‹ Le dernier volume des ouevres de VoltaireChapitre 82 sur 103 · A M. DUPONT · texte numérisé non relu

A M. DUPONT

AVOCAT AU CONSEIL SOUVERAIK A COLlfAR.

(i page m-4», timbre de la poate de Gendre.)

Aux Délices , près de Genève.

Mon cher amy, est-il bien i^ray que vous pourez

venir pendant vos vacances dans ce pays de la liberté^

où vous trouveriez plus de philosophes que dans le

vôtre? Vous y verrez du moins deux solitaires qui vous

aiment de tout leur cœur. Soit que nous vous recevions

dans la cabanne de Monrion, soit que nous jouissions

de votre charmant commerce dans notre habitation des

Délices, vous contribuerez également à notre bonheur.

On s'accoutume bien vite a une belle vile, a une gai-

lerie , a des jardins. Ce sont des plaisirs muets qui

deviennent bientôt insipides. 11 n'y a que la société

d'un amy et d'un ami phiiosofe qui donne des plaisirs

toujours nouvaux. Je mène a peu près la même vie

aux Délices qu'à Golmar. Point de visites, point de

devoirs. Nulle gêne de quelque espèce quelle puisse

être; on vient chez moy, on se promène, on boit, on

lit, on est en liberté, et moi aussi. On sest acoutumé

tout d'un coup a la vie que je mène.

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