‹ Le désert et le SudanChapitre 28 sur 43 · PORTRAIT DES NOIRS · texte numérisé non relu

PORTRAIT DES NOIRS

fondes ; il le garantit da froid, car il arrête le rayonnement et la déperdition de la chaleur du sang : aussi remarque-t-on souvent que la peau des noirs est moins chaude au toucher que la nôtre; elle les protège comme nos vêtements nous protègent nousmêmes (1). Sous cette froide enveloppe , le sang des noirs conserve une température très-èlevèe , la vitalité se concentre et cette concentration est si facilement appréciable ) si universellement reconnue que c'est elle seule qui détermine les Égyptiens et les Turcs à rechercher pour leur harem des esclaves abyssiniennes, fort inférieures en général sous le rapport de la beauté aux filles égyptiennes et aux filles turques.

Cette peau épaissie est loin de présenter chez tous les Africains la même nuance, la même teinte. Chez les uns, tels que les Abyssiniens, sa couleur se rapproche dans les parties les plus claires de celle du enivre natif, et même quelquefois de celle du laiton.

D'autres races, les Nouba et les Arabes du Soudan en particulier, ont une peau plus foncée, plus rouge, qui rappelle le bronze florentin.

La peau des Cafres est très-noire mais elle est unie.

(i) Un fait assez remarquable démoDtre que les noirs sont, par répaisseur de leur peau , suffisamment protégés contre les impressions de chaud et de froid qui peuvent Tenir de 1 extérieur. C&t lliabltude qu'ils ont de prendre et de manier avec les mains des charbons ardents ; il n'est pas un esclave qui ne place et n*attise avec ses doigts le cours (charbon) du narguileh de son -maître. Un domestique égyptien ou turc se sert toujours, pour cela, de petites pinces, d'une baguette ou d'un couteau.

S92 LES ?(0IR8 COtOXtSftS.

luisante et il ft*y iiiél(^ ces reflets verdAlres ou même bleus qui distinguent le bronze antique.

Enfin chez les peuplades les plus grossières du centre derAfriqne, la peau office une teinte noire, très-mate, analogueà celle de la suie; elle présente une plus grande épaisseur que chez le Gafre lui-même t loin d^étre souple , unie , soyeuse comme celle des Abyssiniens , elle est dure , rugueuse et se crevasse facilement. Chez quelques Africains, ceux en général dont la peau est la plus foncée , les ongles sont blancs ou plutôt paraissent tels, chez d'autres ils sont légèrement colorés, chez quelques-iras ils sont roses.

La peau n*a pas non plus sur tout le corps la même nuance ; ses parties les plus épaisses sont aussi les plus colorées ; ce sont celles qui couvrent les genoux, les coudes, les tempes, etc.

La plante des pieds, l'intérieur de la main, les pommettes, sont les parties les plus claires* La suenr^ peu abondante en général, se distingue par une odeur particulière acre et désagréable. Il ne faut pas s'éton^ ner si les animaux féroces attaquent les noirs de pré« férence aux blancs; ils sentent les premiers de plus loin, et pour peu que les seconds portent d'épais vêtements, le flair n'annonce pas leur approche.

La peau du nègreest le sié^e de parasites particuliers : le dragonneau ou ver de Guinée mérite d'être signalé.

Mais, comme je l'ai dit, ce n'est pas la peau que nous devons interroger pour connaître les différences réelles, sérieuses, qui séparent de nous les Éthiopiens.

L'étude attentive du nègre nous fait voir que chez ce dernier :

POnTMAtT DIB NOItt. 593

Le crâne est toujours trèA-»aplali latcraiemont et aux (empes; sa partie postérieure est allongée , il est de plus très-épais, d'où il résalie que le cerveau est notablement plus petit et plus lé^r que celui même de la femme blanche;

L'arcade zygoma tique est très-sai liante en raison de Tapiaiissement des tempes : les pommettes parais* sent d*autant plus prononcées sur Tindividu vivant (|ue la coloration en étant plus claire , elles ressortent un peu sur le reste du visage;

Les dents sont un peu obliques et se penchent en avant, surtout les incisives, le ne2 est relevé et comme placé horizontalement au-dessous d'un front vertical et quelquefois même un peu bombé vers la partie supérieure.

