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certaine, insaisissable, s’étendre là où une portion de terre, si petite qu’elle fût, était nécessaire à ses projets ! En effet, comment nommer d’un nom spécial un espace d’océan indéterminé ? Comment planter en pleins flots le pavillon de son pays? Comment prendre possession au nom de Sa Gracieuse Majesté d’une partie de ^ l’élément liquide?
Aussi, l’œil fixe, Hatteras, sa boussole à la main, dévorait le nord de ses regards.
Rien, d’ailleurs, ne limitait l’étendue du bassin polaire jusqu’à la ligne de l’horizon; il s’en allait au loin se confondre avec le ciel pur de ces zones. Quelques montagnes de glace fuyapt au large semblaient laisser passage à ces hardis navigateurs.
L’aspect de cette région offrait de singuliers caractères d’étrangeté. Cette impression tenait-elle à la disposition d’esprit de voyageurs très-émus et supra-nerveux? 11 .est difficile de se prononcer. Cependant le docteur, dans ses notes quotidiennes, a dépeint cette physionomie bizarre de l’océan ; il en parle comme en parlait Penny, suivant lequel ces contrées présentent un aspect «offrant « le contraste le plus frappant d’une mer animée par « des millions de créatures vivantes. »
La plaine liquide, colorée des nuances les plus vagues de l’outre-mer, se montrait étrangement transparente et douée d’un incroyable pouvoir dispersif, comme si elle eût été faite de carbure de soufre. Cette diapbanéité permettait de la fouiller du regard jusqu'à des
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profondeurs incommensurables; il semblait que le bassin polaire fût éclairé par dessous à la façon d’un immense aquarium; quelque phénomène électrique, produit au fond des mers, en illuminait sans doute les couches les plus reculées. Aussi la chaloupe semblait suspendue sur un abime sans fond.
A la surface de ces eaux étonnantes, les oiseaux volaient en bandes innombrables, pareilles à des nuages épais" et gros de tempêtes. Oiseaux de passage, oiseaux de rivage, oiseaux rameurs, ils offraient dans leur ensemble tous les spécimens de la grande famille aqua- ' tique, depuis l’albatros, si commun aux contrées australes, jusqu’au pingouin des mers arctiques, mais avec des proportions gigantesques. Leurs cris produisaient un assourdissement continuel. A les considérer, le docteur perdait sa science de naturaliste ; les noms de ces espèces prodigieuses lui échappaient, et il se surprenait à courber la tête, quand leurs ailes battaient l’air avec une indescriptible puissance.
Quelques-uns de ces monstres aériens déployaient jusqu’à vingt pieds d’envei^re ; ils couvraient entièrement la chaloupe sous leur vol, et il y avait là, par légions, de ces oiseaux dont la nomenclature ne parut jamais dans 1’ « Index Ornithologus » de Londres.
Le docteur était abasourdi, et, en somme, stupéfait de trouver sa science en défaut.
Puis, lorsque son regard, quittant les merveilles du ciel, glissait à la surface de cet océan paisible, il rencun-
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trait 4es praducliops pop ipojns ^^ppnî»nt(is (ip règnç animal, et, entre entres, tîps ipéçtnsee dpnt. te lergpnr atteignait jusqu’à trentP pipds; ejle^ ePrvfti®*imà nourriture générale de la gept aérienne, et (ipuaiept poinme de véritables îlots au milieu 4’aigne^ et de vareçl^s gigantesques. Quel sujet d’étonneffienll Quelle différence avec ces autres, méduses miçrascppiques observées par Scoresby dans les mers du Groënlaud, et dont ne navigateur évalua le nombre à vingt-trois triiiiards bu't cent quatre-vingt-huit billiards de milliards dans un espace de deux milles carrés ^ I
Enfin, lorsqu’au delà de la superfieie liquide* le ?«gard plongeait dans les eau« transparentes, le-spactgcte n’était pas moins surnaturel de eet élément sillonné par des milliers de poissons de toutes les espéees : tantôt ces animaux s’enfoncaient rapidement ap plus profond de la masse liquide , et l’eeil les voyait diminuur peu à peu, décroître, s’effacer à la façon des spectre^ fantasmagoriques; tantôt, quittant les profondaum de l'océan, îte remontaient en grandissant à la surface des flou. Les monstres marins ne paraissaient aucunement efirayés de la présence de la chaloupe ; ils la caressaient nu passage de leurs nageoires énormes; lù où des baleiniers de profession se fussent à bon droit
i. Ce nombre échappant à tpq^ appréciation de TpapriV, 1^ tialeinier anglais, afln dp le rendre plus compréhensible, disait qu'à le compter quatre-vingt mille individus auraient été occupés jour et nuit depuis la création du monde.
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épouvantés, les navigateurs n’avaient p£ts même la conscience cl’un danger couru, et cependant quelques-uns de ces habitants de la mer atteignaient à de formidables proportions.
i^es jeunes veaux marins se jouaient entre eux ; le narwal, fantastique comme la licorne, armé de sa défense longue, étroite et conique, outil merveilleux qui lui sert à scier les champs de glace, poursuivait les cétacés plus craintifs ; des baleines innombrables chassaqt par leurs éyents des colonnes d’eau et de mucilage, remplissaient l’air d’un sifflement particulier; le nord-caper à la queue déliée, aux larges nageoires caudales, fendait la vague avec une incommensurable vitesse, se nourrissant dans sa course d'animaux rapides comme lui, de gades ou de scombres, tandis que la baleine blanche, plus paresseuse, engloutissait paisiblement des mollusques tranquilles et indolents comipe elle.
Plus au fond, les haleinoptères au museau pointu, les anarnaks groênlandais allongés et noirâtres, les cachalots géants, espèce répandue au sein de toutes les mers, nageaient au milieu des bancs d’ambres gris, ou se livraient des batailles homériques qui rougissaient l'océan sur une surface de plusieurs milles; les pbysales cylindriques, le gros tegusik du Labi'ador, les dauphins à dorsale en lame de sabre, toute la famille des phoques et des moïses, les chiens, les chevaux, les ours marins, les lions, les éléphants de mer semblaient
rayons obliques, ne pouvait quitter ce centre lumineux qui se déplaçait avec elle.
Les êtres animés des régions hyperboréennes sentirent pourtant venir le soir, comme si l’astre radieux se fût dérobé derrière l’horizon ; les oiseaux, les poissons, les cétacés, disparurent. Oùl Au plus profond du ciel? Au plus profond de la mer? Qui l’eût pu dire? Mais, à leurs cris, à leurs sifflements, au frémissement des vagues agitées par la respiration des monstres marins, succéda bientôt la silencieuse immobilité ; les flots s’endormirent dans une insensible ondulation, et la nuit reprit sa paisible influence sous les regards étincelants du soleil.
Depuis le départ d’Altamont-Harbour, la chaloupe avait gagné un degré dans le nord ; le lendemain, rien ne paraissait encore à l’horizon, ni ces hauts pics qui signalent de loin les terres, ni ces signes particuliers auxquels un marin pressent l’approche des îles ou des continents.
Le vent tenait bon sans être fort ; la mer était peu houleuse ; le cortège des oiseaux et des poissons revenait aussi nombreux que la veille ; le docteur, penché sur les flots, put voir les cétacés quitter leur profonde retraite et monter peu à peu à la surface de la mer; quelques ice-l^rgs, et çà et là des glaçons épars, rom- , paient seuls l’immense monotonie de l’océan.
Mais, en somme, les glaces étaient rares, et elles n’auraient pu gêner la marche d’un navire. Il faut re-