GUERRES DES ARABES
Ifeiletu anie. — fiierra. -* Anm. — Covrigt paalT. — Dicl. Plerté les i
L'Arabe,, comme tous les peuples barbares qui ne reconnaissent pas l'arbitrage régulier des tribunaux , n'admettent pas de police et ne bâtissent pas de prison , a dû s'en tenir à la loi du talion. Le Coran ne l'a
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pas moine consacrée que )a Bible cl que la loi de Menou(4).
Jésus lui-même, en prononçant ces paroles célèbres : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit, ne fait qu'atténuer les effets de ce précepte terrible; et le talion se retrouve dans ce mot : Celui qui frappera avec l'épée périra par Tépée.
Rendez le bien pour le mal , oubliez les injures : telle fut cependant la morale de Jésus, telle était aussi ^le de Salomon : Si celui qui te hait a faim, dit-il dans ses admirables Proverbes, donne«lui du pain, et s'il a soif, donne- lui de l'eau, car tu j^leveras des char^ bons de feu de dessus sa tôte et rÉlernel te le repcfra (XXV, 21,22).
Un philosophe chinois a exprimé la même pensée en disant : L'homme vertueux est comme le bois de santal, qui parfume la hache même qui le coupe.
Mais ces préceptes , partout admirés et partout rélégués dans le domaine de la théorie , ne sont pas la loi du désert. Dans le dése^^t, le sang appelle le sang (ed dem b'ed dem , en nefs b'en nefs) , et le meurtrier doit mourir , à moins qu'il n'apaise les parents de sa victime en leur abiandonnant une partie de ses biens.
Les Grecs d'Homère acceptaient le prix du sang; nos ancêtres barbares en agissaient de mé^e.
Jusqu'au temps de Moïae , les Israélites admirent aussi le rachat du meurtre.
Moïse contraignit son peuple à raoottcer à cet usage.
(1) Si tin homme, dit cette loi, perd un membre par le fait d'un autre» Tautorité amputera au coupaUe le membre pareU.
GUEHBJU Dis AftABEg. ^{S
Vous ne prendrez point de prÎK y dit^il , pour la vie du meurtrier 9 parce qu'étant méchant, il est digne de mort, 9t on le fera mourir (N. 475).
Les Arabes n'acceptent pas toujours sans répugnanpa oeMe flétrissante indemnité , et Ton cite à ce sujet le cas d'un Bédouin qui , ayant reçu comme rachat du meurtrier de son père, un certain nombre de chamelles et venant d'en traire une, en buvait le lait, lorsqu'un homme de sa tribu, passant près de lui , s'écria : Malheureux , c'est le sang même de ton père que tu bois.
Abd-el-Mottaleb avait fait vœu à la divinité de lui immoler un de ses enfants mâles si elle lui en accordait dix« Le moment d'accomplir ce vœu arriva , Abdel-Mottaldi> consulta le sort pour savoir lequel de ses fils il devait faire périr; le sort désigna Abd-» Allah , père du prophète Mohammed , et Abd-eUMottald) sortit avec lui de la ville pour accomplir son vœu.
Les habitants de la Mecque cependant apprirent ce qui se passait, se réunirent et ne tardèrent pas à les rejoindre. En vain représenlèreut-ils à Abd-el-Mottaleb combira l'acte qu'il voulait accomplir était criminel ; en vain cherchèrent-ils à émouvoir chez lui le sentinient paternel ; il ne voulut rien eptendre et allait accomplir son barbare sacrifice, quand quelqu'un d'entre les Mecquois lui proposa de consulter une devineresse fort en réputation dans le pays. La devineresse consultée déclara qu'on devait mettre d'un côté Abd-Allah, de l'autre dix chamelles, et jeter le sort. Si le sort tombait sur Abd-Allah , il fallait ajouter dix autres chamelles , tirer de nouveau , et continuer ainsi
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jusqu'à ce que le sort désignât les chameiles, qui alors seraient immolées à la divinité. Ainsi fut fait ; dix fois le sort tomba sur Abd-Allah , et déjà cent chamelles avJBiient été amenées, quand à la onzième fois ^ le sort, en les désignant , délivra le père du prophète* A partir de ce jour et en mémoire de cet événement, le prix du sang fut fixé à cent chamelles. La loi musulmane adopta en théorie cette disposition , qui dans la pra* tique est rarement suivie, surtout par les Arabes no* mades, qui calculent le rachat du meurtrier d'après la fortune qu'il possède , et traitent de gré à gré ces sortes d'affaires.
