois au pouvoir de l’opium, le mallietireux ne
s'appartint plus.
Les heures passèrent sans quM en eût conscience.
Son amour pour la bohémienne était-il une réalité?
N 'était -CC qu’un rêve?
Il ne !’a jamais su.
Les fumeurs d’opium revenus à la raison vous affirment qu’ils sont encore brisés et meurtris des baisers imaginaires dont les ont accablés les houris de Mahomet.
M. de Maurcvcrs, même quand il fut tout à fait revenu à lui, demeura convaincu que Kournia l'avait aimé.
Cela dura sopl jours.
Absente ou non, il la voyait toujours, s'enivrait ou croyait s'enivrer de ses caresses , et quand elle ne diantait pa?, il entendait encore sa chanson retentir dans son cerveau troublé.
Le fumeur d’opium ne mange presque pas.
“c temps en temps, Roumia arrachait des lèvres de V nrevers b tuyau «lu narguillé, et lui faisait avaler u * breuvage nutritif.
il 03 s*esl pas rappelé avoir pris autre chose et
avi-tr mange,
Enfin, un matin, ce rêve étrange s'est brisé.
Maurevers s’était endormi la veille dans les bras de Roumia ou plutôt dans les bras de sen rêve.
Il s’éveilla au petit jour, sous l’impression d’une violente sensation de froid.
Il était couché sur la terre getéc, auprès de l’église Saint-Paul, avec les habits de matelot qu'il avait changée contre les siens.
Chose peut-être inouïe à Londres, on ne l’avait pas dévalisé.
Il avait sous sa vareuse sa gibecière de voyage en bandoulière et, dans cette gibecière, une centaine de guinéen «m or ou en bank-notes.
On avait également respecté sa montre.
Mais un homme, ai intelligent qu’il soit, ne sort pas d'un rêve op»acé île sept jours, sans être complètement hébété.
Où était-il ? Pourquoi n’était-il plus chez Roumia ? Où était Roumia ?
Tèttes furent les trois questions qu’il s'adressa.
Un policenian à qui il fit ces singulières questions le prit pour un fou et te conduisit devant un magistrat «te police.
Ct dernier constata te même état d’hébètement, et il allait rendre une ordonnance qui permettait de conduire le marquis dans une maison de santé , lorsque un médecin qui, par hasard, re trouvait à l'audience, s'approcha, examina ( laiton de Maurcvcrs et demanda à être entendu.
— * Get homme, dit-il, n’ost pas fou. Il est ivre d’opium. Tout ce qu'il va vous dire, ne le croyez pas, car te rêve et In réalité sc confondent dans son cerveau. Mais il serait Injuste de te priver de sa liberté, ajouta In médecin, s'adressant au magistrat ; je supplie Votre Honneur dn le faire cou luire chez lui, où, en quelques jours, H retrouvera toute sa raison.
L'affirmation «ùi médecin pesa de tout son poids dana l'opinion du magistrat.
Ce dernier ayant fait fouiller Maurevers, on trouva sur lui un passe-port h son nom.
f.ràcc à cc passe-port, on put le conduire à son hôtel.
Là, il fut reconnu, et le land-lord fc chargea de lui donner un compagnon qui le reconduirait en France.
On ie fil partir le soir même.
En roule, il sc dégrisa peu à peu.
Arrivé à Paris, il avait encore le cerveau troublé, mais il put indiquer ma demeure, ol vous savez comment il m'arriva.
Maintenant, reprenait Turquoise dans son nianusc il, je n’ai presque plus rien à vous apprendre, Hocambol'.
Six mois s’écoulèrent.
Mau revers était complètement revenu à la raison.
Il avait même retrouvé sa gaieté première, et tout en ne me voyant qu'en cachette, tant il était dominé par cette pensée, qu’il avait des ennemis qui avaient intérêt à faire disparaître son fils, il me voyait tous les jours.
11 alia<t au club, suivait les courses, se montrait aux
LA BELLE JARDINIÈRE
premières représentations et passait pour l'homme le plus insouciant et le plus heureux île Paris.
