‹ Le désert de glaceChapitre 18 sur 67 · LE DÉS K UT · texte numérisé non relu

LE DÉS K UT

— Eh I il ne nous en faut pas tant; prenons exemple sur les agents de la compagnie de la baie d’Hudson : ils construisent des forts qui les mettent à l’abri des animaux et des Indiens ; c’est tout ce qu’il nous faut ; retranchons-nous de notre mieux-, d’un côté l’habitation, de l’autre les magasins, avec une espèce de courtine et deux bastions pour nous couvrir. Je tâcherai de me rappeler pour cette circonstance mes connaissances en castramétation.

— Ma foi! monsieur Clawbonny, dit Johnson, je ne doute pas que nous ne fassions quelque chose de beau sous votre direction.

— Eh bien I mes amis, il fout d’abord choisir notre emplacement; un bon ingénieur doit avant tout reconnaître son terrain. Venez-vous, Halteras?

— Je m’en rapporte à vous, docteur, répondit le capitaine. Faites, tandis que je vais remonter la côte. »

Altamont, trop faible encore pour prendre part aux travaux, fut laissé à bord de son navire, et les Anglais prirent pied sur le continent.

. Le temps était orageux et épais; le thermomètre à midi marquait onze degrés au-dessous de zéro ( — 23° centig.), mais, en l’absence du vent, la température restait supportable.

A en juger par la disposition du rivage, une mer considérable, entièrement prise alors, s’étendait à perte de vue dans l’ouest ; elle était bornée à l’est par une côte arrondie, coupée d’estuaires profonds, et relevée

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brusquement à deux cents yards de la plage ; elle formait ainsi une vaste baie hérissée de ces rochers dangereux sur lesquels le Porpoise fit naufrage ; au loin, dans les terres, se dressait une montagne, dont le docteur estima l’altitude à cinq cents toises environ. Vers le nord, un promontoire venait mourir à la mer, après avoir couvert une partie de la baie. Une île d’une étendue moyenne, ou mieux un îlot, émergeait du champ de glace à trois milles de la côte, de sorte que, n’eût été la difficulté d’entrer dans cette rade, elle offrait un mouillage sûr et abrité. Il y avait même dans une échancrure du rivage un petit havre très-accessible aux navires, si toutefois le dégel dégageait jamais cette partie de l’océan Arctique. Cependant, suivant les récits de Belcher et de Penny, toute cette mer devait être libre pendant les mois d’été..

A mi-côte, le docteur remarqua une sorte de plateau circulaire d’un diamètre de deux cents pieds environ ; il dominait la baie sur trois de ses côtés, et le quatrième était fermé par une muraille à pic haute de vingt toises ; on ne pouvait y parvenir qu’au moyen de marches évidées dans la glace. Cet endroit parut propre à asseoir une construction solide, et il pouvait se fortifier aisément; la nature avait fait les premiers frais ; il suffisait de profiter de la disposition des lieux.

Le docteur, Bell et Johnson atteignirent ce plateau en taillant à la hache les blocs de glace ; il se trouvait parfaitement uni. Le docteur, après avoir reconnu l’excel- 11 . 5

lencc de l’emplacement, résolut de le déblayer des dix pieds de neige durcie qui le recouvraient; il fallait en elTct établir l’habitation et les magasins sur une base solide.

Pendant, la journée du lundi , du mardi et du mercredi, on travailla sans relâche; enfin le sol apparut; il était formé d’un granit très-dur à grain serré, dont les arêtes vives avaient l’acuité du verre; il renfermait en outre des grenats et de grands cristaux de feldspath , que la pioèhe fit jaillir.

Le docteur donna alors les dimensions et le plan de la snow-house * ; elle devait avoir quarante pieds de long sur vingt de large et dix pieds de haut ; elle était divisée en trois chambres, un salon, une chambre à coucher et une cuisine ; il n’en fallait pas davantage. A gauche, se trouvait la cuisine >à droite, la chambre à coucher ; au milieu, le salon.

Pendant cinq jours, le travail fut assidu. Les matériaux ne manquaient pas; les murailles de glace devaient être assez épaisses pour résister aux dégels, car il ne fallait pas risquer de se trouver sans abri, même en été.

A mesure que la maison s’élevait, elle prenait bonne tournure; elle présentait quatre fenêtres de façade, deux pour le salon, une pour la cuisine, une autre pour la chambre à coucher; les vitres en étaient faites de magnifiques tables de glace, suivant la mode esqui-

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