‹ [Le Dernier mot de RocamboleChapitre 67 sur 100 · LV1I · texte numérisé non relu

LV1I

Marmouset trouva Milon qui lui apprit que le matin, il avait vu l'enfant, et que Vanda était allée le chercher.

11 attendit une heure, puis deux, puis trois.

Vanda ne revenait pas.

— Que fait-elle donc ? finit-il par dire impatienté.

— Je ne sais pas, fit Milon qu’une vague inquiétude gagnait. Voulez-vous que je retourne rue des Postes ?

— Non, attendons encore.

Deux heures s’écoulèrent encore et la nuit vint.

Vanda était partie à une heure de l’après-midi.

— Mille tonnerres 1 murmura Milon, il ne faut pas six heures pour aller ruo des Postes et en revenir.

C’ctait l’avis de Marmouset.

Tous deux montèrent en voiture et le jeune homme dit à son cocher :

— Brûle- moi le pavé/ nous n’avons pas de temps b perdre.

Vingt minutes après, ils arrivaient rue des Postes et Milon faisait irruption le premier dans le pensionnat, à la grande stupéfaction du vieux concierge qui était venu lui ouvrir la grille.

Milon s’écria :

— Où est madame ?

— Comment ! encore ? dit le bonhomme, mais vous ne savez donc pas que M. Barbichon est à moitié fou de tout ce qui arrive ?

Milon ne l'entendit pas, il piqua tout droit, comme un sanglier qui traverse un fourré, vers ce pavillon situé au fond de la cour et dans lequel le matin, il avait trouvé le digne chef d’institution.

11 ne se donna pas la peine de frapper, il eulra comme dans une ville prise d’assaut.

Marmouset l’avait suivi.

M. Barbichon se leva tout alarmé et, au lieu de manifester de l'étonnement ou de la mauvaise h u tueur de voir Milon pénétrer ciiez lui d'une façon aussi irrévérencieuse, il lui dit vivement :

— Eh bien I avez-vous retrouvé l’enfant ?

Ce fut un coup de massue sur la tête de Milon...

— L'enfant! dit-il. . . vous parlez de l'enfant?...

Marmouset, plus maître de lui, repoussa Milon, regarda le chef d’institution et lui dit :

— Voyons, monsieur, il se passe évidemment, ou plutôt il s’est passé ici quelque chose d'extraordinaire. Tâchons démolis expliquer.

— Je ne demande pas mieux, répondit le pauvre

homme, car je vous avouerai humblement que je ne comprends absolument rien à tout cela

Marmouset reprit :

— Vous aviez un enfant qui vous avait été confié par le major Avatar !

— Oui, monsieur.

— Qu’est-il devenu ?

— Monsieur, dit M. Barhichon en désignant Milon, est venu ce matin m’annoncer que sa mère viendrait le chercher.

— Bon !

— A midi une dame blonde, entre trente et trentecinq ans, fort jolie, s’est présentée, a réglé l’arriéré et emmené l’enfant, qu elle couvrait de caresses.

— Qu’est devenue celte dame ? demanda Marmouset qui croyait reconnaître Vanda à ce portrait.

— Celle dame est partie et je l’ai même conduite jusqu'à sa voiture.

— Fort bien.

— Mais, reprit lo chef de l'institution, une heure plus tard, une autre dame blonde aussi, jolie aussi, et de l'âge indique, s’est présentée en me disant :

— « Je viens chercher l’enfant. »

— Jugez de mon étonnement ! Je lui ai dit que l’enfant était parti avec sa mère ; là-dessus elle a jeté un cri de désespoir et elle est partie en courant.

Milon et Marmouset se regardèrent alors avec stupeur ; pendant quelques secondes môme, ils demeurèrent muets.

Mais enfin, Marmouset, qui était doué d’un grand sang-froid, dit au colosse.

— U y a une chose certaine, c’est que la femme qui est venue la première ne pouvait être Vanda, puisqu’elle est arrivée ici à midi.

