‹ Le désert et le SudanChapitre 16 sur 43 · L'ILSUMISME COMME SYSTÈME RELIGIEUX · texte numérisé non relu

L'ILSUMISME COMME SYSTÈME RELIGIEUX

Succédant aux théories les plus absurdes, Tislamisme, porté sur les ailes de la conquête ou de Tapostolat, a envahi presque toute TArrique, et Ton constate encore chaque jour ses progrès dans les parties les plus reculées de ce vaste continent. Je ne puis négliger d'en dire ici quelques mots : ce n'est pas seulement un culte dont Tinfluence ne saurait s'étendre au delà des murailles de ses temples » c'est un dogme complexe, et bien plus encore une législation tout entière, dont la connaissance est indispensable <i l'étude sérieuse de presque tous les peuples africains, et surtout des populations dévotes du Soudan, car la foi musulmane est l'esprit qui les guide et la jurisprudence du Coran la loi qui les régit.

Je n'entrerai pourtant pas dans de trop longs détails, d'autres l'ont fait avant moi, mieux que je ne le saurais faire : j'exquisserai seulement à grands traits les principales données de l'islamisme, et ce travail aéra plus que suffisant, parce que les peuples dont f ai à m'occuper, peu instruits de leur religion, n'en

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possèdent et n'en suivent généralement que les principes les plus élémentaires.

Mouradgea d'Ohsson est le premier, d*entre les chrétiens, qui ait connu et compris Tislamisme; pas un mot dans son immortel ouvrage n'est hasardé , pas une assertion n'est inexacte, et s'il est permis de lui adresser un reproche, ce sera tout au plus d'avoir trop personnifié l'islamisme dans la nation turque. Les remarquables travaux de M. Garcin de Tassy, ceux dus à l'activité persévérante de M. Perron et d'un grand nombre d'hommes éminents , ont achevé de révéler l'islamisme à l'Europe.

Quelques écrivains, cependant, jaloux de surpas^ ser l'ignorance de nos pères, s'acharnent à répéter de niaises calomnies, où, fabriquant comme Maracci un Coran de leur invention , cherchent à défigurer ce livre à tous les yeux.

Mais, chose singulière, ce qui distingue le mieux ceux qui parlent de l'islamisme, en connaissance de cause, de ceux qui se bornent à compiler de vaines calomnies, c'est le respect avec lequel les premiers traitent de cette religion et le dédain superbe qu'en font les autres.

Les grands esprits ne s'y trompent pas. Napoléon en est une preuve , Lamartine en serait une aussi, et les aveux involontaires de Volney et de Chateaubriand montrent que U grandeur de l'islamisme peut se révéler sans l'effort de l'étude, et briller même h des yeux prévenus.

L'unité de Dieu est le dogme fondamental de l'islamisme.

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La pensée du Dieu unique , jetée dans Tesprit humain, a dit M. de Lamartine , vaut mieux que ces demeures de marbre où Ton n'adorait que son ombre.

Ce Dieu n'a ni fils, ni père, ni égaux , sans forme matérielle ; il n'a pas eu de commencement et n'aura pas de fin; sa science embrasse l'avenir comme le passé; arbitre de nos destinées, il aime le bien ; il permet que le mal existe , mais il ne i'aime pas et ne le veut pas.

Cette doctrine est celle des chrétiens en général ; sur la liberté de l'homme et la prescience divine, le concile de Trente et les théologiens musulmans sont d'accord. Si quelqu'un, dit un fetwa du grand Mufli de Constantinople, cité par Mouradgea d'Ohsson, nie le libre arbitre chez l'homme , et donne Dieu pour l'auteur de toutes les actions de la créature, il doit, (comme tout apostat) renouveler sa profession de foi et la cérémonie de son mariage , et s'il persiste dans son infidélité , il est digne de mort.

La pensée de Dieu et l'expression qui la consacre sont éternelles comme lui-même. Le Coran a été révélé à un certain prophète et dans un certain siècle; mais ce Coran éternel, încréé comme toutes les révélations divines, n'a pas commencé d'être quand, pour la première fois, ses versets ont frappé l'oreille d'un homme.

Dieu ayant créé le monde visible en six jours, voulut être adoré sur la terre ; c'est pour cela qu'il forma Adam du limon de la terre. Adam fut créé le vendredi, jour que l'islamisme a consacré, non par lere-

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posy mais par la prière en public. Adam fut le premier homme et le premier prophète visible, car Tàme de Mohamed existait avant lui. Réunies dans Adam et comme en germe, toutes les âmes humaines ren-^ dirent hommage à Dieu et confessèrent Tislamisme. Dieu plaça là race humaine au-dessus des génies et de tous les anges, à Texception de Mikaïl (Michel) , Djebraïl (Gabriel), Issrafil et Azraïl. Un ange rebelle, Éblis, qui refusa de se prosterner devant Adam, fut précipité dans Tenfer. Adam, reconnaissant, éleva à Dieu, au centre de la terre, le temple de la Kaâba, placé exactement au-dessous du beit mamour, qui sert d'oratoire aux anges.

La tradition du Coran difiere peu sur les autres points de celle de la Bible ; on croit que le fruit dé* fendu était le blé.

