I.I'.S RAVAGEURS
Je reprit U mime rhrmin périlleux (pape <W).
— Gipsy, voulez-vous être ma femme selon le rite bohémien ?
— .Mais...
— De celle façon , je vous protégerai , el, couché comme un chien fi.lcle à voire porte, j'empêcherai les Étrangleurs d'arriver jusqu'à vous.
Gipsy se jeta au cou de Hocambole el s’écria :
— Oh ! vous èles bon !
— C'est dit, fit-il, vous serez ma femme!
Laissons Rocambote avec Gipsy la bohémienne, et retrouvons Noël, dit Cocorico.
Hocambole, on s'en souvient, avait donné à celui-ci pour mission de suivre sir George Stowe.
Ce dernier, après le départ de Gipsy et de Rocambole, n'avait pas tardé à quitter la taverne du /loi George.
Mais Noël était un vieux renard parisien qui savait
mieux filer un homme que le suivre. C’est Vdire que, prévoyant le prochain départ de sir George Stowe, il était sorti avant lui, se promettant do l’attendre dans la rue.
Noël parlait et comprenait fort bien l'anglais. Il avait même su se donner une tournure des plus britanniques, et on eût juré, en le voyant, que c'était un vrai palefrenier au service d'un habitué des courses d'Ascolt et d’Epsom.
Comme il sortait de la taverne, un homme s'apprêtait à y entrer.
La misa de cet homme contrastait jusqu'à un certain point avec celle des gens qui fréquentent d'ordinaire le Wapping.
U était fort proprement vêtu, comme un bourgeois aisé de Londres.
Mais sa figure bronzée, ses lèvres rouges, ses yeux noirs, ses oreilles garnies de larges anneaux et sa che misette de couleur à mille raies, annonçaient un de ces Anglo-Indiens qui pullulent à Londres depuis que la
ÏO
marine de la Compagnie les incorpore en grand nombre.
Un vague souvenir assaillit l'esprit de Noël.
— J'ai déjà vu cette binette-là quelque part, se dit-il.
Et comme cet homme entrait dans la taverne, Noël y rentra derrière lui.
I.’Anglo-Indien hésita un moment sur le «euil, puis il alla s’asseoir à la table où se trouvait sir Goorge Stowe.
Noël revint se placer auprès du comptoir et se pencha à l'oreille du tavernier.
Celui-ci, qui, si on en croit les rapides regards échangés avec Rocambole, lui était tout dévoué, cligna de l'œil en signe d'intelligence
Noël lui dit :
— Savez-vous l’indien ?
— Je parle toutes les langues, répondit CalcrafT.
— Vous avez vu entrer cet homme ?
Et Noël désignait l' Anglo-Indien.
— Oui.
— Examinez-le attentivement.
Calcraff eut un nouveau clignement d'yeux i
— Je sais qui il vsient chercher, dit-il.
— Et moi, dit Noël, voyant que Calcraff le comprenait à demi-mot, je voudrais bien savoir ce qu'ils vont se dire.
Comme. pour justifier les prévisions de Noël, sir George Stowe avait quitté, en voyant l'Anglo-lndlon, la table oit il s'asseyait, pour se placer & une autre qui se trouvait à la gauche du comptoir, tandis que celle qu'avait quittée Rocambole et où était endors Noël, se trouvait à droite.
L'Anglo-Indien vint s'asseoir vis-à-vis d« air George Stowe.
Puis il demanda une pinte de pale ale.
L'Anglo-Indien but tout seul.
Sir George Stowe se contenta de fumer.
Alors tous deux se mirent à causer et, toujours selon les prévisions de Noël, ce fut dans la langue indienne qu'ils entamèrent la conversation.
Calcraff le tavernier avait développé un numéro du Slamlar et paraissait lire avec une grande attention.
Jane et Betty allaient et venaient par la taverne, servant tout le inonde, l'Irlandaise s était remise à parler de Gipsy la bohémienne.
Les voleurs et le matelot vivaient en bonne intelligence, et la taverne, un moment troublée par le départ de Rocambole et de Gipsy, les nouveaux fiancés, avait repris sa physionomie habituelle.
Calcraff avait posé son journal de telle façon que sir George Slowe et l’Anglo-Indien ne pouvaient voir son visage et, par conséquent, le mouvement de ses lèvres.
Car, au fur à mesure que ces derniers parlaient, Calcraff traduisait tout bas en français leurs paroles à Noël, qui avait mis ses pieds sur la table, appuyé sa tête contre le comptoir et fumait dans une longue pipe à tuyau de jonc, avec tout lè recueillement d'un Chinois humant de l'opium.
Sir George Stowe, en s’asseyant, avait dit à l’Anglolndicn :
— Eh bien ! Osmanca, te voilà de retour?
— Oui, neutre
— Quand es-tu revenu ?
— Ce soir même par le dernier sleam-boat qui remonte la Tamise à dix heures du soir.
— Eh bien ! est-ce fait ?
— Non, mal! e.
Les yeux de sir George Slowe étincelèrent comme des charbons ardents.
— Que dis-tu, malheureux ? lit-il.
— La vérité.
