‹ Le Déséquilibre Mental de BeethovenChapitre 19 sur 23 · LE TESTAMENT D'HEILIGENSTADT · texte numérisé non relu

LE TESTAMENT D'HEILIGENSTADT

« O vous qui me croyez plein de fiel et de haine. » Vous qui me faites passer pour un misanthrope, » cotnbien vous m'accusez injustement! Vous ne con- » häissez pas les raisons secrètes qui me donnent ces “ fâcheuses apparences. Mon cœur et mon esprit » m'ontincliné vers la bienveillance dès mes plus tendres années et le désir d'accomplir de grandes el » nobles actions n'a toujours possédé, Songez que »n depuis six ans, je suis atleint d'une maladie incu- » rable, aggravée par l'ignorance des médecins, D'an- » nées en années, j'ai vu s'effondrer mes espérances, » et loin d'arriver à conjurer le mal, je vois S'augmen- » ter chaque jour une infirmilé sans espoir, dont la » guérison durera pour le moins de longues années si » elle n'est tout à fait impossible,

» Venu au monde avec une âme ardente, un tempé-

En en

rament sensible et fait, en un mot, pour les relations de la société, j'ai été contraint de bonne heure à m'enfermer dans l'isolement, à passer mon existence dans la solitude et la retraite.

» Parfois j'ai voulu lutter contre les difficultés de ma situation, mais dans cette triste expérience, je me suis toujours heurté contre les inconvénients de mon infirmité, et pourtant il m'était impossible de dire à ceux qui ne m'entendaient pas: « Parlez plus haut, criez, je suis sourd. » Pouvais-je faire l'aveu de la faiblesse d’un sens qui devait être plus parfait chez moi que chez tout autre, et qu'en effet j'ai possédé dans un tel état de perfection que peu d’artistes peuvent se vanter d'avoir eu l'ouie aussi fine et aussi délicate, Non! non! je ne le pouvais pas! — Pardonnez-moi donc si vous mme voyez me retirer à l'écart, lorsque j'aurais tant de satisfaction à me confondre dans vos rangs; c’est une double afflietion pour moi d'être obligé de me confiner dans la solitude et de voir interpréter ma conduite dans un mauvais sens. Il n'est plus possible au malheureux de se distraire dans la société des hommes, de prendre part à leurs conversations élevées, à leurs épanchements; seul, toujours seul! A moins qu'une impérieuse nécessité ne me force à sortir de mon isolement, je passe ma vie dans la solitude comme un proseril, el si le hasard me conduit au milieu des hommes, lout aussitôt je me sens saisi d'une anxiété mortelle, en pensant que je n'expose à dévoiler les secrets de ma surdité,

» Je viens de passer six mois à la campagne sur les conseils de mon savant docteur qui m'a recom-

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