A M. DUPONT
AVOCAT AU CONSEIL SOUVERAIK A COLlfAR.
(i page m-4», timbre de la poate de Gendre.)
Aux Délices , près de Genève.
Mon cher amy, est-il bien i^ray que vous pourez
venir pendant vos vacances dans ce pays de la liberté^
où vous trouveriez plus de philosophes que dans le
vôtre? Vous y verrez du moins deux solitaires qui vous
aiment de tout leur cœur. Soit que nous vous recevions
dans la cabanne de Monrion, soit que nous jouissions
de votre charmant commerce dans notre habitation des
Délices, vous contribuerez également à notre bonheur.
On s'accoutume bien vite a une belle vile, a une gai-
lerie , a des jardins. Ce sont des plaisirs muets qui
deviennent bientôt insipides. 11 n'y a que la société
d'un amy et d'un ami phiiosofe qui donne des plaisirs
toujours nouvaux. Je mène a peu près la même vie
aux Délices qu'à Golmar. Point de visites, point de
devoirs. Nulle gêne de quelque espèce quelle puisse
être; on vient chez moy, on se promène, on boit, on
lit, on est en liberté, et moi aussi. On sest acoutumé
tout d'un coup a la vie que je mène.