Et la figure d'Osmanca, car c'était lui, exprima une profonde douleur.
• — Railles-tu , Osmanca ? reprit sir George Stowe d'un ton sévère.
*— Lumière de l'Orient, répondit l’Anglo-lndien, je le jure que c'est la vérité pure.
— Tu no les as donc pas découverts 1
— Au contraire.
— Eh bien !... alors?...
Et le ton de sir George devint menaçant.
— Lumière, reprit Osmanca, le dieu Siva lutte contra Kâli.
A ces mots, sir George Stowe fit un mouvement sur son escabeau et pâlit légèrement.
Osmanca poursuivit :
— Les fils de Siva sont en France.
— C'est Impossible ! s’écria sir George Stowe, les fils de Siva n'ont pas quitté l’Inde.
— Vous vous trompez. Lumière.
Lumiète était le titre que Osmanca donnait à sir Goorge Slowe.
— Mail enfin, dit ce dernier, que s’esl-il passé ? où est Degsour'b ?
— Begsour'h, répondit Osmanca, était entré chez le père de Nadéia , comme domestique, sous le nom de John.
— Oui, je sais, c’est lui qui devait vous introduire dans la maisoft, toi et Gurhi ?
— Oui, Lumière.
— Eh bien ?
— Begsour’h fut exact au rendez-vous. Tout était prêt, noos nous acheminâmes, par une nuit sombre vers la maison qu'habitaient le général et sa fille.
• Begsour’h était venu nous chercher à la station du railway.
< Il nous conduisit par un chemin creux jusqu'à un certain endroit d’où l’on apercevait la maison.
« Là il nous dit : « Vous voyez cette lumière ? Quand elle s'éteindra, vous vous remettrez en route et vous entendrez un cri de chouette. Ce sera le signal et vous me trouverez derrière la grille que je vous aurai ouverte. »
— Eh bien 1 fit encore sir George Stowe, qui trouvait un peut long le récit d’Osmanca.
— Nous nous étions couchés à plat ventre, Gurhi et moi, poursuivit Osmanca. Quand [a lumière s’éteignit, lorsque la cri de chouette se fit entendre, nous nous remîmes en roule.
LES RAVAGEURS
« Mais h peine avions-nous fait quelques pas, que je trébuchai. En même temps Gurhi jeta un cri.
« En même temps aussi, plusieurs bras vigoureux mo saisirent et m'enlacèrent, je (us terrassé, et une voix murmura b mon oreille, on indien :
« — Si tu bouges, tu es mort ! »
«— Mais Begsour'h? demanda oncore sir George Stowe.
— Étranglé.
— El Gurhi?
— Il nous a trahis.
— El le général... et sa fille?
— Sauvés par les fils de Siva.
— Et toi ?
— Comme je refusais de parler et demandais à mourir, le chef des fils de Siva m’a jeté dans un lleu\ e presque aussi grand que la Tamise et qu’on appelle la Seine, et me voilé ; car vous le savez, je suis bon nageur.
Sir George Stowe frappa son poing sur la table :
— Je condamne Gurhi comme traître, dit-il d'une voix solennelle, et j’appelle sur sa tête toutes les vengeances de Kâli.
Osmanca frissonnait sous le regard dominateur de cet homme auquel il donnait le titre pompeux de Lumiire de l'Orient.
Sir George Stowe ajouta :
— Quant à loi, si tu ne réussis pas à exécuter les ordres que je vais te donner, tu mourras.
Osmanca s’inclina et dit :
— Que faut-il faire ?
— Étrangler, avant demain, un homme assez hardi pour vouloir épouser Gipsy la bohémienne.
— Ce sera fait.
— Oui, si nous le voulons bien.. . murmura Noël, équi Calcraff achevait de traduire tout bas la conversation de sir George Stowe et de Osmanca.
Sir George Stowe jeta une couronne sur la table. Noël comprit qu’il allait sortir.
j Et de nouveau, il gagna la porte sans bruit.
Puis il s'embusqua dans l’endroit le plus obscur de - la me. *
Peu après, en effet, sir George Stowe sortit.
Noël se mit à le précéder, puis à le suivre, pui3 h le précéder encore, à travers cette fange humaino qui inonde la nuit les rues du Wapping.
Sir George Stowe marchait rapidement.
Il arriva au pont de Londres et appela un cab.
Le cocher hésita , sur sa mise , à se mettre à scs ordres.
Mais sir George Stowe, qu'il prenait pour un matelot, lui cria :
— J’ai touché ma prime de rengagement. Je paye bien.
Le cochpr s’arrêta, et sir George Stowe monta dans le cab.
Noël s'était glissé sous la voiture, et, cramponné à l’essieu, il se taisait traîner.
La chose n'était pas douteuse pour Noël.
Sir George Stowe. qui ne s’était ainsi travesti que pour retrouver Osmanca dans le Wapping, retournait dans Hay-Markel changer do costume.
En effet, à vingt pas de la maison ê un seul étage où, deux heures auparavant, sir George Stowe était entré, le cab s’arrêta.
Noël demeura dessous.
Sir George Stowe paya le cocher, descendit et sc dirigea vers la maison.