Les Arabes, après avoir commis un meurtre, se dérobent d'ordinaire par la fuite aux conséquences qu'entraîne ce crime. Il n'en est cependant pas ainsi dans le Soudan : le meurtrier, s'il est brave , si le point d'honneur a quelque action sur lui, s'assied ou se couche auprès de sa victime , et attend patiemment que la famille ou la tribu du mort viennent réclamer de lui la diyeh ou le talion. S'ils veulent le faire périr, il tend le cou et ne se défend pas; s'il cherchait à se soustraire à la mort , il serait déshonoré à jamais.
J'observerai que c'est le duel qui a aboli en Europe le meurtre et le talion du meurtre : par l'égalité des chances offertes aux deux adversaires, il constitue une sorte de jugement de Dieu ; on en accepte d'avance la décision, et dès qu'elle s'est fait connaître, on manquerait à l'honneur en ne la respectant pas.
La vendetta arabe se complique de la solidarité de la famille ou do la tribu tout entière vis-à-vis de cba-
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can de ses membres , et même souvent de chacun de ses hôtes.
Un homme est tué par un autre homme de la même tribu, sa famille, son fils, s'il est en état de porter les armes, le vengent en immolant son meurtrier ou un parent de son meurtrier, si toutefois quelque ar« rangement pécuniaire n'a pas prévalu. Mais si l'assassin appartient à une autre tribu , la tribu tout entière de la victime réclame le prix du sang ou le talion. Le prix du sang étant refusé , le coupable n'étant pas livré , on prend les armes de part et d'autre , et la guerre éclate, guerre interminable , parce que chacun de ceux qui tombent dans le combat lègue aux siens un talion à prendre, et que dès lors une paix honorable et sérieuse njs peut être conclue que si le nombre des morts se trouve égal des deux côtés.
Il y a de ces guerres qui, commencées il y a plusieurs siècles, durent encore de nos jours; il est vrai qu'elles sont peu actives; les deux partis fatigués se reposent sans se réconcilier; ils ne se cherchent plus et ne se battent que quand le hasard veut qu'ils se rencontrent
Le plus futile prétexte donne souvent naissance à ces luttes sanglantes, à ces interminables inimitiés: un mouton pénètre dans les pâturages de la tribu voisine , un berger de cette tribu le saisit et le garde ; on le réclame , il ne le rend pas ; le berger est assassiné , les siens prennent les armes et la guerre commence; il y en a pour un siècle avant qu'elle soit finie.
L'insulte faite à un hôte est encore un casus belli. (c Je préfère, et il vaut mieux pour moi, périr que
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d^étre témoin de vos yiolences , qoe de Toir mes hdtos frappés et mes captives indignement outragées dftns ce superbei palais ^ • s'écrie Téltoaque dans l'Odyssée (GbantXIV, Giguet)*
< Prenea mes filles , dit te patriarche aux habitants de Sodome^ mais ne déshonores pas mes hôtes. »
De même qae la tribu est solidaire de chacun de ses membres, les étrangers sont considérés aussi comme solidaires les uns des autres. Qu'an Européen, dans certains pays arabes t tue un Arabe et s'échappe, le premier Européen qui traversera après lui le même territoire fournira le talion d'un crime qu'il n'a pu ni empêcher ni prévoir, dont le réoit même n'est pas arrivé jusqu'à lui. Les Turcs répondent pour les Tores, les Francs pour les Francs , les novs pour les noirs ^ les marchands d'esclaves pcmt les marchands d'es* elaves, et ainsi de suite.
Je me trouvais dans le Gordafan lorsqu'une cara«vane, qui se rendait de ce pays dans le Darfoot, fot attaquée de nuit , à peu de distance de la frontière j par les Arabes Baggara, qui lui tuèrent une quinzaine d'hommes et ne cherchèrent pas à en effectuer le pillage.
Un Arabe, qui me raoontait les circonstances de cet engagonent , m'assura qu'il d'y avait là qu'un acte de justice, qu'une vendetta ^ qui , pour être tardive^ n'en était pas moitis légitime. Huit ans auparavant^ des Geliabs , qui suivaient cette route , avaient fait rencontre de Baggara , dont la démarche leur avait paru suspecte ; ils en avaient tué deux et avaient mis le reste en fuite ; les Baggara avaient donc seulement
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pris largeioenl leur talion , et désormaiâ les caravanes pouvaient sans crainte suivre cette route.
