L' OPTIMISME
traduit de r allemand de M. le docteur 'Ralph,
avec les additions qu'on a trouvées dans la poche du docteur lorsqu'il mourut à llinden, l'an de grâce 1759.
Le livre fut beaucoup lu dans le beau monde , où il ne fut pas compris. On ne trouva que des aventures romanesques là où Voltaire dans sa logique de démon avait voulu railler Dieu.
C^est dans ses contes qu*îl faut surtout chercher Voltaire : c'est là que son génie s*épanouit en toute liberté; c'est là qu'il
nous surprend par sa gaieté profonde et sa raison souveraine ; c'est là qu'avec son rire éclatant il nous jette la vérité à pleines mains : c'est Rabelais, c'est Montaigne , c'est Voltaire.
II y a un chef-d'œuvre de Voltaire qui renferme tout Voltaire : c'est Candide, un simple roman ; mais c'est tout l'esprit français *. Oui, tout Voltaire : l'imagination et la raillerie, la grandeur et la concision. Oui, tout l'esprit français est là. Que dis-j'c? Swift et Sterne ont-ils plus d'humour? L'Arioste est-il plus romanesque? Cei^rantes se joue-t-il mieux de la folie et de la raison? Dans l'antiquité, qui donc eût raconté ce poème enjoué de la misère humaine? Voltaire, qui jusque-là s'était montré plutôt un dessinateur qu'un peintre, semble avoir trouvé , comme par merveille , une palette préparée par un des rois de la couleur. Comme sa touche est spirituelle et lumineuse! Quelles oppositions! quels effets! quels miracles! Tous ses tableaux sont étincelants d'une immortelle lumière. C'est qu'il avait pris une torche de l'enfer pour regarder l'humanité de face et de profil. Le vieux Dante n'était pas descendu si loin. L'humanité s'était laissé surprendre un jour de colère sur son lit de douleur**.
Les philosophes comprirent à moitié en lisant Candide. Le 1*' mars » Grimm écrivait dans sa gazette :
tt La gaieté est une des qualités les plus rares chez les
* Tout l'esprit homain, comme nn antre roman, Manon. LeseaiU, ce chef-d'œuvre qui date du même temps , renferme tout le cœur humain.
** c Voltaire sentait si bien Tinflucnce que les systèmes métaphysiques exercent sur la tendance générale des esprits, que c*est pour combattre Leîbnii qu'il a composé Candide, Il prit une humeur singulière contre les causes finales, l'optimisme, le libre arbitre, enfin, contre toutes les opinions philosophiques qui relèvent la dignité de l'homme ; et il fit Candide, cet ouvrage d'une gaieté înremalc : car il semble écrit par un être d'uoe autre nature que nous, indiflerent à notre sort, content de nos souffrances « et riant comme nn démon, ou comme un singe, des misères de cette espèce humaine avec laquelle il n*a rien de commun. • M loâiu DK Stail.
beaux esprits. Il y avait longtemps que nous n*avions lu rien de réjouissant en littérature; M. de Voltaire vient de nous égayer par un petit roman intitulé : Candide, ou V Optimisme, traduit de Fallemand de M. le docteur Ralph. II ne faut pas juger cette production avec sévérité; elle ne soutiendrait pas une critique sérieuse*. Il n*y a dans Candide ni ordonnance, ni plan , ni sagesse , ni de ces coups de pinceau heureux qu*oa. rencontre dans quelques romans anglais du même genre; vous y trouverez en revanche beaucoup de choses de mauvais goût , d'autres de mauvais ton , des polissonneries et des ordures qui n*ont point ce voile de gaze qui les rend supportables : cependant la gaieté Y la facilité qui n'abandonnent jamais M. de Voltaire , qui bannit de ses ouvrages* les plus frivoles comme les plus médités cet air de prétention qui gâte tout, des traits et des saillies qui lui échappent à tout moment, rendent la lecture de Candide fort amusante. En général, vous serez plus content de la dernière moitié que de la première. Lies premiers chapitres ne sont pas les meilleurs. Celui de Fabbé Périgourdin ne vaut pas grand'chose non plus. Vous aimerez beaucoup Tanabaptiste hollandais, et plus encore le mani* chéen Martin, qui me parait le plus excellent personnage du roman. Pangloss a bien son mérite aussi; et quoique sa fin par la sainte inquisition de Portugal soit fort touchante, et sa résurrection au moyen de Tincision cruciale fort consolante, il me semble que Fauteur n aurait jamais dû s'en défaire. Il fallait le laisser toujours auprès de Candide pour le fortifier dans le système de l'optimisme contre les doutes que les événements de ce monde faisaient naître de temps en temps dans le cœur du jeune énergumènc de la philosophie
* Grimm est sévère. Il est vrai que la veille il donnait pour détestable ce vers de Voltaire, sur ceux qai passent devant la vie sans y entrer :
Ils meortnt pleios de joan et o'ont poiat eiistë.