Noël le vit tirer une clef de sa poche et entrer.
Alors, il lâcha l'essieu du cab qui se remettait en route et il sc retrouva sur scs pieds, juste au moment où la porte se refermait.
— Le Matlre, se dit alors Noël, m'a commandé de suivre cet homme jusqu'au jour.
« La maison dans laquelle il vient d'entrer est peutêlre la sienne, car, à Londres, tout le monde a sa maison.
t Or, de deux choses l'une, ou il va ressortir, ou il rentrera tranquillement se coucher.
* Dans le premier cas, je le suivrai.
■ Dans le second, je resterai ici jusqu'au jour, puis je rejoindrai le Mallre chez Vanda.
Et Noël, s’étant tenu ce raisonnement, s'assit sur une borne en face de la maison.
Deux heures du malin sonnaient aux églises voisines et Noël attendait depuis un quart-d'heure environ, lorsqu'un coupé clarence à deux chevaux, dont les lanternes jetaient une vive clarté, vint s’arrêter devant la maison où était entré sir George Stowe.
En même temps, Noël entendit un vigoureux gothinn prononcé de fort mauvaise humeur et suivi d'une phrase dont voici la traduction exacte :
— Quel chien de métier !
Un homme de mauvaise humeur est toujours abordable pour qui compêtit à sa peine.
Noël s'approcha.
Les volets fermés du coupé annonçaient qu’il était vide, et c’était évidemment le cocher qui avait ainsi manifesté son mécontentement.
— Vous paraissez dégoûté du métier? camarade lui I dit Noël.
Le cocher, qui tenait en main deux superbes trot- : leurs, répondit :
— On serait dégoûté à moins.
— Le temps est dur, hasarda Noël.
— Et le brouillard froid, répondit le cocher.
Les gens de même profession se lient volontiers. La veste d’écurie de Noël donna ù penser au cocher qu'il avait affaire û un véritable confrère.
Noël poursuivit :
— Est-ce que vous attendez vos maîtres?
— J'attends un gentleman qui se rend chaque nuit k son club, joue des sommes énorpes, et me fait alten dre quelques fois douze heures de suite
< Cela peut plaire beaucoup à John liounbarry, le loueur du Strand au service de qui je suis, car le gentleman paye bien, mais moi j'aimerais mieux me mettre au Ut avec un bon verre de grog et une tasse de thé bien chaud.
Noël reprit :
— Je suis sans ouvrage. Ne pourriez-vous pas m’en procurer?
Le cocher le toisa et lui trouva lionne mine
— Connais-tu le métier? dit-il.
— Comme père et mère, répondit Noël.
— Où as-tu servi?
Noël cita au hasard une demi-douzaine de noms de loueurs. -
— Combien veux-tu pour prendre ma place cette nuit?
— Serait-ce trop de trois shillings? demanda timidement Noël.
— Va pour trois shillings.
El le coclier ajouta d'un ton de satisfaction :
— Au moins je pourrai dormir tranquillement cinq ou six heures, car il est plus de huit heures lorsque le gentleman quille son club. Donne-moi ta veste d'écurie et je le donnerai mon paletot.
— Mais, dit Noël, où vous retrouverai-je pour vous rendre la voilure et les chevaux?
— Demain, un peu avant huit heures je te rejoindrai dans la cour du club.
Noël cl le cocher changèrent alors de costume.
fuis Noël monta sur le siège et, ù la manière dont il prit les rênes, le cocher comprit qu'il avait affaire à un homme qui connaissait les chevaux.
— Je demeure à trois pas d'ici, dit-il. Je vais lue coucher. A demain matin...
— A demain, dit Noël.
Le cocher s'éloigna.
Un quart d'heure après, la porte de la petite maison s'ouvrit et sir George Stowe reparut.
Le gentlemau avait fait peau neuve; il était luis comme un dandy, portait de beaux gants beurre frais, un habit noir et une cravate blanche.
Le tout disparaissait ù demi sous une ample pelisse garnie de fourrures d'un très-grand prix.
11 monta dans le coupé sans même faire attention à Noël, qu’il prit pour son cocher ordinaire :
— East Indial dit-il.
Le club East Initia, situé dans Saint-James square, est un des plus riches et des plus beaux de la capitale des trois royaumes.
Noël, qui savait Londres par cœur, prit le chemin le plus direct et entra dans la cour au grand trot, tournant devant le perron avec une précision merveilleuse.
Sir George Stowe mit pied à terre, gravit lestement les degrés du perron, entra dans le vestibule, jeta son manteau à un grand laquais galonné sur toutes les coulures; puis il gagna un des salons de jeu où la partie paraissait fort animée.
Un gentleman qui tenait la banque s'écriait eu ce moment :
— Je liens mille guinées de plus : qui les veut?
— Moi, dit sir George Stowe.
Et il tira son portefeuille et jeta une poignée de bank-notes sur la table.
Un jeune homme s'approcha et lui dit :
— Vous avez tort, sir George.
Le nabab le regarda et reconnut en lui un des gfiitlemen qui avaient assitc au combat du terrier et du petit chien de la Havane.
