‹ Le dernier quartier: comédie en deux actes en versChapitre 14 sur 40 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Et moi qui n'osais pas venir! Non, sur ma foi, Sans cette circonstance où j'ai besoin de toi, Et malgré ta lettre.

RAYMOND

Huml... Eh bien, veux-tu te taire, Malheureux 1 que ma lettre ici reste un mystère 1

MARIEN

Raymond^ tu n'aimes plus ta femme.

RAYMOND

Un peu plus bast Mais, si, je l'aime bien, tu ne me comprends pas. L'aimer! Depuis six mois ai-je fait autre chose? Je l'aime et, qui plus est, je l'estime et pour cause.

MARIEN

Tu l'estimes? Sois franc. Elle a quelque défaut?

RAYMOND

La pauvre enfant 1 elle est parfaite, ou peu s'en faut^ Belle, sachant l'anglais, bonne, aimante, orpheline,

(Bas, en soupiraut.)

C'est un ange! A propos, as-tu vu Caroline?

MARIEN

Tu dis?

RAYMOND

Quoi! ces garçons sont étranges! Pour eux, Vraiment, se marier, c'est prononcer des vœux. Ne fais donc pas l'enfant, tu sais très-bien qu'en somme. Un mari de six mois est... tout comme un autre homme.

Oui, mais...

RAYMOND

Il te sied bien de jouer la vertu Devant moi... devant moi!... Dis-donc, te souviens-tu?

itt LE DERNIER QUARTIER.

Marien, je veux aller^ serait-ce une semaine, A Paris, avec toi.

MARIEN

Tu veux que je t'emmène ?

^ RAYMOND

Ma loltre n'avait pas d'autre but, franchement.

J'aurais pu dire ici : Je pars, tout simplement;

filais c'eût étëdes pleurs, des... nous pouvons mieux faire;

Comme mon avocat prétexte quelque affaire

Qui m'appelle là-bas, procès ou rendez- vous,

N'importe! nous partons bras dessus, bras dessous,

Et, vrai Dieul... Tiens, crois-moi, ma franchise est entière,

J'ai besoin, mais besoin, d'école buissonnière.

MARIEN

Biais je n'en reviens pas 1 mais qui l'aurait pensé? D'où te viennent, bon Dieu! ces retours au passé?

RAYMOND, lui preoani la main.

Mon ami, je suis un... mari, la chose est faite; Je la ferais peut-élre encor... Jeanne est parfaite, Je te l'ai dit. Je l'aime autant que je l'aimais... Eh bien, ne te marie, — enlre nous deux, — jamais I

MARIEN

Ce conseil...

RAYMOND

C'est ainsi I que cela te suffise!

Je suis avec ma femme, ici, depuis l'église; Nous nous aimons toujours, encor et puis encor...

MARIEN

N'auriez-vous pas tué votre amour aux œufs d'or?

TiAYMOND.

Tu crois? c'est fort possible; enfin, laissons ce texte. Donc, c'est dit, nous partons 1 11 ne faut qu'un prétexte, Et je compte sur toi.

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