Cependant, je aurprehais quelquefois chez lui un vague sentiment de tristesse.
Je lui dis même un jour :
— Est-ce que tu penserais encore à cette femme?
— Peut-être, me dit-il brusquement.
Kt il me quitta.
Le lendemain, il était redevenu gai et charmant, et je ne lui on parlai plus.
il se passa quelques jours encore; puis, un soir, Il m'arriva le visage bouleversé, l’œil morne, et en proie à une agitation extraordinaire.
Je le regardai, épouvantée.
D'abord il ne voulut rien me dire et se mit i embrasser son fils avec une sorte de fureur fiévreuse.
Puis, pressé do questions :
— Jo l’ai vue, me dit-il.
— Qui donc ? demandai-je en tremblant.
— Elle.
il y avait un poème dans ce mot.
Elle, c'était Roumia.
Et comme je frissonnais, en le voyant ainsi ému, il me dit encore :
— Elle a passé comme l’éclair auprès do moi, tout h l'heure, aux Champs-Elysées, dans une voilure decouverte. Ctst elle... c’est bien elle !
Je no répondis pas. La peur m’avait prise h la gorge.
— J’ai mis mon cheval au galop, continua-t-il. J’ai essayé do la rejoindre ; mais je l’ai perdue de vue au coin de la rue Royale. Où est-eile ? Paris est grand...
— Mais, malheureux, m’écriai-je, tu veux donc la revoir ?
Cette question l'épouvanta :
— Oh! non, me dit-il, non, non... jamais.
Et il passa trois jours citez moi sans vouloir sortir.
Au l>out de ces trois jours, il me dit :
— Cette fois, je crois que je suis tout A fait guéri.
Et il retrouva son caractère dos heureux jours.
Le printemps était arrivé.
— Veux-tu voyager ! me dit-il un jour.
— Où irons-nous î
— Où tu voudras, en Suisse, en Italie...
J'avais si grand'peur qu’il no retrouvât celte femme cpto j'acceptai avec enthousiasme.
— Eh bien ! me dit-il, demain nous fixorons le jour de notre départ.
Il m'embrassa, il embrassa son fils comme à l'ordinaire et me quitta pour aller au club en me disant :
— A demain !
Demain ! il ne devait pas y en avoir pour nous, et je ne devais plus le revoir.
Ce fut ce soir-là qu’en rentrant chez lui il trouva une lettre, qu’il ressortit, prit une voituro boulevard Malcsherbes et se fit conduire ii Auteuil, où l’on devait perdre à jamais ses traces.
Vous savez, Rocambole, le bruit que fit la disparition de M. de Maurevcrs.
On le chercha partout; la police mit en campagne ses pins habiles agents.
Tout cela fut inutile.
Personne, excepté moi peut-être, ne pouvait deviner 1 ce que le marquis était devenu.
Et cependant je me tus.
Pourquoi ?
C’est que j'avais fait un serment 11 Maurevcrs, un serment solennel — celui de ne jamais prononcer son nom, de ne jamais parler do lui, tant il avait peur q a les mystérieux ennemis qui le poursuivaient n'atlcutassent aux jours de son fils.
Pendant un moi3, je ne perdis pas tout espoir. J’cn avais 1a conviction, il était tout entier à Roumia.
Le tuerait-elle è la peine de celte ivresse empoisonnée ?
L'aimait-elle ardemment!
Perdito était-il bien mort ?
Je m'adressai ces trois questions tour h tour et sans relèche, sans pouvoir lo i résoudre.
L’enfant me demandait souvent son père, et je no savais que lui répondre.
Enfin, uns lettre m'arriva.
Cette lettre portait la timbre do Marseille, et je no pus réprimer un cri de joie en reconnaissant l'écriture de la suscription.
C'était celle du marquis.
Cependant, mon émotion était telle que je n’osati, briser h cachet, et je regardais machinalement les timbres de la poste.