Un grand nombre de prophètes succédèrent à Adam ; les principaux furent Noé, préservé par Dieu du déluge universel ; Abraham qui rebâtit la Kaâba, aidé de son fils Ismaïl, dont Dieu lui avait demandé le sacrifice. C'est en mémoire de ce sacrifice que fut institué celui de Tiid el kebir (courban beïram), que les pèlerins accomplissent sur le Djebel Arafat.

Joseph fut un des élus de Dieu; Houd fut le prophète du peuple d'Ad, et Saieh celui dçs Themoudéens. Ce peuple impie immola la chamelle mi-» raculeuse de Saleh; les Adites et les Themoudéens furent punis de leur impiété par une entière destruction.

A Moïse Dieu accorda le Peulateuque;

A David il donna le livre des psaumes ;

L'isi.AUsiR COUS smiu uLianux.

A Salomen il soumit le» génies et les oiseaux ;

Ce prince lui éleva un lemple magnifique que le khalife Orner a r^âti.

filie, Jonas, Ozaïr (Bsdras), que les Juifs, dit leCk)ran, regardent comme le fils de Dieu , Alexandre Zoul- Camtfa et Yaya (saint Jean), furent aussi de grands propriétés»

A Jésus, fils de Marie, Dieu révéla TÉvangile; ce prophète, né d'une vierge par l'action d'un soufBe divin, fut conçu sans péché, ainsi que sa mère. Les chréti^is le prétendent fils de Dieu, les Juifs voulu* rent le mettre à mort; mais, trompés par Dieu, ils lui substituèrent Judas, et Jésus fut, comme Élie, enlevé vivant dans le ciel , d'où il redescendra au dernier jour, pour tuer le dedjal (Antéchrist), et juger les vivants et les morts.

Les Juifs et les chrétiens avaient altéré les textes du Pmtateoque, des psaumes de l'Évangile ; ce dernier livre avait annoncé la venue du Paraclet. Le Paraclet vint ; il fut le plus grand et sera le dernier des prophètes. Son nom, sur la terre, était Mohamed ibn Abdallah d Hachemy, de la race de Fikr Koreïch, et descendant par lui d'Ismaïl.

Des prodiges annoncèrent sa naissance : le feu des OHiges s'éteignit ; Ghosroès eut un songe qui présagea la mine de son empire.

Pendant l'enfance du prophète un ange ouvrit et purifia son coeur ; marié à Khadidja, il n'eut pas d'autre femme qu'elle , pendant les vingt*cinq années qu'elle vécut. 11 épousa plus tard Aïcha et plusieurs autres femmes. Aucun de ses fils ne lui survécut; la

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plus célèbre de ses filles est Fatma , mariée à Ali.

C'est à rage de quarante ans qae Mohammed reçut sa première révélation. L'ange Gabriel lui apporta le Sourat el Âlaq (96* chapitre du Coran). La première conversion fut celle de Khadidja. Le prophète, à la suite d'un repas qu'il donna , exposa à ses convives sa mission. Ali seul prit sa défense et les Eoreichites ne tardèrent pas à persécuter l'envoyé de Dieu et ceux qui devenaient ses prosélytes.

Cette persécution obligea ceux-ci à se disperser; plusieurs d'entre eux gagnèrent TAbyssinie , dont le nacyaschi ou roi les traita avec bienveillance.

Le prophète lui-même, contraint plus tard à fuir sa patrie , se réfugia à Médine , avec Abou-Beker. C'est THégyre (Hedjra) ; plusieurs miracles signalèrent ce voyage. A Médine, le prophète fut accueilli avec enthousiasme; il se trouva bientôt à la tête d'une petite armée, formée de ses anciens disciples, émigrés comme lui (Mohadjerin) et de ses nouveaux prosélytes appelés ansariés ou auxiliaires. Un des premiers exploits des musulmans fut la victoire de Bedr ; après une trêve de courte durée avec les Koreichites, la guerre recommença et le prophète s'empara de la Mecque, y accomplit les rites du pèlerinage, renversa les idoles de la Kàaba et consacra exclusivement ce temple au culte du vrai Dieu. Le prophète ne proscrivit après sa victoire que quatre d'entre ses ennemis. Abu-Sofian ibn Ommeyah, chef desMecquois, embrassa l'islamisme : c'est son fils Moawiah qui fonda le khalifat des Ommiades ou béni Ommeyah.

Le prophète avait élevé à Médine une mosquée, c'est

L'iSLÀUISHK comme système ftELIGIEUI. 147

le premier temple où le Coran ait été recité; le prophète y prononçait lui-même la khotbé du vendredi et y faisait la prière à la tête de ses disciples. On se tournait d'abord pour prier dans la direction de Jérusalem ; un verset apporté par Tange Gabriel fit changer cette direction pour celle de la Kâaba.

Le prophète ayant achevé sa mission sur la terre mourut à Médine âgé de 63 ans et y fut enseveli. Les traditions qui nous font connaître ses actes et ses paroles ont été surtout recueillies par Aïcha sa femme, qui aida aussi plus tard à mettre en ordre les révélations éparses du Coran.

Au prophète succéda comme chef des fidèles (émir el moumenin) Abou-Beker qui est le premier d'entre les saints.

A Abou-Beker succéda Omar , qui est le second d'entre les saints : c'est sous son khalifat que les armes musulmanes remportèrent les plus éclatants succès.

