GUERRES 1MS8 ARABES
à gauche^ et de la main gauche Tarme qui est à droite 9 se précipitent sur leur adversaire, Tenlacent de leurs bras et le poignardent. Les hommes dont les mœurs sont plus régulières et dont le caractère est moins farouche, remplacent ce second couteau par un petit cylindre de cuir également retenu par un bracelet, et qui contient des talismans destinés à les préserver du mauvais œil , des accidents, des maladies, de la mort.
L'arme défensive des Arabes du Soudan est le bouclier. Sur un cadre ovale, formé de deux branches de bois flexible et traversé dans sa longueur par un axe de même espèce , ils étendent et fixent la peau dorsale d'une grande antilope. La largeur du bouclier est d'environ 2 pieds; sa hauteur varie de 3 à 5 pieds; il est bombé extérieurement et pourvu au milieu d'une poignée; quelquefois une sorte de cran, disposé à son commet , sert à appuyer la hampe de la lance et à rectifier la direction de son jet. Bien que le cuir de l'antilope soit assez épais , il n'offre pas au javelot un obstacle très-sérieux, et le guerrier qui en voit arriver un sur lui doit cherclier à le détourner avec sa lance ou ne le parer qu'obliquement avec son bouclier. L'Arabe^ menacé par les traits de l'ennemi , se baisse , met un genou en terre et se couvre du bouclier; il se relève pour frapper l'ennemi dès que celuici arrive à sa portée.
Les Arabes combattent de préférence à cheval. Le bouclier est surtout employé par l'infanterie, c'est-àdire par tout ce qui ne possède pas un cheval. Cette infanterie se fait souvent porter sur le théâtre du corn-
37G I.BS MABBS.
bat par des chameaux , qui reçoivent alors deux combattants y dont Tun se place en avant et sur la bosse, tandis que l'autre se tient sur la croupe fuyante et glissante de la monture commune. Ce moyen de transport est du reste très-facile et très-prompt. Gomme les chameaux du Soudan appartiennent à une race assez commune, on en descend pour combattre et on les confie à la garde d'un petit nombre d'hommes, qui se tiennent à distance convenable en arrière des combattants (1 ) .
Les Touareg du Sahara, possesseurs d'une race plus l)elle, combattent souvent du haut de ienrs mehara , dont la course est aussi rapide et dont l'intelligence et la docilité ne sont pas moins grandes que celles des chevaux. Une espèce de serpe attachée à une lanière de cuir est jetée par les Touareg, lancés au trot, dans les jambes ou au cou de ceux qu ils attaquent ; les renversant ou les tuant ainsi par une étreinte plus terrible encore que celle du laço des Gauchos.
Le Touareg, armé d'un fusil , lance quelquefois au galop son méhari, l'arrête sur lui-même et l'agenouillé d'un coup de bride , tire sur l'ennemi , relève soudain son dromadaire et s'éloigne pour recharger son arme. C'est une manœuvre étrange et élégante dont
(1) M. Jomard a publié dernièrement sous ce titre : Le Régiment des dromadaires à Carmée (fOrient^ une brochure du plos haut intérêt II cite un passage de Xénophon dans lequel cet auteur dit que les braves n'aiment pas à combattre à dromadaires. Les chevaliers romains étaient dans les mêmes idées. On sait qu'à la bataille de Cannes ils descendirent de cheval pour se battre.
GUEllKS DSS. AlABES. :^77
ie hasard m'a rendu témoin sur les Trontières de Tripoli et de Tunis.
Las Arabes de Syrie emploient, vis-à-vis de l'infanterie turque, une ruse de guerre dont Tidée pourrait également venir plus tard à ceux d'Afrique, et dont il n'est par conséquent pas hors de propos déparier ici.
Lorsque, menacée par une cavalerie nombreuse, l'infanterie vient de former ses carrés , la cavalerie se retire brusquement et une quinzaine de chameaux liés ensemble , rendus furieux par quelque artiKce particulier, sont poussés sur un des carrés par quelques Arabes auxquels ils servent de rempart ; l'impétuosité des chameaux , leur poids énorme rompent en un instant le carré , dans lequel la cavalerie pénètre alors facilement et dont elle achève la déroute. Quelques coups de baïonnette dirigés adroitement sur le nez des chameaux les feraient peut-être dévier; mais, outre que le soldat n'a pas toujours le loisir d'y penser, outre qu'il ne sait se mettre en garde que contre la cavalerie, la tête du chameau qui galoppe est portée en arrière, il ne présente guère au fantassin que son poitrail ou son cou, et ce n'est pas en Ty frappant qu'on peut espérer de l'arrêter. .