Le bédouin Schanfara y dont le poëme a été traduit en dernier lieu d'une manière si remarquable par M. Fresnel, avait à prendre le talion de son père; il tua dans diverses embuscades quatre-vingt-dix*huit de ses ennemis. Surpris par quelque»<uns d'entre eux, sur les bords d'un puits i la tradition rapporte qu'avant de mourir il en assomma encore un , en lui lançant à la poitrine sa main , qu'un coup de sabre venait de trancher. Il avait cependant juré d'en faire périr cent, et son v<Bu devait être accompli. Suspeoduaprès sa mort à un arbre, son cadavre ne tarda pas à se décomposer; ses os se désarticulèrent, et un pasteur de la tribu ennemie, en passant au-deasous de l'arbre, se blessa le pied en marchant sur la vertèbre appelée atlas : le tétanos fut la suite de cette blessure ; l'Arabe y succomba , et c'est ainsi que , d'après cette fable du désert , le vœu de Scbanfara s'accomplit*
Une cause , et la plus active peut*étre des luttes qui arment les tribus du désert, est le goût que res- 8e\itent pour le pillage tous les peuples nomades. La guerre est une ghazwa ; être vainqueurs c'est partager le butin des vaincus. Dire d'un homme qu'il s'est couvert de gloire, cela veut dire qu'il a pris beaucoup de moutons et de chamelles : c'est l'héroïsme des Cosaques- On tue le cavalier pour avoir sa jument et on se sauve pour garder la sienne.
Il y a dans chaque tribu une foule de jeunes gens pauvres, désireux démontrer leur courage et d'acquérir la dot qu'ils doivent en se mariant offrir au père de
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leur fiancée, dot qai généralement consiste en un certain nombre de chamelles ou de brebis. Pour ces jeunes gens, la guerre est une bonne fortune; leur susceptibilité sur le point d'honneur ne connaît pas de bornes; il leur semble sans cesse que la tribu est insultée et que la ghazwa est indispensable. Quelquefois cependant ils ont le malheur de voir la paix se prolonger ; pas le moindre meurtre , pas la plus petite infraction aux lois du désert; les vieillards se réjouissent de cette tranquillité qui leur permet de s'acheminer sans inquiétude vers le tombeau . La jeunesse s'agite , se plaint , se désespère. Il est rare que, parmi les principaux personnages de la tribu, il ne s'en trouve un renommé par sa bravoure et son expérience de la guerre; il profite de la situation des esprits, appelle la jeunesse remuante autour de lui, et déclare que, puisqu'il n'y a pas de guerre et que la tribu n*en veut pas entreprendre, lui, sous sa responsabilité propre et renonçant à tout talion en cas de mort , va tenir la campagne, enlever les troupeaux des voisins, piller les caravanes, ou , s'avançant dans le pays des noirs, en réduire le plus possible en esclavage.
En deux ou trois jours, ce chef s'est formé une troupe, dont le nombre s'élève parfois dans le Soudan à un millier d'hommes, et la ghazwa commence.
Le chef s'appelle dans le Soudan aguid (c'est-àdire noble), et sa troupe porte le nom de goum (levée).
Des espions, des éclaireurs sont dirigés sur tous les points qu'il importe de surveiller; l'aguid sait presque heure par heure tout ce qui se passe dans le
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désert. Âpprend*il que les hommes valides d*ane tribu sont partis pour la guerre ou pour la chasse^ il se met en marche, surprend leurs troupeaux gardés seule* lement par quelques enfants et des femmes, les enlève et disparait eu un instant.
Une caravane a-t^lle été vue dans le désert? il s'en rapproche 9 la côtoie à distance en passant derrière des collines qui dérobent à la caravane le secret de sa marche; il Tépie, la guette, compte ses armes, étudie sa manière de camper, de charger les chameaux; puis tout d'un coup, le soir ou le matin, au moment où les chameliers chargent ou déchargent les marchandises, où les marchands s'éveillent ou prennent leur repas, où tout le monde en un mot est oc* cupé, le goum se jette sur la caravane, massacre ceux qui la servent et qui la suivent, enlève les chameaux, les marchandises, les esclaves, et disparaît dans le désert.
Une caravane qui comptait 120 hommes et 200 chameaux fut, dans le Cordofan , il y a quatre ans environ , victime d'un guet-apens semblable. Je donnerai sur cet événement quelques détails qui m'ont été fournis par le seul individu de cette caravane qui ait pu échapper au fer des Arabes : c'est un Turc du nom d'Abd-el-Kader.