A Omar succéda Othman, c*est le troisième d'entre les saints.

A Othman succéda Ali , c'est le quatrième d'entre les saints.

A partir de la mort d'Ali , et suivant la prédiction du prophète^ qui avait dit : a le khalifat légitime ne durera après moi que trente années, » il n'y a plus que des gouvernements de fait , dont la force fait seule le droit et dont l'origine n'a rien de divin ; on leur doit néanmoins obéissance, tant qu'ils ne trahissent pas la foi musulmane.

Il va sans dire que les princes et leurs théologiens

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accrédités n'acceptent pas ce principe ; ces princes se prétendent les successeurs d'Abou-Beker et d'Omar qui , à ce compte, en auraient un grand nombre à la fois. Sulthan SelimKhan l'inflexible, le féroce(iawonz;, obtint au commencement du dixième siècle de Thégyre la soumission des peuples arabes et reçut du Ghérif de la Mecque , Âbou-Barakat , les clefs de la Kàaba ; aussi a-t-il légué à ses successeurs les padichahs de la race d'Osman, les titres pompeux de chef de l'islamisme (imam el musselmin) et de protecteur des deux villes saintes et nobles de la Mecque e( de Médine (el H<iramin ouch chérifin) et le mufti de Constantinople, lieutenant du padicbah dans Tordre spirituel , est-il considéré par les Turcs comme une espèce de pape auquel on refuse toutefois Tinfaillibilité qui, d'après rislamisrae, n'appartient qu'à Dieu , et que Dieu n'a jamais fait partager même à ses prophètes* Dans tous les pays musulmans le nom du souverain est gravé sur les monnaies et inséré dans la khotbé ou prône, c'est un usage et rien de plus.

Pour en revenir aux saints, les fils d'Ali et de Fatma immolés à leur ambition par les Ommiades : Hassan et Hossein dont on forme les deux duels Hassanin et Hosseïnin, sont considérés comme les princes des martyrs ; leurs descendants soit par ligne masculine, soit par les femmes sont appelés Seyds et Ghérifs ; ils devraient avec les Eûlema former le premier ordre de l'État ; il est loin cependant d'en être ainsi. On honore la mémoire de quelques saints ermites tels quAbd-el-Kader Djelani, Ahmed Bufayi, Ibrahim Dessouqi, et Ahmed-el-Bedawi, qui était un stylite.

l'islàwsmb Goma ststèhb rxligibux. U9

Quatre femmes ont, aa dire du prophète, atteint le plus haut degré de sainteté, ce sont : Asia, femme de Pharaon ; Marie, fille d'Imran, mère de Jésus ; Khadidja, femme, etFatma, fille de Mohammed; de nombreuses mosquées leur sont consacrées dans toutes les contrées musulmanes. SeydaZeineb, sœur desHassanin, est la patrone du Caire.

Le Coran est divisé en 1 1 4 sourat très-inégales, renfermant ensemble 6,660, et suivant quelques théo* logiens , 6,666 ayats ou versets ; il /orme trente cahiers ou djouz partagés encore en demi-cahiers et quarts de cahiers ; on distingue parmi les préceptes de ce livre les versets qui n*ont rapport qu'au dogme, de ceux qui traitent de la morale et des lois.

Le trente-sixième chapitre, appelé sourat ye sin^ du nom des deux lettres qui le précèdent, est considéré comme le cœur du Coran, Qalb el Couran. On le récite au chevet des agonisants, à Tintention d'une personne morte dont on veut délivrer Tâme des peines du puFgatoire , etc.

Le premier chapitre el fathha (l'ouverture) qui ne compte que sept ayat , est récitée dans chacun des rikats de la prière ; lorsque l'on exécute une tournée dévote (tawaf) autour de la tombe d'un saint; lorsque Ton part pour un voyage ; lorsque l'on vient de conclure un marché et dans une foule d'autres circonstances : il est peu d'actes de la vie religieuse ou civile dans lesquels n'intervienne le fathha.

Les chapitres les plus courts (sourat el ikhlass, sourat el cauther , sourat el asr, sourat el coreîch, etc.), sont plus fréquemment que les autres récités après le

no CONSIDÉRATIONS^ ÉTUDES , ETC.

fathha dans la prière. Le sourat en nas et le sourat el falaq servent à déjouer les artifices de Satan (ech Cheïtan). Le sourat el cafiroun reçoit souvent une application aussi vulgaire que déplacée , lorsqu'on soupçonne un musulman d'être ivre on lui ordonne de réciter ce chapitre; ses versets qui ne diffèrent que par Tordre dans lequel y sont placés les mots mettent au supplice la mémoire de Tivrogne qui rarement triomphe de cette épreuve. La récitation du Coran khatmeh est une œuvre méritoire el propre à attirer les bénédictions de Dieu ; certaines indulgences sont attachées à quelques chapitres.

Celui qui sait par cœur tout le Coran porte le titre de hafizh (retenant par mémoire) (1). Le Coran est la base de la théologie et du droit. Les dogmes, les devoirs qui s'y trouvent clairement exprimés sont

(i) Le Coran et les livres qui traitent de la religion ne doivent pas être imprimés ; c^est ce qui explique pourquoi les Corans imprimés à Malte ne trouvent pas à se vendre en Egypte et ailleurs où on les olTre pour /^ à 5 francs , c^est-àr-dire le cinquième environ de ce que coûte une copie bien écrite.