L’administration marseillaise avait imprimé avec sa griffe, sur l'enveloppe, la date du 3 avril.
Pourtant nous étions au 20 juin.
Cette lettre avait donc mis six semaines ù venir do Marseille à Paris !
Je l’ouvris :
«Ma bonne Jenny , me disait la marquis, le vent do la fatalité m’emporte. Je suis aux griffes de Roumia. Cetto femme que je crains, cette fommo que j'adore, ange ou démon, s'est emparée de mon àinc et do mon f corps.
« Chercher à rompre le lien qui m'attache à elle ‘ est chose impossible.
« Elle m’emmène...
« Où ! Dans quel pays î
« Je ne sais.
« Lu bateau chauffe dans le port. Nous partons demain matin.
< Je lui ai demandé quand nous reviendrions à Paris, elle m'a répondu ;
« — Dans deux ans,
« El je t'ai abandonnée, et j'abandonne mon fi'.t* Voici la première lueur de raison que j'ai depuis qua-
rante-huit heures; car c’est avant-hier que nous avons quitté Paris.
« Bénie soil-elle, cette heure car elle me permet de songer à vous et de t 'écrire en cachette !
« Personne ne doit savoir où je suis, si je suis mort ou vivant.
« C’est Rournia qui le veut.
€ On doit déjà s’inquiéter de ma disparition à Paris, car j’ai pris mille précautions pour faire disparaître mes traces.
« Néanmoins la justice ne sera émue que dans quelques jours, et il faut se liâter.
« Avant qu’on ne me croie mort, avant qu’on ne mette les scellés chez moi, recherche dans ton petit appartement un par-dessus d'alpaga blanc que j’ai laissé l'autre soir.
^ Dans la poche de côté est une clef.
Cette clef est celle du jardin de mon hôtel. Il faut avoir de l’audace à de certaines heures.
« Tu sais où est le titre de rentes qui appartient à mon fils.
« Ce litre, il faut que lu ailles le chercher.
« Pénètre chez moi dans le milieu de la nuit, glissetoi dans l'ombre, comme un voleur, mais aie le titre de rente.
« Je suis si près de devenir fou, que dans huit jours peut-être j’indiquerais cette cachette à Rournia.
« Adieu, plains-moi et aime mon fils.
« Gaston. »
Cette lettre, Rocambole, est la dernière nouvelle que j’aie eue de Gaston de Maure vers.
Mais elle me suffit pour avoir la conviction inébranlable que Gaston n’est pas mort.
Maintenant, celte lettre mise à la poste le 3 avril et qui ne me parvenait que le 20 juin, arrivait trop tard, comme bien vous pensez... Les scellés étaient rnis sur l'hôtel; et j étais presque sans ressources, car le marquis me donnait de l’argent tous les mois et n’avait pu prévoir notre brusque séparation.
J’avais devant moi deux ou trois mille francs et quelques bijoux.
J’ai vécu deux années avec, élevant cet enfant qui était tout ce qui me restait de mon bien-aimé Maurevers.
Le chagrin m’a tuée. La misère est venue en aideau chagrin.
Je me sens mourir.
Pendant deux années, j’ai espéré le retour du marquis.
Le marquis n’est pas revenu.
Est-il mort ?
Non, j’en suis certaine ! une voix sainte me crie : Maurcvers vit, mais il vit en souffrant un long et cruel supplice, et un homme seul peut le sauver.
C’est Rocambole !
Si vous pouvez parvenir à retrouver la jardinière en chêne sculpte dans laquelle est le titre de rente, l’avenir de l'enfant est assuré, et mon âme sera tranquille, dans l’autre monde.
Si vous retrouvez Maurevers, vengez*le I
Adieu, je compte sur vous !
Turquoise. »
Là s’arrêtait le manuscrit.
Mais une autre main, celle do Rocambole, avait écrit en marge de la dernière page ces lignes :
— Aux termes de la loi, les scellés doivent rester sur les meubles du marquis Gaston de Maurevers, et ses biens sous le séquestre jusques au jour où son absence aura cté légalement et judiciairement constatée.