Au moment où cette caravane, qui portait divers objets de fabrique européenne ou égyptienne et des dattes nubiennes de Dongola à Lobéidh , s'approchait du puits de Way, 600 Arabes Béni-Djérar montés sur 300 chameaux et conduits par un- aguid des plus hardis, passèrent un peu au sud du même puits, lancés
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qti'ils étaient à la rediorchd d'an grand troopeau appartenant aux Arabes Kababtch. Les bei^ers qai avaient eu vent de leur approche Tenaient de quitter le puits de Way et avaient gagné oelui d^Élaî, éloigné de près d'une journée et demie du premier. A peine le goum venait-il de constater leur retraite que les éclaireurs anaonoèrent à Vaguid l'approche de la caravane) Taguid réunit le goum, car là y comme dans la tribu y c'est le chef qui propose et le peuple qui décide, et lui demanda ce qu'il convenait de foire. L'avis général fut que, comme la caravane passerait au moins trois jours auprès du puits pour se remettre de ses fatigues et refaire un peu les chameaux f on ne courait aucun risque à en ajourner l'attaque, et qu'il fallait pour le moment enlever les moutons qui se trouvaient sans doute à Élai.
On se mit donc en route. Api^ un trot de quelques heures, on atteignit Élai; les troupeaux n'étaient gardés que par quelques enfants qui se sauvèrent: on lia quatre moutons sur chaque chameau , et on repartit pour M'ay, où le goum eut soin de s'embusquer a quelque distance de la caravane et derrière une double colline de sable.
La caravane, cepondanl, était plongée dans une sécurité complète; les marchands imprévoyants qui la composaient n'avaient pas fait éclairer le désert; l'ennemi était à quelques pas, et aucun d'eux ne soupçonnait l'approche du péril.
La veille du jour fixé pour le départ, celui qui commandait la caravane donna l'ordre de réunir les chameaux qu'on avait, selon l'usage, laissés pallre iea ar*
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bostes épineux de la vallée; on les ramena iona, à Teloeption d'nn seul ^ qu'il fbt itHposBible de reftfouve^. Ce obamana appartenait à on marcband qui, craignant beanconp de le perdre et voyant lA ntiil approcher, Gomoianda à son esotàVe d'en rechercher les traces et de lessoivrci Sur le sol foulé par tant de chamedùt et d'hommes, Tesclave retrouva les traces du chfiKneau de 8011 maître ] elles le conduisirent en droite Kgne an campement des Bénl-Djérar qui, sans doute, s'en étaient emparés, ils virent Tesclaye et se saisirent de lui.
Le temps s'écoulait sans apporter de nouvelles ; de plus en plus inquiet, le marchand voulait suivre à son tour la route qu'avait prise son esclave. Abd-el-Kader, de qui je tiens ces ftits, Ten détourna et lui ofn*it de faire Ini-méme quelques recherches de ce côté.
Il partit, gravit une colline de sable, traversa Une étroite vallée, gravit une seconde colline, et, du mi« lieu de la nuit la plus sombre, vit tout d'un coup briller devant ses yeux les feuii allumés par les Béni- Djérar. L'obscurité le protégeait II put s'arrêter un ' instant; il compta les feux et les hommes, et, tout ému encore de ce qu*il venait de voir, il regagna en toute hAte le campement de sa caravane.
Les marchands prenaient leur souper; il les réunit, leur fit part de ce qu'il avait vu et les invita à en délibérer de suite.
Cette question fut posée : partirons-nous cette nuit ou attendrons-nous pour charger qu'il fasse jour. Il eût mieux valu, selon moi , adopter le premier parti , et j'eusse contraint la carftvafte de le prendre. L'ob*
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jection qui fut faite , et fit remettre le départ au lever du soleil y était que lorsqu'on chargerait les chameaux ils oe manqueraient pas de grogner, et que dès lors le départ serait éventé par Tennemi. Cela était vrai sans doute, mais les Béni-Djérar dormaient. Il leur fallait s'éveiller, réunir leurs chameaux; tout cela demandait du temps, et une fois en marche, outre que la caravane pouvait changer sa route et qu'il devenait difficile de suivre ses traces pendant la nuit, elle pouvait offirir une résistance bien plus se* rieuse que pendant la longue et difficile opération du chargement, qui ne pouvait manquer d'être interrompue le lendemain.