Le but de cette interdiction est d*empêcher la multiplication et la reproduction indéfinie des fautes. U s'en glisse cependant quelquefois dans les copies d'assez singulières : et Ton cite rexemple assez risible d'un calligraphe qui avait copié, sans une seule faute, à peu près tout le Coran. Arrivé à la fin du Saura en nas ^ il n'avait plus à écrire que ces mots : «Men edjdjennati oun nas , » quand tout d*un coup entendant sous ses fenêtres un marchand d'oignons qui criait sa marchandise : « la bassal ! la bassal ! » il fut pris d'une distraction singulière; et au lieu de transcrire : « Men edj djennati oun nas , n il traça le mots : « la bassal! ia bassal! » (0 oignons! 6 oignons!)

l'islamisme comme système religieux.

d'obligation absolue (fard) ; y manquer, les mettre en doute c'est commettre un crime (haram). Les dogmes et les devoirs dont l'indication n'y, est pas claire et que les théologiens des premiers siècles n'ont basée que sur une explication du texte ^ sont seulement d'obligation canonique (wadjib) ; en douter, y manquer c'est commettre une action blâmable (mekrouhh).

En dehors du Coran, enfin, les traditions du prophète fournissent des exemples qu'il est méritoire de suivre; c'est ce qu'on appelle sunneh. Tout a été fixé à cet égard par les docteurs des quatre premiers siècles de l'hé^yre, surtout par ceux qu'on qualifie de mudjtuhids et par les imams ou chefs des quatre rits orthodoxes, à savoir : Abou Hanifa, dont le rit est suivi par les Turcs et quelques orientaux; Chafey, dont le rit est suivi par les Arabes de la Péninsule et les Égyptiens, qui possèdent au Caire son tombeau ; Malik, dont le rit est suivi par les Syriens, les Tunisiens, Algériens, Marocains et les peuples du Soudan; Hanbal, qui n'a de disciples, et en très-petit nombre, qu'en Arabie et en Egypte; tous ces docteurs ne diffèrent que sur des questions que le Coran n'a pas tranchées et sur lesquelles, dès lors, il ne saurait exister de certitude absolue.

La profession de foi la plus simple est celle-ci :

Il n'y a de Dieu que Dieu et Mohammed est le prophète de Dieu.

a La ilaha il' allah ou Mohhammed rasoul Allah. »

La plus complète est celle que voici :

Je crois en Dieu, en ses anges, en ses livres, en ses prophètes, au jugement dernier et à la prescience

i52 CONSIDfiRATIOlfg, fiTCDBg, BTC.

éternelle de Dieu en ce qui concerne le bien et le mal.

La foi est plus puissante que les œuvres, les peines éternelles ne seront le partage que des infidèles.

Le purgatoire est réservé aux musulmans dont la vie a été criminelle ; le ciel s'ouvre pour ceux dont rame est exempte de toute souillure ou qui ont racheté leurs crimes par la prière, la pénitence ou le martyre.

Le bonheur suprême des élus dans le ciel sera la vue de Dieu (er raiet). Les jardins célestes, les houris, ne sont qu'une figure , comme l'indique au chapitre II du Coran, Sourat el bagara, le pad&age où après Fénumération de ces délices nous lisons : C'est ainsi que Dieu ne dédaigne pas d'employer comme terme de comparaison les objets les plus minces, ne fàt-ce qu'un moustique.

Un poëte musulman a même dit :

Seigneur, je ne veux point de tes jardins ni de tes ombrages du paradis, j'ai horreur 4e8 houris que tu me promets , et je fuirais le ciel avec mépris si je ne devais point y contempler le sublime éclat de ta face.

Il existe sept enfers et huit cieux; c'est dans le ciel le plus élevé qu'est placé le trône de Dieu (et arch).

Aussitôt après sa mort, l'homme est interrogé par deux anges, Monker et Nekir; ils lui demandent : a Quel est ton Dieu, ton culte, ton livre, ton prophète, ta direction dans la prière?» le musulman répond :

l'islamisme comme système RBLianiux.

Mon Dieu est le Diea unique, mon culte rislam, mon livre le Coran , mon prophète Mohammed , ma direction (Kibla)y la Kàaba très-noble. »

Le jugement dernier durera quarante ans. Divers signes annonceront la (in du monde; les actions des hommes seront pesées dans une balance et ils devront franchir le pont Sirat au delà duquel ils verront le ciel, au-dessous duquel brilleront les flammes de l'enfer; c'est sur ce pont que le pied de Timpie trébuchera, tandis que le fidèle en franchira Tétroit passage avec la rapidité d'un cheval lancé au galop.

L'islamisme admet parmi ses dogmes plusieurs idées chrétiennes : telle est la croyance aux anges gardiens, la confiance dans l'intercession des saints, la doctrine des indulgences, etc.