J’ai reçu le dernier soupir de Turquoise, reniant est à l’abri de tout besoin ; il n'y a donc pas urgence,
| avant deux années au moins, à rechercher le titre de rente dont il est question.
Dans deux ans, il y en aura près de cinq quo le marquis a disparu.
11 sera temps alors de mettre tout en œuvre pour retrouver le meuble qui renferme le titre de rente.
Marmouset et Vanda se regardèrent, en arrivant à la fin de ce singulier manuscrit.
— Tout cela ne nous apprend pas grand’chose , dit Vanda.
— Pardon, répondit Marmouset.
I — Ah !
— D'abord, il est une chose qui ne fait pas doute* i pour moi.
— Laquelle ?
— C'est que Rournia et la Belle Jardinière ne font ; qu’un.
i — ■ Bien. Après ?
— Et que, maintenant que nous tenons la Belle Jardinière, il faudra Lien quelle nous dise ce qu’elle a fait du marquis de Maurevers.
Mais la porte s’ouvrit brusquement, tandis que Mari mouset parlait. Et Milon pâle, bouleversé, les babils déchirés, entra en s’arrachant les cheveux et disant :
— Vous vous trompez : nous ne tenons rien du tout.
, — Que dis-tu? s’écria Marmouset frémissant,
j — Une fois encore l’oiseau s’est envolé I murmura Milon d’une voix étouffée.
Et il se laissa tomber, anéanti et pleurant, sur le premier siège qu’il rencontra, tandis que Vanda et Marmouset se regardaient avec stupeur.
La lecture du manuscrit de Turquoise avait été longue, si longue que la nuit était venue.
Mais Marmouset avait eu hâte d’arriver à la fin et de savoir...
Et puis, il avait une si grande confiance dans le dévouement de Milon et un tel respect pour la consigne qui lui était donnée, qu’il n’avait pas supposé un seul instant que ce dernier eût abandonné son poste.
Marmouset et Vanda ne trouvèrent donc pas un mot tout d’abord, et regardèrent le vieux colosse qui fon-
LA BULLE JARDINIERE
Arrivé devant la taverne, Maurever: de fendit d' voiture, paya, et reuvova le coeher; puis, il entra. (Page 30CO
dait en larmes, avec une sorte de douloureux étonnement.
— Mais que t'est-il donc arrivé? demanda enfin Marmouset.
Milon était si ému qu'il s'expliqua difficilement ; Mais enfin Vanda et Marmouset finirent par comprendre ses explications et se rendre un compte exact de ce qui lui était arrivé.
On se souvient que , tandis que la femme aux cheveux roux et l'Espagnol visitaient cette prétendue propriété qu'ils faisaient construire II Saint-Mandé , le valet de chambre, après avoir entraîné Milon sans défiance dans le bouchon voisin, avait fait un signe aux ouvriers qui, peu à peu, venaient d'envahir l’établissement.
A ce signe, tous s'étaient rués sur Milon qui, malgré sa force herculéenne, avait été renversé, garrotté, bâillonné et réduit h l’impuissance la plus complète.
Le cabaret avait une cave.
C'était dans cette cave qu'on avait descendu Milon; et on l'y avait laissé seul.
Tous ses efforts pour briser scs liens avaient été inutiles.
Cependant il était parvenu à déchiqueter avec scs dents le mouchoir qu’on lui avait mis dans la bouche en guise de bâillon et s'en était ainsi débarrassé.
Alors il avait crié.
Mais nul n’avait entendu ses cris ; ou si ses cris étaient parvenus è des oreilles quelconques, personne n'avait jugé utile ou prudent de venir à son aide.
La journée tout entière s'était écoulée et Milon écumait de rage, lorsque la trappe de la cave s’était ouverte et une lumière avait brillé en haut de l’échelle.
C'était la cabaretièrc qui descendait munie d'une lanterne.