Au point du jour, en effet, comme les chameliers s'occupaient de ce travail , cent chameaux montés par deux cents hommes débouchèrent dans la vallée* Les hommes sautèrent à bas de leurs montures et se dirigèrent en courant vers la caravane : croyant qu'ils n'avaient pas d'autres ennemis à combattre, les marchands tentèrent quelque résistance; des coups de fusil furent même tirés par eux sur les Arabes qui, selon leur usage , n'étaient armés que de lances : ' mais tout d'un coup, et au moment où la caravane reprenait un peu de confiance , cent chameaux d un côté et autant de l'autre vinrent encore jeter autour d'elle quatre cents hommes. Ce fut alqrs une terreur, une angoisse impossibles à décrire. Cernés par les Béni-Djérar, les marchands et les chameliers furent massacrés en quelques secondes. Seul, Abd-el-Kader n'ayant reçu aucune blessure s'était jeté à terre et faisait le mort; un Arabe le piqua de sa lance; au
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mouvement qu'il fit, reconnaissant qu'il vivait encore, d'autres le saisirent et le conduisirent à Taguid. La boucherie était terminée ; mais Taguid, aflriandé par Todenr du sang, proposa de rattacher à un arbre, « et, pour passer le temps, de le tuer à coups de javelots. Il fut lié, et le divertissement dont il devait faire les frais commença sur un signe du chef. Par un hasard singulier et qu'il qualifiait de miracle, dix ou donze lances vinrent successivement effleurer Abd-el- Kader sans l'atteindre. Décidément, s'écria Taguid stupéfait, tu as la vie dure ou Dieu ne veut pas que tu meures : sois libre et va où il te plaira. On le délia , on le dépouilla de ses vêtements ; il se trouvait libre, mais hbre au milieu du désert, sans chemise et sans nourriture. Eh bien! lui demanda Taguid, tu ne t'en vas pas; qu*dttends-tu encore? Où veux- tu que j'aille , répondit Abd-el-Kader, où sont mes provisions? Ai-je seulement une outre pour emporter de l'eau. La générosité de l'aguid était malheureusement à la hauteur de ses autres vertus. Les Arabes se partageaient dans le même moment les couffes de dattes prises aux Djellabs , et afin d'égaliser les parts , ils comptaient patiemment les dattes une à une; leur chef en prit trente, les remit à Abd*el-Kader, et avisant une petite outre qui ne lui semblait pas en trop bon état l'ajouta à ce présent. Va maintenant, dit-il, et que Dieu te conduise. Abd-el-Eader, incertain de la route qu'il devrait suivre, et que rien n'indiquait à son inexpérience du désert , se rapprocha du puits pour y remplir son outre; il s'aperçut alors qu'elle était percée. C'est en vain qu'il en eut demandé une
autre; il résolut de ne pas quitter les abords du puits. Le soir, les ^ni-Djérar avaient disparu , et le malheureux Abd-el^Kader avait, sans parvenir à « ap|ai6^^ sa faim , mangé ses trente dattes. Heoreusemept la ravine qui conduisait au puits était couverte de ces arbustes épineux appelés sidr par les Arabes, et rl^mnps loiu$ par les botanistes : le fruit du sidr forn^^it I9 nourriture des Lotopbages ; les Arabes, qui donnent à pette petite baie le nom de nabak, en font encQre uB^ge. Abd-el-Kader dut se résigner à cette manne que le ciel semblait lui envoyer; mais il est à croire que, con^me les Israélites, il eût préféré varier un peu sa nourriture. Toujours est-il qu'après quiuze jours de ce régime, il ne pouvait plus se tenir sur ses jambes, et venait de se retirer dans une aiifractuosité 4e rocher, dQnt il avait fait sa diemeure, quand un c^v^as turc , accompagné d'un guide arabe et se renr ^ïft à |:.i|(>^ïdh à dromadaire, s'approcha du puits pour y renpuvelpr sa provision d'eau.
Abd-eL-^Kader, qi|i n'attendaijt plus que la mort, les aperçut de loin et Tespoir revinjt dans son c<Bjur. Il aurait voulu se levidr, main tout ce qu'il avait pu faire avait été de s'^epdre; ses bras et ses jambes refasaÂent la service. U se mft à se plaindre, à gémir, espérant que du moins on Tent^idrait et Ton viendrait à son secours. Qu*est cela ? dit le cawas , que ce grognement étonna, quelque béte fauve sansdputja; dois'ie i^^i envoyer une balle? demaiida-t-4l au Bédouin qui ie conduisait.