— Pourquoi ? demanda-t-il froidement.
— Parce que vous n'ètes pas en veine, depuis quelques jours.
— Vous croyez?
— Témoin ce soir...
— Bah! dit sir George, vous allez voir que la ve no va revenir.
— Ou la déveine continuer.
Le banquier battait lot cartes.
Un des joueurs dit :
— Puisque sir George Slowe tient, je me relire.
— Pourquoi? demanda encore l'indien avec flegme.
— Parce que vous n’ètes pas en veine.
— Je tiens votre jeu, répondit sir George Stowe,
— Soit.
Le gentleman retira son enjeu, et sir George Sio •• e jeta sur la table une nouvelle poigne.: de bank-t.ol.ss.
I I.e banquier tourna les cartes.
Sir George Stowe gagna.
Alors il se tourna vers le premier gentleman qui lui avait aflirmé qu’il n’était pas en veine.
— Vous voyez bien que la fortune tourne.
El il s’assit et continua à jouer.
Pendant toute la nuit, sir George Stowe joua et gagna.
Au point du jour, il avait devant lui un monceau de billets de banque.
Mais comme sept heures sonnaient, il se leva.
Les joueurs qui perdaient murmurèrent.
— Je suis désolé de vous quitter, dit sir George Slowe ; mais j’ai un petit rendez-vous à Old- Woodstock, ce matin. 11 s'agit pour moi de tuer un Français.
— Le Français au petit chien? demanda-t-on.
— Justement.
Et sir George Stowe empocha son argent.
Puis il quitta froidement la saile de jeu et gagna la cour du club où son coupé attendait toujours.
— Diable ! pensa Noël en le voyant reparaître, et le cocher qui n’est pas revenu!
— Chez moi, dit sir George en montant en voiture.
Noël rendit la main k scs trotteurs, et le coupé partit.
Noël pensait :
— 11 a tout perdu... il va chercher de l'argent !
Mais quand, au bout de quelques minutes, le gentleman sir George Stowe, qui était rentré etiez lui, ressortit, une petite boite carrée d'une main, un paquet long enveloppé d'un fourreau de serge de l’autre, il fronça le sourcil.
— Oit ! obi pensa-t-ii, s agirait-il doue d’un duel ?
f,KS RAVAGEURS
uo» it.r si *c rom.
Noël ne se doutait pas que l’adversaire de sir George Stowe n’était autre que Rocambole.
XU
I.e duel est chose si rare parmi les Anglais, qui se contentent de vider leurs querelles à coups de poing, qu’il faut, pour en arriver à cette extrémité, le cas extraordinaire d'un Français et d'un Anglo-Indien se rencontrant et se prenant & partie.
Mais sir George Stowe n’était pas précisément Anglais.
Bien que parfait gentleman, il était demeuré Indien par plusieurs points.
Et ceux qui savaient son histoire et l'avaient connu officier dans un régiment de cipayes savaient qu'il s'était battu fort souvent, soit il l’épée, soit au pistolet.
Mais h Londres, il ne suffit pas d’avoir envie de se battre pour en trouver facilement les moyens.
Les jardins publics, les squares, les rues sont encombrées de policemcn qui ne manqueraient pas de joter leur petit béton au milieu des combattants.
Londres est fort grand, et on ne gagne pas la campagne sans prendre un chemin de fer.
Cependant le petit village d'OId Woodstock qui sc trouve sur la route d'Oxford, est entouré d'une camgne solitaire qui permet à deux hommes qui se veulent couper la gorge, de trouver un endroit convenable, entre deux coliincs, é l'ombre d'un arbre, sur le gazon toujours vert de la campagne de Londres.
10* ttviuisos.
On se rend à Woodstock, cette chëre résidence du farouche Olivier Cromwell, soit par le chemin de fer de Birmingham, soit en voiture.
En chemin de fer, il faut dix ou quinze minutes.
C'est la première station du train express.
En voiture, il faut une heure pour peu que les chevaux soient des trotteurs de haute allure.
Sir George Stowe méprisait souverainement les chemins de fer.
11 dit au cocher, c’est-é-dire à Noël :
— Je vais à Woodstock. Je veux aller très-vite. Une livre de pourboire si nous franchissons la distance en trois quarts d'heure.
— Ma foi! pensa Noël, tant pis pour le vrai cocher ; il finira bien par me retrouver.
Et comme Rocambole avait insinué à Noël l'ordre de ne pas quitter sir George Stowe, que d'un autre cité, il ne pouvait pas abandonner le siège ni les rênes, Noël obéit aux ordres qu'il recevait.
Il avait, comme disent les gens de chevaux, un coup de langue fort supérieur.
A peine les chevaux l’eurent-ils entendu, qu'ils se précipitèrent comme s’ils eussent été engagés dans une course au trot.
Noël les menait d'autant plus rondement qu'il était aussi pressé peut-être que sir George Stowe.
Noël était curieux, et sc demandait avec qui donc pouvait se battre l'Anglo-lndien.
Car, on s'en souvient, Rocambole ne lui avait fait à ce sujet aucune confidence.