— Mon vieux, dit-elle à Milon, au lieu de crier, vous feriez mieux de m’écouter.
Milon se tut.
La cabaretièrc descendit : mais elle se tint à distance.
— On vous a joué un mauvais tour, dit-elle.
— Misérable ! hurla Milon.
— Cependant, si tous vouloir, je puis vous être utile, continua-t-clle.
Il la regarda d'un œil effaré.
— Allez-vous enfin me détacher? dit-il.
— Ça dépend do vous.
— Ah,
— Écoutez bien, mon bonhomme : je suis une pauvre femme qui gagne sa vie comme elle peut; voyezvous, reprit-cile, on ne fait pas des affaires d'or dans le bois do Vincennes , et quand on est venu inc proposer deux cenlsfrancs... dame.
— On vous a donné deux cents francs pour me garder dans votre cave, n’est-ce pas ? hurla Milon.
— Oui. A la condition que je vous y laisserais Jusqu'à la nuit. A présent, si vous voulez voua on aller, je vais vous détacher. Mais dame ! vous no me ferez pas de mal, n’esl-ce pas?
— Coquine ! exclama Milon furieux.
— Si vous devez ms battre, je m'en vais et jo voua laisse ià jusqu'à demain.
Milon, au milieu de sa fureur, n'avait pas perdu tout bon sens.
— Eh bien ! dit-il, détachcz-moi, jo voua promets de ne vous faire aucun mal.
— Vous me le promettez ?
— Je vous le jure.
— Vous avez tino bonne figure, dit la cabsrctlèro ot vous me paraissez un brave homme. Cependant Jo no m'y fie pas...
— Vous n'allez donc pas me détacher f
— Je vais vous délier les jambes. Voua n’avoz pas besoin de vos bras pour marcher, c’est toujours une précaution.
Et la cabareticre, s'armant des ciseaux qui pendaient sur son tablier, sa mit à couper les cordes qui entouraient les jambes do Milon.
Alors celui-ci put se lever et marcher.
La cabarctière gagna l’échelle en courant et se sauva , la t elle avait peur quo Milon, qui continuait à avoir les mains liées dcriièrc le dos, tombât sur elle à coups de pied.
Mais Milon n'avait qu'une préoccupation maintenant, c'était d j rejoindre la femme rousse ou tout au moins de savoir où elle était allée.
Il remonta donc à son tour dans lo cabaret, et dit à la vieille.
— Si vous ne voulez pas me délier les bras, cela m'est égal; mais dites-inoi au moins si vous connaissez les gens qui m'ont joué ce que vous appelez un mauvais tour.
— Je ne les connaissais pas hier.
— Ah!
— Ce matin, il est venu un maçon qui m'a dit : q La mère, voulez-vous gagner deux cents francs ? »
• J'ai demandé ce qu'il fallait faire.
« — Rien, m’a-t-il répondu. Nous laisser faire chez vous ce que nous voudrons et oous prêter votre cavo. »
— Mais, dit Milon, les gens que j'ai amenés en voiture!
— Eh ! bien , n'est-ce pas vos maîtres ?
— Non.
— Je ne les connais pas plus que vous, alors.
— Mais... les ouvriers?
— ils ont travaillé aujourd'hui pour la première fois. Avant, il y en avait d'autres.
— Mais à qui est la maison où ils travaillaient ?
— A un vieux noble du faubourg Saint-Germain.
— Savez-voua ion nom?
— Le duc de Valaerangc.
C'était là tout ce quo Milon avait pu savoir. La bonne foi de la cabarellère était évidente.
— La mère, lui dit-U, j'ai bien une trentaine de francs dans ma pocha; Us aont à vous, si vous voulez me délier les bras.
Comme il s’était calmé peu à peu, la caba reliera
eut confiance.
Elle lui délia les malus et lui dit :
— Gardez votre argent. Je nie répons d’avoir gagné ces deux cents francs h votre détriment.
Milon l'entendit à peine.
11 était déjà hors du cabaret et courait sur la roula de Paris.