Ces cris r€|ssem)»l6nt à ceux d'un hooiine, répondit le guide; je vais du reste voir ce qu'il en est, et sau-
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iaot à bas de son dromadaire, il se dirigea vers la caverne quMI alt^gniten quelques bonds. Abd-d-Kader fat ameiié sur les bords du puits, ou plutôt de la mare, que je me suis permis, selon Tusag^ du désert, de décorer de ce nom. Le cawas l'invita à partager ses provisions, et je crois qu'il ne se fit pas prier; la journée fut consacrée à enterrer ses compagnons de voyage, dont les corps desséchés par le soleil gisaient encore sur le sable rougi de leqr sang, et le lende* main, monté sur le dromadaire du guide, il partait pour Lobéid avec ceux qui venaient de Tarracher à la oiort.
Passant à Way en 4850, j'y ai vu le ciiarnier de cette caravane et j'aurais pu compter les cadavres, dont la plupart étaient à peine entonràs et recouverte d^un peu de sable et de qudques pierres qui ne les cachaient pas enlièrement à mes regards.
Le son d'une espèœ de tambour, appelé aogara et que frappe un homme monté à dromadaire, appelle ia tribu aux armes; il annonce en temps de paix un simple déplacement, un changeaient de pàturagee.
L'arme des Arabes est la lance qui, dans le Soudan, leur sert encore comme javelot*
Menacé par un ennemi , le sauvage so saisit d'uoe branche d'arbre , d'un bAton ^ maie cette arme , sim-* plement contondante , exige qu'il dégarnisse touH son corps pour frapper; d'ailleui*s les coups ne sont pas Doortela et c'est à son détriment que la lutte se prolonge.
Pour en faire une arme plus sérieuse, il imaginera d^abord de tailler en pointe un bàtoa bien droite puis
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de darcir au Feu rextrémité ainsi taillée; il possédera dès lors QDe sorte de lance , d'épée ou de javelot. Il pourra donner le coup de pointe et saura garantir en même temps son corps des atteintes de Tennemi.
La science militaire des Hylogones n'allait pas plus loiq; &est avec un épieu de cette nalure que, selon Diodore de Sicile , ils attaquaient et tuaient les bœufs sauvages.
Que le barbare remplace lesommetcharbonnéparune arête de poisson , la corne ou la dent d'une béte fauve, une pierre amincie, une lame de fer, et il aura entre les mains la première et la plus noble de toutes les armes, Tarme blanche par excellence : la lance est la reine des armes , a dit Monlécuculli ; le fusil n'est que le manche de la baïonnette. C'est à la baïonnette que le soldat s'élance sur la brèche, s'empare d'une batterie, et c'est sur sa baïonnette qu'il compte encore pour repousser les charges précipitées de la cavalerie.
L'arme blanche est l'arme d'un courage actif et bouillant; les ennemis s'abordent, se heurtent, se poursuivent. L'usage des armes à feu demande un tout autre genre de bravoure : c'est T héroïsme passif et raisonné. On ne demande guère au soldat moderne de faire des prouesses ; on n'attend pas de lui qu'il pourfende beaucoup d'ennemis : On veut seulement qu'il n'ait jamais peur, qu'il reste immobile à sa place de bataille , serre les rangs sur son camarade qu'un boulet vient d'enlever, ne s'ébranle pas devant la cavalerie et attende patiemment sous le feu le dernier acte d*une bataille.
Par cela même que le combat à larme blanche
GUKRRISS 1>E8 AftABKS. S6d
exige plus de courage, il se trouve moins d'hommes capables de s'y distinguer. Aux masses qui compo* sent une armée on peut tout an plus demander du sangfroid : il est rare que deux corps d'infanterie poussés l'un contre l'autre arrivent à s'aborder à la baïonnette; l'un des deux se retire d'ordinaire ou se débande : il y a là sans doute des hommes d'un grand courage et qui , livrés à eux-mêmes , n'eussent pas reculé ; mais ils sont contraints de suivre le mouvement général : leur initiative individuelle a disparu pour faire place à la combinaison mathématique.
La guerre à l'arme blanche ne saurait donc s'astreindre aux préceptes d'une tactique savante et faire mouvoir à la fois de grandes masses, parce que l'héroïsme ne réside pas dans les masses , il est le partage d'un petit nombre d'hommes, qu'on est contraint de laisser agir isolément; qui dès lors s'animent d*autant plus au carnage qu'ils garderont pour eux seuls toute la gloire qu'ils auront cherchée , et que chacun d'eux ne répondant que de lui , est par cela même autorisé à faire valoir toute son intelligence et tontes les ressources que lui fournit l'expérience des champs de bataille.