Le museau se projette en avant, et, chez les races les plus stupides , il ressemble aâsez à celui du dromadaire ; le nez , horizontal , se termine par des narines très^ouvertes. S'il est plus incliné, comme chez quel-* ques peuples du Sénégal , il est plus long et moins ouvert; les lèvres dépassent en avant les narines; elles sont larges et très-relevées; la projection en avant, de Torbiculaire dés lèvres changeant la position respective des muscles de la fade, los joues paraiseent plus maigres que chez le blanc.

Le menton est placé en retrait de la lèvre inférieure et sur la ligne des narines ou celle du front.

L'œil est rond ; le blanc en est rarement bien net.

Les oreilles sont volumineuses.

La chevelure est courte, peu abondante, crépue; la barbe est également crépue et clair-semée.

%9é LES NOnS COLONISÉS.

Les bras sont longs et grêles.

Les jambes sont encore plus déliéeis.

Le pied est allongé, plat ; le talon un peu en arrière.

L'estomac est rond.

Chez la négresse, les mamelles sont pointues; le bassin est fort étroit. J*ai vu souvent des négresses ramasser à terre un objet sans plier les jambes, en inclinant le corps tout d'une pièce, à partir du bassin, elles atteignaient avec la main Tobjet qu'elles voulaient prendre. Une femme blanche aurait beaucoup de peine à imiter ce mouvement.

Le docteur Madden prétend avoir observé en Egypte des squelettes de nègres qui possédaient une vertèbre lombaire de plus que les nôtres. Un fait aussi important ne saurait être admis que sur des preuves irrécusables.

Les Nouba, dont je m'occupe surtout dans ce travail , peuvent être considérés comme l'ahneau intermédiaire qui rattache la famille nubienne aux peuplades abruties du Soudan équatorial. Leur physionomie ne manque pas d'intelligence; elle exprime une grande douceur; leurs traits assez réguliers présentent le plus grand rapport avec ceux des Sennarais, des Fouriens, des gens du Waday et du Bomou, dont l'état social est à peu près le même. Le front commence à se rétrécir; l'occiput s'allonge un peu ; le nez et les lèvres diffèrent peu de ceux des Nubiens ; les cheveux sont frisés sans être crépus ; la barbe n'est pas plus clair-semée que chez les Arabes; la couleur de la peau, enfin, est celle du bronze florentm.

Une fable, peu digne d'occuper l'attention du

PORTRAIT DBS NOIRS. 305

monde scientifique , a été, dans ces dernières années, mise en avant par an individu qui disait avoir parcouru l^Orient avec le titre de bey, et dont je connais les pérégrinations. >

Cet individu affirmait avoir vu , et cela à la Mecque (1), des esclaves noirs pourvus d'une queue, dont il allait jusqu'à donner la mesure.

Un voyageur audacieux, dont le nom a acquis une juste célébrité, eut le tort d'accepter comme un fait acquis à la science une allégation aussi étrange, et ' s'empressa de publier un mémoii*e dans lequel il donnait pour garant de sa véracité le témoignage de quelques esclaves noirs, dont il avait eu l'occasion de consulter en Amérique les souvenirs.

Ces noirs pouvaient tout au plus lui fournir quelques renseignements utiles sur leur village, sur la peuplade à laquelle ils appartenaient et sur la route qu'on leur avait fait prendre pour les mener à la côte. C'était se faire grandement illusion que d'en attendre autre chose. Ces noirs ^ presque tous idolâtres, ne forment pas de vastes agglomérations; sans cesse en guerre avec leurs voisins, dont ils diffèrent par le

(1) On sait combien de pèlerins fréquentent chaque année cette ville sainte; parmi ces pèlerins, sans parler des marchands d^esclaves, plus intéressés dans la question, il y a des hommes instruits, éminents, qui ont visité TEurope. qui racontent volontiers ce qu'ils ont vu et n'eussent pas laissé Ignorer k leurs compatriotes Texistence d'une race aussi caractérisée. Enfin depuis Niebuhr et Burckardt, plusieurs européens ont visité la Mecque. Je pourrais citer deux de nos compatriotes dont Tun est aujourd'hui consul général.