Cinq grands devoirs sont imposés par l'islamisme :

La profession de foi ,

La prière ,

L'aumône du dixième de son revenu ,

Le jeune du Rhamadan ,

Le pèlerinage de la Mecque. ^

Je ne veux point m'étendre ici sur le culte; je rappellerai toutefois en passant que la prière qui peut se faire partout (pourvu que le sol soit propre) a lieu cinq fois par jour, et que l'origine de ces différentes prières : Salath el fedjr, Salath ed dhohr, Salath el asr, Salath el mogreb , Salath el acha , est due à cinq prophètes, à savoir : Adam, Abraham, Jonas, Moïse et Jésus.

La prière commune du vendredi ne peut se faire

que dans une cité, sous la présidence d*un délégué du souverain, quel que soit du reste son rang; elle exige le concours d'un certain nombre de fi* dèleSy trois d'après le rit malki , douze d'après le rit hanefi, quarante d'après le rit chaFey; c'est ce qui constitue l'assemblée ( Djemà ).

L'heure de midi et la suspension de certaines rigueurs légales, qui pourraient s'opposer à la sortie des fidèles, sont également exigées.

Les voyageurs, c'est-à-dire tous ceux qui ne doivent pas séjourner plus de quinze jours dans le lieu où ils se trouvent , ne sont pas tenus de s'y rendre. Un musulman est toujours considéré comme voyageur lorsqu'il se trouve dans un pays gouverné par des infidèles.

Je dirai en passant qu'il est inutile de penser jamais à la fondation d'une mosquée à Paris ; ce qui précède doit suffire à convaincre ceux qui pourraient s'en préoccuper, qu'une mosquée à Paris (si la religion musulmane permettait de l'y construire, ce qui n'a pas lieu , du reste), ne pourrait être fréquentée que par les chrétiens.

La prière et la lecture du Coran exigent la pureté légale ; si cette pureté se trouve altérée par raccom<plissement de l'acte vénérien, par celui des besoins naturels, etc., le musulman a recours au bain (ghousl), ou à l'ablution (oudou) ; à défaut d'^au il pose à plat ses mains sur le sable ou une poussière sèche quelconque, les relève, les frappe l'une contre l'autre, les passe sur son visage, etc., c'est le teyemmum.

Beaucoup d'auteurs ont prétendu que l'islamisme

l'islamisme comme système religieux. 155

était use religion toute sensuelle , qui n'avait acquis tant d'empire sur l'esprit des Orientaux, que parce qu'elle consacrait tous les excès ; ces auteurs avaient oublié sans doute l'anathème prononcé contre le vin et toutes les substances dont l'abus peut faire perdre à l'homme son empire sur lui-même; ils laissaient de côté le jeûne du Rhamadan , abstinence rigoureuse de nourriture, de boisson , de tabac, etc., qui , pendant un mois de suite, dure chaque jour du lever au coucher du soleil. Je doute, quant à moi, que l'ascétisme des critiques soit à la hauteur d'un jeûne de cette nature.

Le pèlerinage de la Mecque, pratiqué dès la plus haute antiquité par les peuples de la Péninsule, et même par ceux de leurs frères qui avaient passé en Egypte, a été conservé par l'islamisme. On sait que l'époque de Tannée à laquelle les pèlerins doivent se trouver à la Mecque pour accomplir les rits prescrits est celle de l'iid el kebir, qui tombe le i 0* jour du mois de Zoul hadj.

On sait aussi qu'à moins d'empêchement, les fidèles doivent, une fois dans leur vie, accomplir ce voyage, et que ceux qui s'en sont acquittés jouissent, avec le titre de hadji, d'une considération d'autant plus grande parmi leurs compatriotes, que leur pays se trouve lui-même plus distant de la Mecque et que les obstacles dont ils ont dû triompher pour y parvenir ont été plus grands.

11 en était jadis de même parmi nous; c'est ainsi que débuta Pierre l'Ermite; bravant les fatigues d'une longue route, les avanies et les insultes des musul-

156 GONSIDiRATIONS^ ETUDES ^ ETC.

mans, il atteignit Jérusalem comme pèlerin et conçut les croisades. Aujourd'hui la route est facile ; dix jours de navigation sur d'excellents bateaux à vapeur avec relâche à Malte et à Alexandrie, et douze lieues de voyage de Jaffa à Jérusalem, où l'on trouve l'hospitalité du couvent ou d'une auberge européenne, tout cela occasionne peu de dépense, moins de perte de temps, moins encore de fatigue ou de danger; c'est un voyage d'agrément, une promenade d'un mois, pleine de nouveauté et de charmes ; combien peu cependant l'entreprennent! J'ai feuilleté, dans la Terre- Sainte, les registres des voyageurs; j'y ai vu les noms de beaucoup d'Anglais allant du Caire à Damas, attirés par le climat et la curiosité; de pèlerins point, si ce n'est quelque prêtre catholique ou quelque missionnaire anglican ou luthérien se rendant dans l'Inde ou sur la côte orieiHale d'Afrique. D'après l'abbé Michon, le nombre annuel des pèlerins catholiques est de quatre-vingts, celui des orthodoxes plus dévots de douze mille.

Chaque année, cependant, soixante mille musulmans quittent l'Inde, la Perse, la Turquie, le Maroc ou le Soudan, se dirigeant à travers mille dangers et des fatigues inouïes sur le temple de la Mecque qui n'est, à leurs yeux, que le premier oratoire élevé par l'homme à son Créateur, qui ne renferme pas le tombeau de leur prophète, et encore moins comme Jérusalem la tombe ou le vestige de Dieu luimême.

