CAUSES DE LA BARBARIE DES AFRICAINS
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AcdMiil
Il suffit de jeter les yeux sur une carte d'Afrique pour comprendre les causes de la barbarie dans laquelle a toujours été plongée cette partie du monde.
L'humanité, comme le monde purement matériel, obéit à des lois immuables; partout les mêmes efiTets engendrent les mêmes causes : de là des principes certains que le génie découvre et dont il sait tirer parti,
Strabon , le premier , remarqua que plus les côtes d'un pays sont découpées, plus il possède de puissance de civilisation : il appliqua ce principe à l'Europe et à la Grèce. De nos jours , la comparaison subsisterait encore entre l'Angleterre et l'Europe continentale, entre l'Europe occidentale et l'Europe orientale , entre les trois péninsules méditerra-
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Déennesella régioo de rÂfriquequileure8topposée(1 )•
Le principe de Strabon est vrai , mais si le décoapemeat des côtes est une cause de civilisation , ce n'en est cependant qu'une cause très-secondaire, coauDe le prouverait au besoin la barbarie et Tabjection actuelle de la Grèce. La cause réelle et absolue du progrès intellectuel et matériel de chaque peuple est dans la facilité , la fréquence et la multiplicité de ses relations avec le reste de Thumanité.
Plus un peuple vivra séparé des autres peuples, soit qu'il ferme ses portes comme le Japonais, soit qu'il se renferme en lui-inéme comme le Turc , plus il sera barbare et plus son existence sera misérable.
Dans les relations de peuple à peuple, en effet, il n'y a pas seulement échange de marchandises , il y a aussi échange d'jdées ; à côté de l'avantage matériel il y a un avantage moral. Le contact eflEaice les aspérités, les préjugés locaux sont oubliés, le sauvage admire et veut imiter l'homme civilisé. Les découvertes se répandent ; soumises à un plus grand nombre d'intelligences, elles reçoivent plus de perfectionnements, plus d'applications»
Supposons la patrie de Gutlemberg entourée des murailles de la Chine, et l'Espagne fermée aux étrangers , nous ne connaîtrions peut-ôlre encore ni Tioiprimerie, qui n'eAl fait que peu de progrès, ni la
(i) J'ai entendu développer à la Sorbonne Tidée de Strabon , par un géographe éminent, M. Guigniaut Je cherche à éviter fci tout plagiat en examinant, à Taide de quelques données différentes et avec assez de détails, les causes de la barbarie de TAfriquc en particulier.
CAUSfiS DB LA BAEBAEIK DES APEICAINS 2iS
découverte de rAmérique , dont les résultats eussent été bien moindres.
Plus un peuple est nombreux moins il perd en s'isolant des autres.
C'est ainsi que Tisolement d'une nation de 300 millions d'àmes , telle que la nation chinoise , n'exclut pas tout progrès.
Un peuple peut être séparé des autres par des obstacles naturels :
La mer , s'il ne sait pas la franchir ;
I^ désert ;
Des montagnes élevées , des lacs , des fleuves.
Par des obstacles qu'il a créés lui-même :
L'exclusion des étrangers et la défense d'émigrer ou de quitter le pays ;
L'état de guerre perpétuelle avec ses voisins immédiats ;
Le fanatisme religieux, qui fait considérer les étrangers comme des impies et des scélérats.
Je l'ai déjà dit , et je ne crains pas de le répéter encore, la guerre, l'invasion, la conquête, contact forcé et violent des peuples, amène quelquefois la civilisation ; mais cela ne saurait avoir lieu que lorsque le peuple conquérant est le plus civilisé des deux.
Maintenant que les principes sont poâés, examinons attentivement l'Afrique.
Nous reconnaîtrons d'abord que les côtes de celte partie du monde coïncidant presque avec un petit nombre de lignes droites , sont aussi peu découpées que possible ; comparant sous ce rapport l'Afrique à
Ul CONSIDtRÂTIONSy fiTUDU, BTC.
la partie du monde qae nood habitons, nous trouverons que l'Europe présente une lieue de côtes par 37 milles carrés (de 15 au degré), et que TAfrique n'offre une lieue de côtes que par 1 50 milles carrés.