L'Arabe qui accepterait une insulte et ne songerait pas à en tirer vengeance serait déshonoré ; on le montrerait au doigt dans la tribu ; aucune fille ne voudrait le nommer son époux. Il se vengera donc le plus tôt qu'il pourra, c'est-à-dire qu'il aura recoui-s à quelque ruse qui lui livrera son ennemi, l'attendra dans quelque embuscade et le tuera.
Si les choses se passent d'ordinaire ainsi, il est
TAH les ARAftSB.
cependant des Iribns , celles du Soudan par exemple, parmi lesquelles nous retrouvons le duel , modifié à la vérité dans ses formes et se terminant rarement par la mort d'un des adversaires.
Une grave insulte a eu lieu , une rivalité d'amour excite la haine mutuelle de deux Jeunes gens; la tribu se rassemble autour du chef, qui déclare que le duel est devenu nécessaire et ordonne qu'il ait lieu devant lui. Les deux adversaires s'accroupissent T un en face de Tautre à un pas de distance; chacun d*eux est armé d'une longue cravache faite d'un tendon d'hlp« popotame; le àort indique celui qui frappera le premier coup; le chef donne le signal, et sans se déranger de la place qu'ils ont prise et de la posture dans laquelle ils se trouvent, les deux adversaires commencent à se frapper alternativement Tuil l'autre; la peau se sillonne, la chair est meuririe, le sang coule, mais les assistants n'entendent pas une plainte, no voient pas une larme. Si de part et d'autre le courage est égal , si après une centaine de coups donnés et reçus, aucun des deux ne semble vouloir quitter la place, le chef déclare le combat terminé et les invite à une réconciliation publique. Le plus souvent cependant l'un dos deux rivaux se fatigue avant l'autre et demande à cesser le combat : c'est se déclarer vaincu, c'est renoncer à sa maîtresse , rétracter l'injure faite ou renoncer à poursuivre la réparation de l'injure reçue; c'est en un mol une conduite peu honorable. Mais il est encore moins honteux de se retirer ainsi du combat que de laisser échapper le plus léger signe de douleur.
GIJERKKS DHS ARABES. S79
Quelquefois le duel a lieu au douteâu. Les deux rivaUx saisissent le polghà^d qu'ilë portent sous le bras , et , rcspedlaht ôVec soin la tête, le ventre et là poitrine j commencent à se taillader leri brds et les caisses avec un incroyable acharnement et dttë patience bien plus incroyable encore ; le combat dure alors moins, parce qu'il est pluîé (î^ucl et quMl peut amener la mort. Souvent ce duel et celui des cravaches se terminent aussi par révanouissêmënt de Tuh des combattants, od même de tous Icô deux. Cet incident est toujours pris en mauvaise paK.
Les Arabes dil Soudan sont du reste très-portés à se servir ainsi da couteau. Lorsque l'un d'entre eux se marie, ceux qui sont jaloux de son bonheur ne Idi laissent pas un instant de repos t au moment où il y pense le moins, il sent la pointe d'un couleait lui traverser la jambe \ un autre lui déchire le bras ; il faut qu'il ne trahisse pas sa douleur, qu'il ait l'air de ne s'apercevoir de rieri ; s'il marchait, qu'il ne s'arrête pas*, s'il parlait, qu'il ne se trouble pas et qu'il ne détourne pas la tête. Un guerrier vante-t-il son courage devant un homme aussi brave que lui , celui-ci sans répondre tire son couteau, se l'enfonce dans la cuisse, et, le passant au premier, l'invite â en faire autant que lui, s'il tient à montrer qu'il n'eât pas moins brave.
Ce sont là sans doute de barbares et féroces ccu=tnmes, mais on ne peut nier qu'elles n'impriment au peuple qu'elles régissent une singulière énergie, un courage passif, invincible et stoïque.
L'Européen ose à peine se fhlre arracher une dent
:;8Û LES ARABBS.
sans avoir recours à I^éther ; la plus petite blessure lui arrache un cri. L'Arabe du Cordofan endure les plus atroce43 douleurs sans se plaindre ; il souflre autant que nous , mais le point d'honneur lui fait dire comme au stoïcien : 0 douleur, je n'avouerai jamais que tu sois un mal ? Impassible à toutes les souffrances, ni la soif, ni la fatigue, ni les blessures profondes de la lance ne peuvent lui arracher une plainte, et, tandis que dans les divans d'Egypte on voit les fellahs condamnés à la bastonnade se traîner en pleurant aux genoux des autorités turques , on a vu plus d'une fois TArabe du Soudan , de même que le nouba et l'esclave , subir l'effroyable supplice du pal , sans accorder à des bourreaux altérés de vengeance le triomphe d'un cri ou d'un gémissement, la satisfaction m^e d'une larme.