— Mais quelle est donc cette femme ? s’écria Milon d'une voix étranglée.

— Tu le demandes ! fit Marmouset avec un accent de rage.

Et il entraîna Milon hors du pavillon, à la stupéfaction croissante de l’honnête M. Barbichon, qui venait d’éprouver en un jour plus d émotions que dans toute son honnête carrière de pédagogue, et qui, voyant ces deux hommes s’avancer vers la môme porte sa.is même songer à prendre congé, se laissa tomber dans son vieux fauteuil de cuir, posa dans ses mains sa bonne tête chauve et murmura :

— Mon Dieu ! est-ce que je serais devenu fou réellement?

Milon et Marmouset étaient déjà dans la rue.

Là Marmouset, disait :

— C’est maintenant qu’il faut sc souvenir du Maître et s’en inspirer. 11 ne s’agit pas de perdre la tète, de se tourmenter et de courir à tort et à travers dans Paris ; il faut réfléchir.

— A quoi ? demanda Milon, qui était abruti d’étonnement et de douleur.

— Qu’est devenue Vanda ? là est toute la question, murmura Marmouset.

— Ils l'oot enlevée aussi.

— Je ne sais pas, dit Marmouset, mais je croirais plutôt qu’elle est sur les traces de la femme qui a dérobé l’enfant.

La rue des Postes était déserte, et il tombait une petite pluie fine et froide.

A deux pas de la pension, il y avait un de ces établissements borgnes, moitié crémerie, moitié marcliand de vins, qu’on appelle vulgairement des bouillons.

Marmouset s’approcha do la devanture, colla son œil aux vitres graisseuses, et regarda à l’intérieur.

Une grosse femme à l’air réjoui trônait au comptoir , deux maçons assis à une table prenaient leur repas du soir.

D’un coup d’œil, Marmouset s’assura que c’était de vrais maçons.

Il entra et Milon le suivit.

La crémière ne témoigna qu’une faible surprise en voyant pénétrer un homme élégant dans son établissement.

— Ma bonne femme, lui dit Marmouset, qui lira un cigare de sa poche, pourriez-vous nie donner un peu de feu ?

— Avec plaisir, monsieur, rcpondit-elle.

Les maçons, qui s’étaient retournés, continuèrent leur repas.

Alors Marmouset sc pencha vers le comptoir :

— Peut-être, dit-il tout bas , pourriez-vous nous donner un renseignement.

La crémière le regarda.

— Vient- il beaucoup de monde à la pension qui est à côté?

— Oui, monsieur, le jeudi et le dimanche.

— Et les autres jours ?

— Presque personne. Cependant aujourd’hui, poursuivit la crémière, il est venu une belle daine blonde qui est descendue d’une magnifique voiture à deux chevaux et qui a emmené un jeune enfant.

— Ah! fit Marmouset.

— Et puis , continua la crémière, il en est venu une autre, blonde comme la première, qui est ressortie tout agitée, presque aussitôt après.

— C’est Vanda, pensa Marmouset.

La crémière continua :

— J’avais remarqué son émotion ; une heure après, elle est revenue, car je crois qu’elle était descendue place du Panthéon.

— Ah ! elle est revenue ?

— Oui. Elle est entrée ici.

— Chez vous?

— Oui, monsieur.

En même temps, la crémière regarda Marmouset avec attention.

— Excusez-moi, dit-elle, et ne prenez pas pour une offense ce que je vais vous demander.

— Parlez.

— Comment vous appelez-vous?

— Marmouset.

— C’est bien ça. Alors, j’ai quelque chose pour vous.

LA BELLE JARDINIÈRE

Prend* garde l répéta le speetrc. (Page 411.)

La crémière ouvrit son comptoir et y prit un petit billet écrit au crayon, quelle lui tendit.

— Cest l’écriture de Vanda ! murmura Marmouset tout frémissant.

Et il ouvrit le billet.

Page 1