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Dans le cerveau de l'ivrogne l'art devait être monnayé.
L'époque était encore toute ébahie du miracle de Mozart, enfant prodige et rémunérateur.
Jean van Beethoven entrevit pour son enfant la possibilité de le produire comme un monstre musical, merveilleux elaveciniste et violoniste émérite, Car il lui fit apprendre le violon, mais Beethoven nous avouera lui-même qu'il fut toujours médiocre dans cet art. =
Son père ne pouvant lui enseigner que les premiers éléments d'un bon clavecinisle, lui donna comme professeur un nommé Tobias Pfeiffer, ténor d'une troupe ambulante, logé à son domicile mais aussi ivrogne que lui.
Les procédés d'étude furent identiques et le malheureux enfant reçut des horions des deux côtés à la fois. Les deux brutes, rentrant tardivement la nuit de leur tournée des cabarets, pris de boissons et s'accusant, mutuellement sans doute, de négligence envers leur élève, le tirait brusquement du lit pour l'asseoir après force bourrades sur le tabouret du clavecin où le malheureux restait jusqu'au jour. .
Ce Tobias Pfeiffer (1779-1780) ne sembla pas avoir laissé de traces dans les souvenirs de l'illustre maître si ce n'est comme bourreau.
Le troisième fut Van den Eeden, organiste et « le meilleur claveciniste de la principauté ». C'était un personnage âgé, malade, un maître conseiencieux, mais qui ne put longtemps continuer son office,
Vint ensuite Chrislian Gottlob Neefe, II fut son pre-
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mier maître de composition (1) et apprécia son élève à sa juste valeur. Quand Neefe se retira Beethoven, il avait onze ans, prit la suppléance et devint « Maestro al Cimbalo ».
Cet homme eul sur Beethoven une influence incontestablement heureuse. Il fut touché de l'abandon moral de cet enfant dont les prédispositions l’étonnaient et le surprenaient, et, du caractère mélancolique de son élève qu'auréolait de tristesse un front marqué par le génie.
Eut-il la vision de ce qu'il en adviendrait? Quelques-uns le croient et d'autres affirment qu'il ne vil en lui qu'un ordinaire prodige, un astre passager que les premières lueurs de l'adolescence consumerait en feu de paille.
Dans le même temps qu'il parvenail à seconder Neefe, suffisamment pour le suppléer, il trouva, dans une famille de Bonn, ce que son instruction première ne lui avait pas donné,
Madame Von Breuning, veuve d’un conseiller aulique lui offrit une place à son foyer comme professeur de forte piano de ses enfants: Christophe, Etienne, Laurent et la jeune Eléonore qui devait jouer dans le cœur de Beethoven le grand rôle de Prima Dona, Nous verrons plus loin la défectuosité de l'instruction du maître, son père ayant jugé qu'il en saurait toujours assez, le retira tôt de l'école pour en faire un musicien.
(14) I était tendre, doux et affectueux et point prédant, car il aimait son art bel et tel l'homme, tel fut le maître, la sincérité de son bon cœur confondait l'un avec l'autre. 11 s'attacha tout de suite au malheureux enfant qui devenait son élève et celui-ci fut moins malheureux, (J. CHANTAVOINE.)
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A l'appui de ce déséquilibre mental du grand homme c’est que dans cette famille où il était le compagnon de jeu et de classe des enfants (1) où son instruction fut amorcée el élargie dans un milieu bien au-dessus de ses origines, milieu où la culture intellectuelle était très étendue; malgré les conseils et les leçons de Madame Von Breuning qui laccueillait comme son propre fils (2), rien ne put modifier la susceptibilité maladive de son caractère, la rudesse de ses manières, le laisser-aller de son esprit et la naïveté ou l'obscurité de ses rudiments d'instruction primaire.
Génialement doué pour l'art, il restait fermé aux opérations pratique du calcul, aux arcanes de l'orthographe et aux manifestations de l'intelligence pratique.
Madame Von Breuning l’entoura d'une tendresse maternelle et ne put que développer et agrandir cette sensibilité de l'homme si extrême qu'elle rendait son caractère ombrageux.
Il puisa donc dans cette famille les éléments susceptibles d'épanouir ses facultés morales et intellectuelles et d'ouvrir son cœur à l'amitié et à l'amour.
N'oublions pas qu'il était à 13 ans détenteur d'un poste à la cour, musicien aulicus, que cette fonction lui accordait certains privilèges bien capables d'aiguiser son orgueil et son ambition déjà si vive.
(4) Là il se sentait libre, tout contribuait à égayer son humeur et à développer son esprit, (WeceLer & lies, Biographische Nolizen.)
(2) I commença chez Me Von Beuning la eulture de son esprit et de son cœur en partageant avee les jeux d'enfants les soirées
et l'éducation que leur donnait une mère accomplie. (1. CRaNTA- VOINE.,)
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Malgré son jeune âge il était d'humeur sombre, La vie au foyer s'accompagnait de vicissitudes pénibles: les scènes de beuverie, la course au thaler, la résignation maladive de la mère, la brutalité de livrogne et sa trivialité composaient les images accoutumées qui peuplèrent cette âme el laissèrent chez l'homme le
souvenir d'un cauchemar.
Ce tableau pénible, pourrait-on croire, aurait dû lui
léguer l'horreur des lieux où il les avait vécus; mais
nous verrons Beethoven avoir plus tard la nostalgie du Rhin «unser Vater Rhein» el ce n'est pas sans émotion qu'il chantera le retour au bercail comme s'il y retrouvait les parcelles d’un nioi essaimé autrefois.
Son enfance fut bien courte puisqu'il gagna sa vie à l’âge où les enfants n'ont d'autres préoccupations que le jeu.
Mais bientôt l'air de la petite principauté de Bonn lui parut irrespirable, Son imagination, hantée de rêves symphoniques, appelait des horizons nouveaux. Il s’en fut une première fois à Vienne, où les lettres de son père le firent revenir en loute hâte, I accourut, sans ressource, empruntant à Augsbourg l'argent de ce retour.
A l'arrivée, le navrant spectacle que voicr s'offrit à ses Veux.
Sur un grabat, agonisante, lasse de Lout el surtout de vivre, vaineue par une maladie sans pardon, entourée d'enfants craintifs, résignés et pleurnichards, l'appartement suant la misère, la mère se cramponnait désespérément à la dernière parcelle de sa vie pour revoir une dernière fois ce fils Louis, son pré-
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féré à qui elle réservait la dernière minute de sa tendresse.
Beethoven s'abattit en pleurs à son chevet. Dans toute la chambre, comme un cafard de cuisine, éructant en lamento d'ivrogne le trop plein de ses beuveries, le père ruisselait de larmes et de remords ‘éphémères, mais la pensée entière volant au cabaret.
Avec cette mort s'éteignit également toute l'enfance du grand maître. Jean van Beethoven n'est plus qu'un affreux bohême assoiffé et croulant de décrépitude en décrépitude jusqu'à l'extrême abandon de ses responsabilités.
Mis à la retraite, à la demande du fils, le traitement fut scindé en deux parts, 100 thalers pour chacun et cette triste figure débarrassa la famille le 18 décembre 1792.
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