A H, WALPOLE
Myloed,
J'ai la l'ingénieux ouvrage qui est intitulé Dialogue des Morts. L'auteur dit, à la page 134, que je suis exilé, et il m'accuse d'avoir été trop libre dans mes écrits. Je crois être obligé de dire, peut-être pour l'honneur de ma nation, que je ne suis point exilé et que ma conscience ne me reproche point les excès dont on me blâme dans un ouvrage.
Personne n'a élevé la voix plus haut que moi en faveur de l'humanité, et cependant je crois n'avoir été coupable d'aucun excès, même dans mon zèle pour cette vertu.
Je ne suis point établi en Suisse, comme l'avance cet auteur; je demeure en France, dans mes terres. On ne saurait trouver mauvais que la vieillesse cherche la solitude. C'est même très-bien fait lorsque l'on a des biens à soi où l'on peut se retirer. II est vrai que j'ai une petite maison de campagne près de Genève, mais ma seigneurie et mon château sont &à Bourgogne, et comme mon roi a bien voulu confirmer les privide ma terre, et qu'elle est en conséquence
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exempte de tous droits, c'est pour moi un motif de plus de leur être attaché.
Si j^étais un exilé, je n'aurais pas obtenu de ma cour des passe-ports pour plus d'un seigneur anglais. Les services que je leur ai rendus me donnent le droit de compter sur une satisfaction de la part de l'illustre auteur des Dialogues.
Pour ce qui concerne la religion, je crois, et sûrement il pense comme moi, que Dieu n'est ni presbytérien, ni luthérien, ni de la basse ni de la haute Eglise, mais qu'il est le Père de tous les hommes, celui de l'ilhistre auteur des Dialogues et le mien.
Je suis avec respect ,
Son très-humble et très-obéissant serviteur,
Voltaire,
GentUboimne ordinaire da roi.
A mon château de Tonnez , en Bourgogne.
Monsieur,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire de votre château de Tounex, en Bourgogne. Elle m'apprend que j'ai eu tort d'appeler votre retraite un exil. Lorsque l'on fera une nouvelle édi*
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tioD de mes Dialogues en anglais ou en français, j^aurai soin de faire rectifier ce passage. Je suis bien fâché de ne l'avoir pas su plus tôt. La faute aurait été réparée daus la première édition d'une traduction française faite à Londres sous mes yeux, et qui vient de paraître. Je vous ferais de bon cœur cette satisfaction ; c'est un hommage que la vérité exige de moi, et mon propre honneur y est intéressé. Elle vous est due bien plus à cause de vous-même que pour les passe-ports que vous dites avoir procurés à des seigneurs anglais. Vous êtes en droit de l'attendre des sentiments de respect pour vous que m'inspirent, non les privilèges dont votre roi gratifie vos terres, ainsi que vous me le marquez, mitis les rares talents dont vous a doué la Providence, et le rang supérieur que vous tenez dans la république des lettres. Quant aux grâces que vous a faites votre roi, toute la gloire en est pour lui, elles n'ajoutent rien à la célébrité du nom de Voltaire.
Je demeure d'accord avec vous que Dieu est le Père de tous les hommes, et je pense que l'on ne peut, sans blasphémer, borner à une secte ses bontés divines; je crois de même que ses créatures ne peuvent être agréables à ses yeux qu'en étendant leurs bienfaits sur tous les ouvrages qui sont sortis de ses mains. Je suis ravi de trouver ces sentiments dans vos écrits, et je serai très-aise de pouvoir être convaincu que la liberté de vos idées et de votre plume sur la philosophie et la religion ne vous a jamais fait passer les
bornes de ce principe généreux aatorisé par la révélation autant que par la raison , ou que dans le calme de la réflexion vous désapprouviez ces saillies d'une imagination déréglée que rien ne peut justifier, quoique la vivacité et le feu d'un génie transcendant puissent leur servir d'excuse.
J'ai l'honneur d'être , monsieur.
Votre humble serviteur.
Walpole.
A M, D'ARGENTAL
Vous n'avez pas lu le tome II d'un mauvais livre? Si cela va chez vous, ne lui ouvrez pas, car s'il est bon que Memnon soit parlout, il est bon que le Candide ne soit nulle part.
Que je suis heureux d'être étranger à tout ce qui s'écrit et se dit en ce monde I
C'en est fait : dans les bois je veux vivre à mon gré, Et du sentier des sots je me retirerai, réviterai le jen , la table , les querelles , Les vains amusements, les spectacles, les belles. Quel plaisir noble et doux de haïr les plaisirs ; De se dire en secret : me voilà sans désirs , Je suis maître de moi, juste, insensible, sage. Et mon âme est un roc au milieu de Forage.
J'oubliais que je joue la comédie ce soir et que mon rôle est de fondre en larmes, de mourir d'amour, de me tuer de désespoir.
A M. DE LA SAUVAGERE,
EN RBMKRCiUKNT DR l' EXBUPLAIRR IN-QUARTO IMTITULii
Recueil d'Antiquités dans Us Gaules,
Au château de Ferney, 23 septembre 1770.
Monsieur,
Une longue maladie, qui est le fruit de ma vieillesse, ne m'a pas permis de vous remercier plus tôt de votre excellent ouvrage. Il y avait déjà longtemps que je savais quelles obligations vous a l'histoire naturelle, et combien vous aimez la vérité. Vous en avez découvert dans votre nouveau livre de très-intéressantes qui étaient peu connues. Il y en a même qui donnent de grands éclaircissements sur l'histoire ancienne du genre humain, comme les longues et larges pierres qui servaient de monuments à presque tous les peuples barbares , telles qu'on en voit encore en Angleterre. Il est à croire que c'est par là que les Egyptiens commencèrent avant que de bâtir des pyramides.
J'ai passé autrefois quelques mois à Vée, mais les deux momies n'y étaient plus. L'explication que vous
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en donnez me parait très-i^raisemblable : il me semble que l'esprit philosophique s'est répandu sur tout votre ouvrage. On ne peut le Ure sans concevoir la plus grande estime pour l'auteur. Je joins à ce sentiment la reconnaissance et le respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être , etc.
Voltaire.