‹ Le DéroutementChapitre 11 sur 37 · NO · texte numérisé non relu

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début de perquisition avait mis à jour du sucre consigné au nom d’une firme de la baie de Delagoa, ainsi que des traverses de rail et des chariots consignés pour la même place. On s’apprêtait à continuer la perquisition et on s’attendait à ce qu’elle révélât la présence d'armes parmi les bagages des Allemands qui avouaient se rendre au Transvaal. C’est ce qui explique que l'officier de marine anglais commandant la place de Durban ait fait décharger les marchandises. Il avait aussi réclamé l'autorisation de trainer le navire devant une Cour des prises et demandait.en hâte des instructions relatives au sort des passagers.

L'Allemagne protestait toujours, en soutenant qu’il n’y avait à bord ni contrebande ni volontaires pour l’armée du Transvaal. Mais cela n’empêcha pas de saisir la Cour des prises de l'affaire et de faire effectuer sur-le-champ une perquisition par les autorités compétentes. Le gouvernement britannique tenait cependant à prévenir désormais le renouvellement de complications diplomatiques. Aussi ordonna-t-il que, tant qu’on n’aurait pas montré que le Bundesrath portait de la contrebande, « les autres paquebots-poste allemands ne soient pas arrêtés sur simple soupçon ».

Le gouvernement anglais recommandait aussi à la Cour ces prises de fixer le plus rapidement possible le sort du courrier. Au cas où on le libérerait, on devait le remettre au consul allemand et tout faire pour qu’il atteigne sa destination le plus vite possible, quitte, au besoin, à le confier à un croiseur anglais ou à un autre navire postal. Le navire et son chargement, et en particulier la correspondance, étaient sous la garde de la Cour, sans l’ordre de laquelle on n’y pouvait toucher. Quant aux passagers que la Cour jugeait innocents, on leur donnait toute facilité pour se rendre où bon leur semblait.

Le consul allemand à Durban, qui ne se tenait jamais pour battu, fit remarquer qu’on avait déjà fouillé le Bundesrath et qu'on n’y avait rien trouvé. Quelles raisons, dans ces conditions, pouvaient justifier l’action des autorités navales anglaises ? A cette question se joignait, on ne peut se dispenser de le noter, la discussion sur la légitimité de la doctrine du voyage continu. La thèse de l’Allemagne était la suivante : quand même on

arriverait à découvrir des marchandises de contrebande, on ne pourrait pas les saisir, car le bateau s’acheminait d’un port neutre, Hambourg, vers une côte également neutre, la côte por tugaise. C'était au gouvernement portugais à leur interdire la traversée d’un territoire où il exerçait le droit de police; mais on n’avait nullement le droit de les capturer. A cela les Anglais répondaient que la destination finale était en territoire ennemi et que par conséquent la contrebande pouvait être saisie en quelque lieu qu’elle se trouvât.

A la décharge du Bundesrath, on invoquait de fait que, lors de la déclaration de guerre, on avait débarqué à Dar-es-Salam et à Port-Saïd les objets de contrebande, pour empêcher justement toute possibilité de complication; et les ordres étaient formels : on ne pouvait embarquer de contrebande.

Le gouvernement allemand, voulant à tout prix faire remettre en liberté le paquebot, proposa ensuite de le relâcher, moyennant un cautionnement. Mais le représentant anglais ne voulut pas admettre cette solution. Pour lui, du moment que la Cour était saisie, on ne pouvait rien faire avant qu'elle se soit prononcée.

Le 5 janvier, par ordre de la Cour, on relâchait le courrier ct les passagers; le navire de guerre allemand Condor les prenait à son bord pour Delagoa. Mais ce ne fut que deux semaines plus tard que l’on procéda à la relaxe du navire et de sa cargaison, la perquisition n’ayant décelé aucune trace de contrebande. Le navire avait donc été retenu en tout pendant trois semaines. |

Un sort semblable arriva au Herzog qui, lui, avait quitté le 12 décembre le canal de Suez pour l’Afrique du Sud. Le 16 décembre, un câble du commandant en chef de l’escadre de Méditerranée annonçait au ministre des Affaires étrangères britannique qu'il emportait « un nombre considérable de passagers, dont beaucoup en khaki qui paraissaient être des soldats » quoiqu” « on n’ait pas déclaré de troupes ». Le même jour, le commandant du Cap s’enquit de savoir si on devait laisser débarquer de tels passagers. Le 21, le commandant de la place d’Aden rapporta que le 18 le Herzog était parti pour la baie de Delagoa, en emportant « probablement pour servir au Trans-

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vaal, une quarantaine de médecins et autres officiers hollandais et allemands et des infirmières ». Le 6 janvier 1900, le Herzog fut pris par le bâtiment britannique Thetis et emmené à Durban; cela malgré les instructions du 1” janvier interdisant de saisir les paquebots-poste allemands « sur simple soupçon », tant qu’on n’aurait pas prouvé l’existence de contrébande à bord du Bundesrath.

Le consul allemand à Durban et le commandant du Condor ne manquèrent pas de protester. Le capitaine du Herzog avait, lui aussi, nié absolument qu’il itransportait de la contrebande. On ne pouvait suspecter que la correspondance, des rails de fer et des traverses de rails. Il y avait cependant à bord trois sociétés de Croix Rouge dont l’une n’avait pas de lien avec les sociétés de Croix Rouge reconnues. Elle avait été organisée officieusement par un comité, le « Hilfs Ausshuss für Transvaal in Antwerp ».

Le 7, on ordonna de procéder à une recherche sommaire et de relâcher le Herzog si on ne trouvait ni armes ni munitons, ni, ajouta-t-on le lendemain, de produits destinés à l’approvisionnement des troupes. Le 9, soit trois jours après la capture, on laissait partir le Herzog.

Le General, comme le Bundesrath et le Herzog, était un paquebot-poste de l’'Est-Africain allemand. Il fut retenu à Aden le 4 janvier. Le gouvernement allemand demanda, en des termes qui devenaient brutaux, « de donner des ordres pour la relaxe immédiate du vapeur et de sa cargaison, qui avait déjà été débarquée puis rechargée afin qu’on ne vît pas d’obstacle à ce que le navire continuât son voyage vers les lieux mentionnés sur son itinéraire ». Le représentant allemand à Londres, le comte Hatzfeld, continuait sur un ton impératif : « J’ai de plus reçu des instructions pour réclamer à Votre Excellence (le marquis de Salisbury) de faire envoyer des instructions explicites aux commandants de navires anglais dans les eaux africaines afin de respecter les règles du droit international, et de ne plus placer d'obstacles sur le chemin du commerce des neutres ».

Le gouvernement britannique prit ombrage des formes et des imputations de cette requête, et la situation parut tendue un instant. Mais on prévenait qu’au cas où une sommaire per-

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