A la barrière, il trouva un fiacre, promit cent sous de pourboire ai on le menait grand train , et arriva eu moins de trois quarts d'heure aux Champs-Elysées.
Aucune lumière ne brillait aux croisées du petit lié tel.
U sonna.
Une femme vint ouvrir.
— Quo voulez-vous ? dit-elle.
— Parler à la maîtresse de la maison.
— C’est moi, dit celle femme.
— Vous !
— Ah ! pardon, dit-elle en souriant, vous voulez peut-être parler de l'Espagnol et de sa femme, à qui je louais cet bétel tout meublé. Mais ils sont partis ce soir par le train de quatre heures qui va en Belgique.
Milon s’élança au dehors, et quelques minutes après il arrivait chez Valida dans l’état de désespoir et d’ahurissement que nous avons dit.
— Et Hocambole qui n’est pas de retour? murmura Yamia.
— Ah I s’il était ici, soupira Marmouset, le Maltro à qui rien 11e résiste !...
Et comme il parlait ainsi, Marmouset fut interrompu par le bruit de la cloche qui annonçait l'arrivée d'un visiteur.
Et tous trois tressaillirent, comme agiles d'un inexplicable pressentiment.
L’émotion mystérieuse qui venait de s'emparer de Vanda et de Marmouset avait réagi sur Milon, na cre plus grossière et moins impressionnable cependant.
L'histoire des pressentiments sera toujours inexplicable.
La belle jardinière
Un monde d’esprits invisibles se meut-il autour do nous ?
A de certaines heures l'ême humaine est-elle douée d'une finesse de perccp'ion plus grande?
Mystère I
Et cependant ce coup de cloche qui venait de se faire entendre, qui pouvait être celui du premier venu, fournisseur ou visiteur, ce coup de cloche fit tressaillir Miion lui-même.
Tous trois se regardèrent.
Et sur les lèvres de tous trois un nom erra comme un souffle :
— ltocambole !
11 y avait deux ans que le navire était parti ; deux ans qu’on n'avait pas eu de ses nouvelles.
Si Valida ne s'elait endormie un soir sous la main d’un magnétiseur, et si, dans son sommeil magnétique, elle n'avait affirmé avec, énergie que Rocambole vivait, on eût eu les meilleures raisons du monde pour le croiro mirt.
Était-ce donc lui qui revenait enfin ?
Marmouset fut le premier à dominer son émotion ; il s'élança vers la porte et so trouva bientôt face à face avec le visiteur.
Ce n était pas Rocambole — mais c'était un personnage bizarre qui tenait une lettre à la main.
Cet homme était évidemment un Indien, bien qu'il fût vêtu à l'européenne.
Son vi- âge cuivré, scs cheveux d'un noir bien Aire, scs dents blanches, son profil d'aigle, accusaient le type le plus pur de la race hindoue.
Il s'inclina presque jusqu’à terre devant Marmouset, éleva ensuite ses deux mains au-dessus de sa tète et tendit la lettre dont il était porteur.
Marmouset la prit, y jeta les yeux et poussa un cri.
A ce cri Vanda et Miion accoururent.
Marmouset chancelait en tenant la lettre qu'il n’osait ouvrir.
Celte lettre portait pour suscription ces mots :
A Vanda et à Marmouset,
Avenue de Marignan, Paris.
Mais récriture, tous deux l'avaient reconnue : c'était celle de Rocambole.
Et Vanda en brisa l'enveloppe et lui :
« Mes amis,
■ Vous devez avoir pris connaissance du manuscrit « de Turquoise. Vous savez maintenant qui est cette « femme qu'on appelle la Relie Jardinière. Vous savez * quel intérêt il y a à retrouver M . de Mourcvers. x Agissez.
i Marmouset, et toi, Vanda, vous êtes dignes de moi.
« A l'œuvre donc 1
« Le Maître veille sur vous.
« Rocaxibole. •
Celte lettre n'était pas datée.
D'où venait-elle? De Paris ou du fond de l'Inde?