lOG INTRODUCTION
leibnîzîenne. Quel beau jeu Rangloss aurait eu daus TEldorado! quel triomphe pour roptimisme! C^est bien pour lors qu il ii*aurait plus eu d'autre regret que de n'être pas professeur dans quelque université d'Allemagne. Il me semble que tout le ronum en aurait été plus gai : car depuis la perte de H. Pangloss jusqu*à la rencontre de H. Martin» il languit un peu, quoique la vieille gouvernante et le fidèle Cacambo ne soient pas des personnages sans mérite. *Le souper des six rois chassés à Venise est d'une grande folie ; je doute que ce souper fasse fortune à Versailles; l'histoire du Paraguay et les accidents du révérend père Colonel ne feront pas plaisir aux jésuites dans les circonstances présentes. Le noble vénitien Pococurante est encore un assez bon personnage. M. de Voltaire s'en sert pour juger les plus grands génies de l'antiquité et parmi les modernes. On a été scandalisé de ce que Pococurante y dit d'Homère et de Mtlton. On devait remarquer, ce me semble, que le juge est un homme qui s*ennuie de tout, dont Tarrét enveloppe sous la même condamnation Raphaél et Virgile, et en général tous les arts et tout ce qui fait les délices des honnêtes gens. Ce chapitre n'est donc pas une critique des auteurs; c'est la censure des gens blasés. Cette maladie est fort commune parmi nous, oii l'oisiveté et l'opulence émoussent bien vite tous les goûts , et plongent la jeunesse même dans une léthargie d'où rien ne peut la retirer ensuite. Il faut cependant convenir que les jugements du seigneur Pococurante doivent paraître un peu suspects sous la plume de H. de Voltaire, et Ton peut lui reprocher à lui, qui ne s'ennuie point comme son noble vénitien , d'avoir souvent porté de ces jugements passionnés qui font tort à un homme de son mérite. Dans le fond, M. de Voltaire n*est pas éloigné peut-être de souscrire au jugement du seigneur Pococurante sur Milton et sur Homère : des traits qui lui sont échappés ailleurs ne justifient que trop ce soupçon. Or, si de bonne foi
il regarde Homère et Hilton comme des génies médiocres qui ont usnrpé des honneurs qui ne leur sont point dus, il est bien à plaindre d^avoir le goût assez petit, assez mesquin pour ne point sentir les sublimes beautés qui brillent dans leurs écrits; ou bien s*il est assez petit pour croire quil y aura à gagner pour lui en rabaissant ceux qui tiennent les premières places, il est bien blâmable. Un grand homme s*élève avec une noble confiance à la hauteur de ce quil y a de plus illustre dans son art; il croirait perdre à tout ce qn*on refuserait aux premiers génies de sa trempe* En voyant un tableau sublime , le Corrége n*est pas tenté d*.en diminuer le prix par une censure injuste ; il saisit le pinceau , et s*écrie avec enthousiasme : Ed anch* io son pitiare, 11 est vrai que beaucoup de gens prisent Homère et d'autres grands hommes sur parole ; mais cet hommage aveugle même dépose en faveur de ces génies et prouve d'ailleurs ce que nous savions bien ; c'est que le don de sentir n'est pas beaucoup plus commun que celui de créer. Au reste, si jamais l'ordre et la chronologie des ouvrages de M. de Voltaire se perd , la postérité ne manquera point de regarder Candide comme un ouvrage de jeunesse. Vraisemblablement, dira un critique judicieux dans deux mille ans d'ici, l'auteur n'avait que vingt-cinq ans lorsqu'il écrivit Candide, C'était son coup d'essai dans ce genre. Son goût était jeune encore ; aussi manque-t-il souvent aux bienséances, et sa gaieté dégénère souvent en folie. Voyez, continuera-t-il , comme ce goût s'est formé et rassis ensuite ! comme par gradation il est devenu plus sage dans les ouvrages postérieurs, Scarmentado, Babouc, Zadig, Memnon! vous voyez les nuances par où l'auteur s*est approché de la perfection. Ainsi le critique , à force de sagacité et de finesse , aura exactement renversé l'ordre de ces ouvrages. N'étes-vous pas persuadé que les critiques de la race présente tombent souvent dans ces erreurs à l'égard des anciens? «
Apres la critique en prose, voici répigranirae en vers qui courut les cercles comme une fort jolie malice :
Vers sur Candide.