Pendant mon séjour dans le Cordofan , un Arabe , faisant partie d'un contingent militaire qui avait suivi le gouverneur dans une expédition contre les Baggara, se rendit coupable du meurtre de son chef, et s'étant assis auprès du cadavre, attendit qu'on vint l'arrêter; des soldats qui passaient le saisirent et ramenèrent dans la tente du gouverneur.
Plus de vingt hommes tenaient le meurtrier, qui ne tentait aucune résistance : tiraillé par les bras , par les jambes , par le cou , par les cheveux , il s'écria , dès qu'il aperçut le bey : J'ai attendu qu'on vint me prendre et je ne résiste pas ; dis à tes chiens qu'ils mè lâchent et laisse-moi marcher au supplice comme un homme. Le gouverneur donna l'ordre de le lâcher et TArabe expliqua les motifs qui , selon lui, jusli-
tiUHHIlliS UKS ARABES. 581
fiaient le crinie. Le bey le condamna à mort et ordonna qu'il serait sur-le-champ lié à la bouche d'une pièce de campagne chargée à boulet. Pendant que les préparatifs de l'exécution se faisaieut, TArabe, qui •avait entendu avec la plus grande indifïërence la décision prise à son égard , sortit de la tente, et s'approchant de quelques soldats qui s'étaient assis en dehors y pria Tun d'eux qui fumait de lui passer un instant sa pipe ; il s'accroupit , aspira quelques bouffées, et quand on vint le prévenir que tout était disposé pour son supplice, il lendit la pipe à son maître, salua celui-ci et marcha d'un pas ferme vers le canon qui l'attendait.
Les exécutions dont nous sommes chaque jour témoins en Europe offrent un spectacle bien différent : la plupart des criminels, glacés d'effroi, se laissent traîner jusqu'à l'échafaud , et le glaive de la justice ne frappe pour ainsi dire que des cadavres.
Nous avons vu que le véritable Bédouin est trèsfier, que sa susceptibilité est très-grande, j'ajouterai que son obstination , si l'on cherche à le contraindre à ce qui ne lui platt pas, est invincible ; c'est en vain qu'on le menacera , qu'on le battra , il faut attendre que le caprice d'obéir lui vienne , et il est presque toujours préférable de le livrer ainsi à lui-même.
Traversant avec deux guides le désert qui sépare le Nil de la mer Rouge , nous nous arrêtâmes un soir an milieu d'une plaine située à deux journées du puits précédent et à trois journées de celui où nous devions renouveler notre eau.
A peine venions-nous de mettre pied à terre, que
582 LBS ARABES.
celui de n^ gRide§ qui^ seul connaissait cette partie de la route réclama de mon cuisinier quelques provisions; le cuisinier lui dit d'altendre, TArabe insista. Je me fâchai : je ne suis pas encore servi , dis-je au guide , ne peux-lu attendre autant que moi. Cette observation ne Payant pas rendu plus raisonnable , j'ajoutai : Puisque tu es si pressé et que tu ne veux pas m'écouter, je le traiterai comme un âne indocile , et tu ne souperas pas ce soir. Il dut en effet se coucher sans avoir rien pris; son dépit était au comble. Le lendemain matin , le moment de charger les chameaux étant arrivé, je me levai comme j'en avais Thabitude pour réveiller mes gens, et étant ensuite rentré dans ma tente , j'attendais en prenant le café que les préparatifs fussent terminés. On vint bientôt me prévenir que le guide refusait de seller sa chamelle et de conlimuer à noug^ conduire. Je jugeai prudent de ne pas intervenir de suite f il y avait lieu de croire qu'il changerait bientôt d'opinion : je feignis donc de n'y at(acbei' aucune importance , et je ne me levai que quand les chameaux étant chargés , on vint me demander la permission d'enlever la tente. Mon guide, sa lance à la maÎB, était a^^s sur le sable et paraissait ne {>as s'occuper de ce quj se passait autour de lui. Bh bien ^ lui dis^je, tu n'es pas encore prêt ? Non ^ me réponditil y je ne pars pas ; je n'ai pas mangé hier , mon ventre vide réclame le repos; et puis tu m'as appelé Ane» comment un àue pourrait^il conduire des hommes? Debout) et selle » criai-je en m'animaat beaucoup. L'Arabe ne bougea pas ; je le frappai de ma cravache, il ne£t pas un mouvement. Je tirai alors un pistolet
GtERRES DJKS ABABES. S83
de ma coioture, 6t en appliquant lo canon sur 9on front: Tu partiras » lui dis-je^ ou je te tuerai.
