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J ai galop* cinquanïr-dcai lieuro* à travrrs le* junglr*. (Paire *47.)
C’est le rempart de cet asile mystérieux choisi par les frères de Kôli-Nata pour l’érection du bûcher.
Pour arriver jusqu'à eux, les soldats anglais seraient obligés de traverser la forêt, et l’Européen redoute les tigres bien plus que lindigèna.
Il fait nuit.
Arrivés de divers côtés et un à un, les Hindous du cortège funèbre se sont réunis de nouveau et ils ont dressé leurs tentes.
Au centre est celle de la veuve.
Selon l’usage, les brahmines et les musiciens placés en dehors, mêlent au son bizarre et monotone de leurs instruments des chants non moins bizarres, qui célèbrent les félicités réservées, dans le paradis indien, à la femme courageuse qui va rejoindre son epoux dans la mort.
Mais ni les musiciens ni les brahmines ne pénètrent dans celte tente.
Seuls les frères sont entrés.
Ils ont trouvé Kôli-Nata en proie à une exaltation très-grande, visitant l’un après l’autre les coffrets d’ébcne et de sandal qui renferment ses bijoux.
Une femme était auprès d’elle.
C’est sa fidèle compagne, sa sœur de lait, la négresse Manoura, car Kôli-Nata a sucé le lait d’une femme noire.
Manoura pleure et se lamente.
Elle aime Kôli-Nata, elle donnerait tout son sang pour elle, et Kôli-Nata va mourir.
Les frères farouches, en pénétrant sous la tente, ont échangé un regard de satisfaction.
Kôli-Nata est prête au sacrifice ; elle montera sur 1 bûcher en chantant.
Manoura leur a caché de son mieux sa douleur, mais quand ils sont partis, elle s’est remise à pleurer.
Les frères sont sortis en disant :
— Maintenant on peut dresser le bûcher.
Et la négresse Manoura sanglote et songe que bientôt le jour va paraître et que les flammes qui vont consumer Kôli-Nata s’allumeront avec le premier rayon du soleil.
Mais tout à coup, Kôli-Nata ferme brusquement ses écrins et ses coffrets.
Le chant de mort qu’elle avait entonrté expire sur
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sps lèvres; la fièvre de son regard s'éteint subitement!
Et Manoura étonnée la voit s’approcher d’elle, poser la main sur son épaule et lui dire :
— Ne pleure pas!
— Gomment 1 ne point pleurer, dit la négresse. N’allez-vous donc pas mourir?
— Peut-être... répond Kôli-Nata.
Et comme la négresse pousse un cri de joie, la veuve du rajah pose un doigt sur ses lèvres.
— Silence! dit-elle.
L'c?:altation de Kôli-Nata s’est évanouie, elle est calme, bien qu’un peu pâle; et dans ses yeux, où naguère semblait rayonner la fièvre, brille maintenant une sombre résolution.
— Non, dit-elle, je ne puis mourir... je ne mourrai pas...
Manoura hoche la tête :
— Us vous feront mourir de forco sur le bûcher, dit-elle.
— Osman y veille sur moi.
Manoura, à ce nom, n’a pu s'empêcher do tressaillir.
— Osman y m'aime, ajoute Kôli-Nata, et nous nous sommes juré un éternel amour. Osmany m'a juré de me sauver, et Osmany n’a jamais manqué à son serment.
Manoura a soulevé un des coins de la tente et interroge le ciel.
— Les étoiles pâlissent, dit-elle.
— Qu’importe! dit Kôli-Nata.
— Je vois tes frères, ô maîtresse, qui se dirigent vers la forêt.
— Q’importc encore !
— Ils vont couper le bois destiné à ton bûcher.
— Osmany arrivera avant que le bûcher ne soit dressé, répond Kôli-Nata avec l’accent de la conviction.
Mais Manoura inquiète s’est accroupie dans un coin de la tente et murmure :
— Comment Osmany peut-il connaître l’endroit où nous sommes? Souviens-toi, maîtresse, qu’hier le soleil était couché et que personne encore ne savait en quel lieu tu serais conduite pour mourir.
— Écoute encore, répond Kôli-Nata. As-tu vu le marchand de Bénarès?
— Celui que ton époux défunt avait accueilli.
