‹ Le dernier volume des ouevres de VoltaireChapitre 58 sur 103 · ARRIVÉE DE VOLHALL. VOYAGE A COPENHAGUE · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DE VOLHALL. VOYAGE A COPENHAGUE

Candide et Zénoïde s'entretenaient des ouvrages de la Divinité, du culte que les hommes doivent lui rendre, des devoirs qui les lient entre eux, et surtout de la charité, de toutes les vertus la plus utile au monde. Us ne s'en tenaient pas à des déclamations frivoles : Candide enseignait à des jeunes garçons le respect dû au frein sacré des lois ; Zéuoide instruisait de jeunes filles de ce qu'elles devaient à la vertu; tous deux se réunissaient pour jeter dans de jeunes cœurs les semences fécondes de la religion. Un jour qu'ils remplissaient ces pieuses occupations, Sunam vint avertir Zénoïde qu'un vieux seigneur accompagné de beaucoup de domestiques venait d'arriver, et qu'au portrait qu'il lui avait fait de celle qu'il cherchait , elle n'avait pas pu douter que ce ne fût la belle Zénoïde. Ce seigneur suivait de près Sunam ; il entra presque en même temps qu'elle dans l'endroit oit vivaient Candide et Zénoïde. Candide n'était pas là.

Zénoïde s'évanouit a sa vue : mais, peu sensible à ce touchant spectacle, Volhail ]a prit par la main et la tira avec tant de violence qu'elle revint à elle; ce ne

fut que pour répandre un ruisseau de larmes, a Ma nièce, lui ài(-il avec un sourire amer, je vous trouve en fort bonne compagnie , je ne m'étonne pas que vous la préfériez au séjour de la capitale, à ma maison, à votre famille. — Oui , monsieur, répondit Zénoîde , je préfère les lieux où habitent la simplicité et la candeur au séjour de la trahison et de l'imposture. Je ne reverrais qu'avec douleur l'endroit oii ont commencé mes infortunes, où j'ai reçu tant de preuves de là noirceur de votre caractère, où je n'ai pas d'autres parent^ que vous. — Mademoiselle, répliqua Volball, vous me suivrez, s'il vous plaît, dussiez- vous vous évanouir encore une fois. » En parlant ainsi , il l'entraîna et la fit monter dans une chaise qui l'attendait.

Elle était en voiture quand elle vit accourir Candide. Elle n'eut que le temps de lui dire de la suivre, mais Candide tomba mourant sur le chemin.

Un valet de. Volball eut pitié de. la douleur dans laquelle Candide était plongé; il crut qu'il ne pre-^ nait d'autre intérêt à la jeune Danoise que celui qu'inspire la vertu malheureuse : il lui proposa de faire le voyage à Copenhague et lui en facilita les moyens; il ât plus, il lui insinua qu'il pourrait être admis au nombre des domestiques de Volball, s'il n'avait pas d'autre ressource que le service pour se tirer d'affaire. Candide agréa ses offres, et, aussitôt arrivé, son futur camarade le présenta comme un de ses parents dont il répondait, a Maraud I lui dit Volball , je veux bien vous accorder l'honneur d'approcher un

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homme tel que moi : n'oubliez jamais le profond res^ peci que vous devex à mes volontés, prévenez-les, si vous avez assez d'instinct pour cela : songez qu'un homme tel que moî s'avilit en parlant à un misérable tel que vous. » Notre philosophe répondit très-humblement à ce discours impertinent, et dès le même jour on le revêtit de la livrée de son mattre.

On s'imagine aisément combien Zénoîde fut surprise et joyeuse en reconnaissant son amant parmi les valets de son oncle. Elle fit naître des occasions; Candide sut en profiter; iis se jurèrent une constance à toute épreuve. Zénoîde avait quelques mauvais moments; elle se reprochait quelquefois son amour pour Candide; elle l'afQigeait par des caprices; mais Candide l'ido* làtrait; il savait que la perfection n'est pas le partage de l'homme, ni moins encore de la femme. Zénoîde reprenait sa belle humeur dans ses bras; l'espèce de contrainte où ils étaient rendait leurs plaisirs plus vifs. Ils étaient encore heureux.

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