Candide est un petit vaurien Qui n a ni pudeur ni cervelle ; A ses traits on reconnaît bien Frère cadet de la Pncelle, Leur vieux papa, pour rajeunir, Donnerait une belle somme ; Sa jeunesse va revenir, H fait des œuvres de jeune homme.
Tout n'est pas bien : lisez Técrit , La preuve en est à chaque page , Vous verrez même en cet ouvrage Que tout est mal comme il le dit.
Cette épigrammc fut attribuée à Frédéric. On Fimprima dans le Supplément aux OEuvres posthumes de Frédéric II, roi de Prusse, pour servir de suite à l'édition de Berlin*, Mais on a rendu à Chamfort ce qui était à Chamfort**.
Maintenant voulez-vous Topinion de Voltaire, lisez ces lettres :
tt J'ai lu Candide, écrit Voltaire à Thiériot, des
Délices, le 10 mars 1757; cela m'amuse plus que ï Histoire des Huns, et que toutes vos pesantes dissertations sur le commerce et sur les finances. Deux jeunes gens de Paris m'ont mandé qu'ils ressemblent à Candide comme deux gouttes d'eau.
* Coloc^nc, 1789, t. III, p. 377.
•• OEuvres de Chamfort, Paris, 1825, t. V, p. S«2.
» Moi, j*ai assez Fair de ressembler ici au signor Pococurante; mais Dieu me garde d'avoir la moindre part à cet ouvrage ! Je ne doute pas que M. Joly de Fleury ne prouve éloquemment à toutes les chambres assemblées que c'est un livre contre les mœurs , les lois et la religion . Franchement il vaut mieux être dans le pays des Oreillons que dans votre bonne ville de Paris. Vous étiez autrefois des singes qui gambadiez; vous voulez être à présent des bœufs qui ruminent; cela oe vous va pas.
» Croyez-moi , mon ancien ami , venez me voir : je n*ai de bœufs quà mes charrues.
n Si quid novi, scribe; et cum otiosus ens, vent, et vale. »
Et le 15 mars, Voltaire, châtelain de Toumay, qui devait commencer à trouver que tout est bien , écrit à M. le marquis de Thibouville :
«J'ai lu enfin, mon cher marquis, ce Candide dont vous m'avez parlé; et plus il m'a fait rire, plus je suis fâché qu'on me l'attribue. Au reste, quelque roman qu^on fasse, il est difficile à l'imagination d'approcher de ce qui se passe trop réellement sur ce triste et ridicule globe depuis quelques années, n
Voltaire écrit ensuite à M. Vemes :
« J'ai lu enfin Candide; il faut avoir perdu le sens pour m'attribuer cette coïonnerie ; j'ai , Dieu merci , de meilleures occupations. Si je pouvais excuser jamais l'inquisition , je pardonnerais aux inquisiteurs du Portugal d'avoir pendu le raisonneur Pangloss pour avoir soutenu l'optimisme. En effet» cet optimisme détruit visiblement les fondements de notre sainte religion ; il mène à la fatalité ; il fait regarder la chute de l'homme conune une fable , et la malédiction prononcée par Dieu même contre la terre comme vaine. C'est le sentiment
de toutes les personnes religieuses et instruites ; elles regardent Toptimisme comme une impiété affreuse.
» Pour moi^ qui suis plus modéré, je ferais grâce à cet optimisme , pourvu que ceux qui soutiennent ce système ajoutassent quils croient que Dieu, dans une autre vie, nous donnera, selon sa miséricorde, le bien dont il nous prive en ce monde, selon sa justice. C'est 1 éternité i venir qui fait Toptimisme, et non le moment présent.
