LE COMTE, LE CHEVALIER
LE CHEVALIER à part.
Tout fàcbé que je suis contre lui, il me parait si bien puni que je commence à sentir quelques remords.
LE COMTE
Regarde-moi un peu en face, Chonchon.
LE CHEVALIER
Cela est di£BciIe : vous m'avez traité indignement, et je vous ai fait du mal, il n'y a pas moyen après cela de se regarder. Que me voulez-vous?
LE COMTE
Je conviens que je n'ai pas eu avec toi toute la condescendance qu'un aine devait à son cadet; tu t'en es bien vengé, tu es venu ici à ma place, avec ce fripon de Maraudin. Tu vois le bel état où l'on m'a mis, et le ridicule dont je vais être chargé — Faisons la paix; tu me demandais ce matin dix mille francs pour le reste de ta légitime, je t'en donne vingt mille, et laisse-moi épouser mademoiselle de la Cochonnière.
LE CHEVALIER
Il n'est plus temps; vous m'avez appris à entendre
mes intérêts; il n'y a pas d'apparence que je vous cède une fille de cinq cent mille francs pour une légitime de vingt mille.
LE COUTE
Chonchon !
LE CHEVALIER
J'ai eu de la peine à me résoudre à ce que j'ai fait, mais la chose est sans remède.
LE COMTE
Comment I aurais-tu déjà épousé.... Il faut que tu aies l'àme bien noire.
LE CHEVALIER
Point, car j'ai eu quelque scrupule en épousant Thérèse , et vous n'en aviez point en me faisant mourir de faim.
Tu prétends donc, scélérat, pousser jusqu'au bout l'effronterie de ton procédé, et me rendre le jouet de cette maison-ci?
LE CHEVALIER
Je ne prétends que cinq cent mille francs; tout ce que je puis faire pour votre service, c'est de partager le différend par la moitié.
LE COMTE
C'est un accommodement , du moins.