. — 11 s’est mêlé h notre cortège, dit Manoura, étaitce donc par l’ordre d'Osmany?
— Oui.
Et baissant encore la voix :
— Il s’est approché de moi, ajoute Kôli-Nata et il m’a dit ces mots : « Espérez, je suis là ! »
Kôli-Nata a dans la promesse d’Osmany une foi si profonde que Manoura se sent ébranler.
Elle espère à son tour.
Pourtant une lueur blanchâtre a glissé dans le ciel et les étoiles cessent de briller.
Les Hindous, endormis, ivres de boisson et d’opium, commencent à s’éveiller.
Les frères de Kôli-Nata ont coupé le bois destiné au bûcher et avec l’aide de leurs esclaves, ils s’apprêtent à l’entasser dans le milieu du vallon.
— Maîtresse! maltresse! dit Manoura en se tordant les mains de désespoir, dans une heure, il sera trop tard!
Mais soudain les brahmines suspendent leurs chœurs un bruit de cavaliers arrivant au galop s’est fait entendre; puis deux coups de pistolet, puis des cris de rage et de mort.
— C’est Osmany ! s’écrie Kôli-Nata.
Ce n'est pas Osmany, non. Ce sont les quatre officiers anglais qui sont tombés comme la foudre, le sabre aux dents, le pistolet au poing au milieu du camp hindou.
Les frères de Kôli-Nata essayent de résister ; mais aux quatre Anglais s’est joint te faux marchand de Bénarès, c’est-à-dire le major sir Edwards Un ton.
Le combat s’engage acharné, le sang coule, les frères do Kôli-Nata tombent un à un ; les Hindous épouvantés prennent la fuite et, tout à epup, le major sir Edwards Union traverse le champ des Perles roses au galop, emportant dans ses bras Kôli-Nata à demi pâmée et murmurant avec extase le nom de son bicn-aimé le prince Osmany.
Dix ans se sont écoulés depuis que la belle Kôli-Nata a été soustraite au sort barbare qui l’attendait.
Les quatre frères de la veuve avaient succombé dans la lutte , et eux seuls auraient pu s’apercevoir de la supercherie imaginée par le père et la sœur de Kôli-Nata, de concert avec Osmany.
Conduite chez son père, Kôli-Nata y a vécu cachée pendant plusieurs mois.
Durant ce temps ses cheveux noirs devenaient blonds par les soins de l’habile médecin indien.
En même temps, on disait dans les montagnes que Kôli-Nata, la veuve du rajah, avait été soustraite au bûcher par des soldats anglais, et nul ne soupçonnait Osmany, le nouveau souverain.
Ce qui fit qu'au bout de six mois, le jeune prince s'en alla épouser en grande pompe celle qu’on croyait être la sœur de Kôli-Nata et qui était Kôli-Nata ellemème.
Ce voile de soie qui couvre une partie du visage des femmes hindoues favorisait , du reste , cette substitution.
Ces dix années avaient vu bien des événements.
Le rajah Osmany avait appelé sous sa bannière toutes les tribus éparses de la montagne , prêchant la croisade de l’indépendance.
Le petit prince montagnard était devenu un grand souverain.
Jadis le rajah Nijid-Kouran avait à peine quelques petits villages sous son sceptre ; son frère Osmany avait planté son drapeau snr une douzaine de villes I florissantes, au sein de vallées fertiles.
LE RETOUR DE ROCAMBOLE 4M
Nijid-Kouran «'avait été qu'un chef de partisans luttant à forces inégales avec la puissante Angleterre ; Osmany était devenu un grand prince que la Compagnie des Indes désespérait de réduire jamais à l'obéissance.
Pourtant, on s'en souvient, Osmany avait dit au major sir Edwards Limon :
— Que l'Angleterre sauve Kôü-Nata, et je lui obéirai.
Osmany avait-il donc éludé sa promesse, foulé aux
pieds scs serments ?
Non, le major sir Edwards lui avait dit :
— Ce n'est pas l’Angleterre qui a sauvé Kôli-Nata, c’est moi.
Des lors le major était devenu l’ami du rajah, qui l'avait fait son premier ministre.
Avec la merveilleuse connaissance des mœurs et de la langue des Hindous, il n’avait pas été difficile au major de passer aux yeux des sujets d'Osmany pour un véritable Indien.
