‹ Le désert et le SudanChapitre 34 sur 43 · NOIR IDOLATRES · texte numérisé non relu

NOIR IDOLATRES

ne compte pas moins de qaatre*yingUdix-neuf montagnes (1).

Il y a quelques années , Mustapha-Pacha, étant gouverneur du Cordofan , s'empara dans une ghazwa ou expédition dirigée contre ce pays, d'un jeune homme du nom de Nassr, frère du roi de Taggeleh : il était musulman comme toute sa famille ; quant à la nation elle-même , elle est idolâtre.

Nassr, prisonnier à Lobeidh, y passa plusieurs mois. Un jour que Mustapha Tinterrogeait sur son pays, il lui assura qu'une compagnie d'infanterie suffirait à lui Nassr pour en effectuer la conquête, et qu'en reconnaissance de ce secours il s'engagerait à fournir annuellement , à titre de tribut , quatre mille esclaves au gouvernement égyptien.

L'exagération de ce chifiFre eût dû faire ouvrir les yeux à Mustapha , mais il n'en fut rien. Ébloui par les promesses de son prisonnier, il s'empressa de l'élargir et de lui confier le secours qu'il demandait. Le jour de son départ , étant assis tous deux dans le divan de Lobeidh, le Pacha, agité d'un vague soupçon, dit à Nassr : Tu m'as promis quatre mille esclaves, mais qui m'est garant que tu tiendras ta parole ?

« Dieu, répondit Nassr, est le mattre de l'avenir, les événements sont dans sa main ; je promets. Dieu seul peut me donn* la force d'exécuter ma promesse , mais sur ce Dieu qui nous voit, sur le Prophète, sur ce Coran, sur ce sabre , je te jure de reparaître dans

(l) Dans cette phrase, le nombre quatre-vin^t-dix-neuf est évidemment pris pour beaucoup.

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oedivan. n Nassr était dévot, Mostapha crotà sa parole^ et la petite troape se mit en marche. Le Pacha voulut raooompagner jusqu*à un baobab, qu^on appelle Tarbre de la séparation , parce que œux qui suivent cette route ne prennent que là congé de leurs amis.

On s'assit un instant à Tombre de cet arbre gigantesque, les esclaves étendirent les tapis et remplirent les pipes ; tout d'un coup Nassr s'écria d'un ton pénétré ;

Ah I mou Dieu l je pars et j*ai oublié d'embrasser mon père. — Qui appelles*tu ton père , dit Mustapha* Pacha?— Le mallem Arioun, qui m*a toujours traité comme son fils. —Eh bien ! nous ne sommes pas loin, dit le Pacha, vas vite et reviens. Naasr ne se le fait pas dire deux fois, il remonte à cheval , galoppe, arrive devant la porte du divan , y pénètre, s'y assied et repart , convaincu que son serment ne le lie plus en aucune manière.

Voilà assurément un cas de conscience dont on n^accusera pas les Jésuites. Nassr salua le Pacha en passant et la petite troupe se remit en marche.

Quelques jours après, aidée des mécontents, elle avait en effet soumis le pays; Nassr avait fait périr son frère et s*était proclamé sulthau. Tout était donc fini, et la troupe n'avait plus qu'à regagner le CQrdofan ; mais cette compagnie , entièrement corn* posée d'esclaves noirs, se retrouvait chez elle; le sulthan offrait aux soldats des femmes, des huttes, du terrain et une liberté plus séduisante que la vie de caserne. lis se décidèrent à rester auprès du nouveau souverain, au service duquel ils entrèrent de bon cœur.

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11 est à croire que les officiers, qui étaient Tares, en pensaient autrement ; noais un beau matin on apprît qu'ils avaient été égorgés.

Depuis cet événement, les gouverneurs qui se sont succédés à Lobeidh ont cherché, sans y parvenir, à pénétrer dans le Taggeleh et à s'emparer de la per* sonne de Nassr, qui, on le devine facilement, n'a jamais envoyé le tribut si fastueusement promis. Sa position dans les montagnes est assez forte, et il dis* pose, à ce qu'on croit, de trois cents fusils. 11 a du* reste assez de peine à s'en procurer, le commerce des armes étant arrêté par les Turcs dans le Soudan. Aussi donne-t-il volontiers 500 piastres ou deux esclaves pour un fusil qui peut valoir à Liège de 1 0 à

12 francs. Gomme chacun de ces esclaves vaut de 1 ,000 à 1 ,200 piastres au Caire, on voit que le commerce du Soudan n'est pas sans quelque bénéfice.

Au delà du Taggeleh, dont les habitants présentent encore , comme les Cordo fanais , le type nouba, mo* difié seulement; au delà du pays des Fertit, desDjenakherah, du Mandara, on ne trouve plus que rare* ment des royaumes formés par la réunion d'un certain nombre de villages. Je dois du reste faire observer que ces réunions ne sont jamais un ucte spontané et volontaire, mais un résultat des ghazwas continuelles que les peuplades plus hardies exercent sur les peuplades plus timides. Le vainqueur désarme le vaincu en réduisant en esclavage ceux qui pourraient reprendre les armes, et ne se retire qu'après avoir im-» posé à ceux qu'il a épargnés un tribut annuel qui les constitue ses vassaux.

456 LES NOIRS C(»LONlSÉS.

ReDfermés daus leur village, ces peuples vivent dans une ignorance complète de ce qui les entoure. Naturelleaieot courageux , ils éprouvent pourtant comme tous les hommes une terreur extrême à la vue d*un danger dont ils ne soupçonnaient pas l'existence.

C'est ainsi que Téclat des armes à feu' les épouyante. Il n'est d'ailleurs pas nécessaire que le danger soit réel : tout objet nouveau qui frappe leurs regards les étonne, et s'il leur semble de nature à menacer leur vie , leur inspire les craintes les plus vives.

Partout où les blancs pénètrent pour la première fois, les noirs sont tentés de les prendre pour des animaux féroces altérés de leur sang ou pour des divinités redoutables dont il faut apaiser la colère. La moins flatteuse de ces suppositions est celle qui se présentera la première à l'esprit des noirs : ils fuiront dès lors l'approche des blancs, fermeront devant eux leurs villages , jusqu'à ce qu'une force imposante vienne à triompher de leur obstination, ou jusqu'à ce que le spectacle de l'industrie et de la civilisation des blancs leur fasse supposer qu'ils ont affaire à des dieux : ils se montreront alors aussi soumis qu'ils étaient d'abord méfiants.

Dans le premier cas comme dans l'autre, il n'est pas à croire qu'ils osent attaquer les blancs. Des faits de cette nature ne se produiront du moins que parmi les noirs les plus belliqueux et les plus féroces, tels que les Cafres, les Gallas; mais en se retirant devant les blancs, en dérobant à leurs recherches leurs provisions, leurs aiguades, ils leur feront courir des périls bien plus sérieux que ceux d'une attaque facile à re-

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