‹ Le désert et le SudanChapitre 29 sur 43 · PORTRAIT DRS NOIRS · texte numérisé non relu

PORTRAIT DRS NOIRS

Si sa raison est endormie , son imagination n'est guère plas éveillée. Il est des peuples barbares auxquels la poésie prête ses plus brillantes couleurs, dont Tesprit se platt à tracer les gracieux tableaux d'une ingénieuse mythologie. Les Grecs n*ont pas attendu Périclès pour chanter V Iliade ^ et TÂrabe sauvage , vagabond , pillard , portait à la Mecque , bien avant Tislamisrae , le tribut de ses vers. On y entendait des poètes crasseux, affamés, demi-nus, à la chevelure longue et graisseuse , chanter les exploits des héros ou les épreuves de l'amour avec une recherche de langage, une éloquence hardie, une grâce naïve que nous admirons encore et dont le Moallakat de Schanfara peut donner la mesure.

Rien de pareil chez les nègres, leurs chansons ressemblent au refrain que bégayent les enfants ; on y trouve rarement une signification : ce sont des mots sans suite, d'imbéciles rengaines dont les chansons créoles donneraient l'idée la plus exacte, si les blancs ne s'avisaient souvent de revêtir leur esprit du jargon des esclaves.

Ce que je viens de dire ne s'applique du reste pas également à toutes les races noires , il en est de fort éducables : ce n'est pas la peau qui fait le nègre. J'ai indiqué plus haut les traits auxquels on doit le reconnaître; je divise d'ailleurs, comme on le sait, les races noires en deux classes. La première comprend celles qui vivent au nord d'une ligne coïncidant presque avec le 1 0* degré de latitude boréale , elles ont pour la plupart adopté l'islamisme ; celles qui habitent l'Abyssinie sont en partie chrétiennes.

40? LES NOIRS COLONISAS.

La seconde classe comprend toutes les races idolâtres du Soudan équatorial , elles sont moins intelligentes que les autres , leur physionomie est plus caractérisée : les premières sont barbares, oelleB*ci sont généralement encore à Tétat sauvage.

Les Nouba ne portent pas, à proprement dire, de stigmates ; il est rare qu'ils aient recours même à un tatouage léger. Les coupures , les cicatrices que pré* sente leur peau, surtout derrièi*e les épaules, ne doivent être attribuées qu'à l'emploi de deux moyens thérapeutiques très^nergiques : le fer et le feu employés préventivement quelquefois contre des affec* tions graves , auxquelles les enfants sont particulièrement exposés, appliqués quelquefois dans le but d'arrêter une inflammation dangereuse ou d'agir comme dérivatifs.

C'est une médication cruelle mais efficace , appropriée aux instincts courageux, à l'esprit stoïque d'un peuple barbare, mais qui, dans le sein d'une société amollie , eiTéminée comme la nôtre, ne saurait être permise qu'aux vétérinaires et s'exercer que sur les animaux, m anima vili (1 ).

(i) Cet usage n'est pas nouveau en Afrique , comme le montre ce passage d'Hérodote : o Quand les enfants des Libyens nomades ont atteint Tftge de quatre ans, ils lear brûlent les veines du haut de la tête et quelques-uns celles des tempes , avec de la laine qui n'a point été dégraissée. Je ne puis assurer que tous c(!S peuples nomades suivent cet usage , mais il est pratiqué par plusieurs. Ils prétendent que cette opération les empêche d'être par la suite incommodés de la pituite, qui coule du cerveau et leur procure une santé parfaîto. { Ilrrodote , liv. IV, GLXXXVïI, traduction de Larcher.)

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