‹ Le dernier oblatChapitre 20 sur 27 · I.A KOr.K DE >OCÎÎ · texte numérisé non relu

I.A KOr.K DE >OCÎÎ

parte serait empereur, et que, comme il fallait au nouveau trône le double appui du passé et de l'avenir, toutes les vieilles familles qui se rattacheraient à la nouvelle dynastie seraient infailliblement bien reçues par e';le.

Quant aui biens confisqués, il n'y fallait pas songer; mais en échange et comme compensation, l'empire avait de l'argent, des pensions, des places et des majorats à donner à ceux qui voudraient bien accepter celte compensation et cet échange.

Cette conversation avait donné fort à penser h la marquise. Quant à Cécile, elle ne comprenait pas quelle iniluence les allaires politiques pouvaient bien avoir slln- sa desiinée.

Puis une chose étonnait fort la marquise; c'était cette tranquillité avec laquelle la France se soumettait à la domination d'un Corse, d'un petit oificier d'artillerie qui avait gagné quelques batailles et fait le 18 brumaire, voilà tout.

La conversation entre elle et Henri roula fort longtemps sur ce sujet. Henri était attache au fond du cœur à la dynastie déchue, à laquelle toute sa famille était restée fidèle; mais Henri était jeune, Henri avait rêvé un avenir de gloire, Henri avait leçu une éducation militaire, Henri se disait au fond du cœur, peutêtre pour étor.rdir la voix secrète de sa conscience, que servir en France c'était servir la France. Cet homme qui était à la tète du gouvernemeiit avait fait le pa\ s puissant et glorieux, là était l'absolution de son illégitimité. A ses yeux, Bonaparte éliiit un usurpateur, mais ati moins il a\ait toutes les brillantes qualités qui font compiendre l'usurpation.

La journée se pas>a en conversations pareilles;

LA ROBE DE NOCE. iTo

Henri tint compagnie à Cécile et à la marquise aussi longtemps que la discrétion le lui permit, et la marquise elle-même prolongea sa visite en Tinviiant à dîner a\ec elle et sa petiîe-liile.

Le soir, Cécile demanda à revoir encore une fois la mer, et supplia sa grand'mère de venir se promener jusque sur la jetée. La marquise objecta que c'était bien loin et qu'une pareille promenade la {alignerait indubitablement, elle qui avait complètement perdu riiabitude de marcher; mais Cécile la conduis t à la fenêtre, lui montra !e port à deux pas, et tourmenta tant madame de !a Roche-Bertaud que celle-ci iinit par céder.

Henri donna ie bras à la marquise, et Cécile marcha devant, accompagnée de mademoiselle Aspasie. A chaque pas, madame de la Roche-Bertaud se plaignait de l'inégalité des pavés; puis, arrivée au port, elle se plignait de Todeur des bâtiments; puis, airivée au bout de la jetée, elle se p:aignit de la brise de mer.

La marquise éta t une de ces natures qui, dès qu'elles font quelque chose pour les autres, ont besoin de leur faire sentir minuie par minute toute i'étendue du sacrilice qu'elles font.

Cela fit mieux comprendre encore à Cécile cette immense diiiérence qui existait entre la marquise et sa mère.

On revint à l'hôtel. La marquise élait horriblement fatiguée, et vouut rentrer tout de suite dans sa chambre. Les jeunes gens furent donc forcés de se séparer; mais c'était pour se réunir le lendemain : le lendemain à six heures du matin !a diligence partait.

La journée avait au reste assez de souvenirs pour leur faire passer à chacun une douce nuit.

Le lendemain les plaintes de la marquise recommencèrent : avait-on jamais vu se mettre en route à six heures du matin? Elle était désespérée de ne pas avoir suivi sa première idée en prenant une chaise de poste, qui lui eût permis de partir bien à son aise, h onze heures ou midi, par exemple, après avoir pris son chocolat.

^îais à cette époque comme aujourd'hui , les conducteurs de diligences étaient déjà inexorables. A six heures, il fallut que la marquise fût prête. A six heures cinq minutes, la lourde machine se mettait en route pour Paris.

Comme nous l'avons dit, la marquise, Cécile et mademoiselle Aspasie étaient dans le coupé, et Henri dans rintérieur; mais à chaque relais Henri descendait pour s'informer si ces dames se trouvaient bien. Au premier et au second, il trouva la marquise fort maussade; mais, quoiqu'elle se fût plainte bien fort de la nuit affreuse qu'elle allait passer, au troisième relais, elle était paifaitement endormie.

Ce qui ne l'erapècha point, lorsqu'on s'arrêta le m'M'm pour déjeuner à Al)bcville, de déclarer qu'elle n'avait pas fermé l'œil de la nuit.

C'étaient les jeunes gens qui n'avaient pas fermé l'œil; mais eux se gardaient bien de rien dire et surtout ils ne se plaignaient pas.

Aussitôt le déjeuner on se remit en route, et l'on ne s'arrêta que pour dîner à Beauvais. Henri avait ouvert la portière avant que le conducteur ne fût descendu de son cabriolet. La marquise était de plus en plus enchantée de lui.

A table , Henri ne s'occupa que de ces deux dames et les servit avec les soins les plus empressés :

la marquise, en remontant en voiture, l'en remercia par un serrement de main et Cécile par un sourire.

A sept heures du soir, on aperçut de loin les lumières de Paris. Cécile savait que Ton rentrait par la barrière Saint-Denis et qu'il était d'habitude que la voiture s'arrêtât à la douane. El!e savait aussi que c'était dans cette douane que la marquise, la baronne et elle avaient manqué d'être reconnues; tout enfant qu'elle était, cette station dans ce petit cabinet l'avait frappée, et lorsque la voiture s'arrêta, elle demanda la permission à sa grand'maman de revoir ce lieu d'angoisses où la baronne et la marquise avaient tant soufl'ert.

La marquise le lui accorda, tout en se demandant comment on pouvait s'amuser à revenir sur de si tristes souvenirs.

Henri alla donc demander au chef du poste la permission, pour une jeune dame, de traverser le corps de garde et d'entrer un instant dans la chambre du fond.

Comme on le pense bien, celte permission fut accordée à l'instant même.

La marquise ne voulut point descendre, Cécile descendit seule avec Henri.

Elle alla droit au cabinet et le reconnut : tout était encore comme alors; c'était la même vieille table de bois, c'étaient les mêmes vieilles chaises de paille.

C'était sur une de ces chaises et devant cette table qu'elle avait vu, pour la première fois, le bon M. Duval.

Ce souvenir ramena tous ses souvenirs. Cécile se rappela tout ensemble avec M. Duval, sa femme et Edouard; Edouard, que sa mère lui avait destiné et

qu'elle n'avait pas même revu au moment de son départ.

Il passa alors à la pauvre enfant quelque chose comme un remords dans le cœur, et le souvenir de sa mère venant se joindre à tout cela, les larmes lui jaillirent des yeux.

Ceux qui accompagnaient Cécile, à part Henri, ne comprenaient point ce qu'il y avait de si attendrissant dans cette vieille table de bois et dans ces vieilles chaises de paille.

Mais pour Cécile, toute sa vie passée était là.

Le conducteur appela Cécile et Henri, tous deux remontèrent dans !a diligence, qui se remit en roule et franchit la barrière.

Cécile rentrait, après douze ans, à Paris, par cette morne barrière Saint-Denis qui l'en avait vue sortir.

Enfant, elle pleurait en sortant; jeune lille en rentrant, elle pleurait encore.

Hélas! une dernière fois encore, elle devait, pauvre enfant, sortir par cette même barrière!

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