396 UW NOIBB COLOVIitS.

langage, ils ne ffanchiasetii lettre frontièfed que pour se battre ^ et se hâtent de les repasser.

Sans industrie^ sans conunerce, Us ne se hasahlent pas à parcourir isolément, et dans le seul but de s'instruire, des forêts, des montagnes infeëtées de bétes féroces , des plaines ou des vallées occupées par des hommes plus féroces encore, qui les tueraient ou s'empareraient d'eux pour les vendre.

Il y a donc là absence complète de communications. Dès lors^ aux renseignements qui lui manquent, le noir crédule et timoré supplée par des fables) partout où il n'ose porter ses pas , son imagination lui montre des prodiges. Le jardin des Hespérides » gardé par des animaux fabuleux, est un conte qui varie dans ses détails , mais se retrouve chez tous les sauvages. C'est ainsi que , sur ie Nil-Blanc, le roi Lakono racontait à Soliman Gachef qu'à dix journées (qua« rante lieues tout au plus) du lieu où ils se trouvaient, il existait des mines inépuisables d'un métal jaune et brillant, et que ces mines étaient gardées par des êtres monstrueux à tête de chien , qui se repaissaient de chair humaine (1)*

Ctésias, dans l'extrait de son Histoire de Cinde donné par Photius, entre dans des détails très-circonstanciés sur les cynocéphales.

« Dans ces montagnes (de Tlnde), dit-il , il y â des hommes qui ont une tête de chien, dont les vêtements sont de peaux de bêtes sauvages. Ils n'ont

(1) Expédition zur Entdeckung der Quellen des weisden Mil& Werne, Berlin , 18A8.

PORTRAIT PIS NOIRg. 391

point de langage ; ils aboient comme les chiens , et s'entendent entre eux. Leurs dents sont plus longues que celles des chiens. Leurs oqgles ressemblent à ceux de ces animaux , mais ils les ont plus longs et plus ronds. »

Ne semblerait-il pas que Ctésias eq ait vu un grand nombre ?

Hérodote n*est pas beaucoup moins explicite. «C'est dans cette partie occidentale de la Lybie que se trou-* vent les serpents d'une grandeur prodigieuse, les lions, les éléphants , les ours, les aspics, (es ânes qui ont des cornes y les cynocéphales et les acéphales qui ont , si on en croit les Lybiens , les yeux à la poi* trine. On y voit aussi des hommes et des femmes sauvages et d'autres bétes féroces qui existent réelloment. » (Hérod., L IV, cxcu)

Tous les historiens de l'antiquité sont remplis d'allégations pareilles; ils voient partout des cynocéphales et des monstres. Si nous en connaissons moins qu'eux, c'est que nous sommes plus instruits, plus observateurs et moins crédules.

Combien de fois n'ai-je pas entendu moi->méme de semblables récils ! J'en pourrais faire un gros volume si j'en avais noté le quart , et il n'est pas nécessaire d'aller bien loin pour en recueillir beaucoup. Toutes les villes d'Egypte recèlent des monstres et des génies; il n'y a que des incrédules comme nous qui puissent passer auprès d'eux sans les voir.

Les Africains comptent aussi beaucoup plus d'anthropophages qu'il n'y en a réellement. Les nègres idolàlrcià du Souduu uous rogf^rdoAt qous- mêmes

comme tels.. Cela doit nous engager, ce me semble, à n'accepter qu'avec réserve ce qu'ils nous apprennent des autres peuples; et quand ils parlent de blancs anthropophages établis dans le sud, cela veut tout simplement dire qu'ils n'y sont point allés, et qu'ils auraient peur d'y rencontrer des monstres féroces altérés de leur sang. Nous sommes pour eux le type de la laideur et de la cruauté. Il est bon de ne pas Toublier.

Quant aux chercheurs d'esclaves , celte anthropo* phagie attribuée à leurs victimes leur semble propre à justifier leur conduite. En nous emparant de ces malheureux , disent-ils, nous les sauvons de la dent les uns des autras, nous accomplissons vraiment un acte méritoire. Si ces chasseurs d'hommes habitaient l'Europe, ils se qualifieraient de philanthropes et se compareraient à saint Vincent de Paule.