Remarquons de plus que si le développement des côtes favorise le commerce , cet avantage est dû surtout au grand nombre et à l'excellence des ports qui, généralement, accompagnent une telle distribution des terres. La Grèce a ses golfes , l'Angleterre ses estuaires , une côte en ligne droite ne présente que de dangereux mouillages, surtout si les vents dominants battent précisément cette côte. Ce dernier cas est en particulier celui de la côte africaine de la Méditerranée : presque toute l'année elle est balayée par les vents du nord. Le Maroc n'a pas de ports, l'Algérie r^ •^•«Xr n'en a pas davantage, la rade de Tunis n'est pas sûre en hiver, le golfe de la Syrte est redouté des marins, Tripoli et Benghazy n'ont pas de port, les navires y sont toujours en Ranger. La baie de Bomba offre un (*^^-^ * bon mouillage , mais on n'y trouve à faire que de l'eau saumâtre. Le port d'Alexandrie n'a rien de merveilleux , et l'entrée n'en est pas facile. Enfin , la côte africaine de la mer Rouge n'offre pas de bons abris et n'est pas saine, bordée qu'elle est de récifs de corail ; et la côte occidentale , depuis Tanger jus** qu'au Sénégal, moins bien pourvue, est plus dangereuse encore lorsque régnent les vents de N. -0. et d'O.
Je ne veux parler ici que de la portion de l'Afrique située au nord de l'équateur, mais si je voulais en examiner les autres côtes ^ le résultat de cette étude ne serait guère plus favorable.
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L*Alricain n'était donc pa? destiné à être marin et ne l*e8t pas devenu , quoique des étrangers établis à Carthage on à Alger aient pu quelquefois rendre puissantes ou redoutables les flottes africaines : c'était une activité, une prospérité artificielles. On trouve quelquefois de beaux navires dans de mauvais ports, mais ces navires ne les choisissent pas. On ne relâche à la Réunion que parce qu'on n'est pas maitre de Maurice et qu'il faut relâcher quelque part.
Si l'Africain ne hasardait pas de courses lointaines, les étrangers n*en fréquentaient pas davantage ses côtes ; ils s'en méfiaient, au contraire , et s'en tenaient éloignés de peur de se perdre. Dès lors peu de relations maritimes entre l'Afrique et l'Europe.
Ces relations, d'ailleurs, eussent-elles été florissantes, n'eussent intéressé que les populations du littoral, elles seules se fussent trouvées en rapport avec les étrangers. Cela n'a-t-il pas lieu, même en Europe, où les populations agricoles, établies à quelques lieues de la mer seulement, diffèrent, sous tant de rapports, des gens de la côte, toujours plus éclairés, plus intelligents, plus hardis?
Mais, en Afrique, le désert , une zone de plus de trois cents lieues, à peine parcourue par quelques nomades , sépare la population du littoral de celle de l'intérieur. Dès lors peu de relations suivies, quelques rares caravanes peuvent seules unir le Soudan au Rif ; elles sont exposées à toutes les intempéries d'an climat excessif, au manque d'eau , aux brigandages des nomades sûrs de l'impunité. Que d'obstacles à vaincre et comment les faire disparaître?
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Les frontières des États, a dit Napoléon , soûl, ou de grands fleaves , ou des chaînes de montagnes, ou des déserts. De tous ces obstacles, qui s^opposent à la marche d'une armée, le plus difficile à franchir, c'est le désert ; les montagnes viennent ensuite, et les larges Qeuves n'ont que le troisième rang. (Maximes de guerre de Napoléon.)
Ce désert a élé le rempart de rindépendance des Soudaniens à toutes les époques. Sans lui, les armées romaines eussent peut-être porté à la fois aux noirs le joug pesant de Rome et sa brillante civilisation.
Les noirs ne sont pas assurément aussi progressif blés que nous , mais si c'est à la conquête romaine de notre pays que nous devons les premières sources de notre civilisation et de notre puissance , on peut admettre que , placés à la même école , les noirs du Soudan seraient moins barbares qu'ils ne le sont. La seule immigration , le seul établissement militaire dont leur pays ait gardé le souvenir , c'est l'immigration arabe , la conquête musulmane. L'immigration arabe dont j'aurai l'occasion de reparler, n'a pas envahi seulement le nord de la région déserte et les rivages de la Méditerranée ; elle s'est établie encore sur une seconde zone plus méridionale, limitrophe du désert et du Soudan, refoulant ainsi , en les pressant de deux côtés à la fois , les populations berbères dans la Kabylie, dans le Sahara , dans le désert de Lybie.
Mais si, dans le nord de l'Afrique, c'est à l'invasion arabe qu'est dû le triomphe de l'islamisme , rien ne prouve qu'il en soit de même pour le Soudan ; il y a même lieu de croire que rétablissement de la race