U traversa les rues de Londres comme un éclair ; de temps en temps il se retournait sur son siège et jetait un regard furtif à l'intérieur du coupé.
A demi couché, les yeux presque clos, un cigare aux lèvres, sir Oeorge Stowê paraissait en proie !i une rêverie profonde;
Une fois dans la campante. cependant, le gentleman parut se réveiller, et qnanihd Lit prés dé Wuudslock, son regard se promena rapidement à gauche et h droite de la route.
11 cherchait un sndVdll convenable.
Un petit bouquet d'arbres, au milieu d'ühë prüi rie, ass' t leiii de toute habitation, parut lui plaire.
Et U dit 11 Noël :
— Arrête» !
tjlualhi il fut descendu de la voiture, alf Gèofgê Stdue étendit la hiaili vers le bouquet d'arbres.
— Mon ami, dit-il en tirant aa montre, le chemin de lér tie Birmingham va passer dans cinq minutes. Téhééi Ik-has, cettë maison en briques rouges, c’est la stiUotii
Noël s'inclina.
— Cinq personnes descendront évidemment du ehemin de fer, trois d'une part, deux de l'autr *.
« Les trois sont mon adversaire ét St*s têirtolrts.
• Les deux sont mes témoins, à moi.
< Vous les reconnaîtrez aisément, puisqu’ils ne serontque deux, et, les invitant à monter dans la voilure, vous les amènerez ici.
« Naturellement, l"s autres suivront. »
Noël avait pat faitement compris ; il se dirigea vers la station d'autant plus aisément que la route et la voie ferrée se côtoyaient, et il entra dans la cour île la station au momcnl oit le train de Londres s'arrêtait.
Il y avait, en effet, cinq personnes qui paraissaient être venues dans le même wagon.
Mais comme elles s'approchaient, Noël fit un soubresaut sur son siège et se demanda si, par hasard, il ne rêvait pas tout éveillé.
il avait reconnu Kocamhole parmi les trois gentlemen qui suivaient les deux témoins de sir George Stowe.
Rocambolc avait reconnu Noël.
li eut un regard approbateur pour son fidèle acolyte ; en même temps il passa rapidement un doigt sur ses lèvres.
Noël comprit.
Lés gentlemen qui avaient servi de témoins à sir George Slovve connaissaient sans doute sa voiture, car Ils s'en approchèrent et l'un d'eux demanda à Noël :
— Où va votre mailre ?
— Il m’envoie vous prendre, répondit Noël. 41 a trouvé un endroit écarté dans la campagne.
— Aoh I dit un des gentlemen.
El il fit un signe è Rocambolc et à si s témoins.
il y a toujours une ou deux voitures de place à la s'alion île Woodstoek.
Il y en avait trois ce jour-là.
Rocambole et les deux gentlemen qui avaient con-
senti la veille, après la défaite du terrier, à lui prêter leur assistance , n'eurent donc que l'embarras du choix.
Ces derniers s'étalent munis, comme sir George Slowe, d’une paire d’épées de combat et d'une boite de pistolets.
Di* minutes après, la voiture de place et le coupé conduit par Noël arrivaient déiis Belle prairie ombragée choisie par sir George StoiVé.
L'Anglo-Indien s'était assis ail pied d'un arbre et continuait à fumer, les yeux deitii-clos.
U fallut le bruit des voitures pour l’arracher à sa àjhtëhiplatiun,
Il sc leva Kl viut aki-devalit de ses témoins, qui niellaient pieti # terre;
Ceux-ci. habitués dii Club Éitii Imlia, mais parfaitement imlilréh'iils, dli rosie, avaient consenti à servir de lémilirts a sir tieofge Biture par pure courtoisie.
Mais il leur eOt été Ibrt égal sans doute que sir néufgc Btuwe rm lué.
GC dehllef salua sdh adversaire qui lui rendit son salut avec Une urbanité parfaite.
Mais leurs regards SB croisèrent, et George Stowe tressaillit,
U lui Sembla qu'il avilit déjà rencontré ce regard aitfrê part que dans la Cave de l'hôte! Dubourg où son coq et son terrier avaient succombé.
Et il eut comme un vague souvenir, et une certaine pâleur nerveuse couvrit s m visage.
Rocambole avait fait cependant une toilette de matin fort soignée, obéissant à ce principe de galanterie française, que l’homme qui va jouer sa vie ne saurait être trop bien vêtu.
Et néanmoins, sir George Stowe en le regardant ne put se défendre de songer au matelot de la taverne du Roi Gt urgc, qui avait offert sa main à Gipsy la bohémienne.
— U me reconnaît, pensa Hocamboie.
Les cunditions du comhal furent bientôt réglées.
On tira au sort le choix des armes.
Le sort favorisa Rocambole :
— Je prends l’épée, dit-il.
Sir George St iwe s’inclina et mit habit bas; mais, contre toutes les règles, il garda sa cravale, de façon à ce que sa chemise ne pùt s’ouvrir.
Les Anglais, qui sont fort peu au courant de ces sortes de rencontre, n'en firent pas l'observation.
Quant à Rocambole, il devinait pourquoi sir George Stowe ne voulait pas montrer sa poitrine.
