A MADAME DU CHATELET
Sî vbus voulez que j'aime encore, Rendez-moi Fàge des amours :
Au crépuscule de mes jours Rejoignez , s'il se peut , Faurore.
Des beaux lieux où le dieu du vin , Avec TAmour, tient son empire»
Le Temps , qui me prend par la main , M'avertit que je me retire.
Laissons à la belle jeunesse Les folâtres emportements ** :
Nous ne vivons que deux moments, Qu'il en soit un pour la sagesse.
Quoi! pour toujours vous me fuyez, Tendresse, illusion , folie : Dons du ciel qui me consoliez Des amertumes de la vie?
* Voltaire parie, dans sa correspondance, sans daigner les citer, de mauvais bouls-rimcs de quelque rimeur du café Procope , pour parodier ses belles stances à madame du Cbàtelet. Nous réimprimons les stances pour expliquer la parodie.
** Variante du manuscrit :
Ln pltisirt et 1m agrëoMDli.
On meurt deux fois, je le vois bien Cesser de plaire et d'être aimable C'est une mort insupportable, Cesser de vivre ce n'est rien.
Ainsi je déplorais la perte Des erreurs de mes premiers ans , Et mon âme aux désirs ouverte Rappelait ses enchantements.
Du ciel alors daignant descendre , L'Amitié vint à mon secours.
Elle était plus douce, aussi tendre, Mais moins vive que les Amours.
Touché de la beauté nouvelle Et de sa lumière éclairé , Je la suivis , mais je pleurai De ne pouvoir plus suivre qu'elle.