NOIRS IDOLATRES
pousser et qui peut, en proctireut un petit triomphe, amener des résultats avantageux.
Les mêmes difficultés se renouvelleront évidemment à chaque village; aussi ne vois-je qu'une pure utopie dans le projet émis quelquefois de traverser TAfrique , d'Alger à Zanzibar par exemple : il prouve tout simplement une complète ignorance de l'Afrique. Il ne pourra jamais se réaliser que par des négociants ou par des missionnaires , s'avançant avec une extrême prudence, fondant partout sur leur passage des établissements et gagnant peut-être vingt à trente lieues par année. II n*est pas difficile de parcourir la lisière du pays des idolâtres, parce que cette lisière , exposée constamment aux ghazwas des musulmans, est presque soumise déjà et habituée à la vue' des visages blancs : plus au sud il n'en serait pas de même, et je crois que les Européens ne doivent pas, pour le moment, tenter de suivre des routes sur lesquelles les Africains eux-mêmes ne se hasardent pas.
Il est plus facile de pénétrer dans le centre de l'Afrique, en suivant le cours des grands fleuves, parce que les barques sont comme une forteresse mouvante, imprenable par des sauvages, et forment des magasins flottants, grâce auxquels on ne peut manquer de vivres ; mais les miasmes qui se dégagent des terrains inondés offrent encore des dangers sérieux.
Je dirai maintenant quelques roots spr la manière de vivre des infidèles :
* Les noirs de cette catégorie habitent quelquefois
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des huttes construites- avec uue certaine intelligence et qui ressemblent alors aux tukkolis des noirs musulmans. Les riverains du fleuve Blanc sont dans ce cas, ainsi que les noirs du Taggeleh. Les clôtures extérieures sont nombreuses et présentent souvent un caractère bizarre. Un officier turc qui a visité les denka, m'a assuré que la hutte de leur mek ou roi, était entourée d'un rempart d'ivoire , les dents d'éléphants, enfoncées par leur base dans la terre, croisaient leurs pointes au-dessus du sol ; il y en avait une quantité prodigieuse. Une fortification de cette nature est en tout cas plus propre à attirer un ennemi cupide qu'à Tarréter. Le vainqueur ferait plus que de la raser, il l'emporterait avec lui , et malgré le poids de l'ivoire , il préférerait ce genre de palissades aux pieux dont les légionnaires romains se chargeaient à la guerre.
Les idolâtres cultivent presque tous le dokhn , et leurs champs disséminés y se trouvent souvent à une distance notable de leur village ; aussi dès l'approche de la récolte ces cultivateurs abandonnent-ils leurs tukkolis, pour aller s'établir au milieu de leurs plantations , les surveiller, en écarter les oiseaux , et au besoin les défendre contre les hommes ; ils ne couchent plus alors que sur des arbres élevés , d'où ils peuveut protéger leur propriété , sans avoir à craindre pour eux-mêmes les attaques des animaux féroces.
Enfin les noirs les plus stupides, ceux qui dorment au grand air, ont une façon singulière de se préserver du froid de la nuit : au crépuscule, ils allument
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un grand feu , en activent la combustion , et lorsque le bois est rédait en cendres, ils se graissent tout le corps et se roulant dans la cendre encore chaude , s'en forment comme un vêtement et une couverture, dans lesquels ils dorment , peut être beaucoup mieux que nous ne le pouvons faire sur un lit de plume. Pour dépouiller leur enveloppe nocturne, ils vont le matin se laver avec soin à quelque ruisseau , et reparaissent bientôt dans un costume dont la nature seule a fait tous les frais , mais qu'ils ne semblent disposés à troquer contre aucun autre; c'est pour eux une affaire d'habitude, et les créoles savent , par exemple, ques les Gafres professent l'horreur de la chemise et du pantalon. Ces peuples comprennent autrement que nous l'élégance , et dans la manière dont quel* ques-uns torturent leurs oreilles ou leurs lèvres , on doit reconnaître une coquetterie dont le mauvais goût ne suffit pas à changer le caractère.
Presque tous les noirs se graissent avec soin tout le corps, mais le brillant vernis, qu'acquiert de cette feçon la peau foncée d'un chef cafre, est évidemment le résultat d'une extrême recherche, et le nec pluê ultra de la fashion africaine.
Une marque , un stigmate particulier, est le signe de ralliement auquel se reconnaît chaque peuplade , chaque village. C'est ainsi que l'absence de deux incisives à la mâchoire inférieure fait reconnaître le Guingawi du Djebel Hawech, tandis que leFertit, plus ingénieux , montre toutes ses dents limées en pointe et qui imitent la mâchoire du requin. Le Denka , enfin , porte un signe gravé sur son front à
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Taide d'un fer rougi au feu ; ce geure de tatouage est le plus commun en Afrique. Je pourrais citer encore les tribus cafres des Inhambanes et des Macouas, si connues dans notre colonie de Bourbon.
Un chapelet de petits coquillages excite chez le sauvage une admiration et une convoitise qui souvent font taire la voix de sa conscience , et Tentratnent à des larcins , a Tégard desquels nous pouvons d'autant moins nous montrer sévères que, dans tout le reste, le noir est plein de bonne foi et de probité.
Il est en effet d'un usage fréquent dans plusieurs parties de l'Afrique , dans le Cordofan et le Sennar, par exemple , de confier des marchandises , de l'argent, à de pauvres noirs inconnus, souvent étrangers au pays , qui les emportent au loin , les échangent , les vendent, et reviennent, après deux ou trois mois d'absence, rapportant en gomme, en ivoire, en poudre d'or, le prix dont ils sont convenus à leur départ avec le négociant dont ils ont pris les marchandises. Au Sénégal , à Angola , de pareilles transactions ne sont pas rares ; dans le gouvernement de Mozambique, il n'existe aucun autre moyen de se procurer les articles de l'intérieur ; les noirs qui s'adonnent à ce courtage, partent de Tété, de Sena, points situés assez haut sur le cours du Zambeze ; ils rapportent au bout de trois mois tout ce dont ils sont convenus. Un abus de confiance est un fait tellement inconnu', dans la colonie, que s'ils ne reparaissent pas, on a la certitude qu'ils ont péri dans le désert.
Hérodote nous a laissé, sur la manière dont les