Tout au contraire, après avoir ôté son habit, il déboutonna sa cbemise qui devint flottante et, en s'o.ivrant. laissa voir une partie de ses épaules.
Noël, immobile sur son siège, à vingt pas de distance, murmurait :
— Je ne suis pas inquiet. Je sais de quelle force est le Matlre à ce jeu-là.
— Allez 1 messieurs, dit un des témoins.
Les deux adversaires croisèrent le fer — Rocamboie calme et presque souriant — sir George Slouc,
LES RAVAGEURS
Ifi
si plein de sang-froid naguère, visiblement ému maintenant.
Mais, avant d’aller plus loin, il est nécessaire de rapporter une circonstance qui devait avoir une influence considérable sur la rencontre à l’épée de Rocambulo et de sir George Slowc.
On se souvient qu’après avoir, quelques semaine; auparavant, placé le vieux général polonais et sa flllc Nadéïa sous la garde du Chanoine et de la Mort-dos- i Braves, Rocamb de avait repris le large en compagnie de Marmouset, tandis que les deux Indiens garro tés ' gisaient au fond do la barque.
On se souvient encore que le Maître avait voulu, le poignard à la main, forcer Osmanca à lui faire dos révélations, et que celui-ci avait répondu qu’il préférait mourir.
Son compagnon Gurlii, qui avait peur de la mort, avait, au contraire, annoncé qu’il parlerait.
Alors Kocambole, ainsi qu'Usmanca devait le raconter plus tard à sir George Stowe, Kocambole avait pris l’Indien dans ses bras et l’avait jeté à l’eau.
. Puis, se penchant de nouveau sur Gurhi, il l’avait ‘ menacé de le tuer, s’il ne lui faisait des révélations complètes.
L’Indien, persuadé qu'il était tombé aux mains de la secte ennemie des Étrangleurs, connue sous le no .» de fils de Siva, avoua qu’il faUait partie des Étrangleurs de Londres, qu’ils obéissaient à un chef app ; sir George Stowe, et que lui-même était un de ce, pauvres mutilés que les prêtres de la déesse Kâli condamnent à -un éternel célibat.
L’eunuque fut très-précis dans son récit, il donna à Rocambole une foule de détails qui devaient lui sert » h Londres.
Enfin, des révélations de Gurhi il résulta pour H - j cambole cette conviction : c’est que sir George Stowe, le chef des Étrangleurs, était un adorateur fanatique de la déesse Kâli, et que, tout en vivant à Londres des revenus d’une immense fortune et comme un parfait gentleman, il avait sous ses ordres une arm e mysté rieuse d’Étranglcurs q ii semaient la désolation et l’effroi dans la capitale du lioyaume-Uni; qu'en fin, sir George Stowe, qui se riait du banc de la reine, des cours prévôlales et de tous les tribunaux possibles, avait cependant grand'peur des fils de Siva, lesquels, jusqu’à présent, n'avaient pas quitte l’Inde.
Ce fut un trait de lumière pour Kocambole.
Aussi avait-il amené Gurhi à Londres.
Gurhi, déguisé, habillé en femme, vivait caché dans la maison louée par Vanda.
Rocambole, pendant cette nuit féconde en aventures que nous venons de décrire, après avoir quitté Gipsy la- bohémienne, était rentré chez Vanda à trois heures du matin.
Gurhi dormait.
Kocambole l’avait éveillé
L'Indipn avait frissonné en voyant Rocambole armé d'un poignard.
— Écoute, lui dit le Maître. Jusqu'à présent, tu m’as pris pour un fils de Siva?
— Oui, répondit Gurhi.
— Tu t es trompé...
L’Indien demeura stupéfait.
Rocambole poursuivit :
— Je ne connais pas les fils do Siva et j'ai des motifs particuliers, et que tu n’as pas besoin de savoir, pour poursuivre les Étrangleurs. Mais aussi vrai que tu es là, couché, sans défense, et que j’ai un poignard à la main, je injure que si tu 113 me dis pas ce que j'ai intérêt à savoir, je t’envoie sur-le-champ dans le monde des âmes.
— Que \oulcz-vous savoir? demanda Gurhi.
— Les fils de Siva ont ils une marque sur le corps .'
— Oui. Quand on les afiiiie, on leur dessine sur la p étrine un serpent et un oiseau, avec une encre bleue qui est ineffa abîe.
— Ce tatouage est-il bien présent à ton esprit?
— Parfaitement.
— Saurais* lu l’exécuter?
— Oui.
— Alors, dit Kocambole, mets-loi à l’œuvre.
F.t il fit lever-Gurhi, prit une petite fiole qui contenait de l’encre bleue ordinaire, un pinceau, et tendit le tout à rindicn.
Puis il mit sa poitrine à nu et lui dri :
— Dépèche-toi, je suis pressé.
Le poignard de Rocambole était un stimulant.
L’Indien, du reste, savait tatouer, comme tous les gens de sa race.
Cependant, lorsqu’il eut nettement dessine le serpent et l’oi-eiu, il dit :
— A présent, il faudrait, [jour que cctto marque ne s’effaçât jamais, piquer la poitrine avec une épingle et brûler dessus une pincée de poudre.