Vanda regarda l'indien.
L'Indien avait un visage impassible.
— Mais, s'écria-t-cüe, Rocambole est donc à Paris?
L'indien ne répondit pas.
Marmouset lui prit le bras et lui dit d'une voix émue :
— Au nom du ciel, dis-moi où est ie maître ?
L'Indien leva les yeux et eut un imperceptible mouvement d’épaules.
Cela signifiait :
— Je ne sais pas ce quo vous me dites.
— Comprends-tu l'anglais ? demanda Marmouset.
L'œil de l'Indien s'éclaira d'un rayon d'intelligence.
Et Marmouset lui dit en anglais :
— Où est Rocambole ?
L'Indien renouvela sa pantomime.
Cette fois, elle signifiait clairement qu'il ne le savait pas, ou que, tout au moins, s'il 1s savait, il ne pouvait le dire.
— Mais tu es donc muet ? s’écria Marmouset.
L’Indien ouvrit sa bouche toute grande.
Et alors Vanda, Marmous t et Miion reculèrent d'horreur :
Cet homme avait la langue coupée.
— Qui <?onc l’a mis en cet état? reprit Marmouset, les Anglais ?
L’Indien secoua la tète.
— Est-ce les Étrangleurs !
— Oui, fil-il d‘un signe.
Puis, par une nouvelle pantomime, il fit comprendre qu'on allait l’étrangler lorsqu'il avait été sauvé presque miraculeusement.
— Oui donc t’a sauvé ? demanda Vanda en anglais.
L’Indien mit son doigt sur l'enveloppa de la lettre
ce qui voulait dire :
— C’est Rocambole.
Et il fit un pas de retraite.
— Tu ne veux donc pas me dire où est le Maître ? s’écria Marmouset.
~- Non, dit-il en secouant la tète.
Et, avec son index, il fit une croix sur sa bouche.
— Respectons ia volonté du Martre, murmura Miion.
— Oh ! dit Vanda avec désespoir, il est près de nous, peut-être, et nous no le verrons pas !
L’Indien salua, gagna la porte à reculons et sortit.
— Je saurai où il va, dit Vanda.
Et elle s’élance à sa poursuite.
L’Indien avait à peine franchi le seuil de la grille, et Vanda s'imaginait qu'elle allait l'apercevoir dans l'avenue.
Vanda se trompait.
Quand elle eut franchi la grille à son tour , elle s’arrêta muette, consternée.
L’avenue était déserte et l'Indien s'élait évanoui comme une fantastique apparition.
Alors, Marmouset, qui avait suivi Vanda, lui dit :
— Miion a raison. Si le Martre nous donne des ordres par écrit, c'est qu'il ne peut ou ne veut pas nous voir. Obéissons-lui, et à l'œuvre I car il faut dis-
siper enfin les ténèbres qui enveloppent la mystérieuse disparition de M. de Maurevcrs.
— À l’œuvre ! répétèrent Vanda et Milon.
Maintenant, ce que Vanda et Marmouset ne savaient pas, ce que le manuscrit de Turquoise n’avait pu leur apprendre, ce que Paris entier ignorait, c’est-à-dire le sort de M. de Maure vers, nous allons le raconter en laissant en arrière un pas de deux années, et en nous reportant à celle nuit fatale où M. de Maurevcrs. sor- | tint du club des Asperges , rentra chez lui. Irotivi ! une lettre chez le concierge, l'ouvrit et la lut, ressortit ■ ensuite et ne reparut plus.
XLVU
Le marquis dj Maurevcrs rentrait donc chez lui.
11 était resté au cercle un peu plus tard que de coutume et, contre son habitude, il avait joué et gagné.
Son portefeuille contenait une vingtaine de mille francs et son porte-monnaie une trentaine de louis.
Le vicomte de Montgcron, le voyant sortir, lui dit en riant :
- - Puisque tu nous as dévalisés, il faut au moins que l'espéra ne? rie te reprendre notre argent nous soutienne. Or, pour que lu nous le rendes demain soir, il ne faut pas qu’on t’assassine en chemin. Je vais te Conduire.