Quand jadis le gouvernement avait besoin de l'argent des juifs, il les accusait d'avoir découpé» déchiré, percé ou fait bouillir des hosties : le crime se prouvait par des miracles.

Lorsqu en Afrique on veut piller, réduire en esclavage une peuplade, on l'accuse d'être anthropophage (yem yem, bandagniamgniam, etc.)

C'est ainsi qu'en tout pays, la force ne manque jamais des meilleurs prétextes pour opprimer la faiblesse; c'est à la critique seulement qu'il appartient de ne pas accueillir trop facilement sa justification.

L'intelligence des noirs est évidemment inférieure à celle des blancs.

Cette infériorité est-elle nécessaire et sans remède , ou n'est-elle, comme le pensent quelques auteurs ,

rORTRAlT DES NOIRS. M)!)

que le rcsaltat de Taction combinée de tontes les circonstances les plas défavorables au développement de rintelligence de l'homme? L'action énergique de ces circonstances, disent ces aatenrs, prolongée pendant des siècles , a bien pu altérer chez les noirs un type primitif plus noble , en imprimant sur leur physionomie , reflet de leur âme, la preuve matérielle de leur dégradation morale (1).

Je déclare , quant à moi , que cette influence me parait incontestable , mais il ne faut pas lui attribuer une valeur trop grande. Si nous n'examinions que les institutions et la manière de vivre des noirs, nous pourrions, les comparant à nos ancêtres Ger« mains, Gaulois , Bretons , qui n'étaient pas moins barbares, admettre qu'ils sont aussi civilisables que nousmêmes et qu'il ne faut que quelques siècles pour qu'ils deviennent nos égaux.

Si, cependant, nous les examinons individuellement, il nous faudra revenir en partie de cette opinion.

Le noir comprend facilement ce qu'on lui explique, mais son esprit n'entrevoit rien au delà de ce qu'on lui montre. Sa mémoire est Adèle lorsqu'il ne s'agit que de se rappeler des sons, mais le raisonnement ne s'y grave pas de même; il ne saisit que la forme, ne comprend pas ou ne retient point l'idée. Au sein de la civilisation la plus avancée, il est encore à demi

(1) Pour le type nègre, dit M. Ifollard (deClIonimeet des Races humaines) , on remarque un rapport assez constant entre Tétat social , le genre de vie , les aptitudes d'une part et le développement de ce type.

400 LBS MOUIS GOLOHUÉS.

sauvage, il a besoin d'un guide, et si ce guide lui manque , il retombe dans son premier état. Ce qui se passe à Saint-Domingue en est la preuve ; les Haïtiens s'habillent comme nous, ils pensent comme leurs aïeux et invoquent encore leurs fétiches.

Il n'en était pas ainsi des Gaulois : élevés dans les forêts , ils se montrèrent les égaux des patricia:is de Rome, dès que la faveur impériale leur ouvrit le sénat.

Partout en Europe ou la science se fait jour, elle pénètre dans les esprits et y développe ses germes féconds ; les peuples européens sont Tobjet de sa prédilection ; leur esprit est le sol dont elle a besoin pour porter tous ses fruits. Cest en vain qu'elle s'adresse aux races indigènes de l'Asie, de TAmérique, do l'Afrique, le reste du iponde dédaigne cette grande voix que l'Européen seul aime, écoute et comprend.

Ce qui donc distingue essentiellement l'Européen , c'est la merveilleuse facilité qu'il possède de s'assimiler toutes les idées, d'en déduire toutes les conséquences; il est naturellement très^ducable , tandis que la race noire est rebelle à l'éducation qui peut TetSeurer , la couvrir d'un vernis éphémère, mais ne la pénètre pas ou du moins ne Ta pas pénétrée encore.

Quelque éducation qu'on prodigue au nègre Denka, par exemple, quelque savoir qu'on lui impose, son esprit sera toujours futile , son activité endormie et son raisounemenl infirme : c'est un enfant qui s'amuse de jouets et de contes , qui sourit à la fable et bâille à l'histoire, admire l'escamotage et dédaigne la science.

Page 1