Les deux partis se rapprocheront à portée de la voix ; les plus braves se défieront d'abord au combat et , s'avançant sur le terrain qui sépai^ les deux armées , les animeront par leur exemple à commencer la lutte. Les deux troupes se joindront : par-ci , parlà, quelques poltrons auront soin de rester en arrière ou de gagner les montagnes ; les plus braves se jetteront sur le centre de l'ennemi , mettront en fuite
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OU massacrerout tout ce qui fera obëtacle à leur passage. Un chef aet^a tué, uu éiendard sera pris, des cris de victoire ae feront entendre , et le parti vaincu n'évitera que par la fuite son complet anéantiseement.
Tels furent ces combate dont le récit remplit VUiadej tels sont oeax que se livrent encore tous les peuples sauvages, les nomades et en particulier les Arabes du désert. Dans ces luttes oorps à corps, la force phy* sique , Fadrease , Tagilité sont la première condition du succès. Un cheval robuste , de bonnes armes, un bras vigoureux .font un héros de quiconque n'est pas natureiiement un poltron. C'était tout le mérite d'Achille, d'Ulysse ) d'x4jax et d'Hector : c'est oelui des chefs et des aguid du désert. Les fiers seigneurs de l'Europe féodale étaient taillés sur le même patron c Pépin leBreftséparait un lion et un taureau ; un roi d'An^ gjleterre et un roi de France se prennent à bras le uMps • et roulept sur le «abie^ Qu^ est le gentilhomme dont la main délicate manierait de nos jouta l'épée de ses ancêtres ? C'est que l'intelligence et le calcul ont rem^ placé ches nous la force et l'impétuosité. L'ofikier moderne n'est pas toujours Unilésur le patron d'Her^ cule; mais donnez-lui un peu de salpôtre, de soufre et de charbon , il déracinera les forteresses et renversera ces montagnes contre lesquelles s'ébréohait l'épée de Roland.
Les romans et l'histoire du peuple arabe sont remplis du récit de ses guerres et des prouesses de ses héros. Antar, Abou-Zett furent Ite R<rfand et les Amadis du désert. L'esprit chevaleresque est un résultat naturel de la société barbare, aussi présenle-t>il
GLBRRBS DJSS ÀftABES. 371
partout les mémefi caractères : le ch6valier est loyal et généreux I intrépide et batailleur; il protège les orpbeliQs y accueille et veoge les opprimés. Il a tou* jours une maîtresse à laquelle il offœ sa gloire en échaoge d'un peu d'amour. Il est poursuivi par des ennemis invisibles, souvent un secret terrible pèse sur sa destinée : il faut qu'il lutte à la fois contre les hommes et contre les génies , contre le monde visible et le monde invisible.
V Iliade y nos romans de chevalerie , celui d'Antar et celui d'Abou-Zett se ressemblent singulièrement; à cet égard j les chevaliers arabes ne diffèrent des héros d'Homère et de ceux que Don Quijote estimait tant qu'en ce qu'ils sont plus portés encore au pillage qu'au combat, font peu de cas d'une guerre sans bntin et ne se font jamais scrupule d'attendre leur ennemi dans une embuscade, ou de le tuer pendant scm sommeil*
Coi&me toutes les guerres de chevalerie, celles des Arabes sont peu meurtrières, parce qu'il n*y a que les chevaliers qui se battent et que le reste prend bientôt la fuite. Les plus braves eux-mêmes n'attachent aucune idée de déshonneur à une retraite précipitée, qu'ils font d'ailleurs très-souvent suivre d'un retour offensif, qui est alors fatal à ceux que l'ardeur de la poursuite a entraînés trop loin. Une embuscade , un défilé se présente, la retraite se trouve coupée, et celui qui déjà se félicitait d'une facile victoire reçoit le coup de la mort, sans presque avoir le temps de se défendre.
