L'ENFANCE
« Dès le commencement, dit Romain Rolland, la vie se révéla à lui come un combat triste et brutal ». De ses années d'enfance loutes passées dans la misère, dans la lutte pour la vie matérielle, le grand maître garda un souvenir douloureux tout embué d'une douce mélancolie, d'une résignation attristée par les caresses ef l'affection d'une mère malheureuse, craintive el soumise. |
J'était un cœur d'élite, sinon cette pénible jeunesse eut fait germer les ferments de révolte que déposent si facilement la misère, la douleur morale et le travail exagéré.
C'était une âme prédisposée qui devait entendre en lui mugir, en harmonie encore confuse, celte formidable agglomération de sons dont l'assemblage magisral devait donner la plus impérissable des œuvres.
C'est une preuve qu'il allait dans la vie enrichi d'un cerveau hautement différencié et si de nombreuses lacunes mentales cotoyaient son génie, à quelle
Par
incalculable hauteur, à quel vertigineux sommet s'élevait magnifique la pensée musicale.
Il est impossible de se contenter du legs unique venant du grand-père paternel, Beethoven n'eut été qu'un bon musicien comme le maître de chapelle ou le ténor de la cour. |
Nous avons déjà argumenté le rôle de «Deus ex machina», joué par l'alcoolisme et la bacillose maternelle.
L'enfance de Beethoven fut triste (1). Fétis nous fait part de la brutalité du père et de sa façon cruelle de lui enseigner le clavecin dès l’âge de quatre ans. Cloué sur son tabouret, roué de coups, privé d’aliments, c'était bien brutalement lui entr'ouvrir la porte divine (2). Et Fétis de conclure que cette contrainte seule avait pu lancer Beethoven dans la voie merveilleuse où il devait exceller. Victor Wilder s'élève contre cette assertion et prétend que «l'enfant devait avoir pour l’art un amour bien ardent et bien passionné, puisqu'il résista victorieusement à tout ce qu'on entreprenait pour l'en dégoûter.
Vraisemblement Beethoven portait en lui le germe prolifique qui savait merveilleusement manier les sons; et cette contrainte du début n'a pu qu'exacerber des facultés latentes mais ardentes à se révéler et le prouvent les progrès si rapides et si étonnants que l'élève dépassa son maître en peu de temps.
(1) Sa jeunesse fut attristée par les préoccupations maternelles, le souci de gagner son pain, les {âches trop précoces. (ROMAIN ROLLAND, Beethoven, La vie des hommes illustres.)
(2) 1 assit le petit Ludwig devant une méchante épinette et l'y condamna aux travaux forcés, L'enfant regimbait ou pleurait, le père lui donnait des coups. (J. CHANTAVOINE, Beethoven, p. 5.)
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