Le plus grand nombre emploie six mois à ce voyage, beaucoup restent deux ans en route, un

l'islakibms Gomi ststèvb rslioibux.

quart au moins ne revient pas, dévoré par la peste ou le choléra, rongé par la famine, consumé parla soif du désert ou atteint par la lance de l'Arabe féroce et pillard.

L'aumône constitue Tun des devoirs les plus nettement tracés par la morale musulmane.

Cette aumône n'est pas facultative , elle est obligatoire pour les riches et le taux eu est fixé au dixième de leur revenu , ou , s'ils sont marchands , de leurs bénéfices.

Le Coran la prescrit en ces termes :

Rends à tes proches ce que tu leur dois , fais l'aumône aux pauvres, aux voyageurs (xvu, 28), Ne fais point de violence à l'orphelin , ne réprimande point le malheureux qui demande (xciii, 9, 10). Montre de l'humanité à tous les hommes (ii, 77). Ne choisissez pas ce que vous avez de plus mauvais pour le donner, n'offrez point ce que vous ne voudriez pas recevoir (u, 268, 269). Faites l'aumône le jour , la nuit , en secret et en public; vous en recevrez le prix des mains de l'Éternel et vous serez à l'abri des frayeurs et des tourments (ii, 274). On peut manifester ses bonnes œuvres , mais il est mieux de les cacher ; le Très-Haut est le témoin des actions (ii, 272). Le bien que vous ferez vous le trouverez auprès de Dieu (n, 104).

Je passe une foule d'autres passages qui ne sont pas moins explicites. Quant à la tradition du prophète elle lui fait dire :

L'aumône touche la main de Dieu avant d'atteindre celle du pauvre.

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Malheur à celui qui meurt rassasié laissant à côté de lui son voisin affamé.

Il a dit aussi :

La mendicité doit être la dernière ressource de rhomme. - /. ' .

Et nous trouvons dans le Coran ces belles paroles :

Le travail préserve de la pauvreté.

P mon serviteur, agite ta main et les richesses y descendront en abondance.

L'islamisme a conservé la circoncision , empruntée par Moïse aux Égyptiens. Toutes les nations, dit Hérodote (il, 36), excepté celles que les Égyptiens ont instruites, laissent les parties de la génération dans leur état naturel, eux, au contraire, se font circoncire.

Cette pratique, basée aujourd'hui sur l'exemple du prophète, est méritoire, mais elle n'est pas d'une obligation absolue : l'usage l'a généralement consacrée comme pour distinguer les musulmans des chrétiens et même des israélites qui pratiquent la circoncision d'une manière différente.

Beaucoup de musulmans cependant, surtout parmi les nomades, les montagnards, les populations encore à demi sauvages échappent à cette opération. Il n'est même pas rare, dans l'armée turque ou dans l'armée égyptienne, de rencontrer des soldats qui n'y ont été soumis que postérieurement à leur appel sous les drapeaux.

Ce n'est donc pas à dater de sa circoncision mais de sa naissance que Tenfant est réputé musulman ; ce n'est pas non plus le jour où s'accomplit cette

l'islamisme coaimB système religieux. ir>9

pratique imita tive qn'un nom lai est donné, mais peu d'instants après sa naissance. L'iman du quar ticr est alors appelé d'ordinaire pour souffler la profession de foi de l'islamisme aux oreilles du nouveau-né.

Les funérailles des musulmans oiit cela de particulier qu'elles doivent se faire dans les vingt-quatre heures qui suivent leur décès et toujours le plus tôt qu'il est possible. Que de plus , leur bière doit être portée rapidement et à pas précipités jusqu'au cimetière. L'hygiène est le motif de cette disposition de la loi religieuse, disposition qui ne permet pas toujours de distinguer une mort apparente de la mort réelle, dont le seul signe incontestable est la putréfaction; une tradition, tombée malheureusement en désuétude, exigeait pour ce motif que la bière fût peu solide, qu'elle contint quelques aliments et que le dos d'âne . qui recouvre le tombeau ne fût clos d'un côté que p^f quelques planches non clouées , à peine charge de^ terre, Terreur des médecins n'entraînait pas alors les terribles conséquences qu'elle peut avoir même parmi nous.

Parmi les pratiques de dévotion les plus communes nous citerons la récitation du chapelet, qui est de quatre-vingt-dix-neuf grains, sur lesquels on dit successivement : Dieu est grand, louange à Dieu, que Dieu soit glorifié ou toutes autres exclamations pieuses ou même les attributs de Dieu ou les noms du prophète.

Le zikr exclusivement accompli ou présidé seule* ment par les derviches, c'est l'invocation des attri-

160 GOKUDtRATIONB, tTUDM», ETC.

bats de Dieu accompagnée de hochements de tôte et de mouvements du corps par les dévots placés en cercle et se faisant face les uns aux autres*

On a accusé souvent l'islamisme d'avoir exalté la matière, divinisé les sens, et on a été jusqu'à prétendre qu'il n'avait dû qu'à cela ses succès.

