‹ Le Déséquilibre Mental de BeethovenChapitre 10 sur 23 · LES PORTRAITS · texte numérisé non relu

LES PORTRAITS

Adure, seca, Divide membra coacta luto, Prudence.

On a, d'après Schindler, quatre portraits peints d'après nature. |

Le premier, vers 1801, attribué par erreur par Nottebohm à Maelher n'offre aucun intérêt.

Le deuxième, vers 1819, dû à Schimon qui dut souvent se dissimuler pour portraicturer Beethoven dont l'humeur n'était pas accommodante et qui ne supportait jamais bien longtemps quelqu'un à ses côtés, même son élève favori Ries qui était à la fois, son souffre-douleur el son disciple.

Ce portrail se trouve à la bibliothèque royale de Berlin. C'est le meilleur et le plus connu.

Le troisième, vers 1821, par Stieler, C'est la mauvaise époque, Beethoven est malade, vieilli, c'est le Beethoven des mauvais jours, Il est résigné à son sort d'infirme el, comme un démon déchu, vit dans le monde irréel de sa pensée musicale. Est-ce à celte circonstance que sont dues ses bonnes dispositions pour ce peintre ?

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[Il maugréa, l'âme absente, mais se laissa peindre de bonne grâce.

Le quatrième, vers 1823, par Waldmüller est à peine ébauché en sa présence. Il fut achevé de mémoire; car le maître en proie au délire de la méditation ne souffrait personne à ses côtés,

Il mit délibéremment l'artiste à la porte avec ordre de ne plus reparaître. |

Il existe aussi de nombreux dessins dont le plus ressemblant est de Letronne en 1814.

On possède deux masques en plâtre, l'un de Klein, de son vivant en 1812, l’autre exéculé à la mort du maître, par Danhauser, le 28 mars 1827.

Victor Wilder nous assure qu'en 1802, le peintre Horneman fit une charmante miniature et c'est l'époque où les traits de Beethoven nous paraissent les plus intéressants à connaître. Cette miniature est d'une expression tellement saisissante qu'elle semble défier toute comparaison et voici la chaude description qu'il en fait:

« Une têle musculeuse, haute en couleur, dont les traits frustes élaient accentués par les stigmales de la petile vérole; sur le crâne, solide comme la voûte d'une cathédrale, la végétation touffue d'une chevelure rélive el désordonnée; le front largement épanoui, des yeux étincelants dont la flamme vous pénétrait avec le frisson que donne l'acier; le nez épais et palpilant des fauves; la bouche ferme et bien close, meublée pour de dents éblouissantes, et le menton carré, reposant en sa force sur la triple spirale d’une cravale blanche, dans laquelle le col était emprisonné par la mode, Quant à sa stature, nous savons perti-

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nemiment que ce grand homme était d'assez petite taille, plutôt au-dessous qu'au-dessus de la moyenne. Mais son apparence était celle d’un homme fortement bâti. On sentait sous la fermeté des chairs une charpente solide, trahissant ses puissantes attaches par l'épaisseur des articulations.

» Les jambes s’appuyaient sur le sol avec la massivité des colonnes, et ses doigts gros et poilus, si lestes à courir sur le clavier, étaient carrés par le bout et écourtés comme si on les avait coupés au tranchant de la hache. »

Bien que nous préférions des œuvres plus réalistes et plus anciennes où l’esquisse du maître non idéalisée nous offre une plus abondante moisson d’observalions, nous retenons de cet exposé lumineux les traits saillants qui dégagent l'élément héréditaire à l'appui de notre thèse du début.

Le maître était un congestif et sa face dans ses moments d'illumination devenait vultueuse (Ries),

Mais ce que dénonce bien l'œuvre d'Horneman, c'est cet aspect de mélancolique douceur émanant de traits dont le détail est rude et heurté,

Nous rapprocherons cette miniature d'un dessin de Slainhauser, exécuté en 1798. C'est un Beethoven jeune, sans les empreintes falales que devaient creuser dans ses trails la douleur et le surmenage intérieur.

Y'est aussi un Beethoven à la mode avec une pointe d'orgueil dans l'expression qui n'est pas sans l’'ennoblir, |

Romain Rolland préfère également le dessin de Letronne, gravé par Blasius Hoefel, et le masque de

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Klein dont évidemment la marque est plus humaine mais moins artistique.

Si les portraits d'avant 1813 nous émeuvent par leur résignation triste, par l'étonnante éloquence de ses veux dont le regard aigu mais doux pénètre et s’harmonise avec les sentiments enclos dans l'œuvre musicale. Les suivants, après Schimon, jusqu'à la mort nous frappent par une incompréhensible expression de volonté tenace, capable de tout briser pour la réalisation du rêve entrevu mais une volonté qui nous remplit de la même grandeur solennelle que si nous écoulions cette % symphonie où les arcanes de sa belle âme se sont dévoilés.

Pour en revenir à Horneman, nous y avons relevé quelques particularités dignes de figurer à cette place.

Le maître avait le masque dur, osseux et le menton carré; toute son ossature, d’ailleurs, aceusait son origine germanique. Si l'œuvre de Beethoven a des accents qui dépassent sa propre patrie et appartiennent à tous les peuples, la structure de la face était bien allemande.

Peut-être s’en détache-t-il, comme nous l'avons dit, au moment de son adolescence; mais l'âge qui ne fait qu'accentuer les défauts, a prononcé cette origine dont beaucoup d'admirateurs ont voulu l'exempter.

La mâchoire inférieure était proéminente, amplifiant l'avancé de la lèvre, donnunt à celte physionomie une empreinte brutale que la partie supérieure contredisait.

Une fossette profonde, sise au menton et à droite rendait celle figure asymétrique, Mais tout se noyait, tout S'effaçait devant les yeux d'un bleu gris (Kloeber)

dont le regard glaçait, désorientait et troublait, des veux, agrandis, encore par un are de sourcils abondants, plissés et redoutables.

Sa taille était petite et sa musculature solide; le cou gros, court; la tête penchée en avant, affaissée sur les épaules, comme l'a popularisé la statuette d'après le dessin de Lyser.

Et l’on comprend bien mieux l'inquiétude du maître de se savoir bâti comme son grand-père, car tout le représentait comme un sanguin, un congestif et partant un coléreux, sujet à des accès de violence suivis d'abattement profond. Ce serait aujourd'hui un hypertendu scléreux.

Nous signalons ses « doigts gros carrés par le bout », comme si on les avait coupés au tranchant de hache.

L'allure était désordonnée, Devenu sourd, il cheminait les poches bourrées de papier réglé, d'un gros crayon, de mouchoirs, souvent dépoitraillé, parlant haut et fort, insoucieux de sa route, l'air égaré, ce qui le faisait traiter de fou, insociable par Goethe, étonné, choqué de ces façons de bohôme têtu et insouciant.

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