I.B DRSERT
« Ah ! s’écria l’Américain... vous avez perdu?...
— Oui!
— Mais alors, ces traces...
— Les nôtres, tnes amis, les nôtres ! s’écria le docteur. Nous nous sommes égarés dans le brouillard ! Nous avons tourné en cercle, et notis sommes retombés sut* nos pasl
~ Mais cette empreinte de souliers? dit Hatteras.
— Le soulier de Bell , de Bell lui-même * qui apfès avoir cassé ses snow-shoes, a marché toute une journée dans la neige !
— C’est parfaitement vrai, » dit Bell.
Et l’erreur fut si évidente que chacun partit d’un éclat de rire, sauf Hatteras, qui n’était cependant pas le moins heureux de cette découverte.
— Avons-nous été assez ridicules, réprit le docteur, quand l’hilarité fut calmée. Les bonnes suppositions que nous avons faites! Des étrangers sur cettè côte! Allons donc! Décidément, il faut rédéchir ici avant de parler. Enfin! puisque nous voilà tirés d’inquiétude à cet egard, il né nous reste plus qu’à partir.
— En route ! » dit Hatteras.
Un quart d’heure après , chacun avait pris place à bord de la chaloupe, qui, sa misaine déployée et son lue hissé, déborda rapidement d’Altamont-Harbour.
Cette traversée maritime commençait le mercredi, 10 juillet; les navigateurs se trouvaient à une distance très- rapprochée du pôle, exactement cent soixante
DK GLACE.
as
quinze milles*; pour peu qu’une terre fût située à ce point du globe, la navigation par mer devait être très* courte.
Le vent était faible, mais favorable. Le thermomètre marquait cinquante degrés au-dessus de zéro (+ 10<> centig.) ; il faisait réellement chaud.
La chaloupe n’avait pas souffert du voyage sur le traîneau; elle était en parfait état, et se manœuvrait facilement. Johnson tenait la barre; le docteur, Bell et l’Américain s’étaient accotés de leur mieux parmi les effets de voyage, disposés, partie sur le pont, partie au-dessous.
Hatteras, placé à l’avant, fixait du regard ce peint mystérieux vers lequel il se sentait attiré avec une insurmontable puissance, comme l’aiguille aimantée au pôle magnétique. Si quelque rivage se présentait, il voulait être le premier à le reconnaître. Cet honneur lui appartenait réellement.
II remarquait d’ailleurs que la surface de l’océan po* laire était faite de lames courtes, telles que les mers encaissées en produisent. Il voyait là l’indice d’une terre prochaine, et le docteur partageait son opinion à cet égard.
11 est facile de comprandre pourquoi Hatteras désirait si vivement rencontrer un continent au pôle nord. Quel désappointement il eût éprouvé à voir la mer in-