— C’est inutile, rép >n lit Kocambole.
Or donc, à quelques heures de là, Kocambole et si* George Sloyve mettaient l’épée à la main.
Dès le premier engagement, sir George Stowe, qui tenait merveilleusement l'épée, sentit qu’il avait affaire à un adversaire digne de lui.
Mais sa pâleur eut bientôt disparu, son émotion se calma, et le sentiment dé jà conservation domina chez lui toute autre préoccupation.
Rocambole, au contraire, paraissait vouloir se souvenir des galantes traditions françaises.
— Monsieur, dit-il à sir George Stowe en parant un fameux coup droit que celui-ci lui avait porté, vous tirez fort bien, mais je connais votre jeu.
Et il lo regard ht si fixement, que sir George Stowe songea de nouveau à Gipsy etau matelot de la tavern? du Roi George .
— Vous avez un peu d’agitation dans le bras, continua Rocambole, qui n’avait point encore attaque, mais qui parait tous les coups avec une adresse merveil-
leuse. Peut-être avez-vous passé la nuit au jeu T... U n'cn faut pas davantage pour enlever au poignet œlte souplesse et celte précision dont on a si grand besoin.
Sir George Stowe se fendit !i fond , niais son épée fila dans le vide.
— Prenez garde ! dit Rocarnbole, vous avez fait un faux pas. Si j'avais voulu, vous étiez un homme mort.
Et comme il disait cela, sa chemise s’ouvrit et sir George Stowe jeta un cri.
Il venait d'apercevoir sur b poitrine de Rocarnbole le serpent bleu et l'oiseau bleu dessinés par Gurhi.
El sir George Stowe épouvanté se découvrit, et Rocambole lui administra un tout petit coup d'épée.
Deux gouttes de sang jaspèrent la chemise du gentleman.
Il poussa un cri de rage.
Mais alors Rocarnbole acheva son (euvre de stupéfaction.
Il adressa à sir George Stowe la parole en indien :
— Maintenant, dit-il, que tu tois qui je suis, tu sais bien que ce n'est pas ici que nous devons lutter.
Sir George Stowe était profondément ému.
Les témoins, voyant le sang couler, s'étaient interposés.
— L'honneur est satisfait, dirent-ils.
— Comme vous voudrez, répondit sir George Stowe, qui considérait toujours Rocarnbole avec épouvante.
Pénétrons maintenant dans l'intérieur de Vanda, à Londres.
A leur arrivée, Rocarnbole et Vanda étaient descendus à l'hôtel Dubourg.
Tuis, le lendemain, ils s’étaient installés dans une petite maison qu’ils avaient louée tout entière, auprès de Saint-Paul.
C'était là que Vanda était chargée de veiller nuit et jour'sur Gurhi.
L’indien, saisi de terreur et croyant avoir affaire au chef de la secte ennemie, c’est-à-dire à un fils de Siva, avait fait toutes les révélations que lui avait demandées Rocarnbole.
Il avait désigné sir Gt-orge Stowe comme le chef des Etrangleurs, et donné sur la vie de ce prétendu gentleman des renseignements précieux.
Rocarnbole avait dit i Vanda :
— Je lui ai promis la vie s’il me servait ; et ce dont il a le plus peur au monde, maintenant, c’est de tomber aux mains des Étrangleurs. Néanmoins, veille sur lui, et, sous aucun prétexte, ne le laisse sortir.
Rocarnbole savait qu'il pouvait compter sur Vanda.
II était donc parti fort tranquillement, après s’étre fait tatouer sur la poitrine l’oiseau bleu et le serpent bleu, ne se doutant point de la réaction qui allait s'opérer dans l'esprit de Gurhi.
Cet homme, mutilé au nom d’une religion mystérieuse, croyait à cette religion tout entière.
Lo dogme indou a donc deux principes, le bien et le
mal, partant deux divinités : le dieu Siva et la déesse Kili.
Aux yeux des Indiens, les hommes sont des jouets aux mains de ces deux pouvoirs surnaturels qui, perpétuellement en lutte, remportent tour à tour la victoire.
Cet homme qui venait du fond de l'Inde avec une mission sanglante, et trouvait à deux pas de Paris, des gens qui parlaient sa langue et le réduisaient tout à coup à l'impuissance , devait naturellement admettre que ces hommes étaient des serviteurs du dieu ennemi de la déesse qu'il servait.
Par conséquent, Siva était plus fort que Kili.
Par conséquent encore, Gurhi, qui était logique, devait s'incliner.
Depuis trois semaines qu'il était au [*mvoir de Rocambole, Gurhi cherchait à faire la paix avec le dieu Siva et trahissait effrontément et sans remords la déesse Kili.
Mais voüi que tout à coup Rocarnbole venait lui dire :
« Je ne connais ni le dieu Siva, ni ses prêtres, ni ses disciples. Si je combats les Étrangleurs, c'est que j’ai des raisons particulières. Néanmoins comme cela peut servir mes projets de passer pour un fils de Siva. tu vas, si tu tte veux pas faire connaissance avec mon poignard et lui servir de gaine, dessiner sur ma poitrine le signe mystérieux que portent tes ennemis. »
En présence de celte menace de mort , Gurhi s’était exécuté, mais le prestige de Rocarnbole s'était évanoui sur-le-champ.