Un Français , un Anglais , un Turc eussent obéi ou se fussent défendus. Mon giiidi^i anoé de sa lance, aurait pu m'en frapper ; il n'obéit pas et ne se dé* fendit pas y noais se levant soudain ^ i! jeta sa lançe et se mit à danser devant moi en criant : Tue-moi donci tue-moi ; est-ce que je suis un Turc pour avoir peur de la mort.
J'avoue que ce dénoûment, que je n'avais pas prévu , m'embarrassa un peu. M'avenlurer saps guide dans un désert où il n'existe point de routes tracées , c'était me condamner, ainsi que mes gens , à périr de soif. Ce que je pouvais faire de mieux était de suivre nos (races de la veille et de Tavanl-veille : je regagnerais ainsi le puits que j'avais quitté en dernier lieu, et , pour peu que j'y rencontrasse des Arabes , il me serait facile de me pourvoir d'un autre guide. Je ne laissai rien paraître du désappointement que j'éprouvais ; je montai en selle et je commandai à mes gens de suivre les traces de la veille. J'eus soin cependant de rester un peu en arrière, et je comptais les pas do mon hedjin , résolu que j'étais de me retourner et de tuer le guide, si après avdîr parcouru une centaine de pas il ne se montrait pas plus disposé à me servir.
Je n'eus pas heureusement besoin d'en venir là. A peine nous mettions-nous en marche, qu'il sembla hésiter , se dirigea lentement vers sa chamelle , la sella, s'élança sur son dos , et nous ayant rejoint sans rien dire, prit la tête de notre petite caravane, qu'il eut bientôt remise en bonne direction.
$84 LES ABABfed.
De toute la journée je ne lui adressai pas la parole, il semblait que je ne le visse pas ; mais à peine étionsnous arrivés le soir au campement j qu^il se jeta à mes genoux et les embrassa en pleurant comme un enfant. Je le repoussai d'abord y mais il revint à la charge : Pprdonne-moi , me dit-il : ce n'est pas le châtiment que j'ai mérité que je crains, je suis prêt à le recevoir à rinstant , mais je te supplie de ne pas me garder rancune , d'oublier ce que j'ai fait. Je lui pardonnai facilement , car, dans le fond , j'approuvais sa conduite, et à sa place j'aurais probablement agi d'une manière analogue.
'tKlie v:i. — UjLicdiiM à LoUidii (Cordtfai).
UPLICATIOll DE LA PLAHGII fil.
A la gauche de l'observateur, un puits public dans le vo siiicigc duquel un nonba verse dans un abreuvoir Tenu qu'il a puisée pour son bœuf;
En arrière de l'abreuvoir^ un boucher nettoie le cadavre d'un chameau ; la boucherie est placée à Tombre d'un baobab qui , pendant la saison sèche , a perdn ses feuilles. On aperçoit quelques-uns de ses fruits attachés aux grosses branches de Tarbre;
Au-dessous du baobab et du côté opposé à la boucherie, on remarque deux nouba assis sur un angareb , et à côté d'eux des petites filles qui vendent de la merissa ;
L'habitation , entourée d'une zerlbeh quadrangulaire , se compose do quatre tukkoU et d'une rekouba. Deux tukk(»ll , entourés d'une enceinte particulière, sont destinés aux femmes; ils sont percés de fenêtres triangulaires. Les deux autres tukkoli servent l'un et l'autre au logement des esclaves mAles ;
La rekouba forme le selamllk ou le salon et sert à loger les hôtes;
En avant de la porte de la seribeh quadrangulaire et en avant du baobab , on voit l'arbre couché qui sert à clore de nuit la cour de l'habitation ;
A la droite enfin de l'observateur, un tukkoli dont la toiture est inachevée et un autre tukkoli dont la toiture n'a pas encore été commencée, en font comprendre la construction ;
Sur le premier plan , on remarque quelques ocheurs : les arbres de moyenne grandeur sont des acacias; dans le voisinage du second baobab, oD aperçu deux tentes arabes.
LmiE QUATRIÈME.
'lÉiiÉ
la