I.e lendemain je reçus une singulière missive par la posle
Papier grossier, enveloppe découpée 4 la main, cachetée avec de la cire 4 ficelle, écriture inégale et sans orthographe, tel était ce message.
On me disait :
« Si vous voulez des renseignements, on vous en < donnera.
« Rocambole est an pré, à ri orque. Nous n'avons • plus peur de lui.
« Trouvez-vous demain soir 4 la barrière de la Vd- « ieue. au coin de la rue de Flandres chez le père « Bravard, marchand de vins.
« l u homme île la hanite te Timoléon. »
Cetle I «lire m'intrigua plus encore que la singulière aventure du pavillon d'Armenonville.
Je la montrai à Bergeretle.
— Je pense bien que tu n’iras pas, me dit-elle.
— Mais si, répondis-je. La Pairie avant tout.
Et le soir, en effet, je fis nies préparatifs pour celte excursion hors Paris.
J'étais au collège lors de l'apparition première des M pièces île Paris.
Ce n'était pas un succès, cVtait un triomphe.
La curiosité publique n'avait peut-être jamais été surexcitée 4 un plus haut point, et nos jeunes imaginations étaient chauffées 4 blanc par le récit des malheurs de la timialeuse et des exploits du Chourineur.
Mais ce n’est pas l'œuvre seulement qui intéressait alors; c'était l'auteur aussi.
Eugène Süe vivait en dehors, comme on dit. Homme du monde, membre fondateur du Jokov-Ctub, il avait eu jusque-14 une réputation de dandysme tellement établie, qu'on se demandait comment ce même homme,
LA VÉRITÉ SUR ROCAMBOLE
aristocrate avant tout, avait pu creuser, étudier, fouiller des types comme ceux du Maître d'école et de la Chouette, décrire file des Ravageurs et le Tapis franc de l'Ogresse.
Je ne sais pas ce qu’on disait dans le monde, mais je puis vous raconter ce qu'on disait dans notre lycée, où le journal des Débats nous arrivait clandestinement chaque jour.
Quand venait le soir, disait-on, un grand et bel homme brun, au teint un peu coloré, à la barbe soignée, à la mise élégante et distinguée, arrivait en cabriolet rue de la Pépinière 98.
Il sortait du club où il avait dîné.
Le suisse ouvrait les deux battants de la porte cochère, le superbe trotteur faisait résonner sous ses pieds le pavé de la cour et venait s’arrêter au perron.
Alors le bel homme aux favoris bruns jetait les guides à un tigre haut de trois pieds, gravissait lestement le perron, traversait une antichambre gardée par deux lions si merveilleusement empaillés qu'on les aurait crus vivants, et s’enfermait dans un cabinet do travail où
de rares inities avaient seuls le privilège de pénétrer 4 de certaines heures.
Pour Paris entier, Eugène Sue était chez lui et travaillait.
Cependant une demi-heureaprès, par la petite porte, un homme en blouse, coiffé d'une casquette, portant une barbe inculte, sortait furtivement.
Quelquefois même, disait-on, une hotte et un crochet de chiffonnier complétaient cet accoutrement.
Cet homme quittait l'aristocratique quartier du faubourg Saint-Honoré; il se dirigeait vers la petite Pologne d'abord» puis vers les barrières du nord de Paris , ou bien descendait vers la Cité, et on ne le revoyait plus jusqu’au petit jour.
Eugène Sue allait étudier ses héros pris sur le fait.
Voilà l’histoire qu'on racontait, l'histoire que tout le monde croyait alors, dont je doute fort aujourd'hui, mais à laquelle j'éprouvai le besoin de croire aveuglément, le jour où je reçus celte étrange lettre que je donnais dans le chapitre précédent.
Quand je vous aurai dit que j'avais alors vingt-