— Comme tu voudras, avait répondu le marquis.
Il et it as-cz gai ce soir- à, et le souvenir de la gitnna Houmia semblait s'efficer de son esprit.
Ils suivirent donc les boulevards jusqu’à la Madeleine, causant de mille choses, et fumant un cigare.
Puis, arrivés à la porte de l’ hôtel, ils se séparèrent en se disant : — A demain !
M. de Montgcron s’en alla, et le marquis sonna.
Ordinairement le suisse ne se levait pas, et le marquis, qui était un homme simple, prenait sur la croisée de la loge un llambcau qu’on lui laissait tout allumé.
Mais, celle fois, il ouvrit la porte et dit au marquis :
— Voilà une lettre pour monsieur. Elle est arrivée pir la dernière distribution.
Maurevcrs prit la lettre, l’approcha du flambeau et tressaillit.
Elle portait également le timbre de Londres et l’écriture en était exactement la même que celle de la première qu’il avait reçue quelques mois auparavant.
il l'ouvrit en tremblant, courut à la seconde page, et, cette fois, trouva une signature :
Houmia .
Alors, chancelant sur ses jambes, frémissant et pâle il lut :
« Mon bicn-aimé,
II y aura demain soir à minuit deux ans que Pcrdito est mort.
Je suis libre et je puis vous aimer.
Si je vous tiens toujours au cœur, sortez de chez vous sans dire où vous allez.
Vous remonterez à la Madeleine, là vous trouverez une voiture de place attelée de deux chevaux dépareillés, l’un noir l’autre blanc, et portant le numéro 1763.
Vous monterez dedans et direz au cocher :
— A Cliaillot.
Quelques minutes après, vous serez dans mes bras.
Celle qui vous aime à en mourir.
Houmia. »
Tandis que le marquis lisait, le suisse s’était recouché et n'avait pu être témoin de l’émotion de son jeune maître.
Émotion inu/ttc et concentrée, «lu reste, qui ne s’était traduite que par une pâleur subite cl un tremblement nerveux.
Cependant le marquis hésita.
Un moment meme le souve .ir de Turquoise et relui de son fils luttèrent avec énergie contre le souvenir de l'enchanteresse.
Mais à ce denier demeur a la victoire.
Le marquis frappa au carreau du suisse et lu* d.t :
— Je ressors et ne rentrerai probablement que demain matin.
Quand la porte de son hôtel se fut refermée derrière lui, le marquis éprouva une nouvelle hésitation.
Où donc a U. di le conduire sa destinée?
11 eut un moment la tentation de sonner de nouveau et de rentrer brusquement chez lui.
Mais la rayonnante image de Houmia passa devant ses yeux et l’entraîna.
Il sc mil à marcher d'un pas inégal et rapide, en proie à une fièvre délirante et n’ayant déjà plus que la raison suffisante à guider sa marche.
Un seul fiacre stationnait sur la place de la Madeleine.
Il était attelé de deux chevaux, un noir et un blanc.
Maurevers mit la main sur la poignée de la portière et demanda au cocher :
— Êtes-vous pris ?
— Cela dépend , répondit ce dernier. Mes chevaux sont fatigués.
— Même pour aller à Chaillot ?
— Montez !
Maurevcrs se dit :
— C’est bien celui qui m’attend.
Et il s’installa dans la voiture qui partit au grand trot.
Mais alors le marquis s’aperçut d’une chose assez bizarre.
Les vitres du fiacre qui marchait un train d’enfer, comme s’il eût été traîné par des chevaux pur sang, ces vitres étaient dépolies et il était impossible de voir au travers.
11 voulut en baisser une et ne le put.
Il essaya d’ouvrir la portière, mais la portière résista.
Maurevers était prisonnier dans le fiacre, et on pouvait le conduire n importe où, sans qu’il sût la roule qu’il suivait.