‹ Le Déséquilibre Mental de BeethovenChapitre 15 sur 23 · RE DT, ER · texte numérisé non relu

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butiait dès qu'il fallait trouver les expressions les plus simples, les mots.les plus usuels ».

Nous ne voulons pas prouver par là son insuffisance intellectuelle parce qu'il écrivait mal lorthographe ou qu'il s'exprimait avec difficulté; nous voulons faire ressortir l'inégalité qui nous paraît exister entre les résultats et les efforts qu'il fit pour s’adapter au niveau social du milieu où il dut vivre. Si l’intelligence de Beethoven ne s'est pas épanouie davan-

tage dans cette voie, si même elle ne s'est pas ouverte

aux spéculations abstraites de l'entendement, c’est qu'elle ne le pouvait pas. Son orgueil, son ambition l'en firent particulièrement souffrir.

Il suffit de lire la correspondance du maître pour y troûver son horreur, son incompréhension el son éloignement de certains domaines de l'esprit.

Et si l’on avait à établir le test mental de Beethoven à l'âge de vingt ans, abstraction faite de son art, on ue serait pas éloigné de le placer dans la classe des débiles mentaux.

On reste tout étonné d'apprendre que la connaissance des sciences malthémaliques se bornuit chez ce grand homme à l'addition et à la soustraction, Et encore avouera-t-il à son élève Ries qu'il est bien obligé souvent de compter sur ses doigts, La multiplication est pour lui une opéralion inabordable, une route semée d'écueils, qu'il franchira peut-être mais au prix de quels détours et quelles difficultés pour Tui plus grandes que la rédaction d'une symphonie, Al à multiplier trente par douze? on le verra paliemment aligner douze fois trente en colonnes verticales el résoudre par une‘addilion interminable en comptant

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sur ses doigts. Le fait était d'ordre courant et ne faisait l'étonnement d'aucun de ses contemporains. Aussi avait-il la plus profonde admiration pour la haute situation de son frère Charles appelé par le Gouvernement à gérer la caisse de la perception des tailles et contributions.

Cette insuffisance avait des répercussions assez inattendues sur sa vie pratique: |

«Je suis un piètre négociant et un piètre calculateur... Mon rêve serait qu'il n'y eut pour les choses de l'art qu'un seul magasin sur la terre ; le compositeur y porterait ses œuvres et prendrait en retour l'argent dont il aurait besoin ». (Lettre à Hofmeister, )

Voici encore le passage d'une lettre adressée à un inconnu, probablement agent d'affaires, et nous Verrons les solutions que Beethoven va trouver pour se tirer d'embarras pécuniaires.

« Pardonnez-moi, Monsieur, la liberté que je prends de vous importuner, Le porteur de ce billet, Monsieur …, est Chargé par moi d'engager ou de vendre une de mes actions de la banque. Je vous prie de l'assister à ce propos de vos conseils et de votre expérience, car je n'entends rien à ce genre d'opérations.

» À la vérité, j'attends quelques rentrées de fonds, Mais comme les actions de la banque sont en ce moment à un aux assez élevé, j'ai pensé que le moyen le plus simple de me tirer d'affaire était de vendre lune de celles que je possède

P.S. — Vous allez voir à quel point j'ai le génie

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de la finance, A peine venais-je de terminer cette lettre, qu'un de mes amis, à qui je venais de communiquer cette lettre, m'a fait observer que pour me ürer d'affaire je n'avais qu'à détacher de mes actions les coupons que j'avais oublié de toucher, Je suis d'autant plus heureux de celte solution qu'elle nrévite la peine de vous importuner de mes affaires ».

La remarque est savoureuse, aussi Wilder a-t-il pu écrire :

« C’est l'esprit d'un enfant dans l'âme d'un héros ».

D'ailleurs n'a-t-il pas vécu longlemps sans connaîitre exactement son âge.

Ses idées sur la propriété furent extrêmement lacunaires et pour s’en rendre compte il faut connaît l'anecdote suivante :

Il habitait dans une maison, propriété du baron Pasqualali, située sur la « Moelkerbastei », L'appartement de Beethoven était au troisième ou quatrième étage el de sa fenêtre la vue était admirable. Sur un côté, en se penchant un peu sur l'appui de sa fenêtre, le regard portait très loin vers les collines du Danube, La inaison voisine ne possédait que deux élages,

Un beau malin, le gérant de Fimmeuble fut attiré par des bruits de pioche partant de lélage où logeail l'illustre locataire, Pris d'une inquiétude compréhensible, car Beelhoven lui était toujours apparu sous les laits d'un être fantasque, turbulent, et d'une originalilé dangereuse, il grimpa jusqu'à l'appartement du maître pour rester effondré devant l'exéculion de l'idée que ce dernier qualifiait d'ingénieuse: la percée du ur de l'appartement dont l'ouverture devait le

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faire jouir sans déplacement de cet admirable panorama dont il était si friand.

Le gérant ne put lui faire comprendre qu'il fallait l'autorisation du propriétaire et que le cas était sérieux. Beethoven donna congé, excédé, écœuré d'un tel manque d'égard aux élucubrations de sa fantaisie.

Sa naïveté, son ignorance, et sa simplicité d'âme lui jouaient des tours les plus inattendus, Ne s'avisat-il pas un jour de vouloir faire des économies sur son loyer. Il fit si bien les choses que ses combinaisons le mirent à la tête de qualre appartements.

Cet état d'esprit se compliquait de désordre, I ne se retrouvait jamais dans ses feuillets qu'il semait au gré du moment sur une table de cabaret, sur son lit. sa table, un placard et quelquefois dans la rue, Ne laissa-t-il pas sur une route une partition que le dieu du hasard lui permit de retrouver et Gallemberg, à la recherche de son Fidélio se plaignit de ses habitudes de désordre, et de sa manie de déménager à tout propos.

«J’avouerai d'ailleurs, écrit Beethoven, que mes papiers ne sont pas loujours très bien rangés. Ce désordre m'est habituel, et c'est là sans doute ce que j'ai de commun avec les hommes de génie, Malheureusement, il n'y a que moi pour me retrouver dans ce fouillis, et je pouvais seul vous préparer ces compositions pour la gravure». (Lettre à Hofmeister, 22 avril 1801.)

Beethoven était en outre très crédule, ce qui le mit souvent en mauvaise posture,

I avait un jour profondément humilié Himumel.

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