Il en est tout autrement en réalité : non-seulement l'islamisme ne mérite pas de tels reproches, mais encore, tout observateur intelligent et de bonne foi ne tardera pas à reconnaitre que l'esprit de cette religion est celui du cloître , la vie musulmane est véritablement ascétique. J'ai parlé du jeûné rigoureux du rhamadan; il faut joindre à cette épreuve l'interdiction constante de certains divertissements , des substances capable d'enivrer, de quelques aliments, de la viande de porc, par exemple, qui doit son impureté proclamée déjà par Moïse, à ce que le porc, abandonné à lui-même, cherche sa nourriture dans les im* mondices les plus abjects ; une raison analogue a fait interdire les animaux qui se nourrissent de chair ; les bêtes féroces, le chien même sont impurs. Le chien n'en est pas moins mangé par les musulmans hérétiques de l'ile de Djerba, les femmes qui désirent acquérir de l'embonpoint et quelques disciples de l'imam Malek. La chair dense et la graisse peu soluble du porc sont d'ailleurs d'une digestion difficile dans les pays chauds, le lard donné à nos équipages est même considéré par des médecins compétents comme une nourriture débilitante, échauffante et qui prédispose aux affections de la peau.

Parmi tous les peuples musulmans, les Turcomans

L'ISLAMISMB comme SYSTEMS RELIGIEUX.

font seuls babitueliement usage de la chair du cheval, qui est un aliment blâmable (mekrouhh).

La viande du chameau, inférieure en qualité à celle du mouton, est celle dont les Arabes, surtout ceux de la péninsule , font le plus d'usage.

Le sang de tous les animaux est impur , il n'en est pas de même de la graisse que Moïse interdisait aux Israélites.

C'est une ordonnance perpétuelle en vos demeures que vous ne mangerez aucune graisse ni aucun sang

Le sang est impur , parce qu'il est Tinstrument , le véhicule de la vie, qui réside dans le cœur; il con» slitue Fâme, anima, par laquelle les animaux diffèrent des plantes.

Le sang est Vtme des bètes.

(LiviT.,XVn.)

Toutes les substances dont Tingeslion peut faire perdre à l'homme l'usage de sa raison , sont impures aux yeux de l'islamisme. Le précepte est formel et . général :

GouUou muskirun haram.

Tout ce qui enivre est défendu.

Si un homme pouvait s'enivrer en buvant du lait aigri , il devrait immédiatement renoncer pour toujours à cette boisson. Il y a dans l'usage du vin, dit le Coran , du bon et du mauvais; mais le mauvais l'emporte de beaucoup sur le bon. Le prophète a dit : le

162 COK^ipÉlUTIOIfS , ÉTUDES; BTC.

viu est le père des crimes ; il a dit encore : il est aussi coupable de boire du via que d'adorer les idoles. Le vin est moqueur, a dit Salomon , et la cervoise est mutine, et quiconque y excède n'est pas sage (Proverbes jXXj 1),

Un précepte si rigoureux ne saurait être suivi que par un petit nombre d'hommes religieux et tempérants. La multitude le viole en secret» Ta toujours violé comme elle le fait encore; plusieurs princes musulmans ont fait des boissons alcooliques l'abus le plus condamnable; l'un d'entre eux a même succombé, il y a peu d'années , au delirium iremens^ ce châtiment hideux des ivrognes.

J'aurai Toccasion de parler avec plus de détail de ces abus, en traçant le tableau des vices auxquels les peuples musulmans sont plus adonnés que nousmêmes.

L'islamisme proscrit encore les jeux de hasard, la danse , la musique , la reproduction par le dessin et la sculpture des objets animés, représentation dont le résultat est toujours de rapprocher de l'idolâtrie ou d'y conduire les peuples qui l'appliquent à l'ornementation de leurs temples. Dieu dit dans la Bible :

Tu neïne tailleras pas d'images;

Tu ne feras aucune ressemblance de ce qui est au ciel ou sur la terre.

Les mosquées ne sont intérieurement décorées que par des arabesques ou des inscriptions » dans lesquelles Part du calligraphe atleiql une élégance dont nous ne soupçonnons même pas en Europe la possibilité.

Vl8\.ÀMl^UM GOmiB SVSTÈWt EKUOIBUX. \M7»

Enfin, les bijoux, Ie3 ustensiles d'or et d'argent, les vêtements brodés, les parfums, etc., ne sont permis qu'aux femmes et aux enfants.

Les femmes musulmanes d'un certain rang, sur* tout dans les villes, couvrent avec soiu leur visage; il n'en est généralement pas de même des paysannes et des bédouines.

Le voile est obligatoire , mais il paraîtrait que le prophète réclamait seulement des femmes qu'elles couvrissent leur gorge, leurs cheveux, leurs pieds et leurs mains; elles pouvaient laisser voir leur visage. Les théologiens n'en exigent pas moins aujourd'hui que le visage tout entier soit couvert; celte coutume parait du reste' fort ancienne et fort répandue A toutes les époques en Orient. Saint Paul lui même exige que les femmes ne viennent à l'église que couvertes d'un voile (capite velalo). C'était exclure sagement des temples consacrés à Dieu une coquetterie qui y est plus déplacée encore que partout ailleurs; on ne peut nier que le voile ne soit une précaution sage, prise dans l'intérêt des bonnes mœurs; il est cepeudant quelquefois, comme le masque, un auxiliaire du libertinage.