Comme arme de jet, la lance ^ ou, si l'on aime
mieax j le javelot , suit la même loi balistique que les fusées à baguette. L'expérience et le calcul ont également fait reconnaître que pour atteindre le maximum (le portée la fusée devait avoir une baguette trois fois plus longue que le cartouche et que le centre de gravilé de tout le système devait se trouver un peu en arrière de la culasse de ce cartouche. Le meilleur javelot sera donc celui dont la hampe présentera trois fois la longueur de fer et dont le centre de gravité sera placé à deux ou trois pouces en arrière de la douille. La dimension qui me paraît convenir le mieux à l'arme tout entière est un mètre et demi. La lame doit être de bon acier , le bois pesant et assez flexible pour trembler un peu dans la main ; Tébène est lo bois qui convient le mieux à cet usage : les Soudaniens en emploient un autre qu'ils appellent bassam et qui est d*uue couleur assez claire. On saisit le javelot par son centre de gravité et on le lance en lui imprimant , avec la paume de la main y une secousse, qui a sans aucun doute pour résultat un certain mouvement hélicoïdal, qui, comme on le sait, tend à rectifier la direction de tous les projectiles. Le fer doit, par sa douille , adhérer assez peu à la hampe; il devient plus difiicile alors de le dégager de la blessure, où il se fixe d'ailleurs d'autant mieux qu'il est moins large et plus hérissé de barbelures ou de dents , dout la pointe est comme celle des harpons, dirigée vers la hampe.
Le javelot des Arabes ne remplit pas, en général, toutes ces conditions; ils veulent d'ailleurs être à même de s'en servir comme d'une lance et dès lors
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sont obligés de lui donner une longueur d'enviion six pieds ; ils en portent toujours au moins deux à la guerre; ils lancent le premier et gardent en main le second, pour parer les coups de Tennemi ou pour l'attaquer corps à corps.
Les Arabes de Syrie se servent de lances de près de quinze pieds de long (1), et qui dès lors ne sont plus des armes de jet. Les nomades du Sahara , et particulièrement les Toaareg , donnent aux leurs plus de six pieds ; tes Arabes du Soudan me paraissent être ceux qui font de cette arme Tusage le plus intelligent.
La lance s'appelle en arabe muzrag et barba ; les Sahariens la connaissent sous le premier de ces deux noms y et les Soudaniens la désignent par le second.
Les Arabes ne font usage ni de Tare ni de la fronde, quoique ces armes seDQd>lent avoir été jadis employées fréquemment par leurs ancêtres. Mais ils lancent quelquefois sur leurs ennemis, comme le font les noirs, une pièce de bois bifurquée en forme de r ou de V , dont les extrémités sont taillées en pointe et qui ricoche après avoir touché la terre.
Ils se servent principalement en Afrique et dans le Soudan de ces longues épées droites que Ton peut tenir à deux ou à une seule main. Les anciens chevaliers d'Europe en portaient d'analogues et les attachaient souvent derrière l'épaule gauche; le pommeau, dépassant un peu l'épaule, était saisi sans trop de difficulté par la main droite. Les Arabes du
(1) Les aarisses des Grecs en avaient jusqu'à vfngt-quatre.
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Soudan passent nne et quelquefois deux de ces épées dans les courroies de leur selle \ s'ils n'ont pas de selle ils rattachent au flanc du cheval où du dromadaire qu'ils montent. C'est selon moi une arme de peu de valeur, inférieure à l'épée courte, parce que, étitnt destinée à frapper de taille, elle n'a pas de parade et pointe mal à catlse de sou poids ; inférieure au sabre recourbé des Turcs , eti ce que la lame ne suit pas en frappant la cobrbe décrite par le bras , ne tranche dès lors qu'avec difl9clilté et ne se ramène pas d'elle-même. Pour eh rendre la manœuvre plus facile, on place un contre-poids au sommet de la poignée , dont la fbrme est celle d'une croix. Cette croix se termine en géHéral par Une sphère de plomb ou d'argent, de la grosseur d'une forte gousse d'ail , d'où le nom d'abou-thoum donné aux armes de cette nature.
Les Arabes de la péninsule^ et plus particulièrement ceux du Hedjaz ^ passent dans leur ceinture un poignard recourbé nommé par eux djembea, et dont ils se servent pour frapper de haut en bas. Celte arme n'est pas usitée dans le Soudan ^ mais l'Arabe , comme le Nubien et comme le Touareg, porto au bras gauche un couteau droit (coiissa) e&fbtmé dans une gaine de cuir et dont la longueur varie entre 4 et 8 pouces ( la gaîne est serrée au-dessus du coude par tin bra^^ celet de cuir, et le manche se trouve dirigé vers le haut du corps. Les pillards , ceux siirtout qui accom^^ plisSent nuitamment leurs déprédations, en portent souvent un autre sous le coude droit. Sont-ils «urpris^ ils saisissent à la fois de la main droite l'arme qui est