‹ Le DéroutementChapitre 17 sur 37 · MODE · texte numérisé non relu

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en désaccord avec ce qu’on a toujours entendu par l’opération de visite et ce qui aggravait singulièrement la situation des navires ainsi détournés de leur route ».

Les publicistes anglo-saxons étaient généralement d’avis contraire. Ainsi Lawrence exposait, dès 1913 (1), comment les modifications apportées dans les moyens de transport maritime entraînaient forcément une modification correspondante dans l'exercice du droit de visite. Prévoyant de plus un cataclysme imminent, il prophétisait (2) : « Il résulte clairement du simple énoncé de ces faits que, dans tout conflit naval qui surgirait à l’avenir entre de puissants Elats maritimes, la position des neutres qui ont une grande marine marchande sera intolérable. On ne peut échapper à ce résultat qu’en modifiant le droit de visite dans une mesure suffisante pour que les belligérants puissent être rassurés sur l’innocence des cargaïsons inoffensives sans que les neutres aient à subir l’humiliante et ruineuse formalité qui détourne leurs navires de leur itinéraire pour les vider de fond en comble dans l’un des ports d’un belligérant. La persistance de l’état de choses actuel implique un grand danger pour le cas où une guerre navale éclaterait prochainement ». Le remède n’est malheureusement pas intervenu avant la guerre. Et, même à l'heure actuelle, l’accord n’a pas pu encore se faire pour protéger le commerce neutre.

Comme Lawrence, Moore semblait admettre aussi la pratique du déroutement (3).

Les quelques opinions émises dans les années immédiatement antérieures à la guerre étaient donc contradictoires. Cela tenait à ce que le problème n’était pas bien posé la plupart du temps. Et les auteurs croyaient se trouver en face d’une pratique entièrement nouvelle, se refusant à voir les racines profondes qui la rattachaient au passé. Ils n’avaient pas bien saisi, le plus souvent, comment l’évolution matérielle s'était trouvée peu à peu réagir sur les coutumes du droit des gens en vertu

(1) Voir supra.

(2) Op. cit., p. 488.

d’une impulsion irrésistible, contrecoup lointain des progrès de la navigation maritime et du commerce en général.

L'entrée en guerre de grandes nations maritimes mit fin à toutes ces incompréhensions. On fut alors obligé de s’incliner devant la force même des choses. Ce fut la condamnation d’une doctrine qui laissait subsister le principe d’un droit tout en en prohibant l’usage. Car, pour être logique, il fallait résolument faire avancer d’un pas le droit des gens:et déclarer illicite toute capture de marchandises transportées sur mer; ou bien, si l’entente des nations ne pouvait se réaliser sur ce point fondamental, il fallait consentir aux Etats le moyen de s’assurer que les navires ne cherchaient pas à tourner les lois qui leur étaient imposées. Pour cela, il fallait tenir compte des circonstances de la vie moderne. Ces raisons, que nous aurons à préciser, firent que de plus en plus la coutume de la visite sur place tendit à disparaitre : on préféra amener les bateaux se faire visiter dans les ports.

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