Mais en outre du respect aqquel il empêche de se départir vis-à-vis des femmes honnêtes, en outre de la pruderie à laquelle il lés habitue , il a un immense avantage et qui ne peut être contesté , là où son usage ne souffre pas d'exception : il empêche l'homme qui veut se marier de se former une idée bien nette de toutes les perfections et de toutes les grâces féminines ; il ne connaît que sur ce que lui en ont rap^

164 CONSIDÉRATIONS 9 ÉTUDBS^ ETC.

porté sa mère et ses sœors la physionomie de celle qoMI doit épouser. Lorsque le mariage est conclu , il ne s'aperçoit pas des défauts de sa femme ou de sa laideur aussi promplement que s*il trouvait autour de lui de nombreux points de comparaison.

Ainsi Tadolescent, dans l'impuissance de nouer des intrigues coupables et stériles, se marie de bonne heure; ainsi les filles les moins favorisées par la nature ne se trouvent point condamnées au célibat et n'inspirent pas une répulsion invincible à leurs marisi peu soucieux même de tenter la fortuue en contractant une nouvelle union.

On raconte à ce sujet qu'un jeune marchand de Constantinople avait écrit sur sa boutique : La rose des hommes surpasse celle des femmes. Une jeune fille, d'une extrême beauté, aperçut en traversant le bazar cette devise et résolut de la mettre en défaut. Elle s'approcha de la boutique , se mit à examiner quelques étofles et, tout en causant avec le marchand, écarta légèrement son voile, releva l'une de ses manches pour laisser voir une main potelée, un bras d'une éblouissante blancheur et, comme pour rattacher son bas, lui laissa apercevoir, par une coquetterie nouvelle, une jambe admirablement faite.

Le marchand, troublé à la vue de tant de charmes, oublia ses étofies et ne pensa plus qu'à la sirène qu'il avail devant les yeux. Elle, cependant, ne tarda pas à continuer sa route, le laissant en proie à la plus violente de toutes les passions.

Le lendemain et les jours suivants, elle passa et repassa encore devant sa boutique; le marchand n'y

L'iSLAMlglIK COMME SYSTEME RELltilEUX. 165

tenait plus. Il hasarda sa déclaration, la supplia de lui faire connaître qui elle était et de lui permettre de demander sa main.

La jeune fille répondit que son père était un cadi fort avare , qui ne voulait lui rien donner lorsqu'elle se marierait, et que pour se débarrasser des prétendants il leur répondait toujours que sa fille était borgne, boiteuse, atteinte d'humeurs froides; que si donc il lui faisait de pareilles objections il n'eût pas à s'en préoccuper.

Le lendemain de bonne heure le marchand se pré* sentait chez le cadi et lui demandait la main de sa fille.

Le cadi lui fit la réponse à laquelle il s'attendait : a Ma fille, lui dit-il , est d'une laideur répoussante; je ne veux pas que tu puisses te faire à cet égard la moindre illusion. Tu regretterais de l'avoir épousée, tu la maltraiterais peut-être, renonce donc à ce projet et recherche une union mieux assortie. if> Le jeune homme insistant avec force : a Qu'il en soit comme tu le voudras , dit le cadi , je n'ai pas cherché à te faire prendre le change ; ne me reproches donc pas après ton mariage les défauts de ma fille : je te la donne. Si elle ne peut t'inspirer d'amour, cherches du moins à la rendre heureuse. »

Des paroles si sages ne firent pas réfléchir le marchand ; le mariage eut lieu et ce n'est que la nuit de ses noces, lorsque tout le monde se fut retiré et qu'il resta seul avec sa nouvelle épouse, qu'il put reconnaître que le cadi avait dit vrai , et qu'il était de la part de la jeune fille qu'il aimait le jouet d'une

|(i(i CO.NSlDfiRATlOIfS^ SlIDlsS, ETC.

cruelle mystification : il en avait épousé une antre. Assis le lendemain dans sa boutique il s'abandonnait aux plus tristes réflexions quand la jeune fille reparut, et, comme si rien ne s^était passé, le salua amicalement. « Ah! mademoiselle, s'écria-t-il en l'apercevant, vous êtes l'instrument de mon malheur. L'amour que je ressens pour vous m'a précipité dans un abîme ; pourquoi vous êles-vous jouée de moi , pourquoi m'avez-vous accablé ainsi? » C'est, lui répondit-elle en souriant, parce que j'ai lu au-dessus de votre boutique cette devise : La ruse des hommes surpasse celle des femmes ^ et que j'ai voulu vous prouver que le contraire était vrai. Je suis aimée de Vous et vous m'inspiroz aussi de l'amour; je suis prête, pour réparer tout, à unir mon sort au vôtre ^ mais j'exige pour cela le consentement de celle que vous venez d'épouser : c'est mon amie. Sa laideur bien connue l'empêchait de se marier , elle se voyait condamnée à l'existence la plus solitaire, la plus triste; elle sera chez vous comme une sœur et je serai votre femme. Il va sans dire que le laideron , désireux de gagner les bonnes grâces et l'afFection de son mari , consentit facilement à cette union qui la rapprochait d'une amie à laquelle elle était redevable de son mariage; véritable obligation, car le célibat est en Orient un opprobre pour les femmes.

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