Gurhi ne croyait plus à Rocarnbole.
Gurhi ne tremblait plus.
Et dès lors, le fanatisme de l’Indien pour sa terrible déesse revint ardent , implacable, cl il u'eut plus qu'un désir — s'échapper'; un but — aller trouver sir George Stowe cl lui tout dire.
Mais rien n’était moins facile que l'exécution de ce programme.
Gurhi était gardé à vue.
Et gardé à vue par une femme.
Or, Gurhi savait qu’une femme est bien plus difficile à tromper qu'un homme.
L’eunuque était non-seulement Étrangleur — il était encore psiie, c'est-à-dire charmeur de serpents.
C'était même sa profession avouée à Madras, lorsque le comité des Étrangleurs de l'Inde l'avait envoyé à Londres, en l’adressant à son correspondant, sir George Stowe.
Gurhi avait continué son métier à Londres.
U avait emporté de Madras une caisse remplie de vipères et de couleuvres, de toutes dimensions et de toutes couleurs.
C’était peut-être là tout co qu'il aimait, après la déesse Kêii, bien entendu.
Quand sir George Stowe l’avait envoyé de Londres à Paris, avec Osmanca, pour étrangler le général et sa fille, Gurhi avait emporté ses couleuvres.
On l’avait même vu, tout un jour, sur la place de
LES RAVAGEURS
Châtelet, jongler avec elles, les enrouler autour de son bras et de son cou, au grand ébahissement de ce bon peuple de Paris, pour qui toute nouveauté est un prétexte à rassemblement.
Lorsque Rocambole s’était emparé de lui, il avait voulu savoir où Gurbi logeait.
L'eunuque avait indiqué un misérable bétel dans la rue Saint-Antoine.
Rocambole l’y avait conduit.
L’Indien n’avait ni papiers , ni rien qui pùt servir il Rocambole.
Ce dernier n’avait trouvé que la caisse à couleuvres, et il avait voulu jeter les reptiles ù l’eau.
Mais Gurbi s’était mis à pleurer et Rocambole lui avait laissé sa caisse.
Depuis qu’il était de retour à Londres, et sous la surveillance de Vanda, Gurbi n’avait plus qu’un passetemps : jouer avec ses vipères et ses couleuvres.
Du reste, comme on le pense bien, Rocambole avait
eu soin de s'assurer qu'aucun de ces hideux reptiles n'appartenait aux espèces dites foudroyantes.
Les couleuvres et les vipères se promenaient donc en paix dans la chambre assignée à Gurhi pour prison; les unes se réfugiaient dans sa poitrine, les autres déroulaient leurs anneaux tigrés sur la courtine de son lit.
Une seule avait une propriété* stupéfiante, quoique non mortelle.
C’était une petite vipère jaune , tachetée de noir, dont la morsure, si légère qu'on la sentait il peine, avait le singulier privilège d’endormir profondément !
Gurhi s’en souvint,
F.t dès lors, il plaça dans la vipère jaune tout l’espoir de sa liberté.
Chaque fois, lorsque Rocambole sortait pour aller à un mystérieux rendez-vous dans la cité de Londres ou dans le Wapping, Vanda se faisait dresser un lit dans 1a pièce qui précédait la chambre de Gurhi.
LE DERNIER MOT DE KOC.VMBOI.E
Or, comme cette chambre u'avait qu'une porte, il aurait fallu que Gurhi passât au pied du lit de Vanda pour sortir.
Vanda , celte nuit-là , ne s’était pas couchée , elle a' ait attendu Hocambole.
Lorsque ce dernier rentra, elle assista à l’expérience du tatouage.
Et quand Rocanibole sortit, pour aller se battre avec sir George Stowe, le jour commençait à poindre.
Vanda se plaça dans un fauteuil , dans la chambre même de Gurhi, auprès de la porte, et dans une position telle que l'Indien, pour sortir, eût été forcé de passer sur son rorps.
Mais Gurhi s’élait glissé sous ses coqygrtures , avec h caisse à couleuvres et il feignait de dormir.
Seulement, de temps à autre, il ouvrait un œil et cherchait à voir si Vaqda dormait.
Vanda lutta un montent contre le sommeil , puis ia fatigue triompha.
Ses yeux se fermèrent; mais ai main n’abamlomia point le revolver avec lequel cl|o tenait Gurhi ep respect nuit et jour.
Alors, passant la main aODS las couvertures, le (K-iie frappa doucement plusieurs coupe bizafraniunl espacés, sur la caisse à coulcqvrvs.
l’uis il en souleva uu peu le puiperclc.
La vipère jaune sortit et vint s'enuiulpf autour du bras de Gurhi.
Alors Gurhi éleqdit le bras dans la direction tic Vanda end irmic.
Puis il secoua la vipère pi déroula sas arineaus et alla tomber sur les geuoqs de Vanda-
Vanda dormait toujours, et la vipère S» (pim dans les plis de sa robe.