‹ Le dernier volume des ouevres de VoltaireChapitre 48 sur 103 · COMME QUOI CANDIDE EST TRÈS-GRAND SEIGNEUR, ET N*EST PAS CONTENT · texte numérisé non relu

COMME QUOI CANDIDE EST TRÈS-GRAND SEIGNEUR, ET N*EST PAS CONTENT

Le bon de la philosophie est de nous faire aimer nos semblables. Pascal est presque le seul des philosophes qui semble vouloir nous les faire haïr. Heureusement, Candide n'avait point lu Pascal , et il aimait de tout son cœur la pauvre humanité. Les gens de bien s'en aperçurent : ils s'étaient toujours tenus éloignés des missi dominiciàe la Perse, mais ils ne firent pas difficulté de se rassembler auprès de Candide et de l'aider de leurs conseils. Il fit de sages règlements pour encourager l'agriculture , le commerce et les arts. Il récompensa ceux qui avaient fait des expériences utiles, il encouragea ceux qui n'avaient fait que des livres. a Quand on sera généralement content dans ma province, je le serai peut-être, » disait-il avec une candeur charmante. Candide ne connaissait pas l'espèce humaine. Il se vit déchiré dans les libelles séditieux, et calomnié dans un ouvrage qu'on appelait VAmi des hommes. Il vit qu'en travaillant à faire des heureux, il n'avait fait que des ingrats, a Ahl s'écria Candide,

qu'on a de peine à gouverner ces êtres sans plumes qui végètent sur la terre! Et que ne suis-je encore dans la Propontide, dans la compagnie de maître Pangloss, de mademoiselle Gunégonde, de la fille du > pape Urbain X, de frère Giroflée, et de la luxurieuse Paquette ! » •

Page 1