En même temps, le bruit de la mort du major s'était répandu à Calcutta.
On avait dit, un mois apres l’enlèvement de Kôli- Nata, enlèvement qui avait produit, du reste, une certaine sensation, on avait dit que le major avait été assassiné par les Hindous.
Et jamais, depuis cm n’avait eu de ses nouvelles.
La vérité pourtant était que le major, devenu tout à fait Indien, disciplinait à l’Européenne les troupes du rajah Osmany, courbait son peuple sous des lois moins barbares et plus civilisées, et transformait cette peuplade en un grand peuple.
Le major avait-il donc trahi l’Angleterre ?
C'était ce qui semblait ressortir de sa conduite , d’autant mieux que, partout à l’entour d’Osmany, les peuples soumis se révoltaient un à un et venaient se ranger sous la bannière du rajah.
Le major avait alors quarante ans.
Il était bravo jusqu’à la témérité : il avait battu les Anglais à plusieurs reprises en bataille rangée, et le nom de Tippo-ftuno — c'était celui qu’il avait pris — était devenu la terreur des armées anglaises.
Deux personnes seules connaissaient sa véritable origine — Osmany et Kôli-Nata.
Celte dernière avait donné un fils à Osmany, et ce fils qui, n’avait pas encore dix ans, promettait d’étre. vaillant comme son père et intelligent comme lui.
Ce fut à cette époque qu’un Européen, un Français se présenta à la cour du rajah.
Cet Européen, ce Français, c’était moi, Roeambole.
J’étais allé dans l’Inde pour livrer à l’Angleterre les chefs des Étrangleurs.
Ma mission accomplie, j’étais libre de retourner en Europe ou de chercher des aventures, sous ce ciel brûlant, dans ce pays mystérieux des bords du Gange et de l’Euphrate qui séduira toujours l'imagination des hommes de ma trempe.
Le rajah m'accueillit avec faveur ; il m’offrit môme un commandement daus son armée.
J 'acceptai.
Mais je m’aperçus bientôt que j’exdtais la jalousie de Tippo-Runo, c’est-à-dire du major Linton.
Le rajah Osmany avait en cet homme une confiance aveugle.
Dès le premier jour où je le vis je ressentis, en moi, une singulière répulsion pour lui.
— Cet homme, me disais-je, cet homme qui a trahi l’Angleterre, trahira le rajah tôt ou tard.
Cependant il était comblé de biens et d’honneurs, et il était difficile qu'il pût souhaiter davantage.
Mais cet homme avait fait un rêve — un rêve d’ambition suprême.
Être premier ministre n’était rien ; il voulait régner l
Il y a toujours autour d’un trône quelconque, des hommes qui conspirent ; et les conspirateurs sont souvent les amis ou les parents du souverain.
Osmany avait un neveu, un fils de Nijid-Kouran et d’une autre femme que Kôli-Nata.
En Europe, le fils du roi lui succède; en Orient, le trône se transmet souvent du frère au frère.
Le fils de Nijid-Kouran avait vingt ans, il convoitait cet empire qui était bien plus l’œuvre de son oncle que celle de son père.
Mais il n’avait ni puissance, ni partisans, et autour de lui Osmany ne comptait que des sujets fidèles.
Un seul homme pouvait le comprendre, c’était Tippo- Runo, c’est-à-dire le major sir Edwards Linton.
Tippo et le prince déshérité s’entendirent.
J.e premier fomenta une révolte militaire : mais la révolte fut comprimée, et Tippo-Runo agit si habilement que toute la responsabilité en retomba sur le jeune prince, qui fut mis à mort.
Osmany n’avait pas môme soupçonné de trahison celui qu’il appelait son fidèle Runo.
Un seul homme avait deviné la part occulte qu’il avait prise dans le complot.
C'était moi.
Essayer d’ouvrir les yeux au rajah Osmany était impossible.
Lutter avec Tippo-Runo était chose difficile.
Néanmoins j’acceptai la lutte, une lutte sourde, implacable, sans trêve, ni merci.
Depuis que j’avais un commandement dans l’armée, j’habitais un véritable palais aux portes de Rénarès.
Un jour, un officier de Tippo-Runo vint m’engager de sa part à l'aller visiter dans sa résidence des bords du Gange.
Je montai à cheval, et je partis.