‹ Le dernier volume des ouevres de VoltaireChapitre 93 sur 103 · A M. DE VILLEVIEILLE · texte numérisé non relu

A M. DE VILLEVIEILLE

Je vous dirai comme Ninon :

Je touche à mon hyver, et c*est mon passe-temps De cultiver en vous les (leurs d*un beau printemps. N* étant plus bon à rien désormais pour moi-même , Je suis pour le conseil : voilà tout ce que j*aime. A la droite raison restez toujours soumis, Changez de volupté , ne changez point d*amis , Soyez homme d*honneur, d* esprit et de courage, Et livrez-vous sans crainte aux erreurs du bel flge. Quoi qu*en disent VAstrée, et Clélie, et Cyrus, 11 ne faut pas trop prendre au sérieux Vénus !

Je n*ai pas rêvé les couronnes d'Anacréon, parce que j'ai vu la Parque de bonne heure. J'ai vécu foujours, mais je me suis senti mourir souvent. Lisez La Fare. C'est son sang qui court dans vos veines, c*est son esprit qui vous anime. Faites comme lui; aimez les belles et ne regardez pas à votre montre quand viendra le temps de ne plus aimer.

Enfin vous voilà délivré de ce guet-apens. Les marchands d'argent sont plus chers que les marchandes d'amour ; ne vous y laissez pas l'éprendre.

J*ai vu de ces gens-là qui se croyaient habiles , Pour avoir quelquefois trompé des imbéciles ,

LETTRES INEDITES. 397

Dans leurs propres filets bientôt enveloppés : Le inonde avec plaisir voit les dupeurs dupés. On peint T Amour aveugle , il peut Tétre sans doute , Mais Tiplérêt Test plus, et souvent ne voit goutte. Vouloir toujours tromper, c*est un malheureux lot : Bien souvent, quoi qu*on dise, un fripon est un sot.

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