» Vous êtes bien jeune pour penser à cette éternité, et j*en approche. Je vous souhaite le bien-être dans cette vie et dans Fautre. »
Voici maintenant un mot à M. Dupont, daté encore du château de Toumay, le 24 mars :
tt Je ne connais point de traité sur l'optimisme, mais une espèce de petit roman du chevalier de Mouhy, intitulé Candide, ou V Optimisme. Je l'adresse avec cette lettre à M. Dupont, par le canal de Defresnei. Le prêtre de Beizébuth qui s'enivre avec des jésuites pourra peut-être être assez ivre pour écrire contre ce roman, avec l'aide du recteur allemand. Ce recteur d'ailleurs est le plus impudent personnage et le plus sot cuistre de l'Europe. »
Voltaire retourne aux Délices et ne s'y trouve pas bien , car il dit à M . Colini , dans les beaux jours du mois de mai :
a Vous avez grande raison de n'être point de l'avis da doc^ teur Pangloss; je ne penserai comme lui que quand je pourrai parvenir â vous être utile. »
Et à madame la comtesse de Lutzelbourg :
tt Le docteur Pangloss est un grand nigaud avec son tout est bien; je crois que les choses ne vont bien que pour ceux qui restent chez eux, ou pour M. de Zeutmandel et pour sa
grasse et riche chanoîuesse , qui épouse un très-aimable mari. Tout sera bien longtemps pour vous, madame, puisque vous avei le courage de conserver votre régime ; ce n*est pas une petite vertu , et votre vertu sera récompensée. »
Et à M. le comte d'Argental ;
a Je pense que c'était à Tabbé du Resnel à gouverner nos finances plutôt qua Silhouette; car celui-ci n*a traduit Pope et le Tout est bien quen prose, et Fabbé Ta traduit en vers; mais j aimerais encore mieux Martin le manichéen. »
Et i M. Bertrand :
a Adieu ; je lève les épaules quand on me parle du meilleur des mondes possibles» Je vous embrasse de tout mon coeur. »
Enfin il est roi de Femey, et il écrit à M. le comte
d'Argental :
c Ce Prault est peu discret « D'avoir dit mon secret.
« Ce Prault a joué d*un tour à Cramer. II y a un nouveau tome tout garni de facéties : c'est Candide, Socrate, YÉcossaùe, et choses hardies.
c Envoyez-moi ce tome par la poste, écrit Prault i Cramer, » afin que je juge de son mérite , et que je voie si je peux me » charger de quinze cents de vos exemplaires. *« Cramer envoie son tome comme un sot; Prault Timprime en deux jours, et probablement y met mon nom pour me faire brûler par Omer. Ah! mes chers anges, que ce coquinet ôte mon nom! Il ne faut pas être brûlé tous les six mois. »
Il s'impatiente de ne pas faire assez de bruit, et il écrit aux auteurs du Journal encyclopédique, cette lettre datée de Zastrow :
« Messieurs, vous dites, dans votre journal du mois de
mars, qu'une espèce de petit roman, intitulé Candide, on rOpiimùme, est attribué à un nommé M. de V.... Je ne sais de quel M. de V... vous voulez parler; mais je vous déclare que ce. petit livre est de mon frère, M. Demad, actuellement capitaine dans le régiment de Brunswick. A Tégard de la prétendue royauté des jésuites dans le Paraguay, que vous appelez une misérable fable, je vous déclare à la face de l'Europe que rien n'est plus certain; que j'ai servi sur un des vaisseaux espagnols envoyés à Buenos-Ayres en 1756, pour mettre à la raison la colonie voisine de la ville du Saint-Sacrement; que j'ai passé trois mois à celle de l'Assomption ; que les jésuites ont , de ma connaissance , vingt-neuf provinces qu'ils appellent Réductions^ et qu'ils y sont absolus, au moyen de huit réaies par tcte, qu'ils payent au gouvernement de Buenos-Ayres, pour chaque père de famille, et encore ne payent-ils que pour le tiers de leurs Réductions. Ils ne soullrent pas qu'aucun Espagnol y reste plus de trois jours , et n'ont jamais voulu que leurs sujets apprissent la langue castillane. Ce sont eux seuls qui font faire l'exercice des armes aux Paraguains; ce sont eux seuls qui les conduisent à la guerre. Le jésuite Thomas Vesie , natif de Bavière , fut tué à Tattaque de la ville du Saint- Sacrement, en montant à l'assaut, à la tête des Paraguains, en 1737, et non pas en 1735, comme le dit le jésuite Charlevoix , auteur aussi insipide que mal instruit. On sait comme ils soutinrent la guerre contre don Antiquera; on sait ce qu'ils ont tramé en dernier lieu contre la couronne de Portugal , et comme ils ont bravé les ordres du conseil de Madrid.
n Ils sont si puissants, qu'ils obtinrent de Philippe V, en 1743, une conCrmation de leur puissance qu'on ne pouvait leur ôter. Je sais bien , messieurs , qu'ils n'ont pas le titre de roi ; et par là on peut excuser ce que vous dites de la misé^ rable fable de la royauté du Paraguay; mais le dey d'Alger n*est pas roi , et n'en est pas moins maître absolu. Je ne con-
seiUerais pas à mon frère le capitaine de faire le voyage du Paraguay sans être le plus fort.
» Au reste, messieurs, j*ai Thonneur de vous informer que mon frère le capitaine, qui est le hustik* du régiment, est un très-bon chrétien qui, en s*amusant à composer le roman de Candide, dans son quartier d'hiver, a eu principalement en vue de convertir les sociniens.
s Ces hérétiques ne se contentent pas de nier hautement la Trinité et les peines étemelles , ils disent que Dieu a nécessairement fait de notre monde le meilleur des mondes possible, et que tout est bien. Cette idée est manifestement contraire i la doctrine du péché originel. Ces novateurs oublient que le serpent, qui était le plus subtil des animaux, séduisit la femme tirée de la côte d*Adam; qu'Adam fut séduit à son tour, et que pour les punir, Dieu maudit la terre qu il avait bénie : Maledicta terra in opère tuo; in laboribus camedes. Ignorent-ils que tous les Pères de FÉglise, sans en excepter un seul, ont fondé la religion chrétienne sur cette malédiction prononcée par Dieu même , et dont nous ressentons continuellement les effets? Les sociniens affectent d'exalter la Providence, et ils ne voient pas que nous sommes des coupables tourmentés qui devons avouer nos fautes et notre punition. Que ces hérétique? se gardent de paraître devant. mon frère le capitaine, il leur ferait voir si ioul est bien,
n Je suis, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
« Deuad. n
« P. S, Mon frère le capitaine est Tintime ami de M. Ralph, professeur assez connu dans TAcadémie de Francfort-surrOder, qui Fa beaucoup aidé à faire ce profond ouvrage de
* En allemand lustig, jovial, boufloD, farceor.
philosophie, et mon frère a eu la modestie de ne Fintitaler que Traduction de M. Ralph, modestie bien rare chez les auteurs. «
Cependant on ne parlait plus de Candide. Voltaire avait beau dire dans ses lettres, on lui répondait à peine. On s'obstioait à considérer le roman comme une polissonnerie de philosophe, ou comme un péché de jeunesse. Ce fut alors que parurent à Genève — toujours à Genève — à la porte de Voltaire, différentes copies de cette seconde partie qui est aujourd'hui introuvable et que nous publions comme un document fort curieux. Le tome second de Candide est-il de Fauteur du tome premier? Était-ce un moyen de raviver le succès? Nous ne savons. Quelle était Topinion de Voltaire? Voici ce qu'il écrivait au comte d*Argental :
k On parle du tome II de Candide, Ne m'accusez pas de ces folies. Il faut bien que ceux qui n'ont rien à dire prennent la plume. Il faut bien que ceux qui n^ont rien i faire fassent des livres. Il y a même des paresseux qui les lisent. Pour moi j'aime mieux vous écrire. N'était-ce donc pas assez d'un volume pour prouver que tout est tien?
9 Ce qui n'est pas bien , c'est de m'attribuer ces sottises. Ce qui est mal , c'est de m'attribuer les ^t et les Pourquoi. Ce qui est plus mal, c'est le Mémoire pritenté au roi, etc., etc. »
Mais on sait ce que valent les dénégations railleuses de Voltaire, qui prenait tous les masques pour cacher son jeu